SCÈNE IV
Les M^meS, RAOUL DE SIDIANE**.
RAOUL, entre précipitammeut et s'arrête tout à coup, il est un peu animé.
Oh ! pardon !... chère amie, si j’entre sans frapper, je .. je
* Albert, Blanche. ^ •«
•• Blanche , Raoul, Albert. ’ '
• MÊWË fr. f #8
vous croyais à votre toilette... j’ignoMiis que votre cousin fût en votre compagnie... Vous pernietiet? (ii ib! btue u ttalurtcMt bas.) Tu me boudes?...
<1 IILANCim. ' !
Mais non. " ■ . ■
RAOCL^ Hàiit.
Oh ! oh! il y a Un grand oui dans oe petit non«là. ; . - 'i
BLAt^UE, l’esaniaant.
Comme vous Ôtes gai, monsieur le comte. i;i!’
RAOUL, se rajustaot avec aa pw d’embarras.
^ Mais ma chère petite comtesse, je suis toujours fortgai quand ja reviens auprès de vous. >
BLAbCilBy prenant une tapisserie.
Ën ce cas vous, avez tort de vous attrister si souvent.
RAOUL
Oh! la méchante, comme elle voudrait me tenir tout seul dans un petit coin pour me gronder tout à son aise. (Albert a fait un mouvement pour se retirer.) lie grâce, Albert ne m'abandotiuez pas ou je suis perdu.
BLANCHE, haussant les épaules.
Je ne vous demanderai pas même d’où vous veriezt
RAOUL
Mais, moi, Je vais le le dire... et tu verras que... itiais d’abord permets-moi de le livrer le coupable, (u lui donne un bouquet ié violeltës.) Il m’a fait a.s.sez courir a[iri‘S lui, va... c’est toute une histoire, je suis furieux... et cepciidàut je ne saurais m’empêcher de rire... Jasou et b.s Argonautes ont eu moins de mal pour conquérir la toi.smi d’or, vous .‘liiez eu juger; .\lbcrt... donnez-moi une tasse de thé.
ALBERT, lui en versant.
Il est glace, je vous en préviens.
RAOCL.
Tant mieux, (sè reprenant.) C’esl-à-diro, ça ne fait rien.
AL.BKRT, riatit, à part»
Oll’est-ce qu’il a donc ce soir, Raoul ?
BAOUL, cherchant ses phrases.
Vous saurez d’abord, ma clu-re UUuiche, que je m’étais juré de vous apporter un liouquct de Violettes, ttjvous .savez déjfl que je suis d’un entêtement reman]uable, j’en ai donné maintes preuves, du reste. Ainsi figurez-Vôus, Albert, que’ lorsque j’étais en Afrique...
ALBERT
Voulez -vous de la crème?
* R.AOI!.. ’
Un nuage seulement. A propos, je no vous ai jamais parle de mes cluisscs dans l’Atlas... est-ce que vous connaissez Gérard, lê lueur de lions?
ALbERT. ‘
Je l’ai vu une fois au bal.
LES CTElDÉltES*
^ R40DL, riant.
Ail ! ah ! ah! Gérard au bail... et que faisait-il là?... *
ALBERT, assis à droite.
Il regrettait l'Atlas, (a part.) Il parait que l’histoire du bouquet n’est pas encore trouvée...
Donc, pour en revenir à ma course aux violettes.
ALBERT, à part.
Ah ! la voilà !
RAOUL, à Blanche.
Dieu me pardonne, chère amie, j’ai cru qu’il me fandredt faire le tour du monde pour sortir à mon honneur de cette fantastique entreprise. J’ai battu d’abord tout Paris. De violettes, pas la moindre... je crois qu’il y a des accapareurs.
BLANCHE
Pour le bal de ce soir.
RAOUL, contrarié.
Le bal!... quel bal?... il n’y a pas de bal ce soir.
BLANCHE
Il y a le bal des artistes à l’Opéra-Comique.
RAOUL.'
Tiens ! vous savez cela. Ah ! vraiment, c’est aujourd’hui ! je croyais que c’était le mois dernier ou le mois prochain... et puis enfin ce n’est pas un bal ça... c’est une fête. (Blanche regarde fixement Raoul pendant une minute, Raoul arale Une tasse d’eau.)
BLANCHE
Vous allez vous noyer, monsieur le comte.
ALBERT, à part, riant.
C’est une épigramme. '
Oh! j’ai beaucoup marché! impossible de trouver une voiture... chaque cocher que je rencontrais n’avait que cinq minutes à me donner, j^ai été absent six heures, j aurais donc changé soixante-douze fois de voiture, et vous comprenez! (a part.) Elle a raison, je me noie.
BLANCHE, raillant.
Pour en revenir à vos violettes?
RAOUL, avec un geste désespéré.
