INFECTIONS DUES AUX CESTODES
En ce qui concerne les Cestodes, deux faits de parasitisme dominent la pathologie infantile: ce sont les infestations par ie Dipylidium caninum et par l’Hymenolepis nana. Nous étudierons des cas de parasitisme dus à d’autres Cestodes, mais ce sont chez l'enfant et surtout chez le tout petit enfant des exceptions et presque des curiosités, tandis que les deux parasites que nous venons de citer sont beaucoup plus fréquents.
Tænia solium et Tænia saginata
Le Tænia solium etle Tænia saginata peuvent se rencontrer chez l'enfant. Le Ténia est considéré par G. Railliet comme assez fréquent chez les enfants à Paris, mais cet auteur ne spécifie pas de quel Ténia il s'agit.
En France et à Paris (1), le Tænia saginata est beaucoup plus commun que le Tænia solium. En quatre mois, à l'hôpital des Enfants Malades, G.Railliet a observé quinze cas degrand Ténia. En Danemark, Krabbe trouve 10 enfants sur 1000 porteurs de Ténias; à Vienne, Monti observe jusqu'à 18 cas sur 1000 enfants malades. Les chiffres varient d'ailleurs avec les auteurs et suivant leur compétence en helminthologie. è
Ce qui est intéressant, c'est l’âge des petits malades. Nous laissons de côté le fœtus, pour léquel on ne possède que deux observations d'ailleurs très suspectes. G. Railliet rapporte
(1) R. Blanchard, Notices sur les parasites de l'Hommé. — Première série : De l'existence et de la prédominance anciennes du, Tænia saginata dans l’Europe occidentale. Mémoires de la Soc: de. biologie, (9), IV, p. 242-258, 1892. à
vingt-huit observations sérieuses de Tænia (solium où saginata) chez l'enfant au-dessous de deux ans. Le maximum de fréquence paraît, d'après Monti, se produire entre un et trois ans; il y aurait moins de cas de cinq à huit ans, puis, vers la puberté, le Ténia deviendrait plus fréquent.
Quoi qu'il en soit, ce genre de parasitisme est sous la dépendance étroite du régime alimentaire. Le Ténia inerme étant transmis par la viande de Bœuf et le Ténia armé par la viande de Porc, la prédominance de l’un ou l’autre parasite sera fonction du rôle que joueront ces viandes, consommées crues ou mal cuites, dans l'alimentation de l'enfant. La viande crue pilée, donnée comme moyen thérapeutique dans les diarrhées chroniques, à un effet très manifeste sur l'augmentation des cas de Ténia inerme chez les jeunes enfants; aussi est-il préférable de leur donner, non du Bœuf, mais du Mouton ou du Cheval, chez lesquels il n’y a pas de Cysticerques:
Le parasitisme produit par le Ténia inerme et le Ténia armé ne se manifeste généralement par aucun trouble chez les Jeunes enfants; les troubles digestifs et nerveux, si fréquents avec le Dipylidium caninum et l'Hymenolepis nana, sont ici fort rares. Le plus souvent, la présence du Ver n’est indiquée que par l'expulsion des anneaux dans les selles (Tænia solium) où leur sortie active dans l'intervalle des selles (Tænia saginala).
La prophylaxie de ces Vers consiste à surveiller l’alimentation des enfants et à supprimer la consommation du Bœuf et du Porc crus.
Cysticercose
Outre le parasitisme intestinal, ces deux Cestodes peuvent encore produire des accidents beaucoup plus graves, lorsqu'ils s'installent chezl'enfant, à l’état de larve et produisent la ladrerie ou cysticercose. Bien que le maximum de fréquence de cette maladie se manifeste entre.vingt et quarante ans, on
l'observe pourtant dès la première enfance. Heller à cité le cas d’un enfant de six mois, qui avait un Cysticerque dans le mésentère; Virchow à vu un Cysticerque dans la suture coronaire d'un enfant de neuf mois; Karewsky cite le cas d’un nourrisson ladre dont la mère avait le Ténia. Dans son très important ouvrage, écrit sous la direction et le contrôle du Professeur R. Blanchard, M'° Elise Volovatz rapporte que les Cysticerques ont été trouvés dans le placenta, ce qui pourrait justifiér la présence de ces larves chez le nouveau-né.
