‹ Les infâmes dans l'ancien droit roussillonnaisChapitre 2 sur 15 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

On appelait infamie une condition sociale inférieure ; elle provenait de disqualifications de diverses natures, entraînant des incapacités générales et des obligations particulières bien précisées.

Parmi ces disqualifications il en était une de particulièrement notable ; elle avait son origine dans la nature des moyens d'existence de l'individu ; elle résultait de son genre de travail. Il y a lieu de la relever : après avoir été cause jadis de la création de toute une classe d'infâmes, elle oblige encore aujourd'hui le législateur à maintenir son attention sur ceux qui les ont remplacés*. La constance du phénomène social donne un grand intérêt

* En France comme en Allemagne, des projets de loi ont été présentés récemment au sujet des individus vivant de la prostitution, vulgairement dits « souteneurs ». Et le Parlement français a voté, il y a quelques années, une réglementation du c jeu > aux courses de chevaux.

aux faits historiqutîs qui en ont été les conséquences successives.

Les personnes qui sont au couranc des études sociologiques connaissent les nombreux travaux* qui ont traité de cette matière, depuis les recherches de Francisque Michel", jusqu'au mémoire sur Les signes de Vin/amie au Moyen- Age : juifs, sarrazins et filles "publiques ^, par M. Ulysse Robert, inspecteur général des archives.

Les indications présentées par ce savant bien connu de tous ceux qui s'intéressent aux études sur le Moyen-Age, ont l'inconvénient d'être générales. A côté des données d'ensemble sur les mesures d'exception causées par Tinfamie professionnelle, il sembb qu'il y aurait profit à étudier le sujet en détail, dans une région bien délimitée et à dates précises.

Le peu d'étendue du Roussillon, la précision et la fixité de son droit criminel pendant tout le Moyen-Age, ofi'rent de grandes facilités pour un travail de ce genre.

La richesse des archives de la Procuraciô Real * et du Consulat de Perpignan m'ont permis de l'exécuter.

Il ne se peut agir en semblable matière d'une étude historique, retraçant l'évolution progressive des lois et des règlements ; ce serait une pure recherche de curio-

* Parmi ces travaux, je citerai, comme intéressant particulièrement la région, un mémoire sur les maisons publiques de Béziers, paru dans le Bulletin de la Société archéologique de Bézlers, t. II, p. 255-323. Voy. aussi dans la nouvelle édition de Parent-Duchâtelet (Paris, 1857, 2 vol. 8o), une note de M. de Guardia sur la prostitution en Espagne, t. II, p. 766 à 804.

* Les Races maudUes,

3 Extrait des Mémoires de la Société nationale des Antiquaires de France, t. XLIX. Nogent-le-Rotrou. Daupeley-Gouverneur, 1889, 8o.

* Série B. des Archives départementales des Pyrénées-Orientales.

site. On doit user ici de la méthode statistique, et envisager ce que fut l'emploi dans ces cas spéciaux du système de l'infamie, de ce système disparu, sans équivalent dans nos civilisations modernes. £n se plaçant à ce point de vue, on arrive à se poser une double question à laquelle le présent mémoire essaiera de répondre pour le Roussillon : premièrement, comment Tinfamie constituaitelle une réglementation professionnelle ? — En second lieu quelle fut la situation des métiers soumis à ce régime de l'infamie.

C'est l'ordre que suivra cette étude. Je me suis servi pour la rédiger de textes isolés, très nombreux, utilisés presque toujours indirectement. S'il avait fallu les citer tous, les notes auraient tenu plus de place que le texte : j'ai cru devoir me borner strictement à des références très précises. Pour racheter ce manque de citations, on trouvera, à la suite de cette introduction, trois pièces particulièrement curieuses pour la question qui nous occupe.

16 JANVIER 1395. — Contrat A'alcàboteria,

Die XVIa januarii, anno XCVo.

