‹ Les infractions aux lois & conventions de la guerre commises par les ennemis de la Serbie depuis la retraite Serbe de 1915. Résumé de l'enquête exécutée sur le front de MacédoineChapitre 14 sur 28 · RECRUTEIVIENT DES SUJETS SERBES · texte numérisé non relu

RECRUTEIVIENT DES SUJETS SERBES

Les usages et les lois de la guerre défendent expressément le recrutement par la force des sujets ennemis dans l'armée de l'envahisseur d'un pays.

D'ailleurs le simple bon sens et, surtout, le sentiment du devoir humanitaire interdisent à un belligérant d'avoir recours à un pareil moyen pour augmenter sa puissance militaire. Et pourtant les Bulgares l'ont utilisé en Vieille Serbie et en Macédoine. Dans ce chapitre, je n'étudierai que le recrutement par les Bulgares des sujets serbes macédoniens et je dirai dans la seconde partie de ce travail ce qu'ils ont fait dans la contrée serbe de la Morava.

Voici ce que racontent à ce sujet une série de témoins des villages libérés :

Village de Jivouja. — « Les Bulgares recrutaient des jeunes gens de i8 ans du village, mais la retraite ne leur a pas permis d'incorporer ces hommes dans l'armée ». — Vasilie Georgevitch, 56 ans; Risto Lazarevitch, 53 ans ; Georges Petritch, 38 ans, et Danas Kouljevitch, 6o ans.

Village de Dobroveni . — « On avait publié que tous ceux qui étaient aptes à porter les armes devaient se présenter à Bitolj. Tous se sont rendus dans cette ville, mais les combats avaient commencé et ces jeunes gens se sont enfuis ». — Todor Petrovitch, 68 ans, kmet du village; Naidan Todorovitch, 49 ans ; Naoum Petrovitch, 41 ans, et BojiNE NAmEFF, 60 ans.

Village de Batch. — « Les Bulgares ont recruté les

jeunes gens du village, mais ils ont dû partir avant de pouvoir les enrégimenter. » — Traiko Yovanovitch, 40 ans ; Stovan Stoikovitch, 55 ans.

Village de Tefjavtzi. — (( Cinq hommes ont été emmenés comme comordjis (conducteurs de chars) et six ont été pris comme soldats : Spasse Grouieff, 28 ans, Slate Petroff, 28 ans, Petre Mize, 26 ans, Vidan MitefF, 28 ans, Stoyan Siljevitch, 22 ans, et Krste Athanasovitch, 27 ans. Ces homme»* furent recrutés à la mi-septembre 1916. Ils ont été emmenés à Prilep. Les villageois ont reçu des lettres d'eux datées de Sofia, » — Bogoje TrajAnovitch, 53 ans, kmet du village, et Yovan Petrovitch, 86 ans.

Village de Skotchivir. — « Tous les soldats originaires de la Macédoine qui ont été faits prisonniers ont été incorporés dans l'armée bulgare. »> — Stoicho Ristitch, 65 ans ; Risto Koulevitch, 60 ans ; Risto Tcheblagovitch, 62 ans, et Riste Kotevitch, 39 ans.

Village de Veleselo. — « Il y a deux jeunes gens d'environ 20 ans, Nikola Simonovitch et Stoyan Nedeljkoff, qui ont été recrutés comme soldats. » — Trajan Ristitch, 60 ans, kmet du village ; Bojin Markovitch. 70 ans ; Antoine Petkoff, 60 ans; Trajan Traikoff, 17 ans.

Village de Kenali. — « Les hommes ont été appelés à Bitolj devant une commission de recruteinent. Beaucoup ont été pris comme aptes au service et ils devaient se présenter à une date ultérieure, mais les Bulgares n'ont pas eu le temps de les enrégimenter. Ils ont dû partir avant. » — Omer Rachid, 35 ans ; déposition confirmée par tous les témoins du village.

Village de Srednie Egri. — « Des soldats serbes, originaires du village, ont été faits prisonniers par les Austro- Hofigrois et remis par ceux-ci aux Bulgares. Ce sont le fils du kmet Ilia Athanasoft, 22 ou 23 ans; llia Tasevitch, 25 ans ; Kosta Yovanovitch, 26 ou 27 ans ; Ri«te Yovanovitch, environ 40 ans : Nikola Krsteff, environ 40 ans : Mitre Krsteft , 27 ans ; Riste Mitreft, 26 ans ; Spasse Tassevitch, 27 ans; Petre Tanefl, 25 ans ; Petre \'assilievitch.

3o ans; Kosta Tenielkoft', 40 ans. Les \ illageois ont reçu des lettres de ces hommes. D'autres également ont été pris, mais on n'a pas de nouvelles d'eux. » — Atanassie Dimi- TRiEFF, 58 ans, kmet du village; Spasa Toleff, 32 ans; Nedeljko Vasilievitch, 40 ans; Trajan Nedeljkovitch, 40 ans; Dimitrie Stovangvitch, Pavle Petkovitch, 40 ans; Andjel Hoff, 16 ans.

Village de Negotine. — « Comme ailleurs, les Bulgares ont voulu faire le recrutement, mais ils n'en ont pas eu le temps. » — TzvETKO Di.mo, 33 ans, et TRArrcHE KrrAxoFF, 36 ans.

Village de Kaniua. — « Tzvetko Lazar Talevitch a été soldat serbe et il fut fait prisonnier par les Autrichiens. Ceux-ci l'ont remis aux Bulgares pour être incorporé dans leur armée. » — Dimitrie Ivanovitch, 39 ans, kmet du village ; Stevan Nikoljevitch, 62 ans; Petar Spasevitch, Marko Ygvanovitch, 63 ans ; Kôsta Risteff, 70 ans, et Spase Boveff, 60 ans.

Village de Zabjani. — « Trois hommes ont été pris par îes Bulgares pour servir dans l'armée : Athanasie Yovanovitch, 25 ans ; Grosdan Petrovitch, 23 ans, et Stoyan Saklevitch, 25 ans. Ils font partie des sept qui furent emmenés. » — Spasove Ygvanovitch, 40 ans, kmet du village; Apgstoi. Sekgulovitch, 45 ans, et Petkana Christoff, 5o ans.

