L'INFLUENCE LUNAIRE
Très nombreux furent de tout temps les auteurs qui s occupèrent de savoir si la lune a une influence sur la vie humaine et plusieurs, à notre époque même, ne dédaignèrent pas de s’intéresser à eette question. Peut-être serait-il bon de savoir d’abord s’il est des phénomènes vitaux — dans le sens le plus général de ce mot — où cette influence apparaisse. Diverses constatations portant sur l’exaltation de la poussée de la sève entre la nouvelle lune et le premier quartier, sur ce fait que l’éclosion des poussins est favorisée à ce moment, sont déjà de valeur. L’histoire des Nereis paraîtra, sans doute, plus instructive encore. „ . ,
Il s’agit là d’annélides polychètes parmi lesquelles figure le Palolo viridis, qui vit dans les mers chaudes du globe. Or, les indigènes des îles Samoa savent bien que ce ver n’apparaît à la surface de la mer que le jour du dernier quartier de la lune, le jour d’avant et le jour d’après; c’est pour se livrer à une sorte de « danse nuptiale » dont le dessein n’a pas besoin d être commenté. Au jour dit, les indigènes en question organisent des pêches qui sont immanquablement fructueuses. Les observations de MM Fage et Legendre à Concarneau ont corroboré cette opinion et montré que là aussi des' vers analogues aux Nereis ne se livrent à la danse nuptiale que si la lune est à une phase bien déterminée de son cycle mensuel (1).
Viennent maintenant les Convoluta, qui sont des turbellanés vivant dans le sable de nos plages, sur lequel ils forment des taches vertes. A l’heure où commence la marée montante, parfois très loin d’eux, les convoluta s’enfoncent dans le sable
(1) Fage et Legendre, Académie des sciences (12 novembre 1923).
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et ils le font encore dans les aquariums des laboratoires, c’està-dire en un lieu où, de toute évidence, la marée n’est pas ellemême la cause directe de ce comportement. Il apparaît donc, la marée étant en partie au moins sous l'influence de la lune, que c’est celle-ci qui est, à un titre quelconque, à l’origine de cet instinct.
Si nous passons aux phénomènes , qui sont caractéristiques de la biologie humaine, le premier^ exemple qui se présente est celui de la menstruation féminine. La femme bien portante est, en effet, réglée tous les vingt-huit jours, c’est-à-dire une fois par lunaison. Il n’est pas douteux que le fait soit assez impressionnant. Si l’on veut considérer qu’il n’y a là qu’une coïncidence, il faut avouer qu’elle est curieuse. Un savant confrère nous disait récemment que, si vraiment la lime influençait la menstruation, celle-ci devrait se manifestér chez toutes les femmes le même jour. L’objection n’est pas absolument convaincante. Il est admissible, en effet, que les conditions particulières à chaque individu modifient l’époque exacte du phénomène tout en respectant son rythme, n’invoquerait-on à cet égard que le moment de la naissance, début du processus qui mène à la puberté.
Au demeurant, si quelques auteurs ont admis l’influence de la lune sur la menstruation, ils sont assez rares. A partir du XVII e siècle, il semble que l’esprit philosophique se soit appliqué à ruiner cette façon de voir. Quelques-uns, cependant, plus tardivement encore, acceptent une opinion mixte où cette influence devient indirecte : « Nous sommes bien éloignés, dit Roussel (i), de regarder la lune comme le principe efficient du flux menstruel; nous ne l’envisageons, dans les femmes qui sont soumises au cours de cet astre, que comme une cause occasionnelle qui, par les modifications qu’elle produit régulièrement et périodiquement dans l’atmosphère et qui, de là, sont transmises à leurs organes, réveille en elles la nature, lui rappelle une époque où elle fut soulagée et la détermine à faire de sem-
(i) Roussel, Système physique et moral de la femme {7 e édition, 1820).
