‹ Les infections biliaires à Bacille "Perfringens"Chapitre 8 sur 28 · MICROBISME NORMAL DES CANAUX HÉPATIQUES · texte numérisé non relu

MICROBISME NORMAL DES CANAUX HÉPATIQUES

Expériences Milieux aérobies Milieux anaérobies Chiens I, II et IV . — —- CHENE IEEE = Bacillus Funduliformis

MICROBISME NORMAL DES VOIES BILIAIRES INTRA-HÉPATIQUES Expériences Milieux aérobies Milieux anaérobies Cheb Ile. re s CRGELI TERRE —- ne Chiens IV et V ..…. — - Chen I trs — Bacille Perfringens

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En résumé, le cholédoque contient toujours des microbes anaérobies. Sur huit examens pratiqués, on a trouvé cinq fois le B. Perfringens.

Le contenu vésiculaire est rarement stérile. Le plus souvent sa flore est anaérobie, mais on n’y retrouve le B. Perfringens que deux fois sur vingt examens.

Sur le même point, ABRAMI, pour soutenir sa théorie des infections descendantes, a fait, lui aussi, quelques recherches. Il aboutit à des conclusions différentes. I] a expérimenté sur onze lapins et cinq chiens. Il a prélevé isolément la bile des différents segments des voies biliaires, séparés les uns des autres par des ligatures aseptiques. Dans tous les cas examinés, la bile vésiculaire, celle des canaux cystique et cholédoque dans ses deux tiers supérieurs, sont restées stériles hormis deux exceptions : une fois colibacille, une fois subtilis. Au contraire, toujours la culture de la bile du segment pariétal du cholédoque a montré la présence de nombreux germes aérobies et anaérobies, parmi lesquels le B. Perfringens a été parfois identifié.

ABRAMI donne d’ailleurs une autre preuve encore de cette infection constante du segment pariétal du cholédoque. IT place des ligatures le plus bas possible sur le cholédoque, et par ce procédé il détermine une infection de toutes les voies biliaires, une fois sur trois chez le lapin, deux fois sur trois chez le chien. Chez le lapin, cette infection était purement colibacillaire. Chez le chien, au colibacille s’associait, dans un cas le staphylocoque doré, dans l’autre l’entérocoque et le B. Perfringens.

LiPPMANN d’une part, ABRAMI de l’autre, s’accordent sur la présence possible du B. Perfringens dans les canaux biliaires normaux. Mais, pour celui-ci, le germe est localisé au tout dernier segment du cholédoque; pour celui-là, il est plus haut, au tiers supérieur du cholédoque et dans la vésicule.

Nous retiendrons surtout que, chez l’animal normal, le B. Perfringens peut vivre en saprophyte dans les voies biliaires, mais qu’on l’y rencontre rarement.

Les infections biliaires expérimentales

Expérimentalement, on peut provoquer chez l’animal, de façon certaine, le passage du B. Perfringens dans la bile après septicémie.

Les anciens auteurs avaient déjà remarqué que le B. Perfringens peut donner des localisations hépatiques, mais que ces localisations sont des abcès ordinaires, non des abcès putrides. En 1904, dans les belles recherches de GUILLEMOT, HALLÉ et RIST, nous trouvons l'expérience suivante:

« Lapin XXVTIT. — Inoculation dans les veines de 1 cm de liquide pleural du cobaye VIII (B. Perfringens en culture pure). Les urines deviennent sanguinolentes. L'animal meurt en six jours. A l’autopsie on trouve plusieurs abcès hépatiques, contenant le bacille Perfringens. Il y a péritonite de voisinage. » Comme on le voit, les auteurs ne signalent ni la présence de gaz, ni la mauvaise odeur, alors qu’ils avaient noté avec soin la présence de gaz putrides

dans la plèvre du cobaye VIII, et que la souche n'avait rien perdu de son pouvoir pathogène puisque « le cobaye X reçoit 1/2 cm° de liquide pleural du même cobaye VIII dans la plèvre droite. Mort le lendemain. Gaz dans la plèvre droite. Sang du cœur laqué. »

En 1907, Risr et RIBADEAU-DUMAS démontrent l'existence non seulement d’abcès du foie, mais encore d’angiocholite au cours des septicémies expérimentales à anaérobies. Pour eux, à côté de l’origine intestinale des infections biliaires à anaérobies, il faut penser aussi à l’origine sanguine. Nous rappellerons ici succinctement leurs expériences: des cultures des trois microbes anaérobies, le bacille thétoïdes de Guillemot et Rist, le bacille serpens de Veillon et Zuber, le bacille perfringens, sont injectées dans la plèvre du cobaye ou du lapin. Il en résulte la production d’une pleurésie putride. Ce liquide de pleurésie est alors injecté au lapin par voie intraveineuse. Sur trois lapins ainsi traités, deux meurent rapidement. Le troisième meurt le quatrième jour seulement, et l’autopsie démontre l’existence d’abcès du foie à microbes anaérobies, avec périhépatite et ulcération d’une plaque de Pever du cœcum.

