LA FORME FÉTIDE DES INFECTIONS BRONCHIQUES
Nous ne pouvons mieux faire pour rappeler les principaux signes cliniques de la bronchite fétide que de donner .ici même l'observation du malade qui fut Pobjet
d’une des Cliniques d’Empis à la Pitié en 1863.
Observation d'Empis. — C'était un ouvrier papetier, d’une bonne constitution, âgé dé 40 ans: Il fut pris dans les premiers jours d'avril de cette année (1863), d'une toux accompagnée d’expectoration abondante, d’une sorte de vomique ayant mau- vaise odeur. <
Cette toux et cette expectoration ne firent qu'augmenter et l'odeur qu'il exhalait était telle, qu'il dût quitter l'atelier, ses camarades ne pouvant plus supporter son voisinage. Il rentra alors à l'hôpital où on put constater l’odeur nauséabonde qu'il répandait chaque fois qu'il toussait et crachait.
Son crachoir était rempli d’une matière glaireuse, transparente, incolore, tenant en suspension une foule de petites masses inégales de mucus opaque qui nageaient dans la partie incolore de l’expectoration, Je out ayant une odeur spéciale et très désagréable qui rappelait la gangrène du poumon.
La conformation du thorax ne présentait rien de particulier, la percussion donnäit partout un son clair et normal, l’auscultation révélait seulement en arrière et au côté droit de la poitrine au-
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dessous de l’angle de l'omoplate quelques râles muqueux, humides, à bulles inégales qui se déplacaient en partie par les secousses de toux et ne s’accompagnaient d’aucun retentissement de la voix. Le malade ne souffrait pas et faisait de grandes inspirations sans ressentir la moindre douleur, il se nourrissait bien et n'était pas oppressé. Cependant, il était obligé de se coucher sur le côté droit pour dormir, sinon il étouffait et était souvent réveillé la nuit par la toux et l’expectoration. ù
En définitive, il était atteint d’une bronchorrhée très fétide, dont le début ne remontait pas à trois mois et qui n’altérait pas
sa santé générale.
Telle est l'observation du malade d'Empis; qu’on nous permette de donner ici quelques-unes des réflexions que
ce cas lui suggéra. On yerra que déjà à cette époque
les principaux caractères cliniques de la bronchite fêtide étaient connus.
Parmi les signes qui accompagnent cette affection, dit Empis, et qui lui donnent son cachet spécial, se trouve l’expectoration. RS |
La quantité varie avec les malades ; chez celui qui fait l’objet de cette observation, elle était d’un litre environ par 24 heures, mais chez un individu que j’ai soigné l’année dernière, elle atteignait 4 à 5 litres. Et cette expectoration se fait le plus souvent par vomiques. Le malade restant 4 ou 5 heures sans tousser ni cracher, puis étant pris tout d’un coup d’une quinte que suivait une expectoration fêtide et abondante.
Cette fétidité, dit encore Empis, est un autre caractère de l'affection. Elle est telle qu’on range souvent les bron-
oi.
En chites fétides parmi les gangrènes pulmonaires dont elle est pourtant bien distincte. LES
Il faut ajouter aux signes précédents le peu d’oppression qu’éprouve le malade, et l’absence de douleur thoracique, ainsi que le peu de rapport qui existe entre les signes perçus dans la poitrine et l’expectoration. L’auscultation, en effet, révèle souvent bien peu de chose. A peine découvre-t-on quelques râles muqueux qui se dépla-. cent d'ailleurs avec les secousses de la toux.
Dans un cas, Empis trouva à l’autopsie une vaste caverne bronchique ; l’auscultation n’avait révélé, ni pectoriloquie, ni retentissement de la voix.
Dans l'observation que je publie et que j'ai prise à
| l'Hospice Gènéral, on entend, au contraire, de véritables bruits cavitaires.
Empis discute ensuite la différence anatomo-pathologique qui existe entre la gangrène pulmonaire et Ia bronchite fétide ; puis il termine par l’exposé de deux autop-
sies qu’il a faites avec un Soin minutieux.
ÿ Aulopsie. — Il trouva les bronches dilatéés, mais ce
qu'il y avait de plus intéressant était de savoir s’il y avait
gangrène où ulcération.
Parmi ces dilatations les unes étaient à peu prés vides,
les autres remplies d’un mucus mélangé de mousse, d’au-
tres enfin d’un mucus épais et casèiforme. Presque tous 2 - . étaient recouverts d’une membrane lisse et luisante qui n’était autre que la muqueuse bronchique modifiée. Tan-
tôt elle apparaissait grisâtre ardoisée, et tantôt lie de vin.
Dans quelques endroits cependant après lavoir lavée
on constatait que la paroi bronchique n’était plus lisse mais tenue grisâtre et finement grenue. La muqueuse êtait dètruite et la paroi de la cavité était constituée par les vésicules pulmonaires elles-mêmes qui, .lorsqu’on venait à comprimer la partie voisine, laissaient à la partie interne de la dilatation bronchique une mousse fine provenant de l'ouverture directe des vésicules dans la cavité accidentelle.
En somme, il paraît rationnel d’admettre que la maladie consiste en une altération pathologique spéciale de la membrane muqueuse des bronches, en vertu de laquelle ces canaux se dilatent en même temps que leur surface interne sécrète cette quantité prodigieuse de matière fétide.
Telles sont les réflexions que suggéra à Empis le malade dont il publia l’observation. Il manque un complèment d’études expérimentales, nécessaires pour en établir la pathogénie réelle. | :
Déjà, des idées ont été émises qui font découler certaines bronchites fètides de la stagnation des mucosités dans les bronches dilatèes (Moitier) (1). Déjà aussi deux auteurs, parmi lesquels nous sommes heureux de citer notre maître M. le professeur Rappin (2), ont étudié au point de vue bactériologique ces bronchites fêtides. D’après les recherches auxquelles se sont livrés MM. Rappin et Lumnitzer, il semblerait quil peut exister des germes capables de donner tout au moins dans des cultures une