CONCLUSIONS
1° Chez le cobaye, l'injection intracardiaque de faibles doses de cultures de B. Perfringens provoque, sauf exception, une bactériémie transitoire et curable.
2° Pendant la phase de bactériémie, il y a élimination du microbe dans la bile.
3° Quand cesse la bactériémie, le microbe disparaît de la bile vésiculaire.
Ces expériences montrent bien que le B. Perfringens ne cultive pas volontiers dans les voies biliaires intactes. Il n'y prend pas pied dans les conditions normales et l'infection biliaire véritable post-septicémique doit être exceptionnelle, à moins de lésions préexistantes des conduits biliaires.
ABRAMI s’est livré autrefois à des expériences du même type, avec le bacille d’Eberth. « Dans la bile, dit-il, on ne retrouve les bacilles d'Eberth qu’assez rarement après la fin de la bactériémie. Cependant, leur persistance dans la vésicule biliaire peut s’observer bien longtemps après la guérison de l’infection sanguine; nous l'avons plusieurs fois constatée 13 et 15 jours après l’inoculation intraveineuse, FGRSTER et KAvSsER, 6 semaines après; CUSHING, 3 mois; BLACHSTEIN, 109 jours; DGRR, 120 jours; WELSCH, 128 jours après l'injection virulente. » En outre, le B. d'Eberth détermine, en s’éliminant par la bile, des altérations des voies d’excrétion: cholécystite catar-
rhale légère, ou cholécystite aiguë purulente, parfois avec ulcérations.
Le B. Perfringens, comme le B. typhique, s’élimine par la bile en cas de septicémie. Mais quand cet anaérobie a disparu du sang, on ne peut plus le retrouver dans les voies biliaires. Dans toutes nos expériences, la vésicule n’a jamais présenté de lésions macroscopiques.
Ces différences entre les deux germes, bien mises en évidence par les recherches de laboratoire, sont importantes, car elles permettent d'expliquer bien des faits cliniques.
Bacille Perfringens et Bile
L’infection biliaire vraie à B. Perfringens est exceptionnelle, alors que l’élimination par la bile de cette bactérie est constante au cours des septicémies.
Cherchant à s'expliquer cette anomalie, on est amené à penser que le B. Perfringens rencontre dans les voies biliaires des conditions défavorables à son développement. Pour le sang, c’est l’oxygénation trop grande du milieu qui empêche la multiplication du germe; mais dans la vésicule et le tiers supérieur du cholédoque, l’anaérobiose paraît être réalisée. Les principaux agents d'infection biliaire: colibacille, bacille du groupe typhique, sont des anaérobies facultatifs. Peut-être alors est-ce la bile elle-même qui, sans entraver complètement la culture du B. Perfringens, constitue pour lui un milieu peu favorable?
Pour vérifier cette hypothèse, aux expériences #7
vivo faites jusqu'ici, il faut substituer des expériences in vitro, pour étudier comment se comporte le bacille Perfringens en milieu bilié.
Cette étude a déjà été faite, et on admettait classiquement jusqu'ici que la bile empêchait le développement des cultures du B. Perfringens. C’est du moins une affirmation, émise pour la première fois en 1920, par GARNIER et REILLY, et reprise après eux par M. le Professeur DE LAVERGNE dans son rapport en 1927, par BAIZE dans une revue générale, par WEILL dans sa thèse.
Cette notion ne nous a pas paru s’accorder avec nos résultats expérimentaux, déjà obtenus. Elle est en opposition avec les constatations de quelques autres chercheurs. En effet, THIROLOIX et STÉ- VENIN, en 1008, étudient très complètement au point de vue bactériologique un bacille d’Achalme, agent d’une pleurésie putride. Ce bacille, disent les auteurs, est encore appelé bacille Perfringens, et plus loin ils constatent que ce microbe pousse sur bile.
De même, J. Loris MELIKÔW en 1913, cherchant à cultiver les bactéries des selles des typhiques, ensemence sur bouillon dilué de bile à parties égales, afin d’avoir un bon milieu pour le bacille d’Eberth. Par ce procédé, il parvient aussi à mettre en évidence le B. Perfringens, dont la bile n’a donc pas entravé la culture.
En 1915, RoGERr étudie le rôle antiputride de la bile. Il constate que la bile favorise le développement du colibacille au détriment des anaérobies. « Aïnsi, dit-il, le B. Perfringens, le B. Butyricus, quand ils
sont en culture pure, ne sont nullement gênés par la bile, mais dans une culture mixte avec le B. Co, ils sont étouffés par leur associé. » ROGER montre aussi que la bile empêche l’action des ferments microbiens, tant de putréfaction que de fermentation.
Surpris par ces contradictions, nous avons entrepris quelques expériences de contrôle, pour établir exactement l’action de la bile sur le bacille Perfringens. |
Maïs on sait que c’est à la présence des sels biliaires que la bile doit la plupart de ses propriétés, et notamment son action favorisante ou empêchante sur les cultures bactériennes.
Nous avons donc institué deux séries d’expériences, l’une avec des solutions de sels biliaires à des concentrations variables, l’autre avec la bile de bœuf elle-même. Rappelons, pour fixer les idées, que chez l'Homme, les sels biliaires sont dans la bile à une concentration très légèrement inférieure à 1/100°.
EXPÉRIENCE l.
Une souche de B. Perfringens, datant de 24 heures, ayant subi au préalable un passage sur le cobaye, est ensemencée en bouillon profond, additionné de taurocholate de soude à des dilutions variables : 1/10°, 200 ,1/100 M/600 41000:
Après un séjour de 3 heures à l’étuve, à 37°, on observe déjà une culture abondante dans les tubes au 1/50°, 1/100°, 1/500°, 1/1000°, maïs rien n’a poussé dans le tube au 1/10°.
5 heures et demie plus tard, début de culture dans le tube au 1/10°. Dans le même tube, après 24 heures, la culture est beaucoup moins abondante que dans les autres tubes. Elle est sans odeur.
EXPÉRIENCE Il.
Dans cette expérience et les suivantes, nous avons utilisé une solution au 1/25° dans l’eau distillée du mélange de sels biliaires vendus par la maison Poulenc. Cette solution a été ajoutée au bouillon ordinaire pour obtenir les dilutions voulues. La quantité totale du mélange: bouillon + solution au 1/25° de sels biliaires, a toujours été de 20 cn.
Nous avons pris quatre tubes et y avons mis Îles mélanges suivants:
Tubes Concentration du Solution au 1/25 Bouillon mélange en sels biliaires (RE RC 1/250 2 cm° 18 cm TRE RAR 1/200 NC NS 17 CM 5 08 En PTE 1/100 5 cmÿ 15 cm GRR ONE ER 1/60 1000025 1f-CcH 107
Ces tubes ont été passés à l’autoclave à 120° pendant 20 minutes, puis ensemencés avec 4 gouttes d’une culture fraîche de B. Perfringens, recouverts d’une couche d’huile de vaseline et placés à l’étuve
dv
re
Après 24 heures, on note:
Tube 1: belle culture avec odeur nettement perceptible.
Tube 2: culture d’odeur faible.
Tube 3: culture beaucoup moins dense et sans odeur.
Tube 4: pas de culture visible.