‹ Les influences ancestralesChapitre 44 sur 50 · V. Traite de Inologic, op. cit., cliap. iv · texte numérisé non relu

V. Traite de Inologic, op. cit., cliap. iv

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Il est moins facile d'arriver, en partant de cette seule considération, à la compréhension de l'amour qui se manileste entre mâle et femelle chez les animaux élevés en organisation.

D'une manière générale, on peut considérer comme établi, chez tous les animaux supérieurs, le principe de la génération allornante que nous avons signalée précédemment chez les Fougères (v. § 54). Dans la profondeur des tissus de l'individu, une cellule, que l'on peut comparer à la spore de la Fougère, se développe en donnant lieu à un amas cellulaire comparable au Prothalle; c'est dans ce Prolhalle, parasite chez l'individu qui l'a produit, et appelé glande génitale, que se produisent les éléments sexuels mûrs. Le dit prothalle se comporte, d'ailleurs, comme un parasite et influe sur la morphologie de son hôte, comme la larve d'insecte cécidogène sur le tissu végétal qu'elle habite; on donne le nom de caractères sexuels secondaires aux modifications causées chez l'individu par l'influence de son prothalle parasite; c'est par ces caractères que l'individu portant un prothalle à produits mâles (individu mâle) diffère de l'individu portant un prothalle à produits femelles (individu femelle).

Chez certaines espèces, les choses en restent là; les oursins mâles vivent sur leurs rochers, côte à côte avec les oursins femelles; quand les produits génitaux sont mûrs, ils sortent dans la mer et là, sous l'influence de l'attraction sexuelle, les spermatozoïdes rencontrent et fécondent les ovules; il

est évident, d'ailleurs, que des millions et des millions d'éléments sexuels se perdent purement et siniplement,et se détruisent ou sont dévorés. Dans ces espèces, le mâle ne connaît pas la femelle, et il ne peut naître en lui aucun sentiment pour elle.

Chez les animaux plus élevés en organisation, il arrive, au contraire, que les différences sexuelles secondaires prennent un caractère particulier et donnent à Tindividu mâle et à l'individu femelle un aspect complémentaire^ analogue à celui des éléments sexuels eux-mêmes ; chez ces animaux, la fécondation n'est plus livrée au hasard; les produits mâles sont déposés dans une cavité spéciale oi^i ils ont les plus grandes chances de rencontrer les produits femelles. Quelle est l'origine ancestrale de celte particularité? Mystère! Les animaux qui en sont doués ont été trop profondément modifiés par la longue habitude de la copulation, pour que nous puissions trouver en eux, aujourd'hui, les éléments primitifs de cet acte, lequel, d'ailleurs, je le répète, n'est pas général, n'est pas fondamental et obligatoire.

Peut-être, chez certaines formes ancestrales simples, l'évacuation des produits d'un certain sexe ne sefaisantpasnaturcllementcommechez les oursins, l'attraction par les produits de sexe opposé aidait à cette évacuation salutaire ; le mâle cherchait donc un soulagement * dans le voisinage de la

1. Car la présence d'une acciiniiilation de produits so\lio1s dans lin individu lui est douldurcusc et nuisible.

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femelle et s'efToreait nalurellement de rendre ce voisinaire plus immédiat en se servant, comme toujours, des outils ([u'il avait à sa disposition; c'est ainsi que, vraisemblablement, les caractères sexuels secondaires des espèces copulatrices ont pris peu à peu celte apparence dinslruments complémentaires ; la sélection naturelle a, d'ailleurs, développé ces caractères spéciaux par lesquels la fécondation se trouvait assurée d'une manière plus immédiate, et l'on peut même s'étonner que la copulation, évitant la perte d'un grand nombre d'ovules non fécondés, ne se soit pas imposée progressivement à tout le règne animal. Il est vrai que, chez les oursins, par exemple, le nombre formidable des éléments sexuels lutte victorieusement contre l'inexistence du processus fécondateur; et puis, nous ne connaissons pas assez riiistoire naturelle des oursins pour avoir le droit d'affirmer que. aux profondeurs delà mer, certains êtres nageurs ne favorisent pas la fécondation des œufs d'oursin, comme les insectes assurent la pollinisation des stigmates des fleurs.

Quoi qu'il en soit de la plus ou moins grande vraisemblance de l'interprétation que nous venons de proposer de la genèse du processus copulateur, il est certain que, dans la lignée ancestrale des mammifères, par exemple, l'habitude de la copulation est infiniment ancienne; et, comme toutes les vieilles habitudes, elle a fini par se fixer dans notre organisme, indépendamment de toute relation avec son utilité primitive ; ce qui est devenu natu-

rel chez les individus, ce sont les appétits copulateurs et les mouvements qui réalisent la copulation. L'amour de Thomme pour là femme est aussi éloigné aujourd'hui de son origine que la conscience morale est distincte des considérations utilitaires qui lui ont donné naissance. Et de même que la conscience morale peut nous dicter des actes contraires à la satisfaction de nos besoins immédiats, de même l'amour, habitude ancestrale fixée, actuellement affaire d'épiderme et de contact voluptueux, peut aller contre son objet primitif et prendre un caractère opposé à la reproduction, comme dans l'églogue où Virgile chante les ardeurs désespérées du berger Corydon.

Ce nouveau sentiment métaphysique, se mêlant dans notre mécanisme à d'autres sentiments également détournés de leur origine, le sentiment moral, le sentiment religieux, le sentiment du beau, etc., réalise, indépendamment de toute consécration reproductrice ou même voluptueuse, la plus haute chimère dont s'enorgueillisse la folie humaine, l'amour pur, l'amour chaste, l'amour céleste des nonnes et des saints i.

1. L'amour maternel, (jui a pris dans l'espèce humaine, une si haute signification morale, n'a-t-il pas eu comme origine première, chez les iemelles de mammilores, le souci d'être débarrassées de leur lait; chez les oiseaux ce serait tout autre chose, et d'ailleurs, dans un très grand nombre d'espèces animales, le sentiment maternel n'existe pas; les parents ne connaissent pas leurs enfants.

COMPLÉME.NT AL § 3.

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