RAOUL, DUBOIS
DUBOIS
Voici la cravate de Monsieur.
RAOUL*’, s'habillant. '
Quand Madame sera rentrée, vous m’amènerez la voiture ; vous entendez?
DUBOIS
A rOpéra-Comique?
Vous plairait-il de parler moins haut, monsieur Dubois?
DUBOIS
J C'estgu8te> pardon. Monsieur. (Très-haut.) La voiture attendra • * /
Raoul, Dubois, Albert.
Raoul, Dubois.
SCiNK TI. , 25
monsieur au ministère des affaires étrangères. (AT«c MU«&etion.) Tout est réparé...
RAOUL, avec humeur.
Allons, c’est bon. (a part.) C’est très-humiliant d’avoir ces drôles-lù dans sa^ confidence', (jetant une seconde cravate après l’avoir chiffonnée.) Je ne pourrai donc pas me cravater ce soir?
DUBOIS
C’est qu’aussi monsieur le comte est peut-être plus difficile que de coutume. Du reste, madame Léona mérite bien... c’est uneTemmesi élégante, si distinguée...
RAOUL, avec humeur.
Voyons, mou gilet.
DUBOIS
■11 'vous tend les entournures. Monsieur, (contmaant.) Ah! monsieur le comte doit faire bien des jaloux!
RAOUL, écoutant avec inquiétude.
N’est-cc pas la voix de Madame que j’entends?
I DUBOIS
Oh! je ne crois pas, Monsieur, (n écoute.)
RAOUL , i lui-métne.
A propos du ministère des affaires étrangères, j’ai oublié de prévenir Albert.
DUBOIS
Non, ce n’est pas... mais cela fait cet effet-là quand on est préoccupé, inquiet... Je me souviens que l’autre jour, quand monsieur le comte est entré chez madame Léona, il voulait absolument avoir reconnu madame la comtesse dans un fiacre qui stationnait de l’autre côté de la rue.
RAOUL , à lui-méme.
Ah! Albert devinera que c’est un prétexte.
DUBOIS, continuant. .- '.
Tout cela, voyez-vous. Monsieur, c’est l’effet d’une conscience troublée, et rien de plus, (a demi voix.) Du reste. Monsieur n’estil pas de l’avis de son très-hiimble valet?
RAOUL, qui n’écoate pat.
Qu’est-ce que ce vètement-là’
DUBOIS
Celui que Monsieur vient de quitter!... ab ! pardon, (il w donne l’autre. — Continuant.) Oui, Monsieur, je crois que le danger accroît le plaisir.
Raoul, à lui-méme.
• Mais j’y songe, y a-t-il seulement bal au ministère des affaires étrangères? (a Dubois.) Mes gants. (ll prend un journal et le parcourt.)
DUUUIS, prenant des gants dans une boite et les lui préscutaut. .
Les gants de Monsieur!... (continuant.) Oui, je voudrais déjà connaître les charmantes inquiétudes que goûte Monsieur... aussi il me tarde bien d’être marié iioiir iromper mu reumie.
LES mÉiStLES.
RAOOL , <iti< a trouTé ce qn’il cherchait tout eà mettant ses gauts^
Oui, c’est bien. (Regardant ses mains. ) Qu’est-ee que c’est donc que ces gants que vous me donnez-là?
DUBOIS
Les gants que monsieur le comte vient de quitter. Ah ! par* **
don. (il en prend d’antres.) i - ^
RAOUL, k lul-mème.
<<11 est stupide, oet animal-ià 2 > ‘
' DUBOIS, brossant Se chapeau. > -
Il n’y a qu’une chose qui m’effraie; je ne sais si monsieur le comte y a songé comme moi. . v
RAOUL, à lui-même tout en mettant ses gants et regardant Qxement Dubois
qu’il ne mit pas.
j Ma parole d'honneur l le cœur me bat comme à mon premier duel. /
DUBOIS, remarquant la fizitd du regard du comte.
Eh bien ! j’avouerai à monsieur le comte que ce qui me gtoerait un peu pour tromper madame Dubois, ce serait la crainte que madame Dubois ne me trompât à son tour.
'RAOUL, qui a perçu raguement ie sent des paroles de Dubois.
1 Heinf... qu’estrce que vous dites?
DL'BOIS, continuant.
Oui, je l’avoue, si j’étai.s marié, je serais désolé... que ma femme eût un amant... je ne sais si monsieur le comte pen^ comme moi.
RAOUL , avec eoUre. >
> Imbécile, sortez... (ll le pousse de l’autre eêlA de la chambre. BlanetM parait sur le seuil de la porte, à part.) Ma femme! allôns, SOrtez! DUBOIS, se frottent les épaules.
Je sors, monsieur le comte’, (a part.) Je crois qu’il a été frappé de ma réflexion, (ii sort.)