Village de Brnik. — « Huit hommes ont été recrutés pour l'armée bulgare : Stevan Athanosoff, 28 ans ; Mitre Georgevitch, 35 ans ; Veljko Georgevitch, 22 ans ; Riste Veljkovitch, 20 ans ; Mitre Ristevitch, 24 ans; Mitre Ristevitch II, 20 ans ; Dafin Todorovitch, 3o ans; Stoyo TodoroA itch, 34 ans. Le recrutement fut fait en septembre 1916. » — Stgyan TzvETKGviTch, 65 ans, kmet du village ; Athanasie Ygchevitch, 26 ans ; Yasna Nedelkgvitch, 5oans, et Velika Nedeljkgva, 45 ans.

Village de Makovo. — « Neuf hommes ont été recrutés pour l'armée bulgare : Traiko Stoyanovitch, 40 ans; Dimitrie Athanasovitch, 28 ans; Dimo Markovitch, 18 ans; Riste Temianovitch, 25 ans; Mile Stoikovitch, 25 ans;

Riste Traikovitch, 25 ans : Traiko Stoikovitch, 20 ans ; Stoiko Stoyanovitch, 20 ans; Atanassie Trptchevitch, 20 ans. Huit soldats de l'armée serbe, faits prisonniers par l'armée autrichienne, ont été enrôlés dans l'armée bulgare. » — DiMO TzvETKOviTCH, 55 ans, kniet du village : YovAN KoiToviTCH, 65 ans; Talé Kolevitch, 65 ans; Risth Krstevitch, 62 ans, et iN'ikola Da.mia.novitch, 60 ans.

Village de Paralovo. — «< Les Bulgares n'ont pas recruté dans le village, mais trois soldats serbes du village, prisonniers des Autrichiens, ont été incorporés dans l'armée bulgare. Ce sont: Petro Voynovitch, ooans; Yovan Ristevitch, 28 ans, et Mile Petrevitch, 26 ans. A Souvodor, il y a également des soldats serbes incorporés dans l'armée bulgare : Bojin Mitrevitch, 25 ans; Tirtcho Stoyanoft', 25 ans ; Temeljko Talevitch, 3o ans; Steva Petrevitch, 3o ans. » — MiTzo Ilitch, 45 ans, kmet du village ; Mitzo Yochevitch.

Village de Vranjcvtzi . — « Les Bulgares n'ont pas recruté à Vranjevtzi même, mais ils ont incorporé dans leur armée des villageois, soldats serbes faits prisonniers par les Austro-Hongrois : Tôle Bojinovitch, 3o ans; Anastassie Bojinovitch, 25 ans; Nedeljko Markovitch, 38 ans: Spase Ristevitch, 25 ans; Anastassie Georgevitch, 3o ans; Petre Ristevitch, 48 ans; Taie Veljanovitch, 35 ans ; Bojine Kitanovitch, 37 ans; Mio Tale\itch, 25 ans, et Petko Tale- >itch, 45 ans. » — Groi'jo VHr.JANOviTCH, 47 ans, et Todor Georgevitch, 70 ans.

Village de Loubojna. — <i Pante Simovitch, 27 ans: Andjel Risteft, 22 ans; iMouzan Manovitch, 20 ans, furent emmenés de force et recrutés dans l'armée. Cinq soldats serbes du village, faits prisonniers, ont également été enrôlésdans l'armée: Lazar Vasilievitch, Andjel Pavlevitch. German Ristebitch, Stevan Stoyanovitch, et Nikola Vasilievitch. » — Spiro Lazarevitch, 55 ans, kmet du village : Nikola Lazarevitch, 64 ans ; Mitre Yankgvitch, 65 ans, et Sekol'la Lazarevitch, 45 ans.

Village de Krani. — « Les Bulgares ont recruté pour leur

armée des musulmans et des orthodoxes. Ainsi 6 musulmans et 4 orthodoxes turent incorporés. » — Vassilie RisteviTCH, 70 ans: Rakib Islam, 65 ans; Roustan Mouedine, 37 ans.

Village de Strbovo. — « Trois villageois ont été recrutés r Kole Stoyanovitch, 22 ans ; Petre Ristevitch, 20 ans, et Yoche Dimevitch, 23 ans. Deux anciens soldats serbes du village sont maintenant dans l'année bulgare. » — Djire TiNOFF, 48 ans, kmet du temps bulgare ; Tasse KaraphiloviTch, 75 ans, ancien kmet, et Riste Petrovitch, 46 ans.

Village de Harvati. — « Les Bulgares ont recruté au village 5 musulmans et 4 orthodoxes. C'étaient des jeunes gens. » — TzvETKo Krstfnoff, 58 ans ; George Lazar,. 60 ans, et Abedin Chaban, 47 ans.

Village de Bradoutchina. — « Sept jeunes gens ont été recrutés : Randjel Naidovitch, Todor IvanoflF, Bojin Lazarovitch, Pante Spirovitch, Taie Christovitch, Pavle Lambrovitch et Yovan Christovitch. Les soldats serbes suivants, faits prisonniers par les Autrichiens, ont été incorporés dans l'armée bulgare : Spassa Naoumovitch, Stoyan Kostevitch, Spassa Andjelovitch, Rista Donevitch et Petar Traikovitch .>. — Novak NAOUMOvrrcH, 56 ans, kmet du village ; Yovan Nikolovitch, 45 ans; pope Crista Ilitch, 74 ans ; Spiro Ilitch, '70 ans ; Krsta Yovanovitch, 60 ans ; George Andjelkovitch, 49 ans, et Rista To.movitch , 35 ans.

Village de Nakoletz. — « Sept jeunes gens du village ont été recrutés. Cinq anciens soldats serbes, faits prisonniers par les Austro-Hongrois, ont été enrôlés dans l'armée bulgare. » — Mitar Stephanovitch, 28 ans, kmet du village: Jorgatch Nikoloff, 40 ans ; Abedin Hamid, 40 ans ; Islam Chériff, 5o ans, et Marko Popovitch, 17 ans.

Village de Velouchina. — « Les Autrichiens'ont pris trois jeunes gens de Velouchina : Yovan Spassevitch, Vassilie Lazarevitch et Naoum Todorovitch. Ils les ont remis aux Bulgares qui les ont enrôlés dans l'armée. Mais tous les trois se sont enfuis lorsque les Bulgares se sont retirés. »

— Krsta Ilitch, 04 ans, président de la commune de Velouchina.

Ville de Bitolj. — « Il y a un mois environ, les Bulgares ont recruté tous les hommes de 20 à 3o ans. Quelques-uns se sont cachés. Ceux qui se sont présentés ont été emmenés. » — MmAiLO Belitch, 53 ans, commerçant, etGoRTCHA KouRTEViTCH, \'l ans, hôtelier.

