ÉTUDE CLINIQUE
En clinique, l'étude des infections biliaires à Bacille Perfringens se heurte à de nombreuses difficultés. Tout d’abord les examens bactériologiques pratiqués sur les cadavres ont peu de valeur. On sait que, après la mort, les microbes anaérobies intestinaux envahissent progressivement les tissus et entraînent la putréfaction du cadavre. Pour parler d'infection biliaire, il faut démontrer l’existence du Bacille Perfringens dans les voies biliaires pendant la vie.
La seule méthode de certitude paraît être le prélèvement aseptique pratiqué au cours d’une opération chirurgicale, mettant cholédoque ou vésicule à nu. Mais elle exige une collaboration étroite du chirurgien et du bactériologiste. Elle fera connaître la flore pathologique qui crée les lésions pour lesquelles le chirurgien est intervenu. Elle ne permettra pas d’étudier la flore saprophytique normale, ni celle des ictères infectieux, angiocholites, cholédocites, affections purement médicales. Elle est d’une technique délicate car l’expérience a montré qu’il fallait prélever une quantité assez grande de bile. Faite avec soins, elle peut encore laisser ignorer une infection
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que seul l'examen bactériologique des paroïs vésiculaires peut déceler. Enfin les opérations sont pratiquées presque toujours pour cholécystite chronique. Or un auteur allemand, WAGNER, a montré que les microbes sont très abondants lors de la première crise douloureuse, puis l’organisme s’en débarrasse au fur et à mesure de l’évolution vers la chronicité. Une nouvelle crise de colique vésiculaire s’accompagne d’une nouvelle multiplication des germes. Le chirurgien cherche à opérer «à froid », c’est-à-dire à un moment inopportun pour le bactériologiste.
Aussi a-t-on cherché à étudier la flore des voies biliaires par un autre procédé, le tubage duodénal, et, par l’hémoculture, à reconnaitre l’agent causal des cholécystites.
Le tubage duodénal ne semble pas avoir donné, au point de vue bactériologique, des résultats nets. Sa technique est difficile. Il faut user d’un tube stérile, fermé à son extrémité par une lame d’une substance ne se dissolvant que dans le duodénum. Il faut en outre procéder à un nettoyage soigneux de la bouche et des dents. En un mot, il faut prendre de grandes précautions et, malgré tout, les souillures accidentelles ne peuvent être totalement éliminées. LIBERT a fait dans sa thèse l'étude bactériologique du suc duodénal. Il a recherché surtout le bacille typhique et le bacille de Koch. Il a trouvé ce liquide très pauvre en bactéries, Colibacille, staphylocoque, levures, et souvent même stérile. L'étude de la bile B, dans des cas pathologiques a donné des résultats très variables. HUNTEMULLER trouve le staphylocoque dans 60 %
des cas, le Colibacille dans 12 %, rarement le streptocoque ou un paratyphique. MEYER trouve l’entérocoque dans 41 % des cas. Pour LIBERT, c’est le streptocoque hémolysant et le Colibacille qui dominent. RATHERY trouve fréquemment des anaéorobies. VA- CHEZ apporte les résultats suivants:
Colibacille 7 Cas Entérocoque : 2 cas Staphylocoque: 1 cas Eberth I Cas Bile stérile À Cas
M. le Professeur DE LAVERGNE a étudié bactériologiquement quelques biles de tubage duodénal. Il y a rencontré un streptocoque anaérobie facultatif, le colibacille, le staphylocoque. Jamais il n’est parvenu à mettre en évidence le Bacille Perfringens dans aucune des trois biles À, B ou C. Cette recherche est même restée négative chez le malade qui était atteint d'ictère catarrhal à B. Perfringens et dont l’observation est rapportée plus loin. Personnellement, nous n'avons pu examiner qu'une bile obtenue ‘par tubage. Sa mise en culture nous a donné un staphylocoque, poussant plus rapidement en anaérobiose qu’en aérobiose.
Les cultures de bile B donnent donc suivant les auteurs des résultats extrêmement différents. C’est là une technique bactériologique difficile, qui n’a pas encore été suffisamment étudiée, pour qu’on puisse accorder grand crédit à ses résultats.
Quant à l’hémoculture, nous tiendrons compte des indications données par elle, bien que certains auteurs aient décrit des bactériémies transitoires à Bacille Perfringens, à caractère absolument épisodique, sans influence sur l'allure clinique de l'affection première et sans relation étiologique avec elle. Nous considérons cependant que l’existence d’une hémoculture positive pour le Bacille Perfringens au cours d’une infection biliaire, plaide fortement pour l'intervention de ce même germe dans l’étiologie de cette infection.
Nous étudierons successivement les infections biaires qui se traduisent cliniquement par un syndrome d’angiocholécystite, puis celles qui provoquent l'apparition d'un ictère. De ces observations, nous chercherons à dégager la physionomie clinique habituelle des infections biliaires à B. Perfringens.