V. Les Lois natvî-clles, op. cit., cliap. xxvii
a (lôcouYcii celle loi approchée doiil l'usage est si coniinodc dans ccrlains cas.
§ 7. La destruction chimique.
Il est facile de comprendre que la loi d'hérédité ne soit qu'une loi approchée.
Une réaction chimique, quelle qu'elle soit, dépend toujours des réactifs qui sont en présence; si une modification se produit dans la nature de ces réactifs,, il faut s'attendre à une modification correspondante dans la nature de la réaction ; il n'y a aucune raison a priori pour qu'il en soit autrement dans le cas oi!i l'un des corps de la réaction est un corps vivant; un corps vivant réagit de diverses manières avec divers réactifs, et, en efîet, s'il y a des cas où le résultat de sa réaction est l'accroissement de sa substance, il y en a aussi où, au contraire, celte substance se détruit, se transforme en des substances différentes qui ne sont [dus vivantes, (jui ont perdu, en d'autres termes, la faculté de réagir suivant la loi d'hérédité ou d'assimilation.
Lors donc ((ue nous observons un corps vivant dans la nature, il faudrait admettre qu'un hasard bien grand a accumulé autour de lui uniquement les matériaux en présence desquels il est l'objet de réactions d'assimilation, sans aucune réaction destructive. Cela se produit sans doute dans quelques expériences de laboratoire; par exemple, il semble bien que la moisissure Aspergillus niger
trouve, dans le liquide découvert par Raulin, des conditions oîi il assimile sans se détruire, mais il est vraisemblable que, dans la nature, des cas analogues sont tout à fait exceptionnels.
Au contraire, il est bien cerlain que les cas de destruction et de mort sont bien plus fréquents que les cas d'assimilation ou de vie; et lorsque les réactions destructives l'emportent sur les réactions assimilatrices, les corps vivants cessent d'être vivants, leur étude ne présente plus aucun intérêt biologique. Nous devons donc étudier plus particulièrement les phénomènes qui se produisent quand les réactions assimilatrices l'emportent sur les réactions destructives ou au moins les contrebalancent de manière à assurer la survie des corps considérés, mais nous n'oublierons pas que, vraisemblablement, dans la plupart des cas observés, il y a toujours des réactions destructives plus ou moins importantes à côté des réactions constructives et assimilatrices.
Quoi qu'il soit généralement fort difficile, sinon impossible de réaliser des réactions assimilatrices absolument pures de réactions destructives, nous pouvons toujours, suivant la règle des lois approchées, parler du phénomène d'assimilation comme s'il se produisait seul, quitte à le corriger par des phénomènes concomitants de destruction, de manière à obtenir une description parfaite de ce qui se passe dans la nature.
Pour fixer les idées sans faire aucune hypothèse, j'ai proposé d'appeler condition n° 1 un ensemble
de circonstances dans lequel se produit, pour un corps vivant donné, une assimilation pure de toute destruction, et condition n° 2 un ensemble de circonstances (évidemment réalisable d'une infinité de manières) dans le(iuel se produisent des réactions destructives du corps considéré.
Par définition, toutes les fois qu'il y a propagation de la vie, la condition n° 1 l'emporte sur la condition n° 2, et c'est là le seul cas qui intéresse le biologiste, mais, de quelle manière se traduit, quant aux propriétés des individus vivants, celle sujierposition de réactions construetives et de réactions destructives? C'est ce que nous devons recliercher en commençant.
§ 8. La variation chimique.
On pourrait supposer sans invraisemblance, étant donnée notre ignorance actuelle de la structure chimique des corps vivants, que les destructions diminuent seulement la quantité des substances résultant de l'assimilation sans altérer leurs propriétés; alors, il n'y aurait pas variation au sens propre; les corps vivants actuels ne pourraient être qu'identicjices aux corps vivants des époques géologiques, et l'occurence de certaines destructions au cours des âges, aurait eu pour unique résultat de s'opposer à l'accroissement trop rapide de la masse des corps vivants; en d'autres termes il n'y aurait pas eu évolution chimique des substances vivantes.
Une observation très élémentaire et faite sur les êtres les plus simples, les bactéries, prouve que tel n'est pas le cas; une bactérie soumise à des réactions destructives change de propriétés : nous n'avons pas à nous demander pourquoi; cette observation doit être au contraire un point de départ pour l'étude des phénomènes biologiques; j'ai montré ailleurs ^ qu'une hypothèse fort simple permet de concevoir le mécanisme de celte variation ; il suffit de considérer la substance bactérienne, non comme une substance unique chimiquement définie, mais comme un mélange de substances distinctes dont chacune se détruit pour son compte, mélange dont les propriétés varient en même temps que les proportions.
Sans faire aucune hypothèse, contentons-nous de constater ce fait : les propriétés de la bactérie soumise à certaines influences varie»/. Du moment que l'une quelconque de ces influences est en jeu, l'hérédité, l'assimilalion ne sont donc plus que des lois approchées ; pour constater l'existence de ces lois il faut se placer dans des cas où il n'intervient pas de causes destructives (ou du moins, où il en intervient seulement une très faible proportion).
§ 9. La variation transmise.
Sans quitter le point de vue purement chimique et toujours sans faire aucune hypothèse, nous arrivons immédiatement à cette remarque éton-