Un fait résulte des dépositions des témoins civils appartenant aux régions aujourd'hui libérées : les Bulgares ont recruté et incorporé dans leur armée des sujets appartenant à un autre Etat, qui est en guerre avec eux, et ceci au mépris du droit des gens et des conventions et lois de la guerre. Les dépositions sont catégoriques et nettes. On donne des chiffres et des noms. Le total des recrutés des villages occupés aujourd'hui de nouveau par leurs légitimes propriétaires est de 124 hommes, total qui aurait été de beaucoup supérieur si l'armée d'Orient des Alliés, par son avance victorieuse de l'automne 1916, n'avait pas empêché les Bulgares de parfaire leur œuvre, qu'on doit qualifier de criminelle. En effet, dans beaucoup de villages les paysans racontent que, après avoir procédé au recrutement, l'armée de Ferdinand de Cobourg n'a pas eu le temps de les enrégimenter. Elle a dû partir avant, traquée par les troupes serbes, françaises, russes et italiennes.

Parmi les 124 recrutés, il y a 81 hommes dont je possède les noms dans mon dossier, 63 dont je connais les âges et qui se répartissent comme suit :

iS ans . .

2() ans . .

38 ans.

20 ans . .

27 ans. .

40 ans.

22 ans . .

28 ans. .

3o ans. .

48 ans .

24 ans . .

35 ans. .

25 ans . .

37 ans. .

Dans bien des villages, on m'a donné les noms de soldats serbes faits prisonniers par les Austro-Hongrois et remis ensuite par ceux-ci aux Bulgares pour être incorporés dans l'armée. Ce fait est absolument authentique. J'ai personnellement interrogé un certain nombre de jeunes gens

dans ce cas et que les militaires de Charles II ont livrés ainsi pour être forcés de combattre leurs propres frères dans les rangs bulgares. L'Autriche-Hongrie s'est donc faite complice de l'abominable crime des Bulgares.

Le recrutement fut fait à la lin de l'été et au commencement de l'automne 1916. C'est probablement une commission qui parcourait les villages pour établir le nombre des hommes aptes à porter les armes, etc. Mais presque au même moment commencent les opérations et l'avance victorieuse des Alliés. En certains pays, les commissions n'ont pas eu le temps d'achever leur besogne. Ceci explique pourquoi dans quelques villages écartés des grandes routes, à Ostretz par exemple, on n'a pas procédé à cette opération. "

A Bitolj, je n'ai pu établir avec certitude que les noms de 7 recrutés. Il est certain que le nombre de recrues monastiriotes est beaucoup plus considérable. Mais ces recrutés se trouvent sûrement en grande partie parmi les déportés et je n'ai pu vérifier le nombre de ceux-ci que dans trois quartiers sur cinq.

Voilà maintenant ce que disent, à propos du recrutement en Macédoine, les témoins serbes qui ont pu s'échapper des troupes bulgares :

« Toute la population mâle de la Nouvelle Serbie (Macédoine) de 18 à 3o ans, a été recrutée par les Bulgares. Les soldats serbes des nouveaux territoires faits prisonniers par les Austro-Hongrois ont été remis aux Bulgares. Les Autrichiens avaient dit d'abord que ceux qui se déclareraient Serbes rentreraient en Autriche comme prisonniers et que ceux qui se déclareraient Macédoniens seraient seuls envoyés en Bulgarie, Mais, comme très peu se déclaraient Macédoniens, les Austro-Hongrois prétendirent qu'il n'y avait pas de Serbes en Macédoine et ils les envoyèrent tous chez les Bulgares. » — Vassilie TRBrrcH, 35 ans.

« Je fus traité en « Macédonien ». Incorporé comme simple soldat, j'ai dû travailler aux routes à l'arrière. Les Bulgares font un triage parmi les « Macédoniens ». Quelques-uns sont envoyés directement au front, mais on évite d'envoyer ceux dont on n'est pas sûr. Les « Macédoniens »

sont encore plus mal nourris que les soldats bulgares. Ce sont les Allemands qui ont la meilleure nourriture. Tous les Macédoniens livrésaux Bulgares ou faits prisonniers par eux ont été d'abord renvoyés chez eux. Trois mois après ils furent incorporés dans l'armée. J'ai été incorporé à Roustchouk, où j'ai reçu un équipement allemand neuf. Les cartouchières étaient autrichiennes, les ceinturons bulgares. Il y a beaucoup de « Macédoniens » incorporés de force dans l'armée bulgare. Les Serbes de Serbie sont employés à l'arrière pour les routes. >> — Velia Mantchitch, 22 ans, sergent dans l'armée serbe, prisonnier et livré par les Austro-Hongrois aux Bulgares.

« De là les Austro-Hongrois ont emmené les Macédoniens à Achak en Hongrie et ensuite on nous a envoyés à Nich chez les Bulgares. Nous étions près de 3oo. Les Bulgares nous ont répartis dans les différentes divisions et moi je fus envoyé dans la troisième division balkanique. J'étais d'abord inscrit dans les services complémentaires du 24'^ régiment à Bourgas. Lorsque les recrues macédoniennes arrivèrent, je fus attribué au 11^ régiment, à Sliven, en Bulgarie. J'étais resté à Nich seulement pendant trois ou quatre jours. De Sliven, après un séjour de dix mois dans cette ville, j'allai au front à Golo Bilo, à la seconde armée. Pendant le transport au front, j'ai vu du côté de Demir Kapou des jeunes gens de Serbie de 16 à 20 ans qui ont été recrutés dans l'armée bulgare après la révolte en Serbie. » — BoJiDAR Mladenovitch, de Skoplié, 24 ans, ancien soldat serbe, incorporé au il*" régiment d'infanterie bulgare.