■ ’■ ■' ‘ " SCÈNE Vllr ' ■ , ,
Raoul, blanche, en grande toiletté de soirée.
RAOUL*’. ' ' '
Vous partez, ma chère Blanche, vous venez me dire adieu ?
BLA?ICHB.
Non, mon ami, non... je suis même fâchée d’avoir cédé ani obsessions d’Hélène et de m’étre laissé habiller.,. Décidément, je ne sortirai pas, je ne me sens pas bien.
RAOUL
Qu’avez- VOUS donc?
BLAIICHB.
Ma migraine, je pense.
* Dubois, Raoul, Blanche.
** Raoul, Blanche.
. yn-îa
RAOUL
Ah? (Tiiibleœent contrarié.) Et... CCla VOUS a pris ainsi tOUt à coup ?
/ BLANCHE
Mon Dieu, oui, tout à l’heure je ne songeais à rien.
RAOUL, avec un espoir.
Oh! ça va se passer; il faisait peut-être trop chaud chez vous?
BLANCHE
Mais non. . /
RAOUL
Alors,’ c’est que vous avez eu froid, (ii sonne.) . . >
BLANCHE, s'éateyant à droite. . i " 1/
Non.
RAOUL. ,
On gèle ici, ou n’a iamais vu cela, (n nonne; à Hélène qui paraît.) Voyons, rallumez ce feu. tites-vous folle de le laisser éteindre dans cette saison?
,-11 -'I HÉLÈNE. ... i
Mais, monsieur le comte... •
Mademoiselle, faites ce que j'ai dit. (Hélène »ort; revenant à Biancbe.) Vous n’ôtes pas micuï? It
BLANCHE
Non. . . : *
RAOUL, è pari. '<
C’est on fait exprès. - • - '
BLANCHE, l’examinant. .
Vous êtes babille! aviez-vous donc rintention de ni’accômpagner chez madame d’Orly? ■
! — RAOUL, av«e réflexion.
Oui, oui, ma chère Blanche... c’est-à-dire, j’avais rinteiitioft de vous conduire.
BLANCHE
JVh! de tae conduire seulement? '
RAOUL
■'Hélas! oui, chère enfant, j’ai engagé ma soirée. '■ blanche.
Ah!
RAOUL
J’ai promis à volrp cousin Albert de le présenter cé soir. >
BLANCHE
OÙ donc?
RAOUL
Au bal du ministère des affaires étrangères; c’est pour lui une question d’avenir, vous comprenez?
BLANCHE
Sans doute; mais . comment se faitril qu’ Albert ne m’en ait rien dit? ■ . ^ ■ : a
LES INPID&IiBS.
RAOUL
Oh! il n'y aura point songé.
BLANCHE. ' , •'
C’est cela.
RAOUL
Vous souOrez toujours beaueoup?
BI.ANCHE. '
Qu'importe, mon ami, il ne faut pas que cette indisposition vous retienne. Allez, je puis rester seule.
Raoul, s'asseyant près d’elle avec une impatience mal déguisée.
Vous savez bien que je ne vous quitterai pas tant que je vous verrai souffrante... ainsi, je resté.
BLANCHE, lui serrant la main.
Raoul, vous êtes bon.
RAOUL, regardant la pendule. • / '
D'ailleurs... il n'y a pas encore de temps perdu, il n'est que' onze heures. (Appuyant la tète de Blanche sur sa poitrine.) Mettez votre’ jolie petite tôte là... Ah! il me semble qu’elle est plus fraîche.
BLANCHE. . “
Ohl... •
• RAOUL. >
Le pouls est très-bon... très-bon... êtes-vous bien ainsi?.^
BLANCHE
Oh! oui...
RaOULj la contemplant à part.
^ C’est qu’elle est très-jolie, ma femme, vue à vol d'oiseau.'
BLANCHE, se pelotonne et pousse un soupir.
Ah!
Oh! quel grand soupir! ■ (Blanche sourit. — Enchanté.) Ah! la gaieté revient..
BLANCHE
Tu me fais rire. (Elle ferme les yeux.)
RAOUL, à part. >
Est-ce qu’elle va dormir là?... me voilà bien planté, moi!.’.. Léona qui m'attend. Ah! c’est le diable qui s’eti mêle. (Regindant Blanche.) Elle est charmante! une bouche adorable, des yeux d’une expres.sion! Quoii|ue fermés!... ma parole d’honneur, je ne l'avais jamais si bien vue!... Quels jolis cheveux! (a caresse les cheveux de Blanche.) Une main d'eilfant ! (il lui baise la main.)
BLANCHE
Oh! j’étouffe à présent. (Elle se redresse et enlève ses fourrures.) RAOUL, à lui-mème.
Léona, certes, n'a jamais connu ce luxe d'épaules.
BLANCHE. I
A quoi songez vous ?
