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L’INFLUENCE SOLAIRE

Il paraît inutile d’insister sur l’influence générale du soleil sur la vie de l’homme et sur sa santé. Elle est de tous points évidente et il n’est personne qui ne se rende compte quë sans le soleil rien ne pourrait vivre à la surface de notre globe. Les humains ont saisi cette vérité élémentaire depuis le premier jour où l’espèce a pensé, ceci à tel point qu’ils n’ont pas tardé à diviniser l’astre qui leur versait clarté et chaleur. Ils ont compris, dès qu’ils ont été capables d’observer que, de plus, sans les rayons solaires, ils seraient dans l'impossibilité de s’alimenter, la chaleur de ce foyer conditionnant impérieusement la vie et la croissance de leurs nourritures. Plus tard, il leur a bien fallu constater l’influence des variations de cette force sur leur santé et qu’elles étaient susceptibles, quand elles dépassaient une certaine limite en plus ou en moins, de provoquer des mala dies ou des accidents. Enfin, ils ont dû faire sa place, simultanément, à la lumière solaire, ayant regardé au début, sans doute, la venue de la nuit comme un événement régulier, mais funeste et le retour de la clarté comme un bienfait périodique. C’est ainsi qu’est née la conception des maladies a frigore sur le compte desquelles nous nous sommes expbqué déjà. Quant aux faits pathologiques dus à l’excès de la chaleur, ils ont été observés bien vite aussi et promptement appréciés à leur valeur.

Aujourd’hui, le problème a changé de face et c’est de tout autre chose qu’il est question. Notre temps a poussé assez loin l’analyse des radiations qui émanent de l’astre-roi pour constater qu’à côté de celles qui sont génératrices de lumière et de chaleur, il en est sans aucun doute d’autres qui méritent, elles aussi, une sérieuse attention. Du nombre sont celles qui dépassent les limites du spectre visible et qui ont reçu, en conséquence,

les noms d’infrarouges et d’ultraviolets. Les premières n’ont pas fait preuve de qualités pathogéniques bien marquées, mais ont été utilisées pour le soulagement de quelques-uns de nos maux et nous avons parlé plus haut des secondes qui, à ce point de vue, valent au contraire qu’on s’en préoccupe. Mais il y a, à côté d’elles, des radiations dites magnétiques qui ont, à n’en pas douter, une action de première importance sur les variations de composition chimique et électrique de notre atmosphère. Il était naturel d’admettre a priori que, en dehors de cette influence indirecte sur notre vie et notre santé, elles en ont une autre, directe celle-là, par leurs variations qui doivent intéresser notre organisme comme elles font le milieu dans lequel il vit.

Nous avons, de ces variations de l’activité magnétique du soleil, des témoins; ce sont les « taches » qui apparaissent à intervalles plus ou moins réguliers en nombre variable à la surface de l’astre; on a constaté qu’elles correspondent à des « crises » qui représentent un accroissement de.l’activité solaire. Elles figurent des sortes de cratères creusés à travers la photosphère et qui livrent passage aux irradiations nées dans la partie centrale de l’astre. Elles sont le signal, à nos yeux perceptible, de formidables mouvements tourbillonnaires liés à des orages électromagnétiques dont la puissance est incommensurable. Il suit de là que si les radiations magnétiques du soleil influencent notablement notre comportement, les modifications de celui-ci peuvent correspondre à la présence de taches solaires importantes ou particulièrement nombreuses.

Sauf erreur, et abstraction faite d’une observation d’Herschel (1801), c’est l’abbé Moreux dont le nom doit être cité en tête de ce chapitre. Il a, dès 1902, attiré l’attention sur une relation possible entre les crises magnétiques du soleil, l’apparition de courants telluriques, les coups de grisou, les tremblements de terre et même les éruptions volcaniques. « Si nous pouvons affir mer, écrit-ü plus tard (1), que le'soleil agit sur la terre par

(1) Revue générale des sciences (15 juillet 1927).

