INTRODUCTION
L'importance de l’Infection en Pathologie générale est devenue une vérité banale. Le rôle de l'agent animé nous donne enfin de la pathogénie une explication plus satisfaisante que les anciennes théories diathésiques, humorales, vitalistes, elc., dont se contentaient nos ancêtres. Nous ne trouvons pas là seulement une satisfaction de l'esprit, résultant de la connaissance de faits certains, de phénomènes accessibles aux sens, observables, mesurables et susceptibles d'être reproduits expérimentalement; le grand bienfait de la doctrine de l'infection est la possibilité de la prophylaxie rationnelle et de la thérapeutique vraiment scientifique. À mesure que nos connaissances sur la nature des infections progressent et se précisent, le nombre des maladies évitables s'accroît parallèlement. Connaître lagent infectieux, c'est tôt ou tard savoir éviter et prévenir ses atteintes. N'est-ce pas un précieux gage de sécurité pour un avenir prochain?
La notion de l'infection à visé d’abord les Bactéries et longtemps on a considéré le nom de ces êtres comme synonyme d'agent infectieux. Le mot Microbe, qui a fait fortune jusque dans le public, synthétise cette idée, maintenant répandue partout, d'agents animés producteurs de maladies. Comme il arrive toujours, l'élan donné a été tel, que le but a été dépassé. À un certain moment, et peut-être encore maintenant pour certains esprits, on a cru que les connaissances bactériologiques étaient le dernier mot de l’étiologie. On a cherché, dans toutes sortes d’affections, l'agent bactérien, le Microbe : dans un certain nombre de cas, on à pu
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isoler un agent pathogène bactérien, mais dans beaucoup d'autres, les méthodes bactériologiques se sont montrées impuissantes ; les ensemencements modifiés de mille façons, n’ont donné aucun résultat.
C'est alors qu’un procédé de recherches beaucoup plus simple, celui de l'examen direct, a permis de retentissantes découvertes et a révélé l'existence d'agents pathogènes très variés, appartenant pour la plupart au groupe des Protozoaires. On ne tarda pas à pénétrer le mode de transmission de ces parasites et à connaître le rôle vecteur des Arthropodes, ainsi que les phénomènes d'évolution cyclique. Alors que les Bactéries, presque toujours simples saprophytes, sont transmises par les voies banales du contact direct et pénètrent par les voies aériennes ou digestives, ou encore à la faveur d'un traumatisme, les parasites animaux doivent souvent être véhiculés par un hôte intermédiaire, dans lequelils effectuent une partie de leur développement.
La notion d'infection s’est donc considérablement élargie depuis les découvertes pastoriennes; appliquée d’abord aux seules Bactéries, puis aux Champignons, elle s'est étendue aux trois embranchements des Protozoaires, des Vers et des Arthropodes. Ainsi s’est constituée la Parasitologie, domaine immense qui n’a pas tardé à englober une grande partie de la médecine. Depuis moins de vingt ans, les découvertes se sont succédées avec une étonnante rapidité ; aussi maintenant le terrain est-il déblayé et les trouvailles sensationnelles deviennent-elles plus rares.
Les divers domaines de l'infection commencent à être bien délimités : maladies bactériennes d'une part; maladies à Protozoaires, maladies vermineuses et maladies mycosiques d'autre part; rôle des Arthropodes servant de vecteurs et d'hôtes intermédiaires ou parasitant l'Homme pour leur propre Compte; enfin maladies à virus invisibles, notion récente et féconde, qui nous réserve de bien curieuses découvertes.
Mais, si les grandes lignes de la Pathologie infectieuse sont définitivement tracées, nous sommes loin de connaître dans
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ses détails le déterminisme des infections. Il est bien certain que le parasitisme est régi avant tout par les conditions du milieu dans lequel se développent les parasites : ceux-ci, quelle que soit leur nature, sont d’origine libre, comme l’a si bier, mis en lumière le Professeur R. Blanchard (1). Ils ont été tout d'abord, suivant les cas, de simples saprophytes ou de simples saprozoïtes, pour employer l'heureuse expression de notre savant Maître; ils ne se sont adaptés au parasitise que secondairement. Un des meilleurs moyens d'élucider le déterminisme parasitaire est donc d'étudier d'une façon très précise les conditions les plus favorables au développement de ces êtres. Or, parmi ces conditions, une des plus importantes est certainement l'âge des individus parasités. Le coup d'œil le plus superficiel, jeté sur la pathologie humaine et comparée, montre que les âges extrêmes de la vie sont ceux qui présentent le maximum de conditions favorables au développement des parasites. Les enfants et les vieillards sont bien plus parasités que les adultes, mais le nombre des maladies infectieuses infantiles l'emporte de beaucoup. La mortalité et la gravité des infections sont aussi très souvent beaucoup plus considérables chez l'enfant que chez l'adulte.
