‹ Les infidelites de Lisette dramevaudeville en cinq actesChapitre 20 sur 40 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

LISETTE, CÏI’IUEN , sous la table , DUPRÉ.

DU P UK, entrant.

Ain h boire.

\ table ! {ter.)

Vile. Listllc, nsscyons-nous.

Je trouve un repat délectable Auprès de vous.

(// offre la main à Lisette et la confia il iusçu u In table où ils s 'asseyent tous t f eus.)

LE H AGASi CI THEATRAL.

LISETTE, à paît. Je suis toute tremblante... ce qucvientde me dire Cypricn...

iujpré. Voyons , mon ange , que vous offrirai-je ?

Lisette. Ce que vous voudrez , monsieur , cela m'est égal. s

DITRÉ, ù part. Elle ne s’attend pas à la surprise que je lui ménage. ( Tirant desa jior.hr. un écria , et lr plaçant sur une assiette qu’il passe it Lisette. ) Belle Lisfette ! souffrez que je vous offre ce plat de mon métier.

LISETTE. Dieu! les beaux diamans !

nrrnÉ. Ils sont pour vous.... vous les acceptez , u'est-ce pas ?

LISETTE , regardant Cyprien qui la tire par sa rohe. Au contraire , monsieur , je les refuse.

DL'pnÉ. Par exemple ! voilà un désintéressement fort extraordinaire.... il y a quelque chose là-dessous.

cyprien , à part. Je crois bien qu’il y a quelque chose là-dessous... pourvu qu’il ne se doute pas que c’est moi.

DCPRÉ. C’est unique... ces choses-là n’arrivent qu’à moi... il n’y a peut-être qu’une Lisetteau monde capable de refuser des bijoux d’un si grand prix... et il faut que je la rencontre... où diable la fidélité va-t-elle se nicher?

cyprien , ù part. Où diable l’amour vat-il attendrir le cœur d’un vieux procureur ?

DVPRÉ. Voyons, belle Lisette, réfléchissez donc que.. . Eh bien ! vous ne m'écoutez pas... vous avez l’air distrait , préoccupé...

LISETTE , rivement. Moi, monsieur, vous vous trompez.

DUPRr. , ù part. C’est singulier... ce trouble subit... Ah ça! pourquoi diable regarde-t-elle toujours sous la table? {Il soulève un coin de la nappe.') Qu’ai-je vu ?

Ali ! j’étais joué !

LISETTE, qui oient de remarquer son mouvement. Que faites-vous ?

DEP ni., tâchant de se contenir. Rien, mademoiselle... ne vous effrayez pas... {A part.) Allons , prenons notre parti en brave.

(Haut.)

Air : Un homme pour faire un tableau.

Je commettais en ce moment tin oobti bien impardonnable ,

Que je puis , fort heureusement ,

Krparcr sans sortir de table ;

Pendant que je suis bien nourri ,

Je laissais jeûner un convive...

( Prenant un biscuit , le mettant sur une assiette et l'offrant à Cypricn. )

Faisons comme le roi Henri...

« Il faut que tout le monde vive. »

Lisette , à paît. O ciul ! il est découvert!...

DEPltÉ , toujours dans ta même position.

Allons, monsieur, prenez donc... c’est de bon cœur que je vous l’offre... {Arrêtant Cyprien qui veut s’échapper par le cité opjwsr . ) Oh! je ne souffrirai pas que vous nous quittiez ainsi... Que vois-je! monsieur Cyprien! mon ancien clerc! Ah! drôle!

non content de m’avoir volé mon argent, vous venez encore ici m'enlever celle que j’aime!...

LISETTE , à part. C’était lui !

cyprien. U n instant... un instant! monsieur le procureur... cela demande une explication... Je vous ai emporté votre argent, c’est vrai... trompé, trahi par un misérable, j’ai succombé au piège qu’il m’a tendu et j'en deviens la première victime...

mais que j’aie eu la volonté de vous le prendre, c’est ce que je nie... je vous dois six mille livres cl tôt ou tard vous toucherez cette somme... mais quant au cœur de Lisette... vous n’aviez pas plus droit de me le prendre que moi de vous emporter votre argent, car c’est mon bien, ma vie!

il est plus pour moi que tous vos trésors...

et j’aimerais mieux mourir que de le perdre.

(Il presse Lisette sur son cœur. )

Lisette. Vous l’entendez, monsieur...

pardonnez à Cyprien , et Lisette , alors , * pourra vous aimer, vous chérir comme uti ami, comme un père... car c’est à vous qu’elle devra son bonheur.

DCPRÉ. Nenni, la belle... vos paroles ne me toucheront pas... et c’est désormais le lieutenant de police qui se chargera du sort de M. Cypricn. {Allant à la porte du fond et appelant.) Holà! Pierre! Jasmin! Landry! {Quelques domestiques paraissent.) Arrêtez ce vaurien sur-le-champ et enfcrntez-lc dans ce cabinet jusqu’à ce que la justice vienne s’emparer de lui.

Lisette. Grand Dieu !

cyprien , les menaçant. N’approchez pas...

LM DOMESTIQUES , te saisissant.

AIR : Sortes A l'instant, sortes.

Obéissons à l'instant ,

Entratnons-le promptement.

En prison. ( Bis. )

Il faut mettre ce Iripon !

Allons, ne résistez pa A 1a rigueur de nos bras ,

Kcndez-voui. (Bis.)

