‹ Les infections biliaires à Bacille "Perfringens"Chapitre 15 sur 28 · CONCLUSIONS DE CES EXPÉRIENCES · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS DE CES EXPÉRIENCES

Des expériences I et II, on peut conclure:

1° Le bacille Perfringens pousse dans un milieu contenant des sels biliaires à la concentration de 1/100", celle de la bile.

2° L’addition de sels biliaires au bouillon diminue l'abondance de la culture et l’odeur qu’elle dégage.

L’expérience III montre en outre que:

3° La quantité de gaz produite par la culture diminue, quand la concentration des sels biliaires dans le milieu augmente.

4° Le dégagement de gaz est retardé par l’addition de sels biliaires.

Les expériences IV et V vérifient les résultats précédents quant au développement moindre des cultures en milieu bilié.

Elles semblent aussi indiquer que:

5° La lyse bactérienne secondaire est plus précoce et plus intense dans les milieux contenant des sels biliaires que dans les tubes témoins.

L'expérience VI montre que:

6° Les résultats obtenus avec la bile sont absolument comparables à ceux qui ont été donnés par les solutions de sels biliaires.

De l'expérience VII, enfin, on peut conclure:

7° La bile exerce sur le B. Perfringens une action lytique faible.

Si l’on rapproche cette dernière conclusion de celles

qui la précèdent, on est en droit d'émettre l'hypothèse suivante :

8° L'action bactériolytique faible de la bile contrecarre constamment la culture de B. Perfringens. Insuffisante pour l’entraver, c’est elle qui en retarde le début, en limite l’intensité, en arrête précocement le développement.

Nous pouvons donc maintenant prendre parti dans la question controversée de l’action de la bile sur le bacille Perfringens. Si ce bacille pousse en bile pure, il est certain cependant que la bile exerce une action défavorable sur ses cultures; elle en diminue l’intensité, en retarde l’apparition, en réduit le dégagement gazeux et l'odeur, en hâte la lyse secondaire.

Ces résultats se rapprochent de ceux que le Professeur ROGER a obtenus en 1915. Ils expliquent bien la rareté des infections biliaires expérimentales à B. Perfringens.

Nous avons contrôlé rapidement que cette action de la bile sur les cultures du B. Perfringens n'était pas particulière à la souche que nous avions.

M. le Professeur DE LAVERGNE, en partant des selles d’un individu sain, a pu isoler une autre souche de B. Perfringens.

Cette nouvelle souche, comme la première, poussait en bile, et nous avons retrouvé aussi l’action défavorable de la bile sur les cultures.

Il serait intéressant de savoir aussi si la bile modifie le pouvoir pathogène du B. Perfringens. Maïs sur ce point, nous ne pouvons pas conclure avec fermeté.

Nous avons injecté à deux cobayes, sous la peau de la patte, 1 cm° de culture de B. Perfringens, culture en bouillon à l’un, culture en bile à l’autre. Contrairement à notre attente, les deux cobayes sont morts très rapidement, et l’évolution a même été plus rapidement fatale chez l’animal qui avait reçu la culture en bile.

Nous nous sommes expliqué ce fait par l’action caustique de la bile. Nous avons vérifié que l’injection sous-cutanée au cobaye de 1 cm° de bile, ou de 1 em° de bouillon contenant des sels biliaires au taux de 1 %, détermine à elle seule une lésion locale nette, qui peut favoriser et hâter le développement de la gangrène gazeuse.

Nous avons cherché à éliminer cette cause d’erreur. Pour cela, nous avons pris deux cultures de 24 heures de B. Perfringens en bouillon pur et en bouillon additionné de sels biliaires au taux de 1 %. Ces deux cultures ont été centrifugées, et les culots obtenüs ont été lavés trois fois à l’eau physiologique; débarrassés alors de toute trace de bouillon pur ou bilié, ils ne se présentaient cependant pas sous le même aspect dans les deux tubes. Le culot de la culture biliée était plus noir que celui provenant d’une culture en bouillon; il était aussi moins abondant.

Les deux culots ont été redissous une dernière fois dans des quantités différentes de sérum physiologique, de façon à avoir approximativement dans les deux liquides la même teneur en corps microbiens. Nous avons injecté à un cobaye par voie souscutanée 1 cm° du sérum tenant en suspension les

B. Perfringens provenant du bouillon; un autre cobaye a été inoculé de la même façon avec les bacilles provenant de la culture en milieu bilié. Ces deux animaux ont encore présenté des lésions à peu près identiques.

Nous pensons donc, mais sans pouvoir l’affirmer de façon certaine, car des causes d’erreur persistent, que le B. Perfringens, cultivé en milieu bilié, garde intact son pouvoir pathogène.

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