INFECTIONS DUES AUX NÉMATODES
Les Nématodes jouent un rôle considérable dans le parasitisme infantile, tant en raison de l'intensité de ce parasitisme que des accidents qu'il produit.
Ascaris lumbricoïdes
L'Ascaris lumbricoïdes est un parasite cosmopolite, à développement direct. Pour que l’infestation se produise, il suffit que les œufs embryonnés parviennent dans le tube digestif. La contamination sera donc d'autant plus fréquente que l'hygiène sera moins observée: la dissémination des matières fécales sur le sol, dans les endroits où se traînent les enfants, l'habitude de ces derniers de tout porter à la bouche, de menger sans se laver les mains, la géophagie enfin dans les pays où elle existe, sont autant de causes qui favorisent le développement des Ascarides.
On sait que les œufs de ces Vers (pl. II, 2) sont extraordinairement résistants et peuvent évoluer dans les conditions les plus défavorables, même dans les liquides très toxiques; ils sont ellipsoïdes, leur longueur est de 50 à 754, leur largeur de 40 à 604. Leur coque est lisse et entourée d’une membrane albumineuse irrégulièrement mamelonnée.Comme l’amontré Davaine, les œufs embryonnés peuvent résister des années au froid et aux intempéries. En dehors de ces causes brutales d’infestation, il faut encore tenir compte, même pour les enfants des villes, de la contamination par l’eau potable, les
légumes, les fruits souillés par de l’engrais humain ou de la terre renfermant des œufs embryonnés (1).
Les Ascarides ont été trouvés chez les enfants de tous âges, depuis le nourrisson, probablement infesté par l’eau qui sert à étendre le lait. Il est infiniment probable que, comme chez d'autres espèces animales, l'enfant est un meilleur terrain que l'adulte pour le développement de ce parasite. On sait que, parmi les animaux vivant dans des conditions identiques, les jeunes Châäts, les jeunes Chiens, les Veaux, etc., sont porteurs de centaines d’Ascarides, alors que les parents sont indemnes ou à peu près.
Ouvrons le Traité de Zootogie médicale et nous Y trouverons encore les renseignements les plus précis relativement à la répartition de l’Ascaride suivant l’âge (2) :
« Le parasite, y lit-on, s’observe surtout chez les enfants, quelques auteurs disent même exclusivement. Puistienne à recueilli 100 observations d’après lesquelles il conclut que la plus grande fréquence est de six à dix ans; il a cherché en vain des cas se rapportant aux deux âges extrêmes de la vie. Gribbohm le dit plus fréquent d’un à quinze ans. A Bâle, Zäslein indique sa prédominance de un à dix ans (19,4 pour 100 des cas) et de onze à vingt ans (21,3 pour 100 des cas). De Lille dit l'avoir observé chez un enfant de onze semaines.
« Pendant un an et demi de service à Indret, J. Duval a observé 153 cas d’Ascarides ayant manifesté leur présence
(1) A différentes reprises, R. Blanchard a signalé avec insistance le grand danger que présente, au point de vue de la propagation des parasites intestinaux, l'épandage des excréments humains sur les cultures maraîchères, tel qu’on le pratique si communément dans le midi de la France et en certaines régions d'Italie. Les résolutions votées à son instigation, à ce propos, tant par le Congrès international d'hygiène, en 1900, que par l’Académie de médecine, à uye date plus récente, sont restées jusqu’à présent lettre morte. Il est profondément regrettable que les pouvoirs publics n'aient pas jugé opportun, jusqu'à présent, de s'occuper de cette question, qui intéresse à un si haut degré la santé publique.
(2) R. Blanchard, Loco cilato, 1, p. 687, 1888.
par des troubles de la santé de ceux qui en étaient porteurs. Ces 153 cas peuvent se répartir ainsi :
De. 8: mois et demi:à un an .... 2 cas Déttran àa10/ans 3 suceuse 70 cas DendanSarA0t ans. tenu 7e MObIICAS Denon a i26ans. er ere CUS eas De 26 à 35 ans....… Se te me Te VO CES AMESD ANS. 20 ee à à ARE ER | cas
« De son côté, Müller est arrivé au résultat suivant, d'après
les autopsies faites à Dresde de 1852 à 1862 et à Erlangen de 1862 à 1872 :
DER MOEnNS "et... 1000 pour 100 DEMEURE D ANSE 2 27,58 pour 100 De 453 50 ;4n8.:...27.. 10, L2 DOULAIOU
« Ces statistiques démontrent que l’Ascaride peut s'observer chez l'Homme à tous les âges de la vie, mais qu’il est particulièrement fréquent dans la jeunesse et dans l’adolescence. »
Le même ouvrage, que l’on a si justement appelé le Sfandard work de la Parasitologie, donne encore d’autres statistiques visant la fréquence du parasite d’après l'âge et le sexe. Les résullats généraux en sont conformes à ceux qui précèdent; nous pouvons donc nous en tenir à ce qui vient d'être dit.