Ce même témoin, dans un second interrogatoire, nous fournit les détails intéressants suivants : « Même en Macédoine, les Bulgares n'ont pu procéder à un recrutement complet et ils ont été forcés d'interrompre ce recrutement, car une révolte était sur le point d'éclater, révolte dont ils avaient une grande peur. Radoslavoft' a été obligé de l'avouer publiquement dans la presse bulgare, parce que la moitié des recrues de Macédoine ont été condamnées à 3 ans de prison et plus pour s'être opposées au recrutement forcé. La plupart des appelés n'ont pas répondu à l'appel de mobilisation. »

« Tous les Macédoniens ont été envoyés en Bulgarie {été 1916) en plusieurs groupes. Le premier en comptait 400, le second 23o et le troisième 25o. A ce moment, 70 à 80 Macédoniens restaient au camp(Heinrichsgrûn). On a également envoyé, des autres camps de prisonniers, tous les Macédoniens en Bulgarie. Ils sont arrivés en chemin de fer à Sofia après être passés par Prague et avoir traversé la Serbie. Ils ont continué de Sofia jusqu'à Trnovo et de là, à pied, à Sevliévo, où ils ont reçu un uniforme et où un commandant leur a dit : « Maintenant que les Bulgares les ont libérés, les Macédoniens doivent prêter leur concours à l'œuvre commune. >> Quelques Macédoniens ont accueilli ces paroles avec enthousiasme, mais la grande majorité est restée silencieuse. De Sevliévo ils ont été envoyés à Sofia, où ils sont restés un jour et y ont reçu les armes, puis on les a expédiés en groupes de 600 par chemin de fer à Gradsko et de là à Prilep, où ils sont restés une semaine. Dans cette ville, 400 d'entre eux ont été choisis pour Drenovo, Kavadar, Bochava et les 200 autres furent envoyés en complément des unités vers Bitolj. A Bochava, on les a exercés pendant un mois, puis, vers la fin de novembre 1916, ils ont été répartis dans les unités. Le témoin fut versé dans la cinquième compagnie, deuxième bataillon du 46*^ régiment. Il s'est rendu le i5/28 janvier 1917 près du village de Nonte aux troupes de la 122' division française. » — George Yovanovitch, de Gostirazna, du 5'^ régiment serbe, versé comme prisonnier dans l'armée bulgare.

« Le témoin, agriculteur de Mrsan Oraovatsa, arrondissement de Négotine, département de Tikvèche (Macédoine), actuellement sergent dans l'armée serbe, s'est rendu aux Français du lac de Prespa : « Au commencement de la guerre, j'étais à l'école des sous-officiers de Belgrade. Passé au troisième régiment, je fus promu sergent. Après l'attaque des Bulgares nous nous sommes retirés de Nich par Kourchoumlia-Prisren-Elbassan. Près du village de Chili Ponta nous fûmes cernés par des comitadjis bulgares et je fus fait prisonnier avec trois de mes camarades. On nous a amenés à Sofia par Podgradetz Ochrid-Réssane-Bitolj. Je suis resté trois mois à Sofia comme prisonnier, puis on m'a

laissé aller chez moi parce que j'étais Macédonien. Je fus de nouveau amené à Sofia et incorporé dans l'armée comme fantassin au 5'' régiment à Roustchouk. Mon régiment fut envoyé au front macédonien le i" avril, au lac de Prespa. où je me suis rendu aux Français avec dix autres camarades. Tous les Macédoniens de 17 à 45 ans ont été déportés. Certains, en qui on n'avait pas confiance, ont été internés en Bulgarie, les autres ont été incorporés dans l'armée. Une partie de ces derniers se trouve sur le front de Macédoine, le reste est en Roumanie. » — Velia Ma.nt- CHiTCH, second interrogatoire.

« Au mois de mars dernier, on avait ordonné de séparer tous les prisonniers de la Nouvelle Serbie et de les faire exercer. Je fus de la partie. On nous exerça pendant deux mois. Aux souffrances morales et matérielles, qui ne cessèrent de nous torturer pendant tout le temps de notre odieuse captivité, vint s'en ajouter une nouvelle : on nous défendit de parler serbe. Pour toute contravention à cette interdiction, on nous punissait de' peines dont le raffinement était incroyable. « Vous n'êtes pas des Serbes, » nous disait-on, « il n'y a plus de Serbes. Ils sont supprimés de la surface du monde. » L'instruction terminée, nous fûmes envoyés en garnison dans diverses villes et, quelques temps après, dans les régiments sur le front où je n'attendais que la première occasion pour me rendre. <> — And- JELKO Dj. TzvETKOViTCH, de Draitchika, du 24" régiment serbe, déserteur du 45*^^ régiment bulgare.

« Sous la fenêtre de la cellule où j'étais enfermé à Nich, un soldat macédonien se trouvait en faction. Je suis entré en conversation avec lui et il m'a dit qu'il était Serbe... J'ai vu à Nich des Albanais et des Musulmans comme soldats réguliers. Ils m'avaient reconnu et me saluaient, car ilsétaient de Prichtina. Je crois, comme me l'a dit le soldat qui était sous ma fenêtre, qu'il y a aussi des Serbes dans le service armé, mais je n'en ai point vu. » — Dr. A. Athanastadès, Grec, médecin de l'arrondissement de Gratchanitza.

« Au mois de septembre de l'année passée (1916), on a ordonné à Bitolj le recrutement de notre population pour l'armée bulgare. J'ai vu les affiches concernant ce recrute-

ment, aftiches qui ont été apposées dans toute la ville, mais je ne les ai pas lues. Je sais que dans la commission de recrutement figurait comme membre Michel Pope StarefF, qui est resté à Bitolj après le départ des Bulgares. Il pourra fournir des renseignements. » — Danka Popovitch, 22 ans, institutrice de Bitolj.

« Vers le 20 août 1916, l'ordre général fut donné de recruter tous les Macédoniens de 20 à 3o ans. Tous les hommes devaient se rendre le 1 ' septembre aux endroits indiqués par les autorités militaires. Nous autres, de Prilep et environs, nous fûmes envoyés séparément à Velès et de là, tous ensemble, en Vieille Bulgarie. De Prilep seulement il y avait 85o hommes, sans compter ceux des villages des environs. Cependant, les appelés ne venaient pas toua. Beaucoup se sont cachés. Découverts, on les a envoyés sous escorte militaire à Vratza. Les Turcs (musulmans) ont été également recrutés pour l'armée. Cependant ceux des villes furent envoyés à Sofia d'où on les a expédiés à Constantinople pour les enrôler dans l'armée turque. Tous les villageois, orthodoxes coinme musulmans, de la contrée de Kossovo et de plus loin, de Prizren et Débar ont été incorporés dans l'armée bulgare. On feignit de les considérer comme Albanais. Personne en Macédoine, de n'importe quel culte, n'a accepté avec plaisir ce recrutement, excepté quelques rares Turcs qui furent envoyés à Constantinople. 600 à 700 Turcs de Prilep sont partis pour Constantinople. » — George Todorovitch, de Prilep, infirmier serbe, sergent bulgare évadé.