blables efforts pour satisfaire les mêmes besoins. » Cette littérature si classique d’allures ne vise donc pas absolument l’influence de la lune sur la menstruation. Pour être quelque peu embarrassée, l’explication vaut-elle plus que celle de Mead, grand partisan de l’influence lunaire, qui pense (1) que « la lune élève et déprime notre atmosphère comme elle élève et déprime les eaux de l’océan ; que l’air qui nous environne devient, par ce mouvement alternatif, tantôt plus pesant et tantôt plus léger, que dans le premier cas les fluides se retirent vers le centre; que dans le second, ils se portent vers la circonférence, étendent et dilatent les vaisseaux et les forcent quelquefois de s’ouvrir. De là les apoplexies sanguines, les vertiges et ces retours réguliers auxquels le beau sexe est assujetti. » Au fond, les avis sur ce sujet sont tellement divers que l’on noircirait des pages à vouloir seulement exposer le pour et le contre. Comme dit M. Howard D. King : « Les opinions des hommes de science sur l’influence en question sont remarquablement discordantes. Scepticisme et croyance y trouvent leur compte (2). »
On pourrait en dire autant de l’action supposée de la lune sur la fécondation et le sexe de l’enfant qui va naître. Personne n’ignore les idées qui courent — et pas seulement dans les campagnes arriérées — à cet égard. Ces sortes de croyances sont, en réalité assez contradictoires, variant quand on change de pays, de' milieu ou d’interlocuteur. Toutes admettent un rapport entre l’âge de la lune à l’époque où la fécondation intervient et le sexe de l’enfant qui en resuite. Grosse discussion et de tous les siècles encore sur ce sujet. Mauriceau s’en est soucié (3) et il a pensé avoir résolu ce délicat problème le jour où ü eut la curiosité de contrôler le fait à l’Hôtel-Dieu où il dirigeait un grand service d’accouchement. Ayant constaté que, sur onze femmes accouchées à terme le même jour, cinq donnèrent le jour à un garçon et six à une fille, il en déduisit
(1) D’après Salgue, Erreurs ei préjugés (1810).
(2) Medical Record (15 décembre 1917). ,, ,
(3) Mauriceau, Traité des maladies des temmes grosses... (6 e édition, i
i 3 8 — LES INFLUENCES MÉCONNUES que rien n’était vrai dans le préjugé courant car elles avaient dû concevoir sensiblement au même moment, par rapport, du moins, à l’âge de la lune et leurs enfants eussent dû être du même sexe. Argumentation sans doute un peu simpliste et sur laquelle il y aurait beaucoup à dire.
En ces temps derniers, certains auteurs ont repris la question et M. Kraft (de Zurich) a publié sur ce sujet une savante étude qui conclut d’une façon générale, « qu’une femme ne peut pas mettre un enfant au monde sous n’importe quelle position du soleil et de la lune, le déroulement de 1 accouchement étant étroitement lié au déplacement respectif et aux positions des deux astres par rapport à différents systèmes
de référence (i) ». . ,, ,
Du physiologique, passons, si l’on veut bien, au pathologique. Nous trouverons plus que jamais les voix partagées. T’entends bien que, sauf exceptions dont je parlerai plus loin, les médecins modernes refusent à la lune toute^ espece d action sur les maladies, mais il n’en était pas de meme autrefois.
Comme il est de bon ton de citer toujours le Pere de la Médecine quand on aborde l’aspect historique d’un problème de ce genre, extrayons du traité Des airs, des eaux et des lieux les lignes suivantes : « Il faut user de la même précaution par rapport au lever des astres, surtout à celui de la Canicule, ensuite à celui d’Arcturus, et au coucher des Pléiades. Cest principalement à ces époques que les maladies éprouvent des crises, que les unes deviennent mortelles, que les autres cessent ou se changent en des maladies d’une espèce et d’une constitu- . tion différentes. » Certes, il n’est pas question de la lune dans ce passage, mais si Hippocrate attribuait une pareille importance à des étoiles comme les Pléiades et Arcturus, comment croire qu’il n’admettait pas l’action de notre satellite sur nos maux alors que les Grecs consultaient les phases de la lune pour contracter mariage et qu’ils la révéraient à l’égal d une divinité? Les peuples les plus divers de l’antiquité n ont-ils
(i) Voir la Côte d’a
ur médicale (mars 1928)-
pas aussi regardé Phœbé ou Tânit comme la dispensatrice suprême de la fécondité, de la santé et du bonheur?
