BLANCHE, ALBERT
ALBERT , s’asseyant.
Tiens! vous avez dîné seule?
BLAN’CHE
Absolument seule.
ALBERT
AhJ j’ais manqué d’inspiration.
* Hélène, Blanché, Auguste.
Blanche, Auguste, Hélène
LES INFGDÈLBS.
BLANCHE
Comment cela?
ALBERT
J’aurais dû venir mi: faire inviter à vous tenir compagnie. J’ai dîné seul aussi au cabaret. (Béièiie apporte le thé.)
BLANCHE. *
Prendrez-vous le thé avec moi?-»
ALBERT
Très-volontiers. (Blanobe mh» 1« thé.) I -
HÉLÈNE
Madame, faudra-t-il envoyer chercher le coiffeur?
BLANCHE
Non , vous me coifïerez vous-mème.
HÉLÈNE, B part. ' •
Pas môme coquette ! faites donc vos affaires avec celte femme-
là ! (Elle sort.) • . i- . .
ALBERT
Vous allez dans le monde, ce soir? ' . •
Mais je vais chez votre mère , oublieux.
ALBERT. - I
Ah ! c’est vrai, c’est son jour.
BLANCHE
Voyons! pourquoi négligez-vous ainsi la oompagnie de votre mère"?
ALBERT
.lAhl pourquoi?... voilà.
, BLANCHE
Ne peut-on concilier ses plaisirs avec ses devoirs?
ALBERT
Ses devoirs? oh! mais il y a.toujoiirs, croycz-le bien un grand plaisir pour moi à the présenter chez ma mère, surtout quand j’ai l’espoir de vous y rencontrer.
BLANCHE
J’accepterai le complimeiil, mon cousin, ne fut-ce que pour vous rendre tout à fait inexcusable.
ALBERT, riant,
Allons ! ne grondez plus, je retournerai aux soirées de ma mère, avant peu, bientôt,.,
BLANCHE *
Ah!
ALBERT
Le motif qui me tenait éloigné n’existe plus.
BLANCHE , à demi voix.
Vous Ôtes fâchés ?
ALBEKT, sans y songef«
Oui, depuis quelques... (s'arrêtant tout honteui.) Pardoni,, (Blanch# * Blanche, Albert. '■ ■ ”
'■ Afturtr in.’ ‘
<clate ^ rire. — Tout p«aod.) Ah I COUSipe . je TOUS CO TOUdfai
de ce thie jè Viens de difO. • " ' • ' ' ” i ’
■ bU-tCHE. ‘ '
"VraittieiiH i..- - ■, ,
ALBErtt.
Sans doute, car enfin... vous êtes assurément la dernière pariftl les hdrtfiêfes fciUnics que je puis cOttnàttVcj' què j'durais voulu initier à ma vie de garçon. • ’
BLANCHE , avéc uUé gaieté d,’«nfant.
Savez-vous qu’il est très-glorieux pôUrittoîitràVi^ Wtttt (in diplomate?
ALBERT. * ■'
Un diplomate?... Ah! pardon, je ne suis qu’un apprenti; mais j’lj*ai Vite, car M. de Sidianc est mon maître. ’
’ ' BLANCHE, deTenant sélleitife. ' ■ ■ .i • ■ ■ i;
’ Et il tons donne de terribies leçons, ■ '
ALBERT. •
(Èoament? ' -
' ' BLANCHE , 88 teMèltam. ■ ' •' '' •
'VlUeft.' • ' '
' ' ALBEBT, 8é letàùt. ’ ’
■■‘Oh 1 si fait, vous avez une pensée que vous ne dites pas toute entière.
BLANCHE
Eh bien ! complétez-la. >
ALBERT *, qui ouvrait la bOuehé pour s’expliquer , l'arrêtant.
Ma foi non. ' - ‘
blanchb.
l 'Vous craignez d’en trop dire , n’esta pas? • r • : . i
ALBERT
Mais il n’y a rien à dire sur votre uMiri.
BLANCHE. ! 1 r-,y t ,)
Assurément. , '
... !, ALBERT, i .
C’est très-mal , ma cousine , de soupçonner ce pauvre Raaul^ et franchement c’est bien le moins qüc Je le défende, cai* après tout, c’est ma faute si on l’accuse. i;/ . /
Comment?
BLANCHE
ALB3RT
Ëliî sans doute'. Si depuis huit jours scs absences Sont mi pdU frt'quentcs, c'est qu’il s’occupe de mol, de mon avenir ! II passe des jours entiers aü ministère pour ma nomluatioii de secrelqire d’ambas.sadc, et à l’heure où je vous parle... ■’
► blanche.
A l'heure où vous inc parlez, mon cousin, les bureaux sOnt fermés.
* Albert, Blanche.
LIS iifriDiuBs.
iS
■ ^ ^ ALBBRT*
En6n, où que soit Raoul à cette heure, je suis bien sûr qu’il ne fait pas de mal et qu'il pense à vous. Raoul va rentrer plus tendre, plus amoureux que jamais, et demain... Ah! demain, • vous serez plus heureuse encore qu’hier.
BLANCHE, sourUot.
De auel ton vous me dites cela, on dirait que cette pensée vous fâche.
ALBERT
Elle me fâche peut-être.
BLANCHE
Ah!
J ALBERT
*Ët c’est bien pardonnable; écoutez donc, c’est vrai cela, après avoir enlevé lès droits au... petit mari, car j'étais votre petit mari à l’âge heureux de quatorze ans, ce diable de Raoul nVtil pas encore rendu inutile le dévouement de l’ami, du cousin, du... frère... jadis du moins : il m’était parfois donné de sécher les larmes de l’enfant, de partager les grands chagrins de la petite 611e: et quand elle apportait vers moi son cœur tout gros encore de quelque gronderie maternelle, je pouvais jouer le rôle si doux de consolateur. Et j’étais bien heureux, bien 6er alors
3 uand j’avais su ramener un sourire sur ces jolies lèvres boueuses, mais maintenant vous n’avez plus de douleurs, tandis que si vous étiez malheureuse un peu... ...
ni
Hein?...
BLANCHE
ALBERT
Oh! rien qu’un peu... mais non, votre ciel est sans nuage et je n’ai plus qu’à m'en aller.
BLANCHE, un peu triste. ■
Oh! restez encore!
* ALBERT, vivement.
Eh! quoi?... que voulez-vous dire?;., auriez-vous véritablement quelque .secret, quelque chagrin à me conâer ?
BLANCHE, se renMtant et se levant.
Non, non, Albert... aucun... je suis folle.
ALBErt, à part.
Je suis folle, le premier mot éternel des conOdences féminines. Ma foi !... l’ami du mari a fait, je crois,’ suflisamment son devoir, au petit cousin à présent de faire ses aifaires. [blanche, assise sur le canapé, à droite.
A quoi pensez-vous, Albert ?
ALBERT, avec mélancolie.
Je pense, ma copsine, que c’est vous et Raoul qui m’avez fait verser ma première larme de jeune homme.
lil.tNCHE.
Comment? U/.. *