SCENE IV
LISETTE, puis L’OFFICIER.
L’OFFICIER , en dehors et frappant à la porte. Au nom du roi , ouvrez.
Lisette. Ab ! mou Dieu ! je suis perdue !
l’officier , frappant toujours. Ojvrez donc!.,, ou je fais enfoncer la porte !
LISETTE , allant ouvrir. On y va ! <
, l’officier , entrant. Allons donc , la belle , on a bien de la peine à pénétrer chez vous.'
LISETTE , balbutiant et baissant les yeux.
Monsieur, que voulez-vous? que demandezvous?
l’officier , jetant Us yeux sur elle. A part. Dieu ! la jolie fille ! (Haut.) Eh bien ! comme vous voilà tremblante!., la vued’un uniforme et d’épaulettes vous effraie donc bien... j’en connais beaucoup qui sont moins farouches... il est vrai qu’ elles ont rarement d’aussi beaux yeux que vous. . .
Lisette. Mais, monsieur, ces soldats qui vous suivent, ce bruit d’armes que j’ai entendu... Tout cela n’est-il pas fait pour porter la frayeur dans l'aine d’une pauvre fille qui se trouvait seule chez elle le soir.
l'officier. Oui-dà! .. vous étiez seule chez vous... à travailler peut-être... ou à lire un roman bien tendre., bien passionné • Vraiment, je pourrais croire tout cela, si
les accords d'une contre-danse ne m'avaient assuréquevousvous trouviez lout-â l'heure ici en joyeuse compagnie... et votre effroi, le désordre qui règne dans celle chambre qui ressemble plutôt à une salle de bal qu'à un atelier d'ouvrière... tout cela me prouve que je suis bien chez M. Cyprien, accusé d'avoir séduit et enlevé une certaine Lisette Durand... et sur laquelle vous pourrez , j’espère, me donner quelques reDseignemeiis.
Lisette. U ciel! monsieur l’officier, ne nous perdez pas... ce pauvre Cyprien, c’est l’amour qui lui a fait commettre cette faute... «t moi je fus aussi coupable que lui.
l’officier. Ab ! vous en convenez donc enfm.-. ma foi , charmante Lisette , maintenant que je vous connais, que j’ai vu voue jolie taille , vos yeux si éveillés , votre figure si piquante... je ne m’étoune plus du crime de votre séducteur... et loin de l'en blâmer , je regrette maintenant de ne pas l'avoir commis à sa place.
i.isettk. Vous êtes bien honnête, monsieur l’officier... mais que comptez-vous faire de ce pauvre Cyprien?
l’officier. Oh! mon Dieu! presque rien... le conduire d'abord devnnt M. le lieutenant de police... et ensuite en prison... d'oft il ne sortira que pour être jugé d’après la rigueur des lois?»
Lisette. Eu prison!. . ah! monsieur, vous ne serez pas assez cruel pour séparer deux amans qui ont juré de ne jamais se quitter... je vous en supplie... grâce pour lui ! .. '
Air; Puisque nous tommes au bal. ( Deuxième Année. )
Faites droit è ma requête , *
Csr ce pauvre Cyprien.
M’aime... qu'il en perd la tète j Je suis sun amour, son bien...
Que voulut vous dune qu'il fasse S’il doit rae quitter... grand Areux!
Ab ! mettea-vous à sa place, éorrictKR.
Je ne demande paa mieux.
X.I9ETTE. Eli bien! puisque vous avez tant de bonne volonté , qui vous empêche' de m’accorder la grâce que je vous demande?
L'OFFICIER. Oit! mon Dieu, rien que ma consigne... je suis officier du roi, et je dots me soumettre aux ordres qui tn'ont été transmis.
LISETTE. Mais, en b laissant échapper, quel danger pouvez-vous courir ?
l’officier. Aucun... si ce n’est d'aller eu prison pour lui.
Lisette. Hélas!.... comment donc le sauver?
l’officier. Cherchez bien... il est peut-être un moyen de me décider à lue sacrifier â sa place.
Lisette. Ali! ditcs-le-moi , monsieur, et s’il est en mon pouvoir...
l’officier. Cela ne dépend que de vous... ainsi, la belle, faisons un arrangement... mais , de la justice pour tous..
Votre amant, pour prix du châtiment que la loi lui inflige , a reçu d'avance une récompense assez douce pour pouvoir tout braver... mais moi, qui peux courir les mêmes dangers que lui... ditcs-inoi, Lisette , quelle recompense m’accorderez vous , si je me sacrifie ?
Lisette. Hélas ! mon beau monsieur, je n’ai rien à vous offrir , je ne suis qu’une pauvre fille...
L’oKFiClEn. Une pauvre fille n’a rien à offrir, bien... tuais elle peut tout aecor- . def.
LISETTE. Et que voulez-vous donc que je vous açcorde ?
l’officier. D'abord, la faveur de inc laisser baiser cette jolie tnain.
LISETTE, ntit'ant sa main. Ma main...
y pensez-vous!... mais ce serait être infidèle à Cyprien... et moi, qui, toul-àl 'heure encore, viens de lui jurer...
L’OFFICIER. En ce cas, ne parlons plus d’arrangement... je vais donner l’ordre à mes soldats de cerner la maison... le signalement du coupable leur est connu , et...
( Il fait un mouvement ) LISETTE. Arrêtez !.,. (A par/. j Dieu! et Cyprien qui va revenir... si j’hésite , il est perdu?., dans le fait, il n’y aurait pas grand mal.
L'OFFICIER. Prenez garde.... je vous préviens que les ordres que j'ai reçus sont sévères... une jeune fille enlevée avant l’âge de sa majorité!... le jour de son mariage... il y à double rapt... et puis, la morale... la société... que sais-je?...
oh ! je vous le répète , l'affaire est mauvaise.
Air: Amis, voici in riante semaine.
Allons, Lisette, tin peut de complaisanre ,
Nous sommes seuls, et ce doux entretien Ne peut ici tirer à conséquence ,
Car votre amant n'en saura jamais rien.
Donner, un peu cette main ai charmante ,
Due je la presse..
U MAGASIN THEATRAL
LISETTE
Jl parait doux et bon.**
{Elle lui ilonne sa main. ) Prenez, munsieur... ah ! que je suis contente 1 Mon Cyprien n’ira pas en prison.
l'officier.
Meme air.
Mais , il présent , que j'ai ta main , Lisette ,
Si tu voulais m'accoraer un baiser ;
Quand on est bonne et qu'on n'est pas ooquette, Cela ne peut jamais se refuser.
Auprès de vous c'est un bien qui me tente ; Allons, Lisette, obtenez son pardon...
LISETTE
(// /’ embrasse-)
Prenez, monsieur ,... ah! que je suis contente. 1 Mon Cyprien n'ira pas en prison.
OOOO & OOOOOOOOOOOtfO OO OOOOOQOOOOO g OO O OOCOOOOO