‹ Les infidelites de Lisette dramevaudeville en cinq actesChapitre 19 sur 40 · LISETTE, CYPRIEN · texte numérisé non relu

LISETTE, CYPRIEN

CYPRIEN , entrant vivement. Lisette!. ...

Lisette!... où est-elle?

LISETTE , s'avançant vers lui les bras ouverts. Cyprien !

Cyprien. Tu m’es enfin rendue .. après tant de recherches et de tourmens. ( U va pour se jeter dans ses bras et s'arrête. ) Mais que vois-je? ce beau salon, ces meubles brillans... et cette robe, ces dianians... Ah! quelle idée!

Air : Eh! non , non , non.

Quoi! Lisette , est-ce vous?

Vous en riche toilette !

Vous avec des bijoux ,

Vous avec une aigrette !..

Eh ! non , non , non ,

Vous n'èle* plus Lisette ,

Eh! noo , non . non ,

Ne portes plus plus ce nom.

Lisette. Eh quoi ! lu vas encore me soupçonner , m’accuser , parce que tu me trouves parce et dans ce brillant salon ?

cyprien. Tout cela prouve-t-il en faveur de votre innocence ? et croyez-vous en paraître plus belle à incs yeux?... Oh!

non !

Même Air.

Si l'amour est un dieu ,

C’en près d'une fillette;

Adieu, madame, adieu,

En duchesse on vous traite.

Eh! non, non , non , etc.

( Il va pour sortir. )

Lisette , le retenant. Arrête ! Cyprien , et avant de nie fuir , consens à m’entendre.

çypiuen. Et que pourriez-vous me 'dire pour vous excuser?

LISETTE. Que, malgré ce luxe qui m’entoure, mou cœur t’est toujours resté fidèle ; que je suis encore celle Lisette , amante dévouée , el prête à faire tous les sacriliccs pour te prouver son dévouement et son amour.

CYPRIEN. Mais alors il faut donc que tu aies fait un héritage ; car enfiu , tous ces beaux meubles...

Lisette. Ils ne sont pas à moi. Je suis ici cliex une dame qui m’a recueillie dans ma détresse, qui m’a donné de l’éducation... des talens... Elle liabite cet liétel, avec son frère , riche fermier-général.

Cyprien. Comment? un financier!

• LISETTE. Oh! rassure-toi ; tu sais bien que Lisette n’eut jamais le cœur intéressé,

et , malgré toutes les déclarations et les offres les plus brillantes , je suis toujours .restée digue de toi... Si j’étais coupable, aurais-je tant de plaisir à te revoir?....

Tiens , regarde , mes yeux te paraissentils moins tendres et moins sincères qu’autrefois ?

CYPRIBN. Oh! non... te voilà bien’ telle que lu étais , et je te demande pardon de t’avoir soupçonnée... Mais c’est ta faute; si, dans le teins, je n’avais pas vu moi -même ce jeune officier.

usette. Ah! Cyprien , devais-tu m’en punir aussi cruellement?... rester un an séparée de toi !

Cyprien. Parbleu! quand on en passe la moitié en prison !

LISETTE. En prison

cyprien. Figure-toi qu’après ce maudit duel , je fus arrêté par le guet et conduit à la bastille comme un malfaiteur...

pour avoir blessé un gentilhomme. J’y serais encore, si mon adversaire , une fois guéri de sa blessure , n’avait eu la générosité de inc faire rendre la liberté.

Lisette. Le bon jeune homme !

CYPRIEN. Doucement ! ne vas-tu pas encore prendre feu pour lui ?

usette. Tais-toi, vilain jaloux... c’est dans ton intérêt.

cyprien. Merci! En attendant, nesers plus mes intérêts dans ce genre-là ; car, pour m’éviter un désagrément , tu as été cause d’un malheur que je me reproche tous les jours, et qui trouble même la joie que j’éprouve à te revoir.

Lisette. Que veux-tu dire?

Cyprien. Je vais te conter ça... A peine fus-je sorti de prison , que je fis les démarcheslesplusactivespour te retrouver...

je courus à notre ancien logement... mais ou ne put m’apprendre ce que tu étais devenue.

LISETTE. J’avais laissé pourtant ma nouvelle adresse.

