MALADIES A VIRUS INCONNU
GÉNÉRALITÉS
A côté des deux maladies que nous venons d'étudier et qui ont pu être reproduites expérimentalement, ilen est un certain nombre d’autres qui sont très certainement de nature parasitaire, mais au sujet desquelles nous sommes dans une ignorance complète, en ce qui concerne le virus. Nous allons les passer rapidement en revue.
Glossite exfoliatrice marginée
La glossite exfoliatrice marginée est presque spéciale aux enfants et s’observe surtout entre six mois et trois ans, principalement chez les nourrissons élevés au biberon. Sevestre, Guinon et Comby pensent qu'il s’agit d'une affection parasitaire. Guinon aurait trouvé des spores (?) dans Île produit de râclage de l’ulcération : celle-ci se borne à une desquamation épithéliale.
Oreillons
Les oreillons sont surtout fréquents entrecinq et quinze ans; ils sont exceptionnels au-dessous de deux ans et les nourrissons paraissent jouir d’une certaine immunité vis à vis de cette affection. C'est une maladie générale, infectieuse,
épidémique et contagieuse ; elle est localisée surtout dans les glandes parotides, mais peut présenter aussi des localisations accessoires dans d’autres organes.
La contagion des oreillons est restreinte ; il se produit des petites épidémies familiales où scolaires, qui n'ont pas de tendance à s'étendre et à se propager au voisinage. La contagion paraît se produire seulement par contact direct et très exceptionnellement par l'intermédiaire des objets ou de personnes saines. On n’est pas d'accord sur la durée de la contagiosité ; il semble que celle-ci se produise surtouf au début et au moment de la tuméfaction parotidienne. Cette maladie confère l’immunité ; les récidives sont exeptionnelles du moins chez l'enfant. L’allaitement par les femmes atteintes d’oreillons est possible ; le seul danger est dans l’apparition d'une mammite ourlienne. Roger a observé deux nourrices quicontinuèrent l'allaitement pendant les oreillons et n’eurent aucune complication vers les mamelles.
Pendant la période d’engouement bactériologique, qui à duré jusqu’à ces dernières années, on à, bien entendu, cherché le Microbe spécifique des oreillons. Naturellement aussi, on a trouvé, dans ies sérosités et les sécrétions des malades, des micro-organismes variés, mais aucun n'a pu reproduire expérimentalement la maladie. Il semble définitivement prouvé qu'on fait fausse route en cherchant la solution de cette question par les méthodes bactériologiques. Il est infiniment plus probable qu’on à à faire à un virus filtrant. Le seul résultat expérimental vraiment démonstratif paraît être celui qu'ont obtenu tout récemment Ch. Nicolle et Conseil, en inoculant un Singe.
Scarlatine
La scarlatine est considérée comme assez rare chez le petit enfant ; c'est plutôt une maladie commune entre six ek dix ans. Pourtant, dans un récent travail, Axenov à montré qu'à Saint-Pétersbourg la maladie pouvait être assez fréquente
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chez les enfants de moins d’un an. Sur 11.481 petits scarlatineux, il en a trouvé 524, soit 4,6 pour 100, âgés dé moins d’un an ; à cet âge, la mortalité est énorme et atteint 30 pour 100 des cas. Les garçons surtout sont atteints (53 pour 100 contre 47 pour 100 de filles) et la mortalité est aussi plus considérable parmi eux (53,6 pour 100 contre 46,4 pour 100 chez les filles).
La proportion des sujets atteints et la mortalité augmentent avec l’âge. Avant trois mois, on observe 0,09 pour 100 de cas et 40 pour 100 de mortalité ; de trois à six mois, 0,72 pour 100 et 45,6 pour 100 de mortalité ; de six à neuf mois, 1,51 pour 100 de cas et 50,8 pour 100 de mortalité; de neuf à douze mois, 2,25 pour 100 de cas et 50,8 pour 100 de mortalité. Ce sont les complications fréquentes qui causent une mortalité si élevée.
En France, heureusement, la mortalité n'est pas aussi élevée; elle est en moyenne de 2 à 5 pour 100.