Allons ! (Haut.) J’avais juré que j’en irais chercher, fùt-ce au sommet des Alpes... je songe toulà coup à M. de Miremont, une connaissance au club qui possède une serre délicieuse dans sa villa aux environs de Sceaux, je prends le chemin de fer, j’arrive, je corromps à prix d’or le iardinier, j’entre dans la serre^ je cotoie pendant trois quarts d’heure toutes les flores des cinq parties du monde, je rencontre là jusqu’à des fleurs de l’Inde, et des plantes de la Chine, mais de violettes point... pas un pauvre petit pied grand comme ça; désolé, furieux, je cours à l'embarcadère.
, , SGiNX JV. I
ALBERT, trèt-iériétti.
convoi venait de partir.
RAOUL
Juste ! (a part.) Le petit cousin se motrae de moi. (Haut.) Je mourais de faim, je me décide à dîner là-bas dans un coin indigne, et enfin...
Enfin vous voilà...
RAOUL
Enfin me voilà!
BLANCHE
Et où avez-vous trouvé ces violettes-IàT
RAOUL, a’aaaeyant*.
En face, sous vos fenêtres, on voit la marchande d’ici. (Blanche rit. Raoul à part, avee joie.) Elle a ri. (Haut.) Et le plus plaisant de l’affaire, c’est que cette femme prétend qu’elle est à cette place tous les jours à trois heures depuis trois ans... concevez-vous que je ne l’aie jamais vue?
BLANCHE
C'est incroyable, comme votre histoire.
RAOUL
N'est-ce pas qu'elle est invraisemblable? du reste, il n’y a que celles-là de vraies.
BLANCHE, toujours moqueuse.
Cest parfaitement juste.
RAOUL, se levant.
N’eSt-Ce pas? (a Albert.) N’eSt-Ce pas? (Albert incline la tète.)
RAOLX, à Blanche.
Tu m’as pardonné j'espère, chère enfant. (Reprenant sa tapisserie.) Tiens, c’est gentil ce que tu^fais là, qu’est-ce que ça pourrait bien représenter?
' BLANCHE. ' ’j.
Mais un fragment de coussin où de tabouret. ''
RAOUL
Et ces grandes choses pâles ne seraient-elles point par hasard des camélias?...
* BLANCHE. ' '
Peut-être bien, voyez plutôt la ressemblance.. (Elle met une fleur de sa tapisserie contre le camélia que Raoul porte à la boutonnière.)
RAOUL, après un mouvement.
Oui, oui, ma foi, c’est frappant. m >>
BLANCHE
Est-ce que ce camélia vient de la serre de...
RAOUL
De M. Blangy, oui.
BLANCHE
Monsieur de Miremont, vous voulez dire...
* Raoul, Blanche, Albert.
EBéT 'nfVQftÊtES.
^ - MObI. ’
Non, non... de celle de M. Blangy, le beâtl^péïé dè... é’est la serre à côté... c’est même comme ça que le mariage s'est fait. •,l. , !. !,..<■ 'VatjfJcSÉ.
t C’est on BitBiap-da'iflttoyenticté? ' •
RAOUL. '
Précisément. (Riant.) Le mot est très-joli.
BLANCHE. ■ y. ■ ■■ 1
Très-joli... vous êtes bien Indulgent ce soir.... , ,
RAOUL. '■ " ‘*'' ’
Et toi bien sérieuse. -
BLANCÎnE, î délètié (Jnl Viéüt d'étltréf . ' ‘ ’
Vous allez m'habillePi, Hélène, (i Raoul et Albert.) Vous per- ‘•iiaettez, MéssièurS'T
' ' ' rAoul*. ''
Ob ! pas ertCOre, Madame. (Hélène enlève le tbè ét sort par le fond.) Il ttié faut mon pardon, signé, enregistré, et revêtu de votre petite griffe, (il lui prend la main et l’embrasse.)
BLANCHE, de l’autre ihain et touchant au camélia.
Est-ce que vous tenez à Ce souvenir de voyage?
. , , rtAOUL.
•" Pourquoi?'' < • - ■ ' '
C’est que je vou§ pNerais dé me le donner, je n’ai pas le moindre brin de fleurette pour me composer une coiffure et...
. RAOI'L, Tivenacnt. , .■ . 1 - ,.,/
Gettë flétit* dans të§ cheveux ! Blanché, y songcs-lu^
bLawche
'• ■‘OtfeÉf^fftiô cela Walt donc?..! . , r
Jh. •»' i • - , •' J ••■Il
RAOUL. I
Cela ferait, mon enfant, quec’est tout simplement impossible. Mets dans tes cheveux tout ce que tu vobdras, des oerisesj des groseilles, des ananas si tu veux, mais ce camélia, (se reprenant.)
jUn ciuaélia, j^poRisl uk - • ' - ' ' • ii.'l
BLANCHE. . - UK . •'
C’est-à-dire que vous y teœzi..
. . : !>■! ■ . RAOUL. ■ •M.- -'.' 't
Hoil tieos, vois plutôt, (il i. jeu. dan» U dMoUnée.) '< " >' '<
1 . BLANCHE
Merci!... (Elle lui tend son fro&t.) - ■ r.i i-i» .