Ces dépositions des Serbes ayant pu s'échapper de chez les Bulgares confirment donc entièrement les conclusions tirées des témoignages des paysans, etc., des régions délivrées. Elles fixent aussi définitivement la complicité des Austro-Hongrois dans ces actes contraires à toutes les lois. Il est intéressant à ce propos de retenir ce que dit Vasilie Trbitch de la manœuvre tentée par les Austro-Hongrois pour envoyer le plus possible de prisonniers serbes à l'armée bulgare.

Bojidar Mladenovitch rapporte que le recrutement en

Macédoine, a failli provoquer une révolte, de sorte que les Bulgares, qui avaient grand peur de cette révolte, ont été forcés d'interrompre ce recrutement. Mladenovitch n'est pas le seul à le dire, je l'ai entendu aussi d'autres.

Enfin Todorovitch donne des renseignements intéressants sur le recrutement des musulmans de Macédoine. Il les appelle Turcs, mais en réalité ce sont des musulmans devenus sujets serbes après les guerres balkaniques. La désignation « Turcs » pour les mulsulmans est très répandue dans les Balkans.

J'ai voulu savoir ce que disaient les prisonniers bulgares du recrutement des Macédoniens dans leur pays. J'en ai interrogé un certain noinbre à ce propos, et la plupart d'entre eux ne firent aucune difficulté pour avouer l'incorporation illégale des habitants de la Macédoine dans les troupes du Cobourg. Voici quelques-unes de leurs dépositions :

A'" 42, sergent au 2" régiment d'infanterie bulgare : « Il y a des recrues macédoniennes dans certains régiments. Ainsi il y a des Macédoniens à Belasitza Planina. »

N" 43, 22 ans, du 2" régiment d'infanterie : (( Le témoin n'a pas vu beaucoup de paysans en Macédoine. Les Bulgares les ont pris dans l'armée. Ces soldats macédoniens ont été répartis dans les divers régiments. De plus il y a un régiment entièrement macédonien. Celui-ci est sur le front de Gjevgjeli- Il n'y avait pas de Macédoniens dans son régiment. »

N" 44, 18 ans, 2' régiment d'infanterie bulgare : « Il n'y avait pas de recrues de Serbie dans son régiment. On avait cependant procédé au recrutement en Serbie, mais lorsque la révolte a éclaté, on n'a plus osé continuer le recrutement et les recrutés n'ont pas été appelés. Le témoin a vu des recrues macédoniennes. C'étaient des hommes faits prisonniers par les Autrichiens et remis ensuite aux Bulgares. Il a vu plusieurs régiments formés de Bulgares et de Macédoniens. En Macédoine, on a recruté parmi les hommes jusqu'à 45 ans. Le témoin dit qu'il n'y pas eu de révolte de ces

Macédoniens, mais les Bulgares ont peur qu'ils ne se rendent. Et il y a toujours des soldats qui se rendent. Pour les en empêcher, on les menace ainsi que les soldats bulgares, de confisquer leurs biens s'ils désertent. On a si peur de la désertion que l'artillerie tire immédiatement sur les soldats, dès qu'ils quittent les tranchées. La réserve est formée par

les Allemands et c est cette réserve qui fait la police

Les jeunes recrues de Nich sont de Bulgarie et des Grecs, Turcs, etc., de la Macédoine. Elles ont été recrutées depuis le 4 mars. »

A'" 45, caporal du 3^ régiment d'infanterie, 25 ans : «Il y a des Macédoniens dans ce qu'on appelle les régiments macédoniens. Ils sont de toute la Macédoine : de Bitolj, de Prilep, etc. On a beaucoup recruté en Macédoine. Il y a des Macédoniens qui se rendent. »

A^" 46, caporal du 2^ régiment^ 2() ans .• « Il y a des régiments où il y a des Macédoniens. Dans le second régiment, il n'y en a pas. Le témoin a vu des soldats macédoniens du ducôtédeMagarichte, lorsqu'ils allaient au repos. C'étaient des jeunes gens et des vieux. Ils étaient bien traités. »

N" 4"/, 32 ans, du 21^ régiment d^ infanterie : « Dans le 2* régiment il n'y avait pas de Macédoniens, mais il y avait des Turcs. Il y a au 43'' des Macédoniens. Ce sont des jeunes gens et aussi quelques hommes plus âgés. Les Bulgares ont peur qu'ils ne se rendent et ils prennent leurs précautions. Ils les envoient le moins possible sur le front afin qu'ils ne puissent pas déserter. D'autres, par contre, sont envoyés aux endroits les plus dangereux. »

N" 4S. 22 ans, du 2 1'^ régiment d'infanterie : « A Nich, il y a des troupes au repos et des troupes de complément. 11 n'y a pas de recrues de Serbie. Par contre, il y a des soldats macédoniens un peu partout dans tous les régiments. On a pris tous les Macédoniens aptes à porter les armes, spécialement les jeunes. On les traite comme les autres soldats, mais on n'a pas confiance en eux. La 11' division, où il y a beaucoup de Macédoniens, a été placée dans des positions dangereuses. »

Comme je l'ai dit plus haut, les déclarations des prisonniers bulgares sont un aveu net et clair du recrutement des sujets serbes de la Macédoine. Mais elles nous apprennent aussi que les Bulgares se méfient d'eux et prennent toutes sortes de précautions pour les empêcher de déserter. Ce sont les Allemands qui, suivant le témoin 44, se chargent de la surveillance du « loyalisme » des soldats macédoniens. Et leur surveillance est vigilante et terrible. J'ai pu le constater à plusieurs reprises au cours des batailles de l'automne 1916 par la quantité des morts bulgares et même allemands tués par les balles ou les shrapnells de l'armée de Guillaume de Hohenzollern.

Le recrutement des Macédoniens, sujets serbes, est ainsi dûment constaté.