La propagation de la maladie se fait par contagion directe et indirecte. Le virus, de nature inconnue, paraît localisé dans la salive et dans les sécrétions nasales et pharyngées ; il ne semble pas exister dans Ja desquamalion, comme on l'a cru pendant longtemps. La contagion indirecte se produit par l'intermédiaire de l'entourage du malade et des objets de toutes sortes : ustensiles, livres, vêtements, meubles, tentures et même par les lettres. On a reconnu que, contrairement à ceux des oreillons et de la rougeole, ce virus est très résistant et peut conserver sa nacivité pendant plus de trois mois. On a accusé le lait de servir à la transmission de la maladie ; on aurait observé des cas chez des personnes usant de lait provenant de fermes infestées. En tout cas, la nourrice infectée ne transmet pas la maladie au nourrisson.
La contagiosité paraît débuter avec les premiers accidents bucco-pharyngés ; on ne sait pas au juste à quel moment elle cesse. Pratiquement, on admet qu’elle se prolonge jusqu’à la fin de la desquamation ; en tout cas, le malade reste dangereux tant qu'il a des accidents du côté du naso-pharynx.
La scarlatine a pu être reproduite expérimentalement par Cantacuzène chez des Singes inférieurs, par inoculation de
produits scarlatineux. Il s'est servi de sang, prélevé au moment de l'éruption, de liquide péricardique et de ganglions trachéo-bronchiques. Ces expériences ont élé confirmées par Bernhardt, qui serait arrivé à transmettre la maladie aux Singes inférieurs (Macaques et Cercopithèques) avec du matériel filtré à la bougie Berkefeld. Levaditi, Landsteiner et Prasex ont expérimenté sur les Anthropoïdes badigeonnés avec le dépôt des amygdales et du pharynx d'enfants scarlatineux et inoculés avec le sang de ces malades ; ils ont obtenu une desquamation analogue à celle qu'on observe chez l'Homme. ;
Toutes ces expériences paraissent démontrer la présence d'un virus filtrant, mais on ne connaît ni sa nature, ni sa porte d'entrée naturelle, ni sa voie d'élimination.
Rougeole
La rougeole est surtout fréquente entre deux et cinq ans ; les nourrissons y sont peu sensibles et la maladie est rare avant le sixième mois ; on connaît pourtant des cas d’infestation congénitale. Une première atteinte confère l’immunité; les récidives sont exceptionnelles.
Le virus rougeoleux est très diffusible ; aussi la contagion peut-elle être directe et indirecte ; pourtant cette dernière est bien plus rare que dans la scarlatine, car la résistance du virus est très faible et de courte durée.
La clinique montre que la rougcole est contagieuse trois ou quatre jours avant l’éruption et qu'elle cesse de l'être quand l’éruption est terminée. Ch. Nicolle et Conseil ont confirmé cette donnée expérimentalement. Anderson et Goldberger avaient déjà démontré que la rougeole est inoculable aux Macaques, que le virus existe dans le sang des malades pendant les premiers temps de l’éruption et qu'il disparaît entre la soixante-troisième et la cent treizième heure après le début de cette dernière ; que les sécrétions oculaires, nasales et pharyngées sont viruléntes dans les mêmes conditions, enfin que
l'agent spécifique de la rougeole est un parasite invisible, filtrant et thermolabile à 58. Nicolle et Conseil ont confirmé ces faits et montré de plus que le virus morbilleux existe dans le sang des malades vingt-quatre heures avant l’éruption.
Fièvre aphteuse
C'est une maladie infectieuse, caractérisée par une éruption aphteuse, généralement localisée à la bouche, mais susceptible de se généraliser. GCelte maladie est commune à l'Homme el à certains animaux (Bovidés, Ovidés, Suidés).
Dès 1840, Hildebrandt cite plusieurs exemples de:transmission aux enfants par l'intermédiaire du lait. En 1843, Rayer inocule expérimentalement et avec succès un enfant avec le contenu des vésicules d’une Vache atteinte de fièvre aphleuse. D'autres observations de transmission de la maladie à l’enfant par le lait des Vaches malades sont données par Fränkel en 1888, Weissenberg et Olivier en 1890, Moncorvo en 1895, Vialle et Landel en 1900, Boutant en 1901.
Il résulte de tous ces faits que la contamination par le lait est la plus habituelle ; mais le lait n’est pas virulent dans la glande mammaire ; il est souillé au moment de la traite par le virus contenu dans les aphtes qui se trouvent sur le pis, Nocard et Leclainche pensent qu'une trace de ce virus suffit pour contaminer de grandes quantités de lait.
Naturellement, on a déerit de nombreux Microbes comme agents spécifiques de cette maladie. Les recherches de Læffler et Frosch, Nocard et Roux, Vallée et Carré ont montré l’inanité de ces tentatives : ilest certain maintenant que le virus de la fièvre aphteuse est un parasite invisible, traversant les filtres, détruit instantanément à 100°.
