LES FORMES DE L'ÉNERGIE
La première acception du mot travail a, sans doute, été purement humaine ; un homme disait qu'il avait travaillé quand il avait réalisé, au prix d'un effort, une transformation utile du milieu ambiant: on appelait énergie l'aptitude de chacun à fournir plus ou moins do besogne, sa capacité de ti'avail.
Plus tard, on imagina d'employer au profit de l'homme certains mouvements naturels ; le vent, les chutes d'eau nous dispenseront d'écraser nous-mêmes notre blé ; la notion de travail s'étendit à des machines dont le fonctionnement était utile à l'homme ; on évalua Vénerrjie de ces systèmes de la nature brute ; il fut possible do faire cette évaluation avec précision, de mesurer le travail produit, et la notion d'énergie quitta le monde humain pour entrer dans la mécanique.
Diverses transformations du monde ambiant sont utiles à l'homme.
Le déplacement plus ou moins rapide des objets les uns par rapport aux autres produit des résultats extrêmement variés; on réunit ces résultats sous la dénomination commune de travail mécanique.
La combustion et les autres transformations d'ordre chimique déterminent :
D'une part, des phénomènes calorifiques que l'homme utilise soit directement, pour se chauffer, soit indirectement pour produire d'autres phénomènes chimiques (cuisson des aUments, etc.) ou des phénomènes mécaniques (machines thermiques) ;
os
D'autre part, des phénomènes lumineux, dont l'iionimc se sert, soit directement pour éclairer les objets qui l'entourent, soit indirectement, pour produire d'autres phénomènes chimiques (photographie par exemple);
D'autre part encore, des phénomènes électriques que l'iiomnie n'emploie guère directement sauf dans certains cas médicaux, mais qu'il utilise de plus en plus pour la production de mouvement ou de réactions chimiques nouvelles.
Ainsi donc, en se servant convenablement d'une combustion, on peut réaliser des transformations suivant tous les modèles connus de l'homme; de même, un phénomène mécanique peut donner naissance à des manifestations calorifiques, lumineuses, électriques, chimiques; la chaleur solaire alimente les rivières et les torrents en transportant l'eau sur les sommets ; elle fait pousser les arbres dont le bois nous sert ensuite à faire du feu. L'activité du monde ambiant se compose d'une série de transformations de modèles différents; on donne à ces divers modelés de transformations le nom de fermes de l'énergie.
Les savants du xix"^ siècle ont établi l'équivalence des diverses formes de l'énergie ; ils ont appris à mesurer en nombre précis la valeur particulière de chaque transformation d'un modèle donné et ils se sont ensuite efforcés de montrer qu'une même quantité d'une certaine forme d'énergie, se trouve toujours transformée en des quantités équivalentes des autres formes d'énergie, de manière que. à chaque instant, l'énergie totale d'un système isoU n'ait pas varié. En réalité, c'est cette équivalence même qui a servi à évaluer les quantités d'énergie autre que l'énergie mécanique, en fonction de l'énergie mécanique, seule mesurable dans le système fondamental des unités humaines. Quoi qu'il en soit, le principe de la conservation de l'énergie est aujourd'hui la base de tous les calculs scientifiques.
11 faut bien remarquer d'ailleurs que, au cours de toutes les recherches de plus en plus précises auxquelles a donné lieu le principe d'équivalence, la notion primitive et humaine d'énergie s'est légèrement modifiée; il ne s'agit plus aujourd'hui de l'aptitude d'un système à fournir à l'homme plus ou moins de travail ; on parle couramment de Vénergie utilisable par oppo-
sition avec une énergie inutilisable qui, dans l'ancienne conception, n'aurait pas eu de sons. Cette modification a été nécessaire à la rigueur du principe de la conservation de l'énergie dégagé de ses entraves humaines; par rappo7-t à l'homme le principe de la conservation de l'énergie n'est qu'une loi approchée à laquelle il laut joindre comme correctif un principe d'évolvtion qui domine toute la physique. J'ai étudié ces questions ailleurs', je me contente d'en rappeler ici ce qui est nécessaire à la compréhension de cette question qui dissimule des préoccii])ations d'ordre métaphysique : « Les phénomènes vitaux reprcscntent-ils une forme spéciale de l'énergie ? »
Et d'abord, qu'cntend-on par forme spéciale de l'énergie? Il est entendu que les diverses formes de l'énergie connues de l'homme sont transformables l'une dans l'autre et que, par conséquent, rien d'e-'isenlicl ne permet de les séparer dans le monisme universel: ce qui les distingue c'est l'aspect de leurs rapports avec l'homme, c'est la manière dont l'homme les connaît, et, par conséquent, si nous n'attribuons pas au point de vue humain une valeur absolue, rien ne nous contraint do limiter, d'après les sensations de l'homme, le nombre des formes d'énergie. La bielle d'une machine à vapeur reçoit du piston un mouvement alternatif que son articulation avec la manivelle transforme en un mouvement rotatoire ; le mouvement alternatif de va-et-vient et le mouvement rotatoire méritent-ils d'être appelés des formes différentes de l'cnergio? Je me rappelle avoir éprouvé, dans mon enfance, une grande difficulté à comprendre cette ti-ansformation de mouvement que la physique élémentaire dont je disposais n'expliquait pas sulfisamment (probablement parce que l'auteur avait jugé la chose trop claire , et je n'ai pas oublié la joie que me procura la vue d'un appareil de remouleur où il me fut possible de suivre plusieurs jours, avec une admiration intense, le jeu de la bielle et de la manivelle. Quant au jeu de l'excentrique, je ne le compris que bien plus tard, quand je vis une machine à vapeur. Me rappelant aujourd'iiui combien ces mécanismes m'ont paru extraordinaires, je ne puis m'cmpôcher de me demander à quoi l'on