Histologiquement, l'examen du foie a montré d’une part des lésions inflammatoires correspondant aux abcès, d’autre part des lésions d’angiocholite sans péri-angiocholite.

Expériences personnelles

Nous avons repris cette étude, en prenant pour animal d'expérience le cobaye. Nous sommes partis d’une culture de B. Perfringens en bouillon sous huile de vaseline, culture repiquée 24 heures auparavant, mise à l’étuve à 37° et ayant abondamment poussé au moment des inoculations. Nous avons inoculé au cobaye 1 cm° ou 1/2 cm° de cette culture, par injection souscutanée sous la peau de la patte. Cette injection a toujours provoqué chez l'animal, localement, une gangrène gazeuse typique, avec vastes décollements remontant haut sur l’abdomen, débris sanieux et gaz putrides. Sur un lot de ces cobayes, nous avons laissé évoluer l'affection jusqu’à la mort de l'animal. L’autopsie a été pratiquée le plus tôt possible, et les prélèvements pour examen bactériologique pris sur ces cadavres. L’issue fatale n’a d’ailleurs jamais tardé plus de 72 heures. L’incision précoce des phlegmons gazeux ne nous a pas paru accroître de facon notable la survie des animaux. Un autre lot de cobayes a été sacrifié quelques heures après l’inoculation souscutanée, et les prélèvements effectués aussitôt. Ces prélèvements ont porté toujours sur le sang du cœur et la bile vésiculaire, parfois aussi sur l’urine vésicale. Les organes ont été cautérisés au fer rouge, et par lescharre ainsi produite, une pipette stérile perforait les parois et permettait d’aspirer les liquides à examiner. Ceux-ci ont été ensemencés en bouillon profond sous huile de vaseline et placés à l’étuve à 37°.

EXPÉRIENCE I

Trois cobayes reçoivent, sous la peau d’une patte, 1/2 cm de culture fraîche de B. Perfringens.

24 heures après. — L'un de ces trois cobayes est mort. On sacrifie l’un des deux survivants. Prélèvements aseptiques dans cœur, vésicule biliaire et vessie. Le lendemain on pourra mettre le B. Perfringens en évidence dans le tube ensemencé avec le prélèvement vésical.

48 heures après. — On sacrife le troisième cobaye. On pratique les prélèvements de bile et de sang. Après séjour à l’étuve il y a culture, visible d’abord dans le tube ensemencé avec le sang, quelques heures après seulement dans le tube de la bile. B. Perfringens en culture pure dans les deux tubes.

EXPÉRIENCE ll.

Un cobaye est inoculé avec 1 cm de culture fraîche en injection sous-cutanée. IT est sacrifié 17 heures après.

Présence du B. Perfringens dans le sang du cœur, l’urine vésicale et la bile vésiculaire. Ici encore la culture dans le tube ensemencé avec la bile apparaît plus tardivement que les deux autres.

EXPÉRIENCE III

Un cobaye est inoculé avec 1 cm° de culture fraîche de B. Perfringens. Il est sacrifié le lendemain.

Prélèvements dans la vésicule biliaire, le cœur, la vessie.

Après 5 heures, cultures nettes de B. Perfringens dans les tubes contenant prélèvements du cœur et de la vessie. Après 24 heures, cultures du B. Perfringens dans le troisième tube (bile).

EXPÉRIENCE IV

On inocule par voie sous-cutanée six cobayes : trois avec 1 cm° de culture fraîche de B. Perfringens (cobayes marqués de rouge), et trois avec 1/2 cm° de la même culture (marqués de violet).

Le lendemain, soit 24 heures après, deux cobayes rouges et un violet sont morts.

On incise les phlegmons gazeux des trois autres.

Après 48 heures, on constate la mort d’un cobaye rouge et d’un violet. Le dernier périra quelques heures après.