Quod ego, Guillelma, filia Anthonii Dauribera, civitatis Tholose , gratis, etc. convenio et promitto vobis, Petro Nominis-Dei, studenti ville Perpiniani, in posse notarii infrascripti, quod ego, de vita mea, absque vestra voluntate^ faciam amicum ^ aiiquem nisi vos, nec exiam extra villam

* Dans le latin des actes, à Perpignan, au XIV^ siècle, amicus est absolument synonyme de leno ; et les deux mots se traduisent indifféremment en catalan par alcabot : d'où alcaboteria, lenocinium. Voyez plus loin, ch. VI.

Perpiniani, sine vestri licencia. Et si de predictis contrafacerem seu venirem, volo incurrere penam XXV libras : de qua pena, si committatup, vobis dicto Petro Nominis-Dei medietatem et aliam judici jus danti... Et pro predictis attendis oblige bona mea, etc. Et quia sum min or XXV annis, major tamen XX annis, renuncio juri minoris etatis et juro.

Et ego, dictus Petrus Nominis-Dei, gratis, etc ., convenio et promitio vobis dicte Guillelme, quod, si vos volueritis obtinere predicta omnia, ego deffendam et eustodiam vos et bona vestra, tam in villa Perpiniani quam alibi; pro posse meo, ab omnibus personis qui vobis malum aliquod pertractaverint ; sub pena predicta, de qua, si committere conligerit, vobis medietatem et aliam curie judiciali jus danti... Et pro his obligo bona mea etc... et juro etc... Et quia sum min or XXV annis, major XXIV, renuncio, etc...

Arch. Pyr.-Or. B. 156, f» 2 : Manuel de Guillaume Resplant (minute).

Perpignan, 9 mars 1443. — Autorisation d'acquérir le château du Vernet, à cause des désordres qui s'y produisent.

In nomine Domini. — Noverint universi quod nos, Petrus Roure, locumtenens honorabilis domini Karoli de Ulmis, procuratorii regii et feudorum ac amortizatoris generalis in comitatibus Rossilionis et Ceritanie...

Scientes equidem et actendentes dudum, videlicet circa duo anni sunt elapsi, castrum de Verneto, satis prope villam Perpiniani constructum, quod in feudum pro domino Rege tenetur, fuisse... subhastatum ; neque vero fuisse repertam aliquam personam dictum castrum emere volentem, nisi honorabiles consules universitatis dicte ville Perpiniani, qui

prehabitis diversis coUoquiis cum consiliariis, juratis et aliquibus probis-hominibus dicte viile^ de et super nonnullis prejudiciis et scandalis, que ex congregatione quam plurimorum hominum vagabundorum, scilicet lenonum et lusorum diversarum nacionum, in dicto Castro sepissime congregancium, insequntur non soium universitati dicte ville sed eciam aliisuniversitatibus locorum circumstaDciumdicti castri, quoniam per dictos homines vagabundos^ videlicet lenones et lusores, sicut predicitur, congregantes in dicto Castro, maxinose cogitantur et dolose ad effectuai deducuntur quamplurima illicita gênera ludorum tam taxillorum quam diversorum aliorum qi^esitorum dampnatorum colorum, ex quibus ludis jamdudum fuerunt di versa dampna et scandala insequta. (Nam e certo plurimi juvenes, filii aliquorum proborum-hominum, et diversi ministrales, habitatores dicte ville Perpiniani, qui pre timoré ipsorum parentum et amicorum, ac eciam ex verecundie et infamie nota, non auderent ludere in plateis et locis publicis dicte ville, ubi tantum vagabundi ludunt, accedunt latitando ad predictum castrum de Verneto, et ibidem ludunt cum dictisvagabundis, lenonibus et lusoribus^ et deperdunt et amictunt omnia que habent. Pretereaque nonnuUe propter dictos ludos, sunt insequte rumores, lesiones et vulnera, ex et pro quibus omnibus diversa hospitia dicte ville remanserunt destructa. Eciamquedudura, propter dictara congregacionem hominum vagabundorum in dicto loco congregatorum, fuit insequtum quoddam énorme scandalum, quoniam très Vascones, ex quo Insérant omnes pecunias quas habebant, nescientes modum quo pecunias habere possent, preposuerunt se in itinere publico, quo tenditur de predicta villa Perpiniani ad regnum Francie, videlicet in quodam torrente absconso et ab omni populatione remoto, vocato La Lavanera, quamvis non multum distanti a predicto castro de Verneto, insidian-