Variole
La variole des nouveau-nés diffère complètement de la variole des adultes. Elle commence par une hÿpothermie
qui peut descendre à 34°, 31° et même 28°. On voit presque toujours apparaître de l'ictère. Souvent l'enfant meurt en hypothermie, sans autres symplômes ; dans d’autres cas, on peut voir apparaître une éruption très discrète, accompagnée d'une élévation de la température ; généralement cette éruption est très différente de celle qu'on observe chez l'adulte, les papules ne suppurent pas. Comme pour le typhus exanthématique, la maladie du nourrisson ressemble à la maladie expérimentale ; c'est ce que Roger et Neel ont observé en expérimentant sur le Lapin. Mais, contrairement au typnus, la variole est une maladie très grave pour le petit enfant.
La variole est certainement la maladie qui donne le plus d'exemples d'infections congénitales ; les faits observés sont indiscutables, puisque l'enfant porte des lésions caractéristiques. Nous n'’insisterons pas sur ce sujet, qui concerne plutôt les infections fœtales.
L'allaitement par la mère atteinte de variole ne parait pas présenter de dangers pour l'enfant, s’il à été vacciné. Dans les formes graves, cependant, la sécrétion est trop profondément troublée pour que l'allaitement soit possible.
Vaccine
Nous ne dirons qu'un mot de la vaccine, découverte en 1366 par Jenner. Ce célèbre médecin anglais établit le premier l’inoculabilité du cow-pox de la Vache à l'Homme, sa transmission de l'Homme à l'Homme, et montra que l’immunisation contre la variole est sûrement conférée par l’inoculation de la vaccine.
On ignore quelles analogies existent entre la vaccine et la variole. Au point de vue clinique, ces deux maladies sont absolument distinctes. Les caractères de la pustule variolique et de la pustule vaccinale ne sont pas du tout semblables.
Il n’est pas rare de voir chez le jeune enfant, à la suite d’inoculation de la vaccine, se déclarer une éruption généralisée, quelquefois rapidement mortelle.
Rubeole. — Varicelle. — Rage. — Grippe. — Rhumatisme
articulaire aigu
Nous ne ferons que citer un certain nombre de maladies encore moins bien connues que les précédentes et dues très probablement aussi à des virus invisibles.
Rubéole. — Elle est.très voisine de la rougeole ; c’est aussi une maladie contagieuse et épidémique, atteignant surtout la seconde enfance. La contagiosité apparaît avant l’éruption et persiste pendant celle-ci.
Varicelle. — C’est une maladie éruptive endémique, avec recrudescence épidémique, qui est spéciale à l'enfance. Elle est assez rare avant six mois, se manifeste surtout de deux à sept ans et redevient rare après dix ans. La contagiosité est peu intense, car le virus paraît peu diffusible et d’une faible vitalité ; aussi les épidémies sont-elles limitées et n'observeton pas de transport à distance. Une première atteinte confère l’immunité, car les rechutes et les récidives sont exceptionnelles.
Cette maladie paraît être distincte de la variole, car elle n’est pas inoculable au Singe, ni à la cornée du Lapin.
Rage. — Nous ne ferons que la mentionner. C'est aussi une maladie à virus invisible, qui n’est pas spéciale à l’enfance.
Grippe, Rhumatisme articulaire aigu. — On ne sait absolument rien sur la nature de leur virus. La grippe est évidemment contagieuse et se diffuse avec une extrême rapidité, tandis que le rhumatisme n’est pas contagieux ; c’est une
infection, mais d’une nature toute spéciale et encore incon- RAYMOND CAPDEVILA 11
nue. De tous les germes incriminés pas un seul ne résiste à l'examen.
Les agents qui causent ces diverses maladies, dites à virus invisible, présentent des caractères communs qu'il est bon de préciser. Ils sont invisibles au microscope et à l'ultramieroscope ; ils passent à travers les filtres dans des conditions déterminées. Ces agents pathogènes ne sont pas des toxines ou des produits solubles, mais des êtres vivants. Les expériences de Chauveau, par le procédé des dilutions progressives, et les résultats négatifs qu'il a obtenus avec les produits de diffusion, en donnent une preuve irréfutable.
Ces parasites sont incultivables avec les méthodes actuelles (à l’exception du parasite de la péripneumonie du Bœuf). Enfin ils sont doués d’une très faible résistance vis-à-vis de la chaleur. Ils sont généralement tués aux environs de 50°.