Les recherches de Roger, concernant les infections bactériennes et les infections à virus invisible ou inconnu, ont montré que la mortalité pour ces maladies infectieuses est très élevée dans la première enfance et diminue considérablement après deux ans. Par exemple, pour l’érysipèle, le nombre des décès est de 45 pour 100 avant deux ans, mais tombe à 0 entre deux et quatorze ans, puis remonte lentement à { pour 100 de quinze à trente ans, à 5 pour 100 de trente et un an à cinquante ans, dépasse 7 pour 100 de cinquante et un à soixante ans, puis arrive à 20 pour 100 après soixante ans ; la forte mortalité de petits enfants est due à la généralisation
(1) R. Blanchard, Pseudo-parasites. Dictionnaire encyclopédique des Sciences Médicales, (2), xxvur, p. 702, 1889.
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streptococcique. Pour la diphtérie, la mortalité est de 40 pour 100 dans la première enfance et de 20 pour 100 dans la seconde enfance. La rougeole donne une mortalité de 21,7 pour 100 dans la seconde enfance et de 0,8 pour 100 chez l'adulte. Le nombre des décès par la scarlatine est de 19,6 pour 100 dans la première enfance et de 3,2 pour 100 dans la seconde enfance. La varicelle elle-même, que l’on considère trop souvent comme dénuée de gravité, donne encore une mortalité de plus de 7 pour 100 dans la première enfance.
Parmi les affections causées par les Protozoaires, il en est qui donnent également, chez l'enfant du premier àge, une mortalité considérable. Citons notamment le paludisme dans les pays tropicaux, la fièvre récurrente africaine ou fièvre des Tiques, l'hérédo-syphilis, la maladie de Chagas ou trypanosomose sud-américaine. De même, en ce qui concerue les Helminthes, les maladies et les troubles qu'ils occasionnent présentent chez le jeune enfant une gravité plus grande que chez l'adulte.
En dehors des maladies dont ils sont les vecteurs, maladies qui causent très souvent une mortalité considérable dans l'enfance et que nous étudierons dans le cours de notre travail, les Arthropodes susceptibles de parasiter l'Homme ne paraissent pas causer de désordres très graves. Il n’en est pas de même en ce qui concerne les larves de Diptères,qui occasionnent les diverses myiases; ces larves sont susceptibles de produire des désordres irréparables et des infections seeonäaires rapidement mortelles.
Les infections produites par les Champignons, celles du moins qui sévissent tout particulièrement dans l'enfance, ne paraissent pas causer une mortalité très élevée. La gravité du muguet est la plupart du temps subordonnée à l'état général du petit malade: lesteignes, si fréquentes chez l'enfant, guérissent très souvent par un traitement approprié, quelquefois mème spontanément, quand l'enfant atteint l'âge de quinze à dix-huit ans.
Les enfants sont non seulement plus fréquemment et plus
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sévèrement atteints que les adultes et les vieillards, mais encore ils présentent des maladies infectieuses qui leur sont propres. |
Il n'existe encore aucun travail d'ensemble sur les infections de l'enfance : les traités classiques sur les maladies des enfants sont toujours rédigés au point de vue clinique; les maladies sont groupées par organes et leur description est limitée aux éléments qui permettent le diagnostic. Il est donc utile d'étudier non pas tant les maladies infantiles que les formes prises chez l'enfant par les diverses infections et de préciser plutôt l’action du terrain sur le germe infectieux que les lésions produites par ce dernier. Aussi ai-je accueilli avec empressementi la proposition de M. le Professeur Blanchard de consacrer ma thèse inaugurale à cette étude nouvelle, pour laquelle ses conseils journaliers et ses notes personnelles m'ont été du plus grand secours. J'ai accompli ce travail avec le plus vif intérêt; je serais très heureux de justifier la confiance de mon éminent Maître et d'apporter à la Parasitologie un travail modeste sans doute, maïs qui pût être de quelque utilité.
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