Vosgien a relevé des cas de ladrerie observés aux différents âges avec leurs localisations. Nous extrayons de son tableau les données suivantes :
LOCALISATION AGE EE —— OEIL CERVEAU | MUSCLES Peau et tissu Divers Généralisacellulaire organes tion
0 à 10 ans | 40 cas! 4 cas| 0 cas| 4 cas! 5 cas| 2 cas
10 à 20 ans |34 cäs| 7 cas | 0 cas| 2 cas| 0 cas| 2 cas
On voit qu'il y a un âge de prédilection pour certaines localisations. L'æil est l'organe le plus atteint entre un et dix ans; cette localisation présente 66 pour 100 des cas ; entre dix et vingt ans, elle ne représente plus que 64 pour 100.
La contamination se produit normalement par l'injection des œufs de Ténia. Il peut y avoir auto-infestation par régurgitation d’anneaux mûrs, mais le plus souvent l’infestation se produit par déglutition d'aliments ou d'objets souillés de matières fécales renfermant des débris d'anneaux mûrs. Le seul moyen prophylactique consiste à débarrasser de leurs parasites les enfants et les personnes de leur entourage.
Tænia echinococeus. — Kyste hydatique du foie
Il existe un Cestode dont la larve produit chez l'enfant des accidents redoutables et bien plus fréquents qu’on ne pourrait le penser. Nous voulons parler du Tænia echinococcus. On connaît chez l'enfant un bon nombre de cas de kyste hydatique ; les deux localisations les plus fréquentes sont le foie et le cerveau.
Le kyste hydatique du foie est assez fréquent chez l'enfant; il ne semble pas que le sexe ait une influence. Les statistiques dressées par R. Blanchard dans son Traité de Zoologie médicale nous renseignent sur sa fréquence relative chez les enfants âgés de 10 ans au plus : en Allemagne, Krummacher l’a observé 4 fois sur 65 cas d’échinococcose, Neisser 29 fois sur 500 cas ; en Islande, Finsen l’a vu 20 fois sur 245 cas. Des statistiques plus récentes, et par conséquent plus étendues, ont été établies par Pontou. Sur un total de 46 cas d’échinococcose infantile, cet auteur a relevé 22 kystes du foie, 10 du cerveau, 5 des poumons et de la plèvre, 2? du cœur et du péricarde, 2 des reins, 2 de l'orbite, 1 de la face, | des os, 1 des organes génitaux. Guilaine rapporte 10 observations de kyste du foie et Fenouil 12 observations. Vegas et Cranwell, sur 948 observations, notent 135 cas entre un et dix ans et 200 cas entre onze et vingt ans; le tiers de ces cas à trait à des malades de moins de vingt ans. Dévé 4 insisté aussi sur la fréquence des kystes méconnus de l’enfance.
Les kystes du cerveau viennent immédiatement après ceux du foie, dans l'ordre de fréquence : Beauduin en a réuni 88 observations : son malade le plus jeune avaittrois ans et le plus âgé seize ans. De même pour les kystes du foie, l'âge le plus fréquemment atteint est la période comprise entre huit et quinze ans. Vegas et Cranwell comptent 27 enfants sur 31 atteints de kystes cérébraux. Babonneix
signale aussi leur fréquence remarquable chez les enfants et insiste sur leur gravité (mortalité de 78 pour 100).
Tout récemment, Sabrazès et Muratet ont signalé un cas très intéressant de kyste hydatique rénal chez un jeune garçon de onze ans, qui rendait des Hydatides dans ses urines. Cette observation est à rapprocher d'un cas analogue, observé récemment chez l'adulte en Lorraine par Février et Thiry.
D'après ce résumé des statistiques données par les auteurs
qui se sont occupé des kystes hydatiques de l'enfant, on voit que cette maladie est, en somme, très rare chez le tout petit enfant; elle ne commence à devenir fréquente qu'à partir de huit ou neuf ans. Pourtant, comme le dit Fenouil, le kyste hydatique du foie dôit exister chez le nourrisson, mais il n'est généralement pas diagnostiqué, parce qu'il n'a pas acquis un développement suffisant pour produire des symptômes. Pour l'enfant, le mode d’infestation est le même que pour Padulte. Dès qu'il prend part à la nourriture commune, il se trouve exposé à l'infection par des substances alimentaires souillées d'œufs de Ténia échinocoque. Le contact du Chien, et même celui du Chat, comme l'ont montré les expériences de Devé, devient infectieux, lorsque ces animaux sont porteurs de Ténias échinocoques et expulsent continuellement des anneaux mûrs chargés d'œufs.