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sa chaleur variable, par une sorte d’induction électrique - et de cela nul ne peut douter — il est tout naturel d admettre que l’astre central exerce une action multiple et périodique sur les organismes vivants, végétaux et animaux. » Il avait déjà démontré antérieurement (i) l’action des taches solaires (ou plutôt des orages magnétiques qu’elles annoncent) sur la production du blé et de la vigne. Enfin, professeur et astronome, il avait noté que les phases d’inattention et d indiscipline de ses élèves coïncidaient avec les maximums de nombre et d importance de ces taches. Il a, par la suite, observé que ces maximums semblaient influer sur la fonction psychique des hommes en général et qu’ils étaient marqués par une recrudescence des guerres, des convulsions sociales et des suicides. Enfin, ü n avait pas négligé ce fait qu’aux mêmes époques, les souffrances de certains malades paraissaient être exacerbées.

Depuis lors bien des observateurs, notamment des médecins, se sont attachés à approfondir la question et à préciser les influences diverses qu’exercent sur les hommes les orages magnétiques solaires dévoüés pour nous par les taches et leur passage au méridien. Non seulement ils ont constate, au cours des maladies, des accidents ou, si l’on préfère, des perturbations dans leur évolution, mais ils ont pu etabhr que celles-ci se produisent surtout au début de ce passage.

MM Sardou et Maurice Faure comptent parmi ceux qui ont apporté dans cette enquête le plus de méthode de constance et d’ingéniosité. Les notes et mémoires qu ils ont publies sur ce sujet sont très nombreux et très démonstratifs. Ils ont notamment, pour élucider le problème de l’influence des taches solaires sur les P maladies chroniques humaines, eu 1 heureuse idee de faire pour ainsi dire, surveiller le soleil par un astronome non médecin tandis qu’ils notaient les changements mtervenus dans l’état de leurs propres malades. C est ainsi qu avec M. J. >

üs ont fait à l’Académie de médecine (2) une communication que l’on peut résumer ainsi :

(1) Cosmos (2 mars 1901).

(2) Séance du 4 juillet 1922.

Les symptômes des maladies chroniques varient presque continuellement et ce phénomène se produit simultanément, dans des affections très diverses, chez des malades qui n’ont entre eux aucune relation. De là est venue la conception d’une influence climatique ou météorologique. Dans ces conditions, l’un des auteurs sachant que le passage au méridien des taches solaires coïncide fréquemment avec des perturbations magnétiques et électriques (qui parfois même se traduisent par des troubles des communications télégraphiques et téléphoniques) a émis l’hypothèse que cette cause pourrait avoir aussi des effets pathologiques. Dès lors, tandis que l’astronome surveillait le passage des taches solaires, les médecins notaient chaque jour l’état des symptômes chez les malades en observation. Et cette communication se terminait par les conclusions suivantes :

« Le passage des taches solaires au méridien central coïncide habituellement (84 pour 100 des cas) avec une recrudescence de symptômes des maladies chroniques et même avec 1 apparition d’accidents graves ou exceptionnels au cours de ces maladies.

« La même recrudescence, ou une apparition d accidents analogues, peuvent se produire en dehors du passage des taches, mais alors la coïncidence est plus rare (35 pour 100) et les accidents moins graves.

« Si donc le passage des taches solaires n’est pas la seule cause de la recrudescence inexpliquée d’états pathologiques, il paraît être du moins, la principale. »

D’autre part, M. Faure, parmi les accidents aigus des états chroniques, fait place à la mort subite. Il note (1) qu’il y a recrudescence de ce genre de décès pendant les périodes de taches solaires et son retour en série pendant deux ou trois journées consécutives. Le même auteur admet que les radiations anormales résultant de l’effervescence solaire n’agissent pas seulement sur le système nerveux de la vie de nutrition, mais aussi sur celui qui régit la vie de relation, c’est-à-dire

(1) Académie de médecine (i or mars 1927).

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que ces radiations ne provoquent pas seulement des perturbations des échanges nutritifs et des fonctions viscérales indispensables à l’existence, mais aussi des perturbations mentales qui se traduisent par un accroissement du nombre des suicides, des crimes et des accidents.

Telle est bien l’opinion de M. Tchijewski, lequel va beaucoup plus loin, car il estime (i) que les temps sont proches où, quand un juge aura à se prononcer sur la culpabilité d’un accusé,^ il exigera qu’on lui fournisse les données astronomiques et météorologiques du moment où le crâne aura été commis. Plus un crime, pense-t-il, est rapproché du moment où les taches solaires atteignent leur maximum d’intensité, plus la responsabilité du coupable se trouve amoindrie.