Les Ascarides produisent des troubles graves et très variés: ascaridose à forme typhoïde, ascaridose pseudo-dysentérique, ascaridose cholériforme, troubles nerveux sensitifs ou moteurs. Parmi leurs principaux méfaits, il faut signaler en outre l’appendicite et l’abcès hépatique.
Les phénomènes appendiculaires peuvent être passagers et dûs à la pénétration momentanée d’Ascarides dans | appendice; mais ces Vers peuvent séjourner dans l'organe et produire des lésions qui permettent l'entrée des germes microbiens et constituent une appendicite véritable, justiciable de l'opération chirurgicale. Depuis les travaux de Metchnikoff et de R. Blanchard, il est hors de doute qu’un
Le
grand nombre de cas d’appendicite reconnaissent pour cause initiale la présence d'Helminthes dans l’appendice (1). Il est donc indispensable de mettre les enfants et les adultes à l'abri de ces derniers; la prophylaxie est heureusement des plus simples.
Abcès helminthique du foie
L'abcès helminthique du foie est, de même que l’abcès traumatique, une maladie presque spéciale à l'enfance. Ce sont les deux causes les plus communes des abcès hépatiques chez l'enfant (Oddo), alors que, chez l'adulte, les accidents sont surtout produits par la dysenterie amibienne et l’angiocholite calculeuse. On peut trouver les Ascarides dans le foyer purulent; G. Railliet en cite 8 cas, mais dans le cas contraire il est permis de penser que les Vers ont servi simplement d'agent inoculateur, en transportant dans les voies biliaires les Bactéries du milieu intestinal normalement septique. G. Raiïlliet cite en outre 9 observations de migration des Ascarides dans le foie et les voies biliaires, ayant dans plusieurs cas causé la mort de l’enfant.
Belascaris mystax
On connaît quelques cas de parasitisme de Belascaris mystax chez l'enfant. Ce Nématode vit normalement chez le Chat domestique ; il est bien différent du Toxascaris limbata du Chien, avec lequel il a été longtemps confondu et qui paraît beaucoup plus rare chez l'Homme. Le Chat est donc pour l’enfant, à ce point de vue très spécial, une source d'infestation beaucoup plus à craindre que le Chien.
(1) R. Blanchard. L’appendicite et la typhlo - colite sont très fréquemment des affections vermineuses. Bulletin de l'Académie de médecine, (3), LVI, p. 17-46, 3 juillet 1906. Archives de Parasitologie, X, p. 405-436, 1906. si ne
Les œufs de ce Ver (pl. IT, 3) sont de forme arrondie ; ils mesurent 60 à 704 de diamètre. Leur coque n'est pas irrégulièrement mamelonnée comme chez Ascaris lumbricoïdes, mais présente de fines dentelures assez régulièrement disposées.
Oxyurus vermicularis
L'Oxyure est un parasite bien plus répandu et bien plus dangereux que l’Ascaride. L’infestation de l'enfant est beaucoup plus facile que pour ce dernier Ver, car l'Oxyure pond des œufs embryonnés (pl. Il, 1) longs de 50 à 534, larges de 20 à 27u, à paroi épaisse, qui peuvent éclore dans le tube digestif, dès qu'ils sont avalés, sans avoir besoin, comme les œufs d’Ascarides, d’un intervalle de trente à quarante jours pour la maturation de l'embryon. Aussi l’infestation familiale et l’auto-infestation sont-elles très fréquentes, si on ne prend pas de précautions minutieuses.
« Sous l'influence de la chaleur du lit, dit R. Blanchard (1), l'Oxyure descend dans le rectum et provoque dans la région anale un prurit insupportable, qui engage les malades à se gratter. S'il s’agit d'enfants ou d'adultes négligeant trop les soins de propreté,les ongles se chargent ainsi de matières fécales et de mucosités, au sein desquelles le microscope permet de reconnaître un grand nombre d'œufs, dont le transport à la bouche se fait pendant le sommeil, ou si le malade a l'habitude de sucer son pouce ou de se ronger les ongles : Zenker et Heller ont vu, en effet, à plusieurs reprises, des œufs et même des femelles entières dans le pli ou sous le bord de l’ongle. L’auto-infestation peut être sans limites; les conditions qui la favorisent augmentent de plus en plus avec le nombre des Vers; ainsi s'explique la persistance du parasite chez un même individu pendant de longues années...
