SCENE y
LISETTE , CtPRIEN.-v
LISETTE, qui pendant le couplet précédent est restée dans la maison, eten a rapporté un terre , une bouteille et une assiette de • biscuits. Tenez, monsieur, buvez... c’est du meilleur de mon oncle , et, puisque tous êtes si gourmand. .. voilà aussi des biscuits.
CYPrien. Comment, mademoiselle, une puisserie si fine et une attention si déli-
peiue.
LISETTE. Et pourquoi, s’il vous plaît?
Cyprien. Parce que... si, cil arrivant .
je mourais de faim et de soif. . depuis un instant , mon appétit, ma soif , tout est déménagé.
LISETTE. Et depuis quel instant?
cyprien. Depuis que je vous ai aperçue, manuelle !
Lisette. Vraiment?
cyprien. Ca vousétonne... Si je n’avais pas été surpris... ébahi... en voyant cette jolie figure.... cette tournure si gentille... ce petit air si doux... ce regard si innocent et ce beau bouquet blanc qui vous va si bien , vous auriez été bien plus surprise, n’ésl-ce pas?
LISETTE. Comment , monsieur , vous avez vu tout ça ? '
, cyprien. Et bien autre chose encore
sans avoir l’air devant votre oncle., aussi, en lui parlant, je faisais semblant de ne penser à rien , mais ce n’est quê «vous que je regardais... je ne perdais jus un de "Vos gestes... j’avais l’air de rire... et cependant je me suis senti tout triste , tout ému , lorsque j’ai cru voir que vous essuyiez une larme !
Lisette. Vraiment , monsieur Cyprien, vous avez remarqué que je pleurais ?
CYPRIEN. Vous , pleurer , manuelle , et pourquoi?... quand vous êtes à la veille d’être couronnée rosière et de vous marier!
LISETTE. Me n pour ça !
CYPRIEN. Bah!, prétendu? ,
LISETTE. M. Jean Lcnoir...
teste. *
Cyprien. Il serait vrai!
Lisette. Tout-à-l’heure , en entendant lire la lettre que vous avez apportée , je me réjouissais... j’espérais que ce mariage allait manquer... ou du moins qu’il serait retardé... pas du tout... vous invitez mon oncle à le presser , vous vous réjouissez de le voir partir pour bâter le moment de la cérémonie!... Alliez , vous êtes bien inalaaffflA •
Cyprien. Ab! mon Dieu! c’est vrai....
mais il fallait donc me dire ça , mademoiselle. . . je serais parti avec lui en carriole. .
, je l’aurais fait verser en route... je me serais cassé un bras , une jambe , n’importe quoi... et à lui aussi.... pour vous être agréable... je suis capable de tout, voyez vous.
Lisette. Merci , monsieur Cyprien.
taricr . c est justement vous n’aimez pas votre je le dé-
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CYPRiKS. Il n’y a pas de quoi, manivelle... Comment . votre oncle veut vous sacrifier, lui qui a l'air d'un si brave Lonuiic , lui qui a une si belle perruque !
LISETTE. Dam! il n’est pas riclie....
et depuis si long-lents qu’il me soutient...
CVPRIEN. Sommes-nous malheureux !..
car je n’ai guère plus de chance que vous, allez... Du jeune homme agréable et qui donnait des espérances , entrer au séminaire... faire pénitence toute sa vie , et maigre pendant le carême.»., comme c’est régalant !
Lisette. C’est juste.... biais, comme vous êtes drôlement coiffé donc? '
cv pries. Ab ça! oui, c’est ma tante qui voulait toujours me couper les cheveux ello-niémc, pour me donner l’air d’un enfant de choeur... en attendant mieux...
Je trouvais ça ridicule ; mais, que voulezvous... une tante dont on sera heritier...
il faut bien lui passer quelque chose. , Lisette. Sans doute , on doit se soumettre aux volontés de ses païens.
CYPtUEN. C’est-à-dire, quand ils ont des idées comme çà , je n’en vois pas la nécessité... car, enfin, les nôtres scroui bien avancées, n 'est-ce pas , quand vous serez malheureuse en ménage, et que moi , je me serai laissé pousser une barbe de capucin !
Lisette. Que pouvons-nous y faire !
CYPR1EN. Ce que nous pouvons y faire... je ne sais pas... mais j'ai toujours entendu dire que quand deux personnes étaient trop malheureuses et qu’elles réunissaient leurs malheurs ensemble... ça finissait quelquefois pàr devenir un bonheur.
Lisette. Vous croyez?
CYPRIEN. Oui, mnmzellc; aussi, il me vient une idée... j’ai une proposition à vous . faire... voulez-vous de moi pour mari ? -,
LISETTE. Vous, mon mari ?... y pensezvous?.. vous me connaissez à peine.
CYPRIEN. Vous ne me connaissez pas davantage... mais ce sera bientôt fait....
il ne faut pas vous en rapporter à ma coiffure... qui me donne l’air d'tuf caffard... je ne le suis pas, grâce au ciel...
j’ai quelques idées dans la tête , la parole i sur la langue, et le cœur sur la main... | franc comme l’or, gai comme Yin- pmXon , rond comme vous voyez... me voilà , j# vous aime... voulez-vous de moi?
LISETTE, Irvuhlcc. Comment, vous seriez assez bon pour m'aimer... moi, une pauvre orphehne, qui ne possède rien.’ CYPatE.v Tant mieux.. . t'ai ccnt "rus
que ma tante m'a donnés pour meubler ma' cellule... ça nous suffira pour nous mettre en ménage... plus tard, j'bériterai d'elle , et tout sera pour vous.
LISETTE. Ali ! monsieur Cyprien... un si bon cœur... un pareil désintéressement*,. Tenez, moi aussi , je croîs que je vous aime, et je regrette de ne pas avoir de trésor à vous apporter en dot.
CYPRIEN. Alors , nous nous aimons tous les deux, c'est arrêté, c’est convenu.., ainsi vous ne serez pas M“* Jean Lcnoir, et moi, je nescrai pas capucin.
Air :
Pour un devoir Mcré "Mon ame n'est nas faite.
J'eusse été, ni» Lisette,
Un tris-mau vai* curé.
J’aurais bientôt trahi ce nue j'aurais juré.
Mais je serai, ma belle,
A nos sermons fidèle.
Toi, qui mis dans mon cœur,