L'enfant peut en outre être infesté par le passage d'embryons hexacanthes à travers le placenta: c’est ainsi que Heyfelder a signalé des Hydatides du placenta et du cordon chez un fœtus de sept mois ct que Cruveilher à signalé des Hydatides chez un enfant de douze jours.
Dans l'espèce humaine, l’âge ne met pas à l'abri de linfection hydatique, puisque les cas observés chez les enfants sonthien moins nombreux que ceux qui ont été signalés chez les adultes. Il ne faut d’ailleurs pas se méprendre sur la valeur de ces statistiques; comme l'évolution du kyste est généralement très lente, il peut très bien arriver, comme Pa dit Madelung, que l’infestation se soit faite de très bonne heure dans l'enfance et que les symptômes n'éclatent que
nn
iongtemps après: D'ailleurs, Vegas. et. Cranwell pensent .que l'enfant n’est pas seulement plus facile à contaminer que l'adulte, mais aussi bien plus exposé à la contamination, parce qu'il joue continuellement avec les Chiens, surtout dans les pays d'élevage des bestiaux.
Les conditions d'infestation ne sont d’ailleurs pas les mêmes suivant les races et les habitudes ; ce fait est particulièrement frappant dans les pays où les popuiations musulmane et chrétienne sont mélangées. Ainsi, en Algérie, Lemaire puis tout récemment Alberti, ont montré que la maladie hydatique est fréquente chez les enfants européens et rarissime chez les enfants musulmans ; ils ont reconnu aussi que la plus grande fréquence se manifeste après huit ans.
Un point intéressant de l'histoire de la maladie hydatique chez l'enfant est la question de l'échinococcose dite familiale. Dévé, à qui nous devons un travail très intéressant sur cette question, à fait connaître 23 observations très curieuses à ce point de vue. Il faut entendre ici le mot de familial non dans le sens de transmission héréditaire, mais dans le sens de groupement d'individus vivant sous le même toit et exposés aux mêmes chances d’infestation, c'est-à-dire au contact du Chien porteur de Ténias échinocoques adultes. Il est surabondamment prouvé que la source directe ou indirecte du kyste hydatique est le Chien ; celui-ci s'infeste en mangeant les viscères des animaux porteurs de kystes hydatiques Pore, Mouton, Bœuf. Comme les Hydatides renferment d'innombrables scolex, le Chien infesté sera toujours porteur d'un très grand nombre de Ténias échinocoques adultes. Il en résulte qu’il élimine des quantités d’anneaux mûrs, chargés d'œufs, virus redoutable qui, introduit dans l'organisme de l'Homme, produit les terribles accidents que l'on sait.
Toute la prophylaxie du kyste roule done autour du Chien. Mais ici il ne saurait être question de lutte contre ce précieux auxiliaire de l'Homme ; toutes les mesures qui paraîtraient menaçantes pour le Chien seraient vouées à un échec com-
plet. Ne touchons donc pas au Chien, qui est vraiment nécessaire à l'Homme, mais apprenons à ce dernier à préserver son fidèle serviteur et aussi à se préserver de lui. D’excellentes mesures ont été proposées dans ce but par Dévé et appuyées de toute l'autorité du Professeur R. Blanchard (1): elles se résument en la saisie d'office dans les abattoirs et en la destruction effective des viscères envahis par les ‘ÆEchinocoques, puis en la réglementation de l’entrée des Chiens dans les abattoirs, par exemple en exigeant le port d’une muselière.
Si l’on arrivait ainsi à protéger le Chien et à rendre son infestation impossible, en empêchant de le nourrir avec des viscères contaminés, la question aurait déjà fait un grand pas. Il n’y aurait plus qu'à apprendre à l'Homme à être moins familier avec le Chien, à ne pas se laisser lécher la figuré et à ne pas faire manger le Chien dansson assiette. C'est là surtout le grand danger pour les enfants qui jouent avec les Chiens, se roulent à terre avec eux et les laissent trop fréquemment partager leur repas. Ces familiarités seraient moins dangereuses, si le Chien n’était pas sisouvent infesté de parasites. Blanc et Hedin ne viennent-ils pas de montrer qu'à Montpellier 80 pour 100 des Chiens errants sont infestés de Ténias échinocoques ?