Tous ces cobayes ont été autopsiés. Prélèvements pratiqués dans le cœur et la vésicule biliaire.

Toutes les cultures donnent du B. Perfringens à l’état pur, sauf un tube où la présence simultanée d’un coccus gram positif aéro-anaérobie peut être attribuée à une souillure accidentelle.

Dans la majorité des cas, les tubes ensemencés avec la bile poussent avec retard par rapport aux tubes contenant le sang.

A la suite de ces expériences, on peut conclure:

1° L’injection de 1/2 cm° ou 1 cm° de culture fraiche de B. Perfringens par voie sous-cutanée au cobaye, détermine toujours l'apparition d’une gangrène gazeuse au point d’inoculation, et la mort de l'animal dans un délai de 48 heures environ.

2° Chez tous les animaux, après quelques heures, il y a présence du B. Perfringens dans le sang.

3° Chez tous il y a aussi présence du B. Perfringens dans la bile.

4° Dans les tubes ensemencés avec la bile, les cultures poussent avec retard par rapport aux tubes contenant les prélèvements du cœur.

Rappelons que, dès 1907, LEMIERRE et ABRAMI ont démontré que chez l'animal, par injection intraveineuse des germes les plus variés: bacilles du groupe typhique ou coli, staphylocoque doré, pneumobacille de Friedländer, bactéridie charbonneuse, on détermine presqu’à coup sûr, l'élimination de ces mêmes germes par la bile. Pour d’autres bactéries : pneumocoque, streptocoque, entérocoque, l'élimination par la bile serait beaucoup plus rare. FULD, en 1927, obtient lui aussi chez le chien, 10 minutes à 7 heures après l’injection intraveineuse, le passage du staphylocoque dans la bile.

Nos expériences permettent d'ajouter le B. Perfringens à la liste des germes, dont l'élimination par la bile est constante quand il y a septicémie. Elles démontrent aussi que chez le cobaye, la gangrène gazeuse s'accompagne toujours du passage dans le sang du B. Perfringens.

On distingue avec soin les bactériémies transitoires des septicémies. La bactériurie n’est pas non plus toujours synonyme d'infection urinaire. L’élimination des microbes par la bile ne se complique pas forcément d'infection biliaire.

« La présence de bacilles dans la vésicule et les voies biliaires, dit ROGER, dans son traité de physiologie, ne suscite souvent aucune réaction appréciable et ne provoque aucun trouble. Les bacilles qui colonisent ainsi dans les voies biliaires, s’éliminent constamment par les matières fécales, et les sujets sains porteurs de germes peuvent servir à la dissémination des infections. Dans d’autres cas, l’infection de la vésicule se traduit par le développement de lésions catarrhales qui finissent par guérir ou aboutissent au développement de cholécystites ou d’angiocholites suppurées. » Dans le premier cas, il y a « bactéricholie », simple décharge de germes sans lendemain, sans séquelles : les canaux biliaires sont intacts, la bile très rapidement redeviendra stérile. L’infection biliaire, au contraire, c’est la multiplication des germes dans les voies biliaires, dont les paroïs vont être lésées. L’élimination des microbes par la bile peut cesser, l’infection biliaire persistera. Elle évoluera pour son propre compte. C’est une localisation secondaire de l’infection originelle. Elle se traduira d’ordinaire par des symptômes cliniques particuliers, elle aura sa durée propre, son pronostic, sa thérapeutique.

Dans les septicémies expérimentales à B. Perfringens, y a-t-il seulement élimination transitoire des bactéries par la bile, ou bien infection biliaire vérita-

ble ? Autrement dit, il s'agit de savoir si le bacille Perfringens passe «en transit » dans les voies biliaires pendant la durée de la septicémie, ou si, à l'opposé, il & prend pied » dans la vésicule, s’y multiplie et y persiste, une fois l'infection sanguine terminée.

Il faut donc provoquer, chez le cobaye, une septicémie transitoire et curable à B. Perfringens, démontrer l'élimination du microbe par la bile pendant la septicémie, puis voir s’il persiste ou non dans la bile quand le sang est redevenu stérile. Mais la tâche n’est pas facile, car le cobaye est extrêmement sensible au B. Perfringens.

Anaérobie strict, cet agent pathogène ne trouve pas dans le sang des conditions favorables à son développement. Il n’y persiste que si un foyer d’infection locale déverse constamment le bacille dans le courant circulatoire, et alors la mort survient rapidement. Dans les autres cas, le bacille ne se retrouve dans le sang que d’une façon transitoire, et la guérison est possible.