Les Bulgares essayeront sûrement de l'expliquer et de îe justifier, car il leur sera impossible de le nier. Ils diront que la Macédoine étant ethniquement bulgare, ils n'ont rien fait d'autre que d'enrôler des « frères de race » pour combattre un ennemi commun. Je ne veux pas discuter ici les prétentions des Bulgares sur la Macédoine au point de vue ethnique. Je dirai seulement qu'elles ne sont pas fondées et que les Serbes ont autant de droit qu'eux à réclamer comme leur ce coin de l'Europe. Je me contenterai de constater que les régions dont ils ont recruté les habitants, appartenaient légalement au' royaume de Serbie et que, par conséquent, ces habitants étaient et sont encore des sujets d'un pays ennemi envahi et qu'ils le seront tant qu'un traité de paix en due forme n'en aura pas décidé autrement. La Macédoine fût-elle mille fois un pays ethniquement bulgare, le droit des gens et les conventions de la guerre interdisent formellement au gouvernement du Cobourg d'enrôler de force les Macédoniens sujets serbes <lans l'armée. En le faisant, le peuple bulgare a enfreint ce droit des gens et ces conventions^de la 'guerre, et il devra <.'n rendre compte devant la société des^nations.

Les Bulgares tenteront alors de [s'excuser^en prétendant que les Macédoniens ont volontairement pris les anues pour combattre avec « leurs frères bulgares » et qu'aucune convention internationale ne peut empêcher^les gens de se

joihdre à ceux qui ont leur préférence. Je ne veux nullement nier qu'il y ait eu en Macédoine serbe des éléments favorables aux Bulgares. Les dépositions des paysans des contrées délivrées, dépositions citées dans les chapitres précédents, en témoignent. Qu'il s'y soit trouvé des gens qui, par sympathie ou par intérêt, ont pris les armes en faveur de la cause bulgare, cela ne fait pas de doute.

Mais ces défenseurs belliqueux ont été relativement fort rares. La grande masse, même ceux qui, avant cette guerre, étaient encore bulgarophiles, était opposée de toutes ses forces à l'action violente ; au contraire, elle n'aspirait qu'à une chose ravoir enfin la tranquillité nécessaire pour travailler ses champs en toute sécurité. Et c'est dans cette masse que l'armée bulgare cherchait ses nouvelles recrues.

D'ailleurs, si les Bulgares veulent faire croire au monde que les sujets serbes, macédoniens, sont entrés de leur propre gré et par enthousiasme dans leur armée, ils savent bien que c'est là une contre-vérité. Ils se méfient terriblement de ces « patriotes macédoniens », comme nous le rapportent leurs propres soldats, et leurs alliés allemands sont chargés de mitrailler les Macédoniens qui lâchent pied et qui désertent. Cette méfiance va jusqu'à envoyer les Macédoniens aux endroits les plus périlleux pour leur enlever la possibilité de se rendre à l'adversaire et pour les faire hacher par sa mitraille. Agit-on ainsi avec des gens qui volontairement se sont joints à vous pour vous aider?

Non, l'action qu'ont commise les Bulgares en enrôlant les Macédoniens dans leur armée pour combattre les Alliés de l'Entente et spécialement les Serbes, parmi les troupes desquels se trouvent beaucoup de leurs propres frères de sang, est inexcusable et abominable. Les Austro-Hongrois, en livrant aux Bulgares pour l'enrôlement les prisonniers sei'bes originaires de la Macédoine, se sont rendus complices du forfait bulgare.

ORGANISATION DES SERVICES ADMINISTRATIFS, etc.

Il était important de savoir comment les envahisseurs ont organisé les services administratifs, etc., services qui ont laissé commettre tous les dégâts que nous avons signalés dans les chapitres précédents. J'ai donc interrogé à ce propos mes témoins villageois, les prisonniers et les évadés serbes et j'ai recueilli autant de renseignements que possible. Dans ce qui suit on va lire un certain nombre de dépositions, qui permettront au lecteur de se faire une idée suffisante de l'administration bulgare dans les contrées serbo-macédoniennes. On y verra que les fameux comitadjis ont joué, dans cette administration, un grand rôle, qui sera examiné à part dans le chapitre suivant. On verra également que les autorités bulgares avaient en vue beaucoup moins le bien public que leurs intérêts propres. Les dépositions de source bulgare, nécessairement très réservées, confirmeront ce qu'ont dit les témoins serbes au sujet de l'organisation pratiquée par leur pays dans les régions envahies. Citons d'abord les témoignages recueillis dans les contrées à l'heure actuelle délivrées.

Village de Petalino. — « Les Bulgares ont laissé le kmct en charge. » — Ilia Traikovitch, 39 ans, kmet du village.

Village de Groiiuichtc. — « Les Bulgares ont destitué le kmet serbe et l'ont remplacé par un autre villageois. » — Les témoins de GRorMCHTE.

Village de Boudiwirtzi . — « llko Sivevitcli était kmet — «49 —

du village du temps serbe, mais un beau jour on l'a appelé à Staravina et on lui a dit qu'il n'était plus kmet à partir de ce jour. On a mis à sa place un certain Stoyo Volche- YÎtch, un homme méchant, détesté dans le village. Il est parti avec les Bulgares. Les habitants du village n'étaient pas libres de circuler. Ils devaient rester au village. » — Ilko SivEviTCH, 52 ans, et Dimitrie Vassilievitch, 43 ans.

Village de Jivonja. — « Le kmet d'avant l'occupation fut laissé en charge, mais il paraît être un déserteur de l'armée serbe. Il est maintenant parti avec les Bulgares. Le pope et le crieur public du village sont également partis avec les Bulgares. » — Vassilie Georgevitch, 56 ans; Risto Lazarevitch, 53 ans; Georges Petritch, 38 ans, et Danatz KouLJEviTCH, 60 ans.

Village de Slivitza. — « Le président de la commune, qui comprend les villages de Batch, Brod, Dobroveni et Slivitza, était un comitadji bulgare, Philippe Athanasovitch (d'autres l'appellent Vilipe Indoff), qui a fait beaucoup de mal. » — Petar Srébinovitch, 65 ans; Ilia GEORGEvrrcH, 37 ans; Grigor Traikovitch, pope, 45 ans; Yovan TraikoviTCH, 55 ans; Lazar Traikovitch, 48 ans; Nedeljko ToeeviTCH, 40 ans.

Village de Batch. — « Le kmet du village, Delo Talevitch, a été nommé par les Bulgares. » — Traiko Yo\anovtTCH, 40 ans, et Stovan STOiKOvrrcH, 55 ans.

Village de Polog. — « Lorsque les Bulgares sont venus, ils ont changé le kmet. Le nouveau kmet était Petar RisteflF, qui est parti avec eux. Ce Petar Ristefï était un ancien comitadji bulgare du temps des Turcs. » — Petar Koleff, 49 ans.