Pour faire pendant à ce que MM. Faure et Sardou avaient constaté en ce qui concerne les maladies chroniques, M. Budaï a observé, à l’hôpital Trousseau, que, sous l’influence des taches solaires, on voit souvent se modifier l’allure de la fièvre dans un sens ou dans l’autre et il a conclu de son enquête (2) que l’influence biologique des orages magnétiques solaires sur l’organisme humain se trouve prouvée aussi dans le domaine des maladies fébriles. Il émet l’hypothèse que cette action serait comparable à celle des injections protéiniques et reposerait sur une modification de la structure colloïdale du protoplasma cellulaire. .

Du point de vue de la mortalité en général, il faut signaler que M. Chabé a observé que, si l’on étudie la courbe statistique de la ville de Bordeaux de 1890 à 1900, on lui trouve un parallélisme troublant avec la courbe des taches solaires (3).

M. Tchijewski a transporté la question dans le domanie de l’épidémiologie et a fait porter ses constatations sur bien des maladies qui relèvent de cette discipline. Il a noté que 1 accroissement et l’aggravation des épidémies de choléra, par exemple, marchent parallèlement à l’intensification de 1 activité des

(1) Indépendance médicale (de Montréal) [15 octobre 1927]*

(2) Revue de pathologie comparée (5-20 novembre 1929)-

(3) Chabé, Journal de médecine de Bordeaux (30 avrü 1932).

taches solaires. Les périodes d’accalmie de ces épidémies coïncident, d’après lui, avec la chute de cette activité et la cessation de l’épidémie tombe habituellement au début du minimum. La corrélation est, dit-il, moins nette mais néanmoins indéniable pour la grippe, plus évidente pour la peste. Les courbes de la diphtérie présentent un même nombre de montées et de chutes que celle des taches. Enfin, la propagation épidémique de la méningite cérébro-spinale est en rapport évident avec l’activité maximale du soleil.

Cet auteur a tenté une explication de ce parallélisme en émettant deux hypothèses. L’électricité atmosphérique est, dit-il, dans une certaine mesure, sous la dépendance de l’activité solaire. Il reste à savoir si c’est l’excitabilité de la flore microbienne terrestre qui est accrue par les poussées physicochimiques solaires ou si c’est la prédisposition de l’homme à la maladie qui est augmentée par suite des perturbations que ces phénomènes physicochimiques introduisent dans les défenses naturelles de l’organisme. C’est là une explication à deux faces que, nous l’avons vu, on met souvent en avant quand on veut éclaircir ces difficiles problèmes.

Une fois de plus nous revenons à cette notion fondamentale que les modifications des éléments atmosphériques sont dépendantes les unes des autres et, pour ainsi dire, s’enchevêtrent constamment. On a récemment tenté d’expliquer cette interdépendance par l’existence de « fronts aériens » nés du contact discontinu du courant d’air chaud venant des régions tropicales du globe et du courant froid venu des régions polaires. Il peut sembler que ce ne soit là que déplacer la question et il n’est pas interdit de penser qu’avec les variations (inexplicables, d’ailleurs, dans l’état actuel de nos connaissances) de l’activité solaire nous remontons peut-être à la cause initiale. Notons d’ailleurs que l’abbé Moreux constate (1) que l’atmosphère terrestre doit contenir une quantité de vapeur d’eau plus élevée au moment du maximum des taches. C’est une

(1) Moreux (abbé Th.), le Ciel et V Univers.

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donnée nouvelle ajoutée aux autres, mais dont on ne voit pas

bien, au premier abord, l’application.

En résumé on a bien établi que les modifications de l’émission radiante magnétique du soleil ont une influence certaine sur les phénomènes biologiques qui concernent l’homme (et sans aucun doute les autres représentants de la matière vivante), qu’il s’agisse de fonctionnement physiologique, d’évolution des maladies ou même du comportement intellectuel là où il existe. C’est là, malheureusement, une influence contre laquelle nous ne saurions ni nous prémunir, ni nous défendre.

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