Dipylidium caninum
Le Dipylidium caninum est un Téniadé qui vit habituellement dans l'intestin grêle du Chien et du Chat. Il est caractérisé avant tout par ses anneaux pourvus de deux pores génitaux latéraux, correspondant à un appareil génital double. En outre, dans les anneaux mûrs, reconnaissables à leur forme en graine de concombre et à leur teinte rougeâtre, les œufs
(1) R. Blanchard, Sur un travail de M. le D" Dévé de Rouen, intitulé : Mémoire sur la prophylaxie de la maladie hydatique. Bulletin de l’Académie de médecine, (3), LIT, p, 501-512, 1904. — Prophylaxie de la maladie hydatique, Archives de Parasitologie, IX, p. 451-462,
arrondis, larges, de 35 à 40 y, sont rassemblés par groupes de huit à seize dans des capsules utérines ou ovigères absolument caractéristiques (pl. I, 3). Ce caractère, joint à celui du double pore génital, permet de reconnaître à coup sûr un anneau mûr de Dipylidium. Ces détails sont importants à connaître, car le diagnostic se fait par l'examen des anneaux mûrs éliminés et non par l'examen microscopique des selles. La tête de l'animal présente aussi des caractères particuliers ; elle est munie d'un rostre pourvu de trois ou quatre couronnes de crochets caducs, en forme d’aiguillons de Rosier.
L'évolution de ce parasite est très curieuse: l'hôte intermédiaire le plus habituel est la Puce du Chien (Ctenocephalus canis), la Puce du Chat ct aussi la Puce de l'Homme (Pulex irritans). La larve est un Cryptocystis, c'est-à-dire une petite larve à vésicule caudale très réduite; elle se développe dans la cavité viscérale de la Puce. Le Pou du Chien (Trichodectes canis) peut servir aussi d'hôte intermédiaire, mais son rôle en pathologie humaine paraît beaucoup plus effacé que celui de la Puce.
L'enfant s'infeste en avalant les Puces; il semble tout d’abord que cet accident doive être rare, mais en réalité il est beaucoup plus fréquent qu'on ne croit. Les Puces qui se trouvent dans le pelage du Chien ou du Chat sautent dans les aliments (soupe, tasse de lait, éte.) ets" Y moientiAGest ainsi qu'elles sont ingérées. Les aliments de l'enfant sont ainsi contaminés soit chez lui, Soit à la laiterie, pour les enfants nourris au biberon.
Le parasitisme parle Dipylidium caninum doit ètre fréquent, car le Professeur R. Blanchard en a signalé 61 cas, dont 5en France, et parmi ceux-ci 4 pour Paris seulement, tous les quatre décrits par lui. Le Professeur R. Blanchard fait remarquer très justement que les cas sont surtout fréquents dans les pays où l'attention des cliniciens a été attirée sur ce parasite. C'est ainsi que, sur les 6! cas cités, un seul concerne l'Amérique; sur les 60 autres, 16 cas ont été observés en Allemagne et 21 en Danemark. Nous venons de dire que; sur
les 5 cas français, 4 étaient parisiens. Ce pourcentage est du simplementà l'influence des Professeurs Blanchard Leuckart, Bollinger et Krabbe qui, dans leur paysrespectif, ont recherché les cas de ce parasitisme.
Depuis la dernière publication du Professeur Blanchard, d'autres cas ont été signalés: celui de Condorelli-Francaviglia et de Gaetani, celui de Vacca, tous deux observés à Catane, chez dés enfants de deux et trois mois; celui de Seale (1908) concernant une petite fille de quatre ans, dans l'Afrique du sud; enfin les 6 cas observés par G. Luis dans le Vorarlberg.