Il serait facile, en feuilletant les vieux auteurs, de montrer comment beaucoup d’entre eux, jusqu’à l’époque moderne, ont parlé de cette influence de la lune sur les phénomènes morbides. Peut-être est-il plus intéressant d’analyser sommairement un livre plus récent que ceux auxquels nous avons fait allusion, et qui résume à peu près, d’ailleurs, ce qui a été dit à ce propos (1).
Son auteur, J.-A. Murat, commence par déclarer que si les plantes s’étiolent pendant la nuit, les roses de la beauté doivent se faner comme elles. Il rappelle le fait signalé, dit-il, par Menuret, d’un individu qui s’étant exposé aux rayons de la lune au cours d’une longue nuit, eut des vertiges et des maux de cœur.
Ce principe posé, notre auteur énumère les phénomènes périodiques que chacun connaît, puis il rapproche de la classification qu’il en fait en types quotidien, dichomène, menstruel, semestral, annuel, celle, que l’on peut introduire parmi les phénomènes morbides, en déduisant une corrélation qui lui semble évidente entre les premiers et les seconds. Après quoi, il énumère une quantité considérable d’exemples qui, d’après lui, prouvent le bien-fondé de sa façon de voir. C’est un enfant de cinq ans, observé par Mead et chez qui les crises épileptiques suivaient si exactement les périodes de la lune qu’elles correspondaient exactement aux marées (type quotidien); c’est, d’après Floyer, le retour fréquent des crises d’asthme tous les quinze jours et l’exemple d’une malade de Pitcairn qui était sujette à des malaises, des suffocations et des vertiges à la nouvelle lune et à la pleine lune (type dichomène); ce sont de nombreux sujets qui présentent des migraines, de la perte de mémoire, de l’affaiblissement nerveux, des hémoptysies, de l’incontinence d’urine, de l’anurie, des poussées d’eczéma à l’époque de la pleine ou de la nouvelle lune (type menstruel);
(1) A. Murat, De l'influence de la mut sur les maladies (1806}.;
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c’est enfin un malade de Mead qui était atteint de phénomènes paralytiques en mars et en septembre, alors que la lime approche de l’équinoxe (type semestral) ou un autre, soigné par Pison, et qui présentait des symptômes hystériques chaque printemps aux approches de la nouvelle lune (type iannuel).
Murat n’a garde, bien entendu, d’oublier l’influence de la lune sur les maladies mentales. Il eût pu évoquer le mot « lunatique » qui, pour certains, équivaut à celui d’aliéné (i). Il cite notamment les recherches de Daquin, médecin de l’hôpital des fous à Chambéry, lequel déclare « que certains points lunaires ont une influence marquée sur le cerveau des aliénés ». Puis, dans un autre ordre d’idées, il évoque Dinnerbrock qui constate, en parlant de la peste de Moyon en 1636, que cette maladie fit toujours de grands ravages aux approches de la nouvelle et de la pleine lune, et Ramazzini qui, à propos d’une maladie pestilentielle qui sévit à Modène en 1692,1693 et 1694, remarque la violence plus grande qu’affectait le fléau quand la lune était sur son déclin. Il parle enfin d’Aubry qui avait vu si souvent des malades mourir au déclin de la lune qu’il était arrivé à annoncer parfois cette fin à l’avance.
