RAOUL) ALBERT
(Quand Blanche a disparu, èt que la porte s’est refermée, Raoul vient te jeter dans un fauteuil )
RAOUL
Ouf! permettez que jo reprenne haleine, mon cher Albert, j’étais à boflt) c’est fini} je ne sais plus mentir; ce que 6’est que de rester longtemps éloigne des affaires; du reste je votfs avoue qUe je n’ai Jamais été très-fort pour mon propre compté. Ahl pour le compte de mon gouvernement, c’était autre'rtiOSé, c’était une question de bonne foi, je tenais à gagner mes gCadèS; mais quand il s’agit de tromper une femme comme, la comtesse... car il n’y a pas un mot de tral dans tout cé que Je vous ai dit, mon cher Albert, ,,
' ' Albert, nain. • ’ ' ’
Parbleu!
RAOUL, ,
Ah 1 est-ce que ça se voyait? ’ .
ALBERT. ,
C’était limpide, pour moi du moins.
RAOUL. ■ ' 1 >'0
J'ai trop parlé, hein?.’., c’est la faute de ce maudit champagne’.
ALBERT, riant.
Ah ! ah ! c’est donc cela que Je me disais aussi. , ,,
RAOUL. '
Voilà pourtant les dangers de la sobriété. C’est vraj, cela,, ma femme ne boit qdé de l’eau, ne hbuvant ra’idlpôser tout à fait son régime, elle m’a mis ao boraeaux, au bordeaux très-doux. Léotiü, aii contrairë, a l’habitude de fourrer du châtopdgiie partout. Elle déjeune, dîne et soupe au champagne; si c’est VoUs qui Taveï élevée cômrae ça, que le bon Dieu vous bénissè, ' ^
' . ' albErT, ,
• ÉcoUle«*donc? mon chèr tousib,je ne l’avais pas éjevee pour .
* Albert, Itnoul, Blanche. ’ / j h. I
Rlbferto Raoul* i . ; *r.! o ■ ■ ’ ' . . -
VOUS (sérieuiemeiit.) Cro^cz bien que si j'avais pu prévoir ce qui arrive, je l'aurais élev&e plus convenablement.
RAOUL, riant.
Ah çà! parlons raison, mais parlons bas, m'en voulez-vous?
' ALBERT
Du tout.
RAOUL
Je vous assure que je ne pouvais pas faire autrement.
' ALBERT
Ne vous défendez donc pas.
RAOUL
Votre main?
AI.BERT, U lui donnant.
La voici, je vous prierai même d'accepter mes remerciements par-dessus le marché!
RAOUL
Vos remerciements de ce que je vous enlève votre maîtresse?
ALBERT. Us se promènent.
Non, mais de ce que vous m'avez annoncé sur-le-champ que vous me l’aviez prise ; en me laissant ignorer mon accident vingtquatre heures seulement, vous m’exposiez à ce que je l’apprisse par un autre, et je devenais ridicule, en m’én instruisant vousmême, vous m’avez donc rendu un véritable service.
Et là, franchement, vous n’avez pas d’arrières-pensées?
ALBERT. Ils s’arrêtent.
Pas la moindre. (Raoul sourit.) Non, vous dis-je, vous étiez dans votre droit, chacun pour soi et Léona pour...
RAOUL
Ah! prenez garde, vous allez me faire croire que vous êtes piqué.
ALBERT. '
Quel diable d’homme vous faites.
RAOUL
Vous ne la regrettez pas un peu?
ALBERT
Eh bien! .si, là, un peu; êtes-vous content?
RAOUL
' A la bonne heure. (Riant.) Ce pauvre Albert!
ALBERT. Ils s’asseyent à droite.
Dame, vous comprenez? dans le premier moment, cela dérange un peu la vie, ce sont des habitudes que l’on s’était faites et qu’il faut perdre: me voilà privé pour quelque temps de paraître au bois ou au club, sous peine de mé heurter vingt fois le jour contre la phrase qui vient de vous échapper à vous-même : «ce pauvre Albert!... » accompagné de : « cW étonnant! elle avait pourtant l'air de vous aimer, » ce qui veut dire : il fallait donc • que vous fussiez ou bien sot ou bien ladre. (Rwat.) Vous le voyez.
sçip: y. , '
vous m’avez placé dans une affreuse position, et cependant, encore une fois, je ne vouscn veux pas.
RAOUL
Du reste, vous vous en doutiez, n’est-ce pas?
ALBERT
Oui.
RAOUL
Depuis quand?
