SCÈNE m
ALBERT, Mariant à demi.
Parole d'honneur ! j’ai bien souffert le jour de votre mariage.
BLANCHE, avec embairaa.
Quel enfantillage !... Voyons... pourquoi reparler de cela?.,.
ALBERT, derrière le canapé, avec inMUciance.
Oh! pour en rire ensemble... car vous ne savez pas, ma cousine, eh bien ! ce soir-là... pendant que vous dansiez avec moi... (Riant aux éclats.) j’ai eu envie de vous étrangler...
BLANCHE
En vérité?
ALBERT. ' '
11 était trois heures du matin, je savais que le bal allait finir. Une certaine agitation régnait déjà dans les cours; j’avais même surpris quelques ordres donnés à voix basse par M. de Sidiane à son valet de chambre. Bref, c’était la dernière valse et vous me l’aviez accordée... c’était une valse de Strauss. Je me la rappelle encore, je me la rapellerai toujours. (Sa voix m trouble peu à peu.) D|eu! que vous étiez belle! Tenez, belle et pâle comme en ce moment. . '
BLANCHE
Voyons, Albert, à quoi bon tout cela?
ALBERT
■ Vous étiez brisée, vos cheveux s’étaient dénoués à demi dans le tourbillon du bal. Et cependant, rieuse et folle, vous luttiez encore contre la fatigue; mais comme parfois vos forces trahissaient votre courage, vous vous appuyiez sur mon bras, sur mon cœur... votre baleine me brûlait, les parfums de votre chevelure me montaient au cerveau et troublaient ma raison. Je pensais vaguement que votre sort était à jamais lié à celui d’un autre et il me semblait que j'allais mourir. En ce moment, j’aperçus M. de' Sidiane (}ui souriait avec amour en vous regardant... la valse finissait... encore quelques mesures et j’allais vous perdre. Alors, je devins fou tout à fait. Je vous étreignis avec lureur; et, franchement*... (ll ramasse lapelotte de lame que Blanche a laissé tomber. —Gaiement.) je VOUS le répète, si je ne VOUS étranglai point, il ne faut pas m'en vouloir, c’est que je n’en eus pas la force, c’est que je tombai évanoui tout à coup à vos pieds comme frappé d’un coup de foudre. Cétait tout simplement une petite congestion cérébrale qui m’arrivait fort à propos ; car ÿi je n’avais pas falli mourir, je ne sais, en vérité, si paurais eu la force de vivre. (Riant plus fort.) Comme on est bête, n’est-ce pas, quand on est jeune?
BLANCHE
Mais vous ne nou.s aviez jamais raconté cette tragédie. .
ALBERT, qui regardait attentivement le collier de BUnebe, derrière le
canapé **.
Oh ! c’est bizarre.
* Blanche, Albert.
** Albert, Blanche.
H les’ INFIDÊLÉS.
,, ,j, ” BLANCHE.
Ouôi donc?
ALBERT
Je reconnais ce collier, vous le portiez le jour de votre mariage. . •
■■ C*est vrai. ' , ... , .
ALBERT
II me semble que c’est la première fois que je le revois sur vous.
, BLANCHE
C*est pcul-èlré en effet la première fois que...
ALBERT, qui touchait aU coUiar.
Ah ! Mon Dieu ! il vient de s’ouvrir, (u la pjend.)
BLANCHE
' Donnez, je le refermerai. .
ALBERT
' IMposSible ! le càdenas est brisé, voyq? plutôt.
BLANCHE
N’importe ! donnez toujours.
' ALBERT
Pardon !... j’ai fait le mal, c’est à moi de le réparer. Je portefâl ce soir ce collier chez Fos.«in, et demain il n’y parùtra plua«
BLANCHE
Pourquoi prendre cette peine, j'enverrai, (eiu veut repreadraU collier.) ' . ;
ALBERT
Blânche, laissez-lc-mnl ! , ■ ,
BUNCHB.
C’est impossible, Albert... car, vous le savez, Raoul ,a déjà eu à propos de vous de jalouses pensées qu’un rien pourrait fairb renaître, et si ce collier s’égarait...
ALBERT
Je le cacherai là, sur mon cœur; oh! lais,sez-le-moi cororat le souvenir à la fôis le plus charmant et le plus douloureux dé Ma vie.
BLANCHE. ' '
Albert, vous devenez ridicule, et j’exige...
ALBERT
Votre mari, Blâpche.