Devons-nous croire que cette question est définitivement liquidée? Certes non, puisqu’en 1929 le British medical Journal ne crut pas indigne de lui d’ouvrir sur ce sujet une enquête (2) qui lui valut un certain nombre de réponses, notamment sur le point de savoir s’il était ou non dangereux de dormir exposé aux rayons lunaires. Beaucoup, parmi les correspondants du journal anglais, assurèrent que mieux valait s’abstenir de dormir dans ces conditions, ceci pour des raisons très diverses. Quelques-uns firent allusion aux cauchemars, aux. migraines que provoque la lumière de la lune pendant le sommeil. Ces faits rejoignent ceux qu’ont racontés les auteurs anciens et notamment Mizault (3) lequel cite une jeune fille qui ayant, pour faire disparaître les rougeurs qu’elle avait au visage, présenté celui-ci
(1) Voir E.-P. Ward, The Moon and insanity (Medical Record, 23 août 1919).
(2) Cf. De Varigny, Revue des sciences , Journal des Débats, (n avril 1929)-
(3) Voir Chronique médicale (p. 131, 1929)*
découvert aux rayons de la lune à plusieurs reprises, devint « plus pâlie et plus blesme qu’un trépassé et gaigna une telle altération et refroidissement du cerveau, accompagné de défluxions si violentes et si implacables, de douleurs de teste et de dents si désespérées qu’il n’y eut pas moyen de l’en guérir ».
Cette enquête du British medical Journal nous servira de transition pour passer aux auteurs contemporains. Ici, nous mettrons encore en première place l’abbé Moreux qui, après avoir fait remarquer l’action indéniable de la lune sur la végétation, signale que plusieurs médecins atteints de bégaiement lui ont écrit pour lui dire que cette infirmité augmente lors de la pleine lune. Lui-même a constaté l’action de la lune sur les enfants atteints de strabisme (1). « Bien des faits, écrit-il (2), tendent à prouver que certaines maladies nerveuses et même cutanées offrent des manifestations périodiques au cours de la lune. » Mais M. Moreux a été plus loin : ü a cherché à expliquer ces phénomènes. Il en aperçoit deux causes possibles : i° l’attraction lunaire, celle qui soulève les océans; 2° l’émission de particules électrisées venant du soleil indirectement par l’intermédiaire du sol lunaire qui agit à la manière d’un miroir réfléchissant.
D’autre part, M. Régnault fait remarquer que les rayons lunaires détériorent le marbre (3) et divers autres matériaux plus que la lumière du soleil; de même décolorent-ils davantage les étoffes (4). La lumière reflétée par la lune est, dit-il (5), polarisée, et il suppose qu’elle contient des radiations spéciales dues à un effet photo-électrique.
M. Budaï, dans plusieurs travaux très documentés (6), rapporte de nombreux exemples qui démontrent à ses yeux 1 influence considérable de la gravitation lunaire sur le rythme de
(1) La Revue du ciel (août 1934).
(2) Moreux (abbé Th.), le Ciel et l’Univers. . . ,
(,) cf. V. Hugo : une pierre que la lune et la pluie ont rongee [Le Rhin).
(4) Il [Le Temps] n’a ni ciseau ni maillet : il a pour outils la pluie, le Claude lune et le vent du Nord (Anatole France, Pierre Nonère).
(5) F. Regnaui-t, Biodynamique et radmtwns.
(6) Revue de pathologie comparée (mars 1934-avrd 1936).
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mainte maladie, notamment la tétanie infantile et l’acrodynie. Il discute, lui aussi, les explications que l’on peut proposer des phénomènes de cet ordre : variations barométriques, électriques, etc., et fait état des recherches effectuées un peu partout à ce sujet. Le même auteur cite l’opinion du regretté professeur Grasset (de Montpellier) qui a dit être beaucoup plus dérangé aux environs de la nouvelle lune pour des crises d’asthme, des coliques intestinales ou hépatiques, des exacerbations de phtisie ou de bronchite, des hémoptysies, des hémorragies, des pneumonies ou congestions pulmonaires et même pour des cas de rougeole ou de scarlatine. Il a vu, de ce fait, ajoute M. Budâï, la mortalité générale s’accroître à l’approche de cette phase qui comprend cinq jours environ (deux jours avant, deux jours après) comme dates critiques.