Village de Krétnian-Koinari . — « Les Bulgares ont nommé comme kmet un Turc, Ahmed. Celui-ci s'est montré très méchant; il a été en relations avec Delo Taleff, de Batch. >> — Stovan Mitreff, 80 ans; Naoum Tchedeloff, 70 ans, et sa femme Velika.

« Pour aller au village de Batch il fallait une permission écrite.» — Ra.madan Osman, 5o ans, et Mefah. Ahmed, 40 ans.

Village de Tejyavtzi. — « Le témoin était le kniet du village pendant les deux premiers mois de l'occupation bulgare. Ensuite les Bulgares ont nommé comme kmet Rote Troyanovitch, son cousin. Ils ont changé de kmet, parce qu'ils n'avaient pas confiance en Bogoye Trajanovitch, qui était déjà kmet du temps serbe. Leur village dépendait du président de Brod. » — Bogoye TkajanoviTCH, 53 ans, kmet du village; Yovan Petrovitch, 86 ans.

Village de Skotchivir. — « Le chef militaire du village était le colonel Bakardjieft". Il y avait aussi un officier, le capitaine DimitriefF, qui remplaçait le colonel. C'est Dimitrieff qui a fait tout le mal aux villageois. C'est lui qui enlevait aux habitants leurs moutons, etc., et qui battait les femmes. » — Stoicha RisTrrcH, 65 ans ; Risto Kouljevitch, 6oans; Risto Tcheblagovitch, 62 ans, et Rista Kothvitch, 39 ans.

Village de Veleselo. — « Les Bulgares ont voulu le forcer (' à prendre le bonnet noir » (le bonnet bulgare). » — Travan RisTiTCH, 60 ans, kmet du village.

Village de Kenali. — « Omer Ahmed, un coiuitadji bulgare, était kmet du village. Les pandours, les gendarmes et les gardes champêtres étaient tous des comitadjis. » — O.MER Osman, 40 ans, kmet du village; Chaman Ahmed, 45 ans ; Mahmoud Alh,, 40 ans, et Aden Chhrifk, 5o ans.

Village de Négotine ou Négotchani. — « Les Bulgares ont destitué le kmet et ont mis à sa place Mitre Athanasoft. C'est Athanasoff qui a procédé aux réquisitions, bien qu'il fût du village. Le pandour était également du village. » — TzvETKO DiMO, 55 ans ; Traitche Kitanopp, 56 ans.

Village de Yarotok. — « Les villageois pouvaient aller d'un village à l'autre sans permission spéciale. » — Yovan Petroff, 52 ans; Stoiko Ritkoff, 81 ans, et Bojin Stoikovitch, 17 ans.

Village de Lajetz. — « Lors des derniers combats, les villageois voulaient se mettre en sûreté à Bitolj, mais les

Bulgares les en ont empêchés. Au dernier moment, ils leur disaient : « Fuyez maintenant! » Ils leur ont tout enlevé. » — Andria Ilievitch, 38 ans, pope du village.

Village de Dragoch, — « Le kmet du temps de l'occupation bulgare était Bojin Bogosavlevitch, qui était déjà kmet du temps des Serbes. On a obligé les habitants à garder les tranchées faites par les soldats. Pandil Chichkofï (un voivode des comitadjis) est venu au village et a installé ses comitadjis de Banitza et de Kladerop comme gardes champêtres et pandours. Lorsque les combats ont commencé, les Bulgares ont évacué la population pour pouvoir piller le village vide. » — Pavle Risjitch, 55 ans; Athanassie Stoyaxovitch, 3/ ans, kmet du village.

Village de Bistritza. — « Les Bulgares ont nommé kmet du village Plase Yovanovitch, qui est actuellement à Bitolj. Il a dû faire ce que les Bulgares lui commandaient. » — Tzvetan Talevitch. 59 ans, kmet du village; Di.ME RisTEViTCH, 67 ans.

Village de Binik. — « Stoyanoff, un comitadji qui vivait avec les soldats, a été nommé kmet du village. Traikovitch, tué par Stoyanoff, a été kmet du temps serbe. Nikola Petrovitch, du village, a été garde champêtre bulgare et c'est lui qui aidait Stoyanoff à extorquer de l'argent aux villageois. » — Stoyan Stoikovitch, 65 ans, kmet du village; Athanassie YocHEvrrcH, 26ans;YASNA Nedeljkoff, 56 ans, et Velika Nedeljkova, 45 ans.

Village de Nakoletz. — « Pendant l'occupation bulgare, il n'y avait pas de kmet au village. Le président de la commune formée par les villages de Nakoletz, Bradoutchina, Harvati, Krani, Strhovo, Ljoubojna, Dupeni et Slimnitza était Spiro Simonoff, de Ressan.Ce Simonoff était pandour à Ressan du temps serbe et s'est affilié avix Bulgares lors de leur arrivée dans cette ville. » — Mitar Stephanovitch', 28 ans, kmet du village; Yorgatch Nikoloff, 40 ans; Abedin Hamid, 40 ans; Islam Chériff, 5o ans; Marko PopoviTCH, 17 ans.

]'ille de Bitolj. — <> Le chef de la police était le (ils du — i52 —

général Boyadjieff, un affilié des comitadjis. Les comitadjis avaient pris en mains tout le commerce d'alimentation. Partout les Bulgares ont placé des comitadjis comme chefs de la police. » — Chrisostomos, métropolite grec de Bitolj.

« Il y avait un préfet pour l'arrondissement et un préfet de la ville. Ce dernier fut Alexandre BoyadjieflT, un militaire, fils du général du même nom. Les hommes qui faisaient la police n'étaient pas de la ville, tous étaient étrangers. Il y avait un comité formé des gens de la ville qui s'occupait de la distribution de la farine... Les Autrichiens, Allemands et Bulgares avaient leurs espions qui se dénonçaient souvent mutuellement, et furent mis en prison et relâchés ensuite. C'était ainsi que les Monastiriotes apprenaient qu'il y avait beaucoup d'espions en ville. Il existait aussi une police secrète formée par des anciens habitants de Bitolj partis ensuite avec les Bulgares. Le président de la municipalité était Naoum N'iadoft, natif de Ressan, mais établi depuis de longues années en Bulgarie. C'était un partisan de Radoslavoff. Les autres membres de la municipalité étaient de la ville. Vladoff avait deux adjoints : Petre Robeffet Atza Doreff, tous les deux connus pour leurs sentiments bulgarophiles. Ils sont partis avec les Bulgares, » — Mihailo Belitch- 53 ans, commerçant ; et GoRTCHA KouRTEViTCH, 42 ans, hôtelier.

