CONCLUSIONS
Le régime de l'infamie juridique est aujourd'hui aboli, et rien dans les tendances de l'esprit moderne ne fait supposer qu'il soit appelé à reparaître. Je ne crois pas qu'il y ait lieu de formuler une appréciation générale sur sa valeur. Ces jugements d'institutions mortes n'ont qu'une portée subjective : ils dépendent des idées acquises, du point de vue adopté, du postulatum plus ou moins déguisé d'où l'on part malgré soi. Il vaut donc mieux laisser à chaque lecteur le soin d'apprécier l'ancienne réglementation légale des professions réprouvées : il louera ou condamnera en toute sûreté et à sa guise.
Toutefois des faits exposés ci-dessus, et de l'état de mœurs qu'ils révèlent, il se dégage des constatations que je crois bon de formuler moi-môme, ayant lu sur la matière plus que je n'ai écrit, ayant mieux senti, je le crains, que je n'ai exprimé. Assurément il n'y a pas à regarder ces propositions comme absolues : les phénomènes historiques présentent une complexité faite pour inspirer à tout esprit sain l'horreur des généralisations. Ce n'est donc que pour le Roussillon et pour la période du XIV® au XVP siècle que je relève les observations suivantes : ^
I. — Permanence d'une idée de réprobation attachée à certaines professions.
IL — Variation dans l'objet de cette réprobation. — Au XIV® siècle comme au XVIIP, l'animosité publique est assez forte pour amener le massacre de certains infâmes ; mais à la première époque elle s'attaque aux usuriers, et à la seconde au bourreau.
III. — Irréductibilité individuelle des gens qui s'adonnent aux professions réprouvées. — Voyez les récidives des joueurs, des alcabots et des sœurs de Ste-Madeleine ; voyez aussi la persévérance de ces filles, même converties, à prendre des souteneurs.
IV. — Prospérité ou décadence des professions réprouvées se produisant en dehors de l'action des règlements. — Aucun n'a eu d'effet en Roussillon sur l'évolution des métiers infâmes.
V. — Caducité de la réglementation, causée par la rivalité des pouvoirs publics et la diversité de leurs intérêts.