(1) R. Blanchard, 7railé de Zoologie médicale, 1, p. 722.
« Puisque le 'périnée et même la vulve sont ordinairement parsemés d'un grand nombre d'œufs, il n’est pas impossible que la mère, au moment de l'accouchement, transmette le parasite à l'enfant. Peut-être doit-on expliquer de la sorte le fait, observé par Heller, d’un enfant de cinq semaines dont l'appendice iléo-cæcal renfermait des Oxyures adultes. Ce fait, en tout cas, est intéressant, en ce qu'il nous démontre avec quelle rapidité se faitle développement de l’'Helminthe.»
L'Oxyure paraît se rencontrer à tout âge; ilest plus commun dans l'enfance. Comme nous venons de dire, Heller l’a vu chez un enfant de cinq semaines; G. Railliet l’a constaté chez des nourrissons de cinq et de neuf mois.
Il est très difficile, hors les cas de parasitisme évident, d'établir la fréquence réelle de ce parasite. En effet, les œufs ne se rencontrent que très rarement dans les selles, quoi qu'en puissent dire certains auteurs. Aussi le meilleur moyen de faire une statistique, qui ne peut être que rétrospective, est-il d'examiner des appendices d'autopsie.
Appendicite à Oxyures. — T’Oxyure est loin d'être un parasite inoffensif; sans parler du prurit anal insupportable dont il est la cause et du catarrhe intestinal que produit l’oxyurose chronique, il faut noter par-dessus tout sa localisation dans l'appendice iléo-cæcal. Heller à signalé depuis longtemps que cet organe est un point où l’on peut facilement rencontrer les mâles; Brumpt a montré à son tour que c’est un lieu de prédilection pour l’Oxyure. Sur les appendices qu'il a examinés, 15 pour 100 renfermaient des Oxyures, soit 2 pour 13 appendices examinés. Aussi ce Ver est-il une cause très fréquente d’appendicite, chez l'adulte et chez l'enfant. Lie Professeur R. Blanchard, dans son mémoire bien connu sur l’'appendicite vermineuse, a parfaitement mis en lumière!le mécanisme pathogénique qui intervient alors.
Examinant les appendices de jeunes enfants opérés, G. Railliet trouve des Oxyures 42 fois sur 100. Brumpt obtient un pourcentage de 37 pour 100 dans les mêmes conditions.
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L'appendicite de la: première enfance est particulièrement grave : elle évolue très rapidement vers la suppuration, la gangrène, la perforation appendiculaire et la péritonite (Boulanger). Le séjour des Vers dans l’appendice rend compte de la difficulté qu'on peut éprouver à les faire disparaître. Quoi qu'il en soit, le traitement anthelminthique et les lavements ne suffisent pas pour débarrasser l'enfant de ses Oxyures, à cause de la grande facilité de l'auto-infestation ; il faut y joindre des mesures de propreté minutieuses et le port d'un caleçon pendant la nuit pour éviter la souillure des ongles.
Ankylostomes
L'Ankylostome est un parasite à peu près négligeable chez l'enfant, dans les pays tempérés, mais qui, dans les pays chauds, peut causer de grands ravages. Il semble que l’action pathogène de l’Ankylostomum duodenale soit-différente, au point de vue infantile, de celle du Necator americanus. Le premier serait plus rare chez les enfants que chez les adultes, le second s’attaquerait à toute la population. On connaît d’ailleurs assez mal la répartition exacte de ces deux espèces à la surface du globe.
Jusqu'à ces dernières années, on considérait le Necator americanus comme spécial au Nouveau-Monde et l'Ankylostomum à l’Ancien-Monde. Or il n’en est rien: Necator americanus est une espèce asiatique et africaine, disséminée en Amérique au moment de la traite des nègres et qui deviendra certainement européenne par importation. Ankylostomum duodenale est, au contraire, une espèce européenne disséminée en Amérique, en Asie et en Afrique par les Européens. Quoi qu'il en soit, dans la zone tropicale, où les conditions optimales de développement de ces Vers sont réalisées, ils infestent toute la population à tous les âges, mais avec une prédominance marquée pour les enfants de 10 à 15 ans. C'est, par exemple, ce que démontrent les travaux de C. W. Stiles aux Etats-Unis et ceux d’Ashford et Igaravidez à Porto-Rico.