— lûtes, causa depredandi, mercatores itinérantes per dictum iter et necnon per dictum torrentem pretereuntes; et sic de facto, predicti très Vascones, mente et proposito deliberatis, divino timoré postposito, violenter ceperunt et depredati sunt quemdam mercatorem dicte ville Perpiniani, venientem de nundinis Pesanarum. Ex cujus clamore valido, jamdicti predones fuerunt prosequti et ex illis tribus fuerunt duo capti, et prehabita eorum confessione,juxtaeorum démérita, fuerunt condemnati et in dicto torrente suspensi. Necnon eciam, propter dictorum vagabundorum hominum congregacionem, quidam ex dictis vagabundis arripuerunt in dicto Castro quandam mulierem conjugatam, illamque secum in partibus Francie adduxerunt. Que omnia in evidentem pernicionem tam dicte Perpiniani quam tocius rei publiée terre Rossilionis videbantur redundare...)

Et sic pro vitandis a dicto castro prenarratis illicitis tantorum vagabundorum hominum congregacionibus..., ex eoquod honorabilis Petrus de Marçiano, miles, dominus dictri castri de Verneto, jamdictas permictebat congregaciones, dictosque ludos continue sustinebat, antedicti honorabilis consules... deliberarunt emere dictum castrum de Verneto.

Propterea... amortizamus et ad manum mortuam reducimus... vobis honorabilibus Petro Castilionis et Petro Fabri et Johanni Cases et Petro Passa, una cum Jacobo Seguer, consule predefuncto, omnibus consulibus, anno presenti, universitatis dicte ville Perpiniani..., jamdictum castrum de Verneto et populacionem ejusdem, etc.

Acta fuerunt hec laudataet fîrmata Perpiniani, per omnes superius loquentes, die nonamensisMarcii,annoa nativitate Domini millesimo CCCC quadragesimo tercio.

(Arch. Pyr.-Or. B. 260. Feuillets détachés du registre dit : Notula dicersorum Instrumentorum).

27 Mai 1724. — Assassinat du bourreau de Perpignan.

Als 27 Maig 1724, die de disapte, se exécuta un jove de 'vint y très o vint y quatre anys, condemnat â ser penjat per aver robat una egua, convencut de aver la venuda en Catalunya ; y corn lo crim de pobar cavalcaduras es fréquent en la présent patrie, fou condemnat â mort. Lo die de la execuciô, fou conduit a Texplanade ab la Santa Sagrada ; lo butxi lo penjé y, per ferlo morir, se servi de tanta inhumanitat, par sa poca destresa, que jontats los spectadors de fia crueltat al baixar de la força, commençaren minyons â iirarli pedras ; deaqui los grans y los soldats de la garniciô, de un régiment anomenat La Corona , y lo accompanyaren fins casa sua, â pedradas, fentlo caurer molt soviny â cops de pedras y estocadas ; y fou tant gran lo moti que no contents d'averlo acompanyat à casa sua à pedrades y estocades, retirât que fou â casa, li disbutaren la porta, lo tragueren da casa â colps y estocades ; y no trobant asilo en casa sua fou obligat â eixirne y à la Costa d'en Calça, desangrat per las firidas rebudas, caygue y mori. Lo présent cas se es se rit per ser raro y no aver vist james une tal révolta contre un misérable qui exécuta la volontat del rey. Ara la justicia fa perquisitions, pero se creu que lo crim restara inult, perque :

Crimen commissum per tumultum.

Fere semper inultum.

G. 242. fo 49 vo. Mémoires de Saint-Jean.

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