M. A. Henry, qui a exercé longtemps la profession médicale dans la partie Nord de l’Amérique centrale et aux Antilles, a commencé par rire des croyances professées par les indigènes au sujet de l’action de la lune dans certaines maladies. Après contrôle, il affirme (i) : « Oui, les aliénés aux première et troisième phases lunaires, deviennent des surexcités intenables, à lier et sans aucune cause plausible. Oui, aux dites phases lunaires, des enfants à l’intestin habité de vermine ont, brusquement, de violentes convulsions avec une température élevée ou des diarrhées fébriles qui se terminent par une débâcle de vers... » Aux Iles du Salut, M. Huchon a observé (2) que les reprises d’accès paludéens s’effectuent surtout par nuit claire entre le premier quartier et la pleine lune. Le fait était tellement évident que ce médecin fit prendre avec succès la quinine préventive à ses paludéens chroniques sujets à des complications hépatiques.
On voit qu’en tout état de cause et si difficile qu’il soit de tirer des conclusions nettes de tant d’avis divers (car les médecins et les biologistes en général tiennent peu de compte des
phases lunaires), il semble admissible de considérer une certaine influence de notre satellite comme réelle. Il est plus malaisé de préciser en quoi elle consiste. Il serait donc désirable que cette question fût plus généralement étudiée qu’elle ne l’est actuellement. Peut-être, des faits observés, pourrait-on tirer quelques conclusions qui provoqueraient des mesures de prévention, sinon de cure, lesquelles ne seraient pas dénuées d’intérêt.
Cette incursion sommaire dans le domaine astronomique nous conduit à examiner une énigme secondaire qui peut se résumer dans le sujet mis au concours, le 2 vendémiaire, an XIV, par la Société de médecine de Bruxelles : « La nuit exerce-t-elle une influence sur les malades? » Quelques-uns des mémoires qu’elle eut à juger à ce moment sont venus jusqu’à nous. Les réponses qu’ils ont fournies se ressentent de la tendance qu’avait la médecine d’alors à se soucier beaucoup plus de raisonnements philosophiques que d’analyse serrée des faits; aussi, ne nous donnent-elles qu’une satisfaction médiocre. Mais nous, qui faisons grand état de la rigueur de nos déductions et des fondements scientifiques de l’art médical, sommes-nous plus avancés que nos prédécesseurs du début du siècle dernier?
Les faits sur lesquels nous pouvons étayer nos raisonnements sont nombreux, mais présentent un caractère de contradiction, au moins apparente, très net : les uns nous prouvent une influence apaisante de la nuit à l’égard des symptômes morbides, les autres dénoncent une influence exacerbante.
Tourtelle a écrit, il y a plus de cent ans : « Les accès des maladies correspondent, par rapport à l’intensité des symptômes, aux quatre points cardinaux; c’est dans les heures voisines du coucher du soleil que la plupart des fièvres redoublent ordinairement et c’est le matin, vers l’heure du lever de cet astre, qu’arrivent les rémissions (1). » Fait d'observation banal. Qu’il s’agisse d’une fièvre typhoïde, d’une maladie éruptive,
(1) Tourtelle, Hygiène (1822).
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d'une infection, le thermomètre accuse une montée vers le soir et une chute plus ou moins marquée au matin. Si l’on serre d’un peu plus près la question, on constate que c’est, en effet, vers le crépuscule que l’ascension s’accuse et à l’aube, que la descente apparaît. En même temps, on observe que le malade souffre moins, est plus calme et éprouve à cette heure matinale une sensation de bien-être qui, dans les maladies de longue durée, ne persiste pas plus loin que midi.
Mais, pour connu que soit le phénomène, il demande une explication, ceci d’autant plus qu’en regard de cette influence apaisante de la nuit, nous pouvons mettre l’observation de certaines maladies où l’aggravation nocturne est manifeste. Les douleurs du rhumatisme chronique se font plus violentes à ce moment; le faux croup — terreur des mères — ne présente guère que la nuit ses crises angoissantes et c’est surtout pendant la nuit qu’éclatent les attaques de goutte, pour céder sub galli cantu (x).