Bien vile sous les verrous.

( Ils le tiennent par le collet . il fait toujours résistance. )

LISETTE , à Duprés Dans votre colère , i Soycs moins sévère*..

DUPflÈ.

Non , jamais de pardon ^our <[ut vole son patron !...

CYPRIEN

Ab ! vraiment, j'tnrige...

Pour moi quel outrage !

M’voir traité de voleur Par un ancien procureur.

LES DOMESTIQUES et DUPAK.

Obéissons I , i v . .

Obéissez. ( * * instant, etc.

CYP RI EH.

Alton* , j’vons suis b l'instant Mais c'est un peu dur, vraiment,

D'étre mis sans façun.

En prison ,

Comme un fripon !

Doucement !... n'employra pas.

Tout’ la vigueur de vos bras...

Volontiers, avec vous,

Je me rends sous les verrous.

(Les domestiques poussent Cyprien dans la

chambre qui est à droite et en ferment ta porte,)

DtlPBÉ , en ittant la clef. Bon ! le voilà en lieu de sûreté... maintenant, je vais prévenir M. le lieutenant criminel et réclamer l’exécution de la loi.

LISETTE , se jetant aux genoux de Duprê.

Monsieur, je tombe à vos genoux !.. Grâce pour Cyprien... il n’est pas coupable, il n’est que malheureux... vous l’avez entendu, il ne voulait pas vous soustraire cette tomme.., un jour il s’acquittera envers vous... et, moi-même... s’il le faut, je vous engage ma parole.

DtlPBÉ. Vous aurez beau dire et beau faire , votre cher protégé recevra le juste châtiment qu’il mérite.

Lisette. Et quel sera donc ce châtiment?

ditbé. Ne le devinez-vous pas? vol domestique... abus de confiauce... ce sont là de ces fautes qu’on va d’ordinaire expier dans quelque port de mer, destiné à servir d’asile aux vauriens de cette espèce.

Lisette. Grand Dieu! une peine infamante!... un déshonneur éternel... etc’est moi qui serais la cause... Ah! monsieur, prenez pitié de mon malheur... Ce luxe ,

< i s brillons costumes dont vous m’avez entourée. .. ces bienfaits que j’ai reçus de la générosité de votre sœur, reprenez tout...

mais ne perdez pas Cyprien.

DCPnÉ. Non , vous dis-je , je serai aussi inflexible pour lui que vous l’avez été pour moi...

( U va pour sortir.)

LISETTE. Arrêtez , monsieur. (A part.)

Il le faut , Cyprien ! Cyprien ! pourquoi le sort t’a-t-il conduit ici ? (Haut.) Je vous * Les Infidélités de Lisette.

ai compris, monsieur... Lisette n’a plus qu’un moyen de vous attendrir...

(Elle sc met b table et écrit. ) DtlPBÉ. Que va-t-elle faire?

LISETTE écrivant , à part .

Am : Soldat français^

Dieu m’est témoin que , pour toi , cher amant Je brillerai d’une flamme éternelle,

Et que mon coeur, fier de ce sentiment,

Serait heureux de te rester fidèle...

Mais le destin, pour mon malheur.

M’ordonne encore un sacrifice,

El, puisqu’il veut, dans sa rigueur,

Qu’au prix du mien je sauve ton honucur ,

Que sa volonté s'accomplisse !

( Après avoir plié la lettre et mis 1‘ adresse.)

Chargez-vous de ce billet, monsieur.

Dt'PivÉ , le prenant. Que vois-je?... pour M. Cyprien !

LISETTE. Pour lui... mais, avant de le lui remettre, je vous prie d’en prendre lecture.

DtiPBÉ, Voueront. Qu’ai-je lu?... vous lui faites un éternel adieu !

Lisette. Eh bien! monsieur, sera-t-il libre ?

DtlPBÉ. Ab! vous êtes un ange... et la li— .

berté lui sera rendue à l'instant même.

(Appelant.) Holà ! quelqu’un ! (A un domestique qui paraît.) Faites avancer mon carrosse avec mes quaUe meilleurs chevaux d'attelage?

LE domestique. Oui , monsieur.

DUPBÉ, bas au domestique. Dès que nous serons éloignés, cette lettre à ce jeune homme.

(I-. domrstiifue sort.)

LISKTTK jetant un regard du cite où l'on a enfermé Cyprien.

Ain : 1E aise du duc de Reichstadt.

A a destin il faut obéir,

Oui , je vais le fuir :

Cédons b la vois de mon cœur,

Sauvons lui l’honneur.

DOPnè.

Tous mes trésors et met amours A vous , pour toujours .

LISETTE

Il faut enror par dévouement Trahir mon serment.

( L'orchestre fait entendre un trémolo jusqu'à la reprise de l'air )

LE domestique, rentrant. Le carrosse de monsieur est prêt à partir.

dupré, à Lisette. Ne perdons pas un instant.

LE MAGASIN THEATRAL

ENSEMBLE

LISETTE

Au destin il faut obcir, etc.

DDP&Ê.

Au destin il faut obéir Songez à le fuir ,

Vous pouvez, en gagnant mon cœur,

Trouver le bonheur.

( Msette je tir un dernier regard sur ta porte du rah inet et dis parait avec Du pré. Pendant ce teins Cyprien a prononcé le nom de Lisette en secouant la porte qu’il cherche à enfoncer. )

FIN l)U TROISIÈME ACTE.

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