Cyprien C’est ce que m’a dit le portier; mais, la veille, il l’avait justement vendue avec d’autres paperasses à l’épicier du coin. Je cours chez l’épicier, je redemande la bienheureuse adresse... il en avait fait le malin même un cornet de cassonade pour un procureur du voisinage... Je cours chez le procureur... je le supplie de me céder son cornet, mais il me rit au nez... Désespéré , le' cœur plein de ton image , et le gousset vide d’argent, j’allais... je ne sais où., quand le maître-clerc, touché de mon chagrin , me questionne sur ma position , me prend en amitié et finit par me proposer de m’admettre dans son étude en qua-

LES INFIDÉLITÉS IiE LISETTE.

lilc de surnuméraire... ce que j’acceptai sur-le-champ. Ali ! Lisette... voilà la source démon malheur!... Pourquoi ai-je mis les pieds dans cette maudite maisou?

LISETTE. Tu me fais trembler!

CvrniESi. Un jour, j'étais chargé parle patron de porter une somme de six mille livres chez un client ; je cheminais le long du quai de la Ferraille, mon sac sur l’épaule et pensant à toi, comme c'était mon habitude... quand, tout-à-coup, je me sens arrêté par le bras... je me retourne , et je reconnais , qui? Thomas Goriclion , tu sais, l’ancien commis aux gabelles.

Lisette. Celui qui faisait de si drôles de couplets?

CTPRIEN. Justement... je lui demande de tes nouvelles en lui racontant mes aventures , et , tout en causant , nous entrons dans un café , où il m’offre de me rafraîchir... J'accepte... j’étais si content de trouver quelqu’un qui te connaissait et à qui je pouvais parler de toi tout à mon aise. . . Nous buvons un bol de punch , pu is un second, puis un troisième... il me promettait de te rendre à mon amour... il m’assurait tant avoir entendu parler delà retraite que tu habitais.... que je me laissai faire , il me prend par le bras et m'emmène dans un salon où il y avait beaucoup de monde autour d'un tapis vert...

Goriclion inc parle toujours de toi... il me soutient que, pour te rejoindre, il inc faut beaucoup d'arpent , et m’engage à tenter la chance ; je jette des poignées d’or sur la table , sans penser que cet or n’est pas à moi... enfin , je joue tout l'argent qui in’était confié.

LISETTE. Malheureux !...

CYPniE*. Que veux-tu... jen’avais plus ma raison.

in dr Ixmlaro.

Guide par cet ami perfide,

J'obeissais à son unlre absolu;

Mais mou tac k peine liait vide,

Quelc traître avait disparu !

El d'puis je ne l'ai pas revu.

Je r’vins alors de ma fatale ivresse,

El je compris , trop tard pour mon malheur, Qu'en voulant gagner la richesse,

Je venais de perdre l'honneur.

Tu penses bien qn’après cela , je n’ai plus osé retourner à l’étude.

LISETTE. Ah ! Cypricn , qu’as-tu fait ?

CYPniEN. Une grandefaule , sans doute, mais c’était pour toi... pour te revoir....

me pardonucras-lu ?... Sois tranquille, au surplus , je travaillerai , je paierai tout , dusse 1 je passer les nuits , m’as-

treindre aux travaux les plus pénibles.,., maintenant que je t'ai retrouvée.

A t R : JhrrWr, ma Lisette.

Plus de tristes pensées,

Plus d an ers souvenirs!

Mes pein's sont effacées Par ec moment d'plaisir.

Pour bannir la tristesse,

Par un repas cxt|uis,

J'vcui fêter ma maîtresse...

f Montrant une table servie i/ue deux lai/uais viennent d’apporter.)

Tiens, nous sommes servis !

Lisette, ma l.isctte,

N'pcnsons iju'à nos beaux jours,

Ah ! vive la grisette,

Je veux, Lisette,

Boire à nos amours!

C // prend une bouteille t remplit un verre et bail )

DUPRÉ, en dehors. Attendez mes ordres.

Lisette. Ah ! inon Dieu ! voici

AI. Dupré qui rentre.

C\ l'ItiKM , se levant de table précipitamment. AI . Dupré !

LISETTE. Oui, le frère de ma protectrice.... ce riche fermier-général... autrefois ii était procureur... mais voilà quelques mois qu’il a vendu sa charge.

CYPRIEN , a part. C'est bien cela... c’est mou homme!... où fuir? où me cacher?..

LISETTE. Eh bien! qu’as-tu donc?...

est-ce encore la jalousie qui te ferait penser?...

cv PRIES. Non , celle fois, ce n’est pas cela.... mais il est nécessaire qu'il ne m'aperçoive pas... n’as-lu pas ici un eudroiloù l’on puisse se cacher pendant quelques ins ta us?

Lisette. Non, mais à quoi bou?...

maintenant que je t’ai retrouvé, je veux tout lui dire... tu n'as plus rien à craindre.

CYPniEN. Ciel! le voilà... ne dis rien...

ou je suis perdu!...

( Il se fourre sous la table et disparaît sous la nappe)

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