Aussi, avons-nous d’abord cherché à produire un foyer gangréneux local, rapidement curable. Pour cela, nous avons injecté par voie sous-cutanée à des cobayes 2/10° de em, puis 1/10° de cm° d’une culture semblable à celle qui avait servi à nos premières expériences. Les cinq animaux ainsi traités ont fait des phlegmons gangréneux étendus, et sont tous morts en trois jours au maximum. [ls nous ont permis encore une fois de vérifier, dans ces infections mortelles, la présence du B. Perfringens en culture pure

ne, en

et dans le sang et dans la bile. Maïs notre but n’était pas atteint. Nous avons alors introduit directement quelques gouttes de culture dans la vésicule, mise à nu par une petite incision cutanée, et suturée immédiatement après l'expérience. Mais les cobayes moururent rapidement, probablement par infection du péritoine, la suture de l’orifice laissé par l’aiguille sur la vésicule étant impossible. C'était un nouvel échec.

Un dernier procédé, l'injection intracardiaque de faibles doses de culture, nous permit enfin de réaliser chez le cobaye des infections sanguines transitoires et curables. L’injection intracardiaque est faite sans anesthésie, et au travers des téguments de la région précordiale simplement épilés et iodés. L’irruption brusque du sang dans la seringue indique que l'aiguille est dans le cœur.

EXPÉRIENCE I

Le 21 novembre 1932. — Injection à un cobaye de 1/2 cm° de culture de B. Perfringens (culture en bouillon, repiquée 24 heures auparavant) dans le cœur.

Le 24 novembre 1932. — On sacrifie le cobaye. Prélèvements: sang, bile, urine.

Présence de B. Perfringens dans le tube ensemencé avec le sang.

Pas de culture dans les tubes contenant la bile et l'urine.

EXPÉRIENCE II

Le 21 novembre 1932. — 1/2 cm° de culture fraîche de B. Perfringens à un cobaye (injection intracardiaque).

Cobaye sacrifié le 26.

Après prélèvements aseptiques, ensemencements en bouillon profond sous huile de vaseline, et séjour de 24 heures à l’étuve, le sang et la bile se montrent stériles.

EXPÉRIENCE III

Le 15 décembre 1932. — Injection intracardiaque à deux cobayes de 1/2 cm° de culture.

L’un des cobayes meurt 5 heures après l'injection.

L'autre est sacrifié le 19 décembre. Les liquides prélevés (sang et bile) ne donnent lieu à aucune culture en anaérobiose.

EXPÉRIENCE IV

Le 16 décembre 1932. — Injection intracardiaque à un cobaye de 1/2 em° de culture de B. Perfringens.

Cobaye sacrifié le 18 décembre. Présente de B. Perfringens dans les bouillons ensemencés avec le sang et la bile.

EXPÉRIENCE V

- Le 19 décembre 1932. — Injection intracardiaque de 1/2 cm° de culture à un cobaye.

Animal sacrifié le 20 décembre. Le sang et la bile sont stériles.

EXPÉRIENCE VI

Le 28 décembre 1932. — Deux cobayes reçoivent dans le cœur 1/2 cm° de culture de B. Perfringens.

L'un des cobayes meurt le 29 au matin. Les cultures montrent la présence du B. Perfringens dans le sang du cœur, la bile vésiculaire, l'urine vésicale.

Le 31 décembre, on sacrifie le cobaye survivant. La bile et le sang contiennent le B. Perfringens.

EXPÉRIENCE VII

Le 31 janvier 1933. — Injection intracardiaque de 1/10° de cm° de culture en bouillon de B. Perfringens à deux cobayes.

L’un meurt quelques heures après l'injection. L’autre est sacrifñé le 7 février par inhalation de chloroforme.

Aucun germe ne pousse en anaérobiose, ni dans le sang, ni dans la bile, mis en culture.

EXPÉRIENCE VIII

Le 1° février 1933. — Injection intracardiaque à trois cobayes de 1/10° de cm de culture.

L’un d'eux mourra 3 heures après l’injection. Sa bile prélevée contient le B. Perfringens à l’état pur.

Le 2 février un deuxième cobaye est mort, 29 heures après l’inoculation. L’autopsie montre une hémopéricarde putride et un hématone médiastinal également infecté. Le sang du cœur donne une culture de B. Perfringens. La bile est stérile.

Le 13 février on sacrifie le seul cobaye survivant.

Sang et bile sont stériles.

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