ALBERT
Parbleu , depuis le jour où on m’avait fait faire antichambre.
RAOUL, riant.
Ah! ah! vous avez étudié ce thermomètre-là.
ALBERT
Parfaitement.
RAOUL
Voyons?
•’ ALBERT
Rè"le générale, quand vous arrivez chez une... Leona, Ct que la fmmfde chamtre vous introduit prestement d^s le petit ifn.iHoir rose ou bleu, en vous disant a demi voix : je vais pre- S Madame, vous pouvez dormir tranauille, vos affaires ^nt Tnhome voie .. mais le jour où c’est un domestique tout de noir babillé qui vous introduit dans le grand salon en vous disant solennellement et à h.iule voix : je vais voir si Madame œt chez Mip nouvez être sûr qu’il est question sous roche d un changement de ministère. (Gaiement.) Eh bien! hier, le changemSe ministère a;eu lieu,el l’on m a rendu mon portefeuille...
(Se levant.) vide.
' RAOUL
C’est une délicieuse créature, n’est-ce pas?
ALBERT
Oui et puis quand on a quitté lé bordeaux tréoux pour le ceîa farait piqiant, cela Muse d’aiord, mais pre. nez garde, cela grise.
° RAOUL
Bon, bon, vous voulez m’effrayer.
ALBERT
Oh ! ma foi non. •
RAOUL. ...l.a'J
^ Avez-vous remarqué la petitesse de sa main, la flexibilité de son pied?
ALBERT
Tiens ! parbleu ! lorsque j’étais avec elle, croyez-vous que je regardais par la f^enèlre.
° RAOUL
Et cette distinction! celte élégance! Dieu me pardonne, il y a quelque chose d’une duchesse chez cette femme-là.
^ ' ALBERT
Oh! il y a aussi quelque chose d’un duc, le mobilier.
LES mrtWÈLES.
Vous voulez me rendre jaIou:!(,
' ^LBEUT^ sériep^pi^E
Oh ! mon maître^ que vetiez-yppsde dire là? Vous? le comte de Sidiaiic? le mari de Blanche, jaloux de Léona?
BAOUL, lui do|uaBt la main.
Vous avez raison, Albert, c'est toujours le chfiRjp^gpe, , '
ALBERT
Al)! V0U5 PQ m’avez pas encore dit,,. . ,
• RAOUP,
Qui m’a valu telle conquête , pomme dit De Mussptj qh ! ce n’est pas l’allure de mon cheyal^ ce n’est pas non plus d ua « compliment sur sa mantille ni des bonbons à la vanille par pn « beau soirfde carnaval. » Je vous avouerai, en confidence, et dût mon amour-propre en souffrir, que je soupçonne fort )a divine Léona d’aimer le comte de Sidjane bien moins pour ce qu’il est à présent que pour ce qu’il fut jadjs,
ApapuT,
Çomment?
, aAOUL.
' Ab ! ab ’• vous dressez l’oreille, monsieur le fat, vops allez enfin avoir Iq mot de cette énigme Inexplicable poqr vous, nn cbanuapt garcop de vingt-quatre ans supplanté par un homme dç quarante, vpici le fait, je yous le liyfe pour ce qu’il vaut, (il se ipTp,) U y a mi mois environ, je me trouvais seul au bois; la pluj^, une Pluie torrentielle m avait surpris, et je m’étais réfugié’ au pavillon d'Ermenonville. Il y avait, un quart d’heure à peu près que j’étais là, attendant le retour dP Dubois qui était parti pour me chercher une voilype, qugnd je vis arriver à fpndde train upe amazone et un petit jockey, (noj}i|rw‘ son poing.) gros comme ça. be fihç.yal do la daipe étajt à peine arrêté, que celle-ci sautait lé- ^réfn^t pur k ponop; ce n’était pas une femme, c’était mm calaràch:, et la voilà riant et se secouant tant et si b'on, que sa pluie me mouillant et son rire mo gagnant, nous voilà au bout d’une seconde face à face, riapt, et nous spepuapt à qui miou* mieux. La connaissance était faite, je lui offre mon bras. Je ne risquais plus rien, nous étions aussi mouillés l'un que l’autre. Je lais préparer un cabinet sans autre préambule, je jette un arp^it de bois dans |a cheminée, et, toutes ces formalité pemphes, je salue mon inconnue. Elle me déclare alors se nommer Léona, et s’empresse de me prévenir charitablement qu'il serait compjétemout inutile de devenir épris d’elle, attendu qu’elle a le cœur plein d’amour pour un jeune diplomate en nerbe nommé Albert d’Orly.
acbert.