Sur ces 6 cas, 5 ont été constatés dans la même famille: la mère, âgée de 38 ans, souffrait depuis trois ans de pesanteurs et de douleurs à l'épigastre; elle rendait des anneaux dans ses selles. Après traitement, elle expulse le nombre énorme de 208 Dipylidium adultes, plus de nombreux fragments. Sept mois plus tard, elle rend de nouveau des anneaux et s'aperçoit que quatre de ses enfants en rendent aussi, mais sans présenter de symptômes morbides. Une nouvelle cure fait expulser aux enfants et à la mère de nombreux exemplaires, qui ne purent être comptés. La guérison futalors radicale et définitive pour tous. L'infection avait été propagée dans la famille par le Chat favori. Le sixième cas observé par Luis a trait à une femme de 27 ans, qui, traitée, rendit 27 Dipylidium adultes.
Ce qui rend ces 6 cas très intéressants, c’ést le caractère familial de l’infestation pour les cinq premiers (le mot familial étant pris dans le sens de personnes exposées sous le même toit aux mêmes causes d'infestation), l'expulsion d'un nombre de Vers très supérieur à ce qui était connu pour les autres cas (le chiffre le plus élevé étant jusqu'alors de 48), et enfin l’infestation d'adultes (2 adultes sur 6 cas, alors que, dans les 61 cas connus auparavant, on ne trouve que 7 adultes).
Cela porte à 70 le nombre des cas dont nous avons connaissance: sur ces 70 cas, 9 seulement ont été observés chez des adultes : ce sont les cas de Dubois (1751), de Cobbold (1872), de Martin: (1888), de Müller (1899),.de Zschokke (1903), les:
deux cas de Bollinger (1905), et les deux cas de Luis (1911). Tous, à l'exception des deux cas de Luis, de date plus récente, sont rapportés dans le mémoire du Professeur R. Blanchard, publié en 1907. Cela montre bien la plus grande fréquence du parasite chez l'enfant.
Les accidents produits par ce Ver ne sont pas négligeables; ce sont toujours les troubles gastro-intestinaux et nerveux caractéristiques de l'helminthiase. Aussi est-ii nécessaire non seulement de débarrasser l'enfant de ses parasites, ce qui est facile, mais encore de le préserver de l’infestation. Nous ne saurions mieux faire que de reproduire l'indication des mesures prophylactiques. conseillées par le Professeur R. Blanchard : À
1° Débarrasser les Chiens et kes Chats de leurs parasites. intestinaux ; ;
2° Les délivrer aussi de leurs parasites externes et tenir leur pelage en bon état de propreté, au moyen de bains insecticides'et de savonnages;
3° Eviter d'une façon générale les privautés avec ces animaux domestiques, qui peuvent être l'origine de diverses maladies parasitaires.
Hymenolepis nana
L'Hymenolepis nana nous vient des Rongeurs : c'est un Cestode de petite taille, très fréquent dans la dernière partie de l'intestin grêle chez divers Rongeurs: Souris, Rat noir, Surmulot, Lérot, ete. La longueur totale du Ver est de 2 à 6 centimètres. Les anneaux sont beaucoup plus larges que: longs et possèdent un seul pore génital latéral, difficile à apercevoir. Les pores génitaux sont tous situés du même côté. Nous serons très brefs sur ces caractères, car le diagnostic se faitsans y avoir recours. !
Contrairement à ce qui se passe chez le Dipylidium et chez les grands Cestodes, les anneaux mûrs détachés dans l’intes-
tin sont en partie digérés et les œufs sont mis en liberté. On
peut donc trouver l'œuf dans les déjections des malades et c'est par sa recherche au microscope quese fait le diagnostic. L'œuf (pl. I, 2) estabsolument caractéristique ; il possède les trois membranes du genre Hymenolepis, tel que le Professeur R. Blanchard l’a caractérisé dans la monographie qu'il lui a consacrée. Ces trois membranes sont transparentes : l'interne présente à chaque pôle un mamelon bien marqué, sur lequel s'insèrent quatre ou cinq filaments ondulés. L'enveloppe externe est longue de 68 &; l'enveloppe interne oblongue mesure de 29 à 30 p.
L'évolution de l'Hymenolepis nana s'effectue sans l'intervention d’un hôte intermédiaire. Chezles Rongeurs, Grassi a démontré expérimentalement que l'ingestion de l'œuf met en Hberté dans l'intestin l'embryon hexacanthe. Celui-ci va se loger dans les villosités’ de la fin de l'intestin grêle. Il se transforme en larve dans l’espace de 72 heures environ ; celle-ci rompt la villosité, se fixe dans l'intestin et bourgeonne les anneaux du Ver adulte, qui est entièrement constitué en cinq jours.