RAOUL
> Je songe qu’il y a une éternité que je ne vous ai vu une aussi ravissante toilette.
SCÈlfS YII.
C’est tout simple, mon ami, l'hiver dernier, j’étais en deuil, j’ai traversé tout l’été dans une robe tie carmélite, et depuis que nous sommes de retour de la campagne, voici la première lois que je vais dans le monde.
RAOUL
Comme lu eç belle, ma Blanche.
BLANCHE
Qu’est-èe que c’est donc que ce bal des artistes?
KAOUL, après un mouvement.
Hein ?
BLANCHE
Oui, qu’est-ce que c’est?'
RAOUL
Mais c'est un bal comme un autre, pourquoi me demandestu ça?...
BLANCHE
Je ne sais... il me semble'que ce doit être fort curieux de voir de près tout ce monde de théâtre.
RAOUL
Oh! quelle idée!... mais c’est ennuyeux à périr, au contraire... tous ces gens-là ne signifient absolument rien de près, ça n’est supportable qu’à la sccne, au bout d’une lorgnette.
/ BLANCHE , doutant.
Ohl...
Je t’assure... i
BLANCHE
C'est égal, je voudrais bien les voir dans un coin.
RAOUL, très-embarrasaè.
Hein?
BLANCHE
Un tout petit coin.
RAOUL
Mais tu n'y songes pas, c’est impossible; voyons, dans quinze jours je te conduirai à l’ambassade ottomane... c’est bien plus curieux, tu verras des Turcs, de vrais Turcs, avec douze cent mille francs de diamants à chaque doigt.
BLANCHE
Hais les actrices en ont beaucoup aussi, à ce qu’on dit.
RAOUL
Au théâtre, oui, c’est l’administration qui leur donne ça... 'mais ça reste au magasin d’accessoires.
BLANCHE. ..j
“Menteur!... j,,,
RAOUL, se levant.
Voyons, ma chère Blanche ne parlons plus de... , . .
BLANCHE
Raoul, tu ne vas pas au bal des artistes? .
LES I.VKIDÈLËS.
. DAOL'L, après un mouvemeDt.
• Moi?!,, oh! quelle idée!... qu’est-ce que j’jïais failfe là?...
BLANCHE
' Tu n'y vas pas?...
RAOUL
Mais... non... et la preuve, c’est que je i;est£ auprès de toi.
(Peu à peu Raoul s’est rapproché de Blanche';' >1 la iîent ' dans ses bras.)
D'honneur, jamais JLéona n’a été si délicieusement beUe.
•" BLANCHE. ‘ < ■ '
Qu’est-ctf que tu as? ' ,
RAOUL. . I
Ce que j’ai , je t’aime plus que jamais^ Blaocbc. , :
BLANCHE, avec tendresse.
Je te crois, et maintenant tu peux partir. , . .
RAOUL
Mais je ne le veux pas.
BLANCHE, voulant M dégager.
Je ne souffre plus, bien vrai.
RAOUL
C'est possible, mais...
bLanCHE yeut mettre son manteau. '
.. RAOUL, l’arrêtant.
Ne va pas chez madame d’Orly. (Trèa-tendre.) N'y va pas.
BLANCHE
Je n’ai plus d’excuse, je me porte bien, et j’ai promis, (tendrement.) Mais je reviendrai bien vite. (Elle sonne et remet M» fMirnires.)
RAOUL, à part.
Allons, il y a une fatalité et Léona l’échappe belle». blanche, à Raoo).
Venez-vous, mon ami? ‘ • '
RAOUL
Oui, mais je vais faire avancer une voiture de plaoe, car il est bien tard déjà, et si je vous- conduisais...
'10 : 'I blanche.' ■' ''1 ' ' •
'"'Oui, c’ést Vrai.*, ce pauvre Albert qui vous attend; (a uubok partit.) La voiture. "■ •• h, , .
OUBOI8.’ •
/ Elle est en bas. Madame.
li' üo'iip • I . '"RAOUL, à patt.""’ '■ '•••
Alloncle sort en est jeté! (Haut.) Dubois, quand vous aurej nttieilïé Madame, vous reviendrez me prendre. |-
DUBOIS, avec une initention outrée.
Au ministère des affaires étrangères? oui, Moasieur, (rso«J <aa
on petit mouvement. Blanche lui jette un regard rapide.)
. , 1 ,; î BAOUL,'àp«rt;' .
Imbecile.
• Biauebe, Raoul. *
BLANCHE^ à part, ob««rra^ son mari et Dubois.
C'est bizarre. , ‘ ' , ,, , . i, • ■
lUUHlL.
Je suis à vos ordres... .
BLANCHE, à Raoul, lui prenant le bras.
Vous reviendrez bien vite aussi? ,
RAOKL.
Oui... oui... (a part.) il y a une fatalité. (Eéiè^ tfïtn.)