Cétait exact. .
RAOUL
Je me pmnmo.à moft tour, alors, pt tqqt à cûWj) l’écuyèrq disparaît pour faire place à la grande dame... C’ctait feerique.
àLBOUt rilBt.
le la recouutt bien là. ,
RAOUL
Elle me parle politique, art, Industrie^ puis de (^amartinq et de Balaae, enfin des diplomates étrangers comparés giuï nôtres^ des Italiens, de la Bourse, et tout cela avec un tact, une finesse; j’étais renversé, ou plutôt j’étais pris. Je n’jivais pfts eu If tçpips de placer un mot; et si Dubois avait ramené la voltupé a çfe tuoinent-là, je pouvais passer aux yeux de Léona pour up lq)bécile. Enfin, j’avai» la parole, etj*en usai largement; Léona avait voulu savoir une foule de choses relatives à mes missions diplomatiques, et l'avais dû la satisfaire; puis, peu à peu, elle (Jevipt plu? indiscrète, et ma foi, vous l’avouerai-je, mon cher Albert, je mç laissai aller à parler de mon pssé galant; c’était petit, c’était mesquin, c’était écolier en diable, mais, que voulez-vpu^,, jj pleuvait tant et avec cela le champagne... Il y avait^déjà dü champagne ce jour-là ; enfin je crus remarquer que Léop4 pf^pajt qn intérêt tout particulier au récit de mes aventures; à cliaque degré que je montais sur l’échelle de mes aqiours, le regard de l.éona devenait plus coquét et plus tendre; je compris toqt de suit*! le parti que je pouvais tirer de cette faiblesse aristocratique,' et alors je ne me fis point faiKe de quelques petites bonnes fortunes de mon invention; ma liste s’arrêtait aux baronnes. el Léona venait de me serrer la main ; je tournai effrontément la page, et une niarchesa me valut la permission de la regonfluire; une comtesse moldo-valaqne, une invitation à dîner pour le lendemain; et enfin, quelques jours plps tqrd, j’avaip contppp" mis iHie princesse chinoise, vous comprenez qu’elle ne pouvait [las en demander davantage.
ALBERT
Assurément! (tous dem écUteut de rire, la pendule sonne une demibeure. )
RAOUL, se levant précipitamment.
Ah! mon Dieu! dix hcttMftat demie,’ «t je ne suis pas habillé.
( Il sonne. ) , , ^
ALBERT. . 1-. i.i • . /
Vous allez prendre Léopa obez elle t
\ RAOUL
Non pas, mais comme je vous l’écrivais dans ma lettre.
ALBERT
Ah! à propos, (U fouUle dans sa poche.)
RAOUL. '
Léona sera à minuit dans la loge n® 17; je vous écrivais ce détail, mon bon, popr qup vous oc passiez pas par cette loge-là si cela doit vous contrarier, (n sonne de nouveau.) Où diable est donc fourré cet animal de Dubois? (a aUmcA, «loi lui pier.) Qu’est-ce que c’est que ça? '
LES UWa4ÙB.
tnàt£ECT;';l.U
Votre lettre d’avis qui, à un moment donné^l poumii deveiiir fort compromettante pour vous.. /
RilOÜL. î
Eh bien! elle était tout aussi en^sûreté dans votre podte que. dans la mienne. , .
ALBERT. 1
Soit, mais si l'un de nous deux doit perdre cet autographe, j’aime mieux que ce spit vous.
^ RAOUL ^ jetajkt les morceaux de la l^re dans la cheminée*
Voilà! (a Albert.) Avec tout cela, Léona va me redemander la fleur que je devais porter (atcc sentiment.) toute la nuit à ma boutonnière. (Riant.) Vous n'auriez pas par hasard un camélia sur vous? (Sonnant i tour de bras.) Ah ! çà, mais ces drôles-là ont donc juré... (Dubois parait.) Ah! c’est bien heureux! Est-ce que vous donniez?
DUBOIS*
' Oui, Monsieur, et Auguste aussi.
RAOUL
Ils sont charmants! Vite, ce qu’il faut pour m’habiller! Est-ce que Madame est partie?
DUBOIS
Pas encore. Monsieur. (ll entre à ganche, Albert a allumé son eigar* •t pris son chapeau.)
RAÔUL. '
Vous me quittez, on vous verra là-bas?
ALBERT
Oui, probablement... A bientôt.
RAOUL
A bientôt! (ns se donnent 1a main, Albert sort par le fond. Dubois entre.)