Ce mode d'évolution très particulier rend compte de la facilité avec laquelle l'enfant peut s’infester, en ingérant des aliments ou en portant à sa bouche des objets souillés par les déjections des Rongeurs parasités. L'intensité du parasitisme peut être augmentée considérablement par la possibilité de l'auto-infestation ; en effet, en l'absence d'hôte intermédiaire, il suffit au petit malade de déglutir les œufs qu'il élimine pour avoir bientôt son intestin grêle bourré de parasites. Gette déglutition se produit lorsqu'il porte à sa bouche ses doigts souillés de matières, surtout lorsque, étant en même temps porteur d'Oxyures, il éprouve des démangeaisons à l'anus. Enfin, ces particularités rendent possible l’infestation familiale.
On connaît un grand nombre de cas de parasitisme par l'Hymenolepis nana. Ilest signalé surtout en Italie et en Belgique, mais on l'a observé aussi en Allemagne, en Angleterre, en Russie, en Serbie, en Autriche, en Algérie,
en Egypte, au Siam, au Japon, aux Etats-Unis, en Argentine, en Guyane, au Brésil, aux Philippines : dans celte dernière contrée, 2 pour 100 des enfants sont porteurs d'Hymenolepis, d'après Rissler et Gomez.
Le plus grand nombre des cas a été observé chez des enfants, surtout dans la classe pauvre et notamment dans les asiles d'orphelins. G. Railliet cite en tout 116 cas observés chez des enfants, avec prédominance du parasite entre quinze mois et sept ans.
Le nombre des parasites varie de quelques unités à plusieurs milliers, ce qui s'explique par ce que nous venons de dire de la possibilité de l’auto-infestation.
Jusqu'à ces derniers temps, ce parasite n'avait pas été observé en France, Gatin et Chatin viennent d'en découvrir 3 cas à Lyon, dans la même famille, chez trois: enfants de six, neuf et douze ans: le traitement anthelminthique amena l'expulsion de centaines de Vers adultes:
R. Blanchard à donné &@e la symptomatologie un tableau très précis, auquel les observations récentes n’ont rien ajouté de nouveau. Dans tous les cas, on constate des troubles gastro-intestinaux et nerveux, qui disparaissent définitivement après l’expulsion des Vers.
Les mesures prophylactiques consistent d’abord à lutter contre les Rongeurs, de manière à les détruire et à éviter les chances d'infestation par le contact de leurs déjections avec les aliments ou ies objets. Il faut éviter ensuite l’autoinfestation et la contagion familiale, en prescrivant des mesures de propreté minutieuses, en particulier le lavage fréquent des mains et le nettoyage des ongles, eten habituant autant que possible les enfants à ne porter à leur bouche ni leurs doigts ni des objets quelconques.
Hymenolepis diminuta
Nous ne dirons que quelques mots de l'Hymenolepis diminuta. Ce Cestode est aussi un parasite des Rongeurs,
mais, contrairement au précédent, il se fixe’ dans la partie tout à fait supérieure de l'intestin grêle, au voisinage du pylore. Il peut atteindre une longueur de 60 centimètres et se rencontre de préférence chez le Surmulot. Les œufs (pl. I, 1) possèdent les 3 membranes caractéristiques du genre Hymenolepis : la membrane externe est un peu épaissie et longue de 60 à 804, la membrane moyenne offre 2 couches contiguës, la membrane interne est munie de 2? mamelons polaires peu marqués.
L'évolution de ce Ver nécessite un hôte intermédiaire. La larve est du type Cercocystis, c'est-à-dire qu’elle possède une vésicule caudale très petite, terminée par une queue. Elle vit dans la cavité générale de divers Insectes. Ceux-ci sont très variés: ce sont parfois des Lépidoptères, tels que l’Asopia farinalis, qui vit dans les greniers à farine et à blé; des Orthoptères, tels que le Perce-oreilles (Anisolabis annulipes) ; des Coléoptères, tels que les Akis et les Scaurus. On a enfin signalé récemment, comme hôte de ce Cestode, diverses Puces du Rat, telles que Ceratophyllus fasciatus en Angleterre (Nicolle et Minchin); Xenopsylla Cheopis et Ceratophyllus fasciatus en Australie (Johnston). Quoi qu'il en soit, les Cercocystes avalés par le Rongeur ou par l'enfant donnent en quinze jours des Vers adultes.
La nécessité d'introduire l’'Insecte dans le tube digestif rend l’infestation plus difficile et plus rare. L'enfant peut avaler directement l'Insecte par mégarde ou par jeu ; l'adulte s'infeste probablement en mangeant du pain mal cuit, dans lequel ont été emprisonnés les Insectes. Il n’est pas rare d'en trouver ainsi dans le pain; la collection du Professeur R. Blanchard, au Laboratoire de Parasitologie de la Faculté de Médecine de Paris, renferme plusieurs échantillons de pain dans lesquels se trouvent des Coléoptères ou leurs larves (Tenebrio molitor).
Les accidents dus à ces Vers sont ceux de l’helminthiase et les mesures prophylactiques à prendre contre eux se confondent avec celles que nécessite l’'Hymenolepis nana. Il faut
RAYMOND CAPDEVILA 8
seulement noter que l’auto-infestation et. la contagion familiale ne sont pas à craindre ici. Ces conditions expliquent aussi pourquoi ces Vers sont toujours en petit nombre, de { à 4 au plus; aussi les accidents, quoique du même ordre, sont-ils moins graves que pour l'Hymenolepis nana.
La plupart des cas observés ont trait à des enfants. G. Railliet en signale 12 cas chez des enfants des deux sexes de dix neuf mois à douze ans, en Europe et en Amérique. Le petit nombre des cas connus est dû en grande partie à ce que, les parasites étant peu nombreux, les accidents qu’ils produisent attirent moins l'attention des malades et des médecins.
Davainea madagascariensis. — Bothriocephalus latus. — Bertiella satyri |
Nous ne ferons que mentionner le Rss produit par les autres Cestodes.
Davainea madagascariensis. — Le Professeur R. Blanchard en a réuni huit cas provenant des Comores, de l’île Maurice et de Bangkok (Siam), tous observés chez des enfants de dixhuit mois à cinq ans.
Bothriocephalus latus. — « Le Bothriocéphale s'observe surtout chez les adultes, mais, dans les pays où il est endémique; on le rencontre à-tous les âges, jusque dans la plus tendre enfance. C'est ainsrque Magnus Huss cite le fait de Waldenstrôm (de Lulea), qui a vu le Cestode chez des nourrissons qui n'avaient encore pris d'autre nourriture que le lait maternel.
Ainsi ee le Pro R. Blanchard en 1888 (1).
Les auteurs plus récents confirment la rareté du parasite
(A) Traité dé Zoologie médicale, 1, p. 521.
chez les enfants, même dans les pays où il est endémique. G. Railliet n’en rapporte que huit observations ; Schmidt, en 1900, trouve ce parasite chez 5, 1 pour 100 des enfants de Saint-Pétersbourg ; Baravalle, en 1909, à Verceil, en Italie, le rencontre chez 1 pour 100 des enfants ; par contre, Krabbe, en Danemark, ne trouve aucun cas infantile sur 450 sujets inféstés.
Les œufs (pl. 1,5) de ce Ver sont pourvus d'un opercule, ellipsoïdes et bruns ; leur longueur est de 704, leur largeur de 454. L'embryon ne se forme à l'intérieur de l'œuf que plusieurs jours après son évacuation dans le milieu extérieur.
Bertiella satyri. — Gitons enfin un parasite nouveau pour l'Homme, récemment décrit par le Professeur R. Blanchard, d'après un échantillon trouvé à l’île Maurice chez une fillette de huit ans: il s’agit du Bertiella satyri, Cestode du groupe des Anoplocéphalinés. Ce parasite, qu'on observe surtout chez les Herbivores et les Primates, est caractérisé par son embryon hexacanthe (pl. I, 4) pourvu d’un embryophore à deux cornes, dit appareil piriforme. Son évolution est encore totalement inconnue. C'est la première fois qu'on observe chez l'Homme un Cestode de ce groupe.