« Le témoin n'était pas à Bitolj le 10 novembre 191 5, lors de l'entrée des Bulgares en ville. Il était à ce moment à Skoplié et ne rentra à Bitolj que le 20 décembre de la même année. La ville de Bitolj était régie par le comité macédonien de Sofia, et le préfet dépendait directement de ce comité. C'était ce comité qui indiquait les personnes à emprisonner, les suspects, etc. De temps en temps arrivaient des délégués du comité central, entre autres le D' Pentchefï, maître absolu de la ville. Les Bulgares avaient créé des cafés-concerts. Les officiers donnaient des représentations théâtrales au café « Bosna •) et organisaient des bals. Les invités étaient des Israélites, des Turcs, des Grecs et des Bulgares. Personne ne pouvait refuser ces invitations. » — Mihailo Belitch, 53 ans, déjà entendu.

« Toutes les fonctions étaient remplies par les comitadjis. » — Velika, femme de Kosta Ristitch, 5o ans ; Vassilia, femme de Risto DiMiTRiEvrrcH.

« Le témoin a été à Bitolj pendant toute la durée de l'occupation bulgare. La ville était en réalité régie par un comité composé d'anciens chefs de bandes bulgares et de personnes appartenant au comité central macédonien à Sofia. Boyadjieiî, le préfet de la ville, un jeune homme de 3o à 32 ans, était très méchant, mauvais fonctionnaire, coureur de femmes et voleur. Le maire de la ville était un certain Naoum Vladofï, natif de Resna, établi depuis de longues années à Sofia comme petit fabricant d'eau gazeuse. I! était du parti de Radoslavofï. C'était un homme très malhonnête, voleur et il était président de la commission de ravitaillement. Comme tel il prenait, par exemple, 20.000 kilogrammes de sel sur un envoi de 3o.OOO kilogrammes, les vendait aux paysans, pêcheurs, etc., et les portait ensuite sur sa liste comme distribués. Il procédait de même pour la farine et le pétrole. Tous les fonctionnaires et officiers se sont enrichis aux dépens de la population. » — SoTYR Sekoulovitch, 57 ans, commerçant.

« Le préfet Boyadjieff était très malhonnête. Il prenait beaucoup d'argent et était un coureur de femmes. Boyadjieff était célibataire. Il était presque toujours en civil. Le maire de la ville, Naoum Vladoff, était un ivrogne, un petit fabricant d'eau gazeuse très mal élevé qui se trouvait tout d'un coup maire d'une grande ville. Il avait ses hommes à lui. Comme il recevait les envois du ravitaillement, il vendait une petite partie des marchandises au prix normal et cachait le reste. Lorsqu'on les réclamait, il répondait qu'il n'avait plus rien. En réalité il les faisait vendre, à des prix très élevés, par ses hommes et mettait tout cet argent dans sa poche. Les fonctionnaires et militaires bulgares se sont enrichis au détriment de la population. Le commandant de la place, le colonel Ivanofï, était un honnête homme qui défendait autant que possible les intérêts de la population, mais sans grand succès, car il n'avait aucune influence et était forcé de s'incliner devant le comité. Ce comité était

composé de délégués du comité central macédonien de Sofia et de quatre membres de Bitolj. » — Petar BoyadjiTCH, 64 ans, commerçant.

« Les Bulgares n'ont laissé aucun médecin en ville. Il n'y avait que deux médecins bulgares de Bitolj et ceux-ci sont partis avec l'armée, » — Victoria Asdari, femme du D"^ Asdari, médecin de l'hôpital grec, 42 ans.

« Les autorités étaient excessivement sévères. Pour la moindre chose elles faisaient arrêter les gens, l^e comité formé par le comité central de Sofia avait tout en mains. » — D. MiHAEL V1RIASTA, 49 ans, directeur de l'hôpital grec.

« Avant l'évacuation après la bataille de Kenali, les Allemands ont destitué le préfet Boyadjieff'et ont laisse la place vacante. Boyadjieft avait beaucoup de comitadjis avec lui. Ces comitadjis faisaient la police. » — Bramslava Marin- KOviTCH, 17 ans.

La méthode employée par les Bulgares dans les villages macédoniens ressort très nettement des dépositions de mes témoins : on éliminait de l'autorité communale tous ceux qui avaient des attaches avec le régime serbe et on les remplaçait par des hommes sans prestige du village même ou, le plus souvent, par des Bulgares ou des affiliés à l'organisation des comitadjis bulgares. Comme nous l'avons vu dans le chapitre consacré aux emprisonnements et aux extorsions, un certain nombre de paysans ont dû payer de leur liberté, ou par des sommes versées aux Bulgares, l'honneur d'avoir été kmets sous les Serbes.

Il résulte aussi nettement de ce que m'ont raconté les villageois que les Bulgares ont utilisé amplement l'élément comitadji pour « bulgariser » et administrer les villages. Dans la plupart des endroits, en effet, nous trouvons comme kmets, comme pandours (police du village), gardes champêtres, etc., des comitadjis ou leurs affiliés. Ces comitadjis, employés comme « autorités « dans les villages» venaient souvent des centres de comitadjis bulgares en Macédoine grecque, de Kladérop, de Banitza, de Neaukasi, etc. Les chapitres précédents nous ont déjà enseigné ce qu'était ce régime de comitadjis, où les habitants étaient maltraités et exploités de toute façon. Le chapitre suivant

contiendra des précisions relatives à la composition même de ce personnel de comitadjis. Ce dernier paraît avoir dépendu directement du « comité » de Bitolj, qui exerçait, par ses délégués, une surveillance active non pas en faveur des paysans, mais pour que ceux-ci et leurs biens soient exploités autant que possible. Les témoins de Dragoch parlent ainsi du voivode Pandil Chichkoff venu dans leur village pour installer des comitadjis comme gardes champêtres et pandours. Pandil Chichkoff était un comitadji bulgare très connu et il fut nommé, par les Bulgares, commissaire de police à Bitolj.

Comme il est dit plus haut, les Bulgares choisissaient, dans une partie des villages, des kmets originaires de l'endroit même. La plupart du temps c'étaient de leurs créatures affiliées à l'organisation des comitadjis. parfois c'étaient des villageois sans influence et craintifs qui n'osaient rien faire pour défendre leurs administrés. Beaucoup de kmets nommés par les Bulgