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LES DIVERS POINTS DE VUE DANS L'ÉTUDE DE LA VIE

i^ 2. Pas de caractère physique commun aux êtres vivants.

Nous ne connaissons pas encore de nianifcstalion physi({uc commune àtous les êtres vivants el à eux seuls, comme la lumière est commune à tous les corps lumineux ; les diverses réactions qui produisent de la lumière n'ont d'ailleurs aucun rapport chimique les unes avec les autres et la classification des réactions en lumineuses et non lumineuses ne présenterait aucun intérêt en dehors du point de vue très spécial de la luminosité.

La découverte récente des rayons. V a fait penser que l'on avait trouvé précisément cette manifestation physique caractéristique de l'état de vie, et permettant,, par une ohservation rapide au moyen (l'un instrument qu'on pourrait appeler le bioscope, de séparer immédiatement les corps en vivants et non vivants, comme on les sépare en lumineux et obscurs. Malheureusement, cette prétendue caractéristique physique de l'état de vie, on l'a décou-

verte en même temps dans des corps bruts soumis à certaines actions mécaniques, et nous devons nous résigner, pour le moment, à ne pas savoir s'il existe, dans les phénomènes vitaux, un mode de mouvement particulier ; l'activité vitale, nous ne pouvons la reconnaître, chez un être quelconque, que par une observation d'une durée relativement longue, très longue du moins par rapport à celle qui nous permet de distinguer un corps lumineux d'un corps obscur ; en d'autres termes, nous ne pouvons pas saisir le phénomène vital dans sa forme pr/'sente, nous ne le reconnaissons qu'à l'accumulation de ses résultats pendant un laps de temps assez long ; en revanche, cette accumulation de résultats nous permet d'appliquer à tous les êtres vivants une formule unique et qui ne s'applique qu'à eux; mais nous n'avons, dans l'état actuel de la science, aucun droit d'aflîrmer que les résultats résumés dans cette formule unique, proviennent, chez les diverses espèces vivantes, d'activités ayant entre elles une ressemblance physique quelconque, quoique la chose soit bien vraisemblable à cause de l'analogie des états protoplasmiques. Au contraire, dans les réactions lumineuses, les résultats d'ensemble ne sont pas comparables tandis qu'il y a un côté commun dans la forme présente de ces réactions, de production de radiations lumineuses. La formule qui s'applique à toutes les activités vitales et à elles seules est d'ordre chimique ; c'est Vhérédité.

On est amené à cette même conclusion à quel-

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que point de vue (|uc l'on se place pour caractériser la vie par rapport aux autres phénomènes de la nature. Le point de vue purement physique étant écarté, provisoirement du moins, comme nous venons de le voir, on peut se placer au point de vue énergétique, au point de vue morphologique, ou au point de vue chimique.

§ 3. Le point de vue énergétique.

Il est à peu près certain que ce qui a d'abord frappé les observateurs, ce qui leur a semblé établir, entre les animaux et les corps bruts, une ligne infranchissable de démarcation, c'est l'apparente spontanéité des actes des premiers, leur aptitude à créer du mouvement.

C'est pour cela que les végétaux ont primitivement été séparés des animaux et qu'on a établi trois règnes dans la nature. C'est pour cela aussi que l'on a énoncé, pour les corps bruts, en les opposant implicitement aux animaux, la loi de Vlnertie sous celte forme imagée : Un corps ne peut changer par lui-même son état de repos ou de mouvement.

Pour la plupart des anciens philosophes et naturalistes, il y avait, dans l'animal, un principe d'action qui mettait en branle les divers rouages de son mécanisme ; aujourd'hui il est impossible de trouver un sens à celte affirmation « qu'un principe immatériel produit, dans un système matériel, un travail effectif », et les amis de là

vieille croyance dualistique se sont rabattus sur celle des formules qui, dans l'état actuel de la science, s'éloigne le moins de l'ancienne conception vitaliste ; ils ont voulu trouver dans la vienne fo7'me particulière de l'Énergie, et grâce aux équivoques d'un langage qui a subi l'influence de la scholastique, cela n'est pas, à tout prendre, une trop mauvaise défaite.

Malheureusement, une forme de l'Energie * se caractérise uniquement par des phénomènes physiques, moléculaires ou macroscopiques, et nous devons nous résigner, nous venons de le voir, à avouer que nous ne connaissons pas encore ces manifestations physiques caractéristiques de la vie et communes à tous les êtres vivants. Le rôle de l'Énergétiste qui s'occupe de biologie doit donc se borner pour le moment à vérifier, dans l'activité vitale, le principe de la conservation de l'Energie. .Mais les résultats de son observation seront très différents, suivant l'être qu'il aura choisi pour sujet.

Le modèle auquel on pense le plus immédiatement, quand on parle d'un être vivant, c'est l'homme ou l'animal adulte, et c'est là certainement le plus mauvais choix qu'on puisse faire quand on veut chercher une particularité commune à tous les êtres vivants. Au point de vue énergétique, un homme adulte est à peu près comparable

1. Cette question des formes de l'énergie m'a paru trop si>éciale pour être traitée ici avec développement; j'ai donc renvoyé à l'appendice qui termine le volume leur étude plus complète.

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