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INTRODUCTION

L'étude des maladies infectieuses diffère essentiellement suivant que l’on s'adresse à l’époque pré ou post-bactérienne.

Avant Pasteur on étudie les faits et on observe; les signes de la maladie sont fouillés avec soin et décrits avec une minulie remarquable.

La cause est le plus souvent hypothétique et dans la classification on se base sur le symptôme prédominant. Fièvres continues, catarrhales, muqueuses cérébrales, ataxiques, adynamiques, putrides sont décrites comme des entités morbides distinctes suivant l'importance de telle ou telle localisation.

Avec la bactériologie moderne et les découvertes microbiennes, nouvelle orientation ; l'étude de la cause remplace l’étude des symptômes,

Dans certains cas l’unité microbienne correspond à l'unité clinique (charbon, fièvre typhoïde, pneumonie) ; dans d’autres, au contraire, le polÿymorphisme des lésions déterminées par le même germe est admis sans conteste. Il est reconnu que l'agent qui produit l’érysipèle peut occasionner la simple tourniole, la traînée de Jlymphangite, l'infection

puerpérale, le caillot de phlegmatia, l'endocardite ulcéreuse, la septicémie mortelle.

Toutefois l'interprétation des faits reste souvent incertaine. Prenons pour exemple la fièvre typhoïde : depuis longtemps déjà on avait rencontré, d’une façon presque constante, le bacille d'Eberth dans les taches rosées, de nombreuses observations signa- Jlaient ce même bacille dans l'urine des typhiques ; enfin on le savait également capable, dans le cours ou le déclin de cette maladie, de produire des foyers de suppuration à distance.

Or quel était le trait d'union entre ces diverses localisations ?

Comment le germe que l’on croyait cantonné aux plaques de Peyer, se retrouvait-il dans les taches rosées, l'urine, ou le pus de l’ostéomyélite ? L'hémoculture,pratiquée dans ces dernières années suivant de nouvelles méthodes, a résolu la question en montrant la fréquence de l'infection sanguine — nous voulons dire la présence de microbes patho- gènes dans la circulation générale — au cours de la fièvre typhoïde.

À la piqûre du doigt ou du lobule de l'oreille et l'ensemencement de quelques gouttes de sang sur quelques centimètres cubes de bouillon on a substitué la ponction veineuse et les ensemencements larges. Dix à vingt centimètres cubes de sang, prélevés avec une asepsie rigoureuse dans une veine du

pli du coude, sont ensemencés sur de grandes quantités de bouillon.

À partir de ce moment les statistiques ont complètement changé et les septicémies sont entrées en quelque sorte dans la voie de la banalité.

La lésion locale devient une infection générale : le sang est le vecteur microbien qui expliquera les manifestations morbides des différents organes.

Du même coup la pathogénie des maladies infectieuses est remaniée de fond en comble. Les faits : s’éclairent et se précisent de jour en jour. Ce qui est devenu évident pour le bacille typhique est recherché pour d’autres germes, et il est reconnu que tous ou presque tous les microbes pathogènes peuvent, à un moment donné, passer dans la circulation générale, où l’ensemencement du sang révèle aisément leur présence.

Alors la clinique peut se faire une idée exacte de la fréquence des infections sanguines.

Les unes, primitives, sont à peu près constantes (septicémies éberthiennes dans la fièvre typhoïde, septicémies paratyphiques dans l'infection paratyphoïde), d’autres fréquentes (septicémies pneumococciques dans la pneumonie, septicémies méningococeiques dans la méningite cérébro-spinale), d’autres sont plus rares (septicémies streptococciques dans l’érysipèle, certaines enfin sont plus généralement secondaires (entérococcies chez les typhiques, colibacilloses des urinaires).

Les mots eux-mêmes portent l'empreinte de ces orientations pathogéniques et reçoivent une signifi-

cation;plus nette et plus précise.

Avec le professeur Roger, nous appellerons septicémie la présence des microbes dans le sang sans localisations dans les -viscères, cette localisation constituant la pyémie ; enfin nous réunirons septicémiés et pyémies sous le terme plus général de bactériémies ou d'infections sanguines.

Au cours de ces deux dernières années, il nous a été donné d'observer et de pouvoir étudier au point de vue bactériologique un certain nombre de maladies infectieuses, tant à l'Hôtel-Dieu, qu’à l’hôpital militaire de Rennes.

Notre but dans ce travail sur les infections sanguines —nous emploierons plus volontiers cette dernière expression qui constate le fait sans préjuger des interprétations — a été d'apporter par quelques faits nouveaux un modeste appui aux conceptions déjà émises sur les maladies infectieuses.

Intentionnellement nous avons restreint notre sujet à celles des infections sanguines que nous avons rencontrées dans la pratique journalière et sur lesquelles nous possédions des observations personnelles. |

Ilcomprendra deux parties :

Une première partie clinique, où nous étudierons successivement :

1° Les infections à bacilles pyocyaniques,

2° Les infections à bacilles typhiques,

3° Les infections à entérocoques,

4° Les infections à méningocoques,

5 Les infections à streptocoques,

SR TO ee

6° Les infections à tétragènes.

Une deuxième partie expérimentale, où nous efforcerons de reproduire et d'étudier les faits de la clinique chez les animaux de laboratoire.

Après un exposé historique de la question, nous rechercherons:

1° La fréquence des infections sanguines chez les animaux bien portants ; :

2° La fréquence des infections sanguines chez les animaux soumis à l'influence de causes secondes (chaleur, froid, chaleur et froid combinés, injections de solutions hypertoniques, injections de toxines microbiennes).

3° La fréquence des infections sanguines chez des animaux bien portants, ayant ingéré une culture microbienne ;

4° La fréquence des infections sanguines chez des animaux bien portants ayant ingéré une culture microbienne et soumis à l'influence des causes secondes déjà énumérées.

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