La première idée qui vient à l’esprit en présence de ces faits est que la chaleur du lit est pour beaucoup dans cette aggravation nocturne et il est certain qu’il en est ainsi pour quelques-unes de ces maladies du second groupe. Mais cette solution du problème ne peut convenir en beaucoup de circonstances. Décrivant, il y a peu, une affection peu commune, l’acromélalgie (qui se signale par des douleurs de brûlure aux membres inférieurs), M. Tinel montrait (2) qu’elle procède par crises qui ne se manifestent que la nuit. Faites séjourner le patient au ht pendant le jour, enveloppez à ce moment d’ouate sa jambe et son pied, réalisez, en somme, en pleine lumière, ce qui est courant après le coucher du soleil, et vous ne parviendrez pas à provoquer la venue des phénomènes douloureux. Et ce seul exemple démontre que s’il est des maladies auxquelles
(1) C’est peut-être le lieu de rappeler le Livre de Job qui tient que la période avoisinant deux heures du matin est 1’ « heure où l’homme meurt ». Des recherches d’ordre statistique résumées par Layet démontrent d’ailleurs que cette assertion est inexacte et que la mort survient au moins aussi fréquemment en plein jour que la nuit.
(2) Progrès médical (6 mai 1939).
ne conviennent ni la chaleur des couvertures, ni la position allongée, on ne saurait faire de ces conditions la raison constante des bizarreries d’évolution nocturne de la plupart des affections auxquelles la nuit apporte une aggravation ou même qu’elle fait naître. De plus, rien dans tout cela ne nous fait comprendre l’influence de certaines heures dans mainte affection et l’influence nocive de certaines autres.
Pour expliquer l’influence favorable, on invoquera certainement la fatigue du malade pendant le jour, et surtout le soir. Dans bon nombre de cas cet argument ne peut L entrer en ligne de compte, notamment chez des malades bien soignés auxquels on évite toute cause de fatigue. Pas plus ne peut-on tabler sur l’action du sommeil, d’abord parce que bien des édités dorment aussi bien le jour que la nuit, et aussi parce que quelques-uns ne dorment pas, même la nuit. Le sommeil entrecoupé de sursauts et de cauchemars des grands fiévreux ne saurait être considéré comme un repos.
Voici une autre explication, que son auteur ne donne d’ailleurs que comme une simple hypothèse : « La diminution nocturne du mouvement fonctionnel entraîne-t-elle une surcharge nrique chez les goutteux, des congestions passives chez les rhumatisants et les herpétiques, une excitation réflexe du centre nerveux respiratoire dans les accès d’asthme et la laryngite striduleuse (1) ?» En réalité, il y a là des éventualités possibles, mais cela ne nous explique pas pourquoi la température des fébricitants baisse le matin et monte le soir.
Faut-il rapporter l’origine de ces phénomènes aux investigations dont nous avons parlé dans les chapitres précédents? Variations de l’humidité de l’air, de l’électricité atmosphérique entrent peut-être en jeu, mais on ne voit guère comment. M. Moricheau-Beauchamp, cependant, en faisait grand cas et arguait que le baromètre ne change pas la nuit (?), que le thermomètre baisse et est le plus bas avant le jour, que l’hygro-
(1) Layet, Dictionnaire des sciences médicales (article nuit).
(a) Moricheau-Beauchamp.U^ la nuit et de son influence sur les malades (1808).
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mètre dénonce beaucoup plus d’humidité le soir et la nuit que pendant le jour. Ce sont des constatations, mais non des raisons.
Quant aux influences solaires et lunaires, qu’en penser? Les uns invoqueront les sursauts magnétiques du soleil, les autres l’action de la lune. Or, les orages magnétiques sont identiques, que la terre soit éclairée par le soleil ou non et, d’autre part, la lune est souvent visible dans le ciel diurne et les nuits où elle est absente ne sont pas rares.
En somme le problème, dans son ensemble, n’est pas résolu. Peut-être son éclaircissement est-il réservé aux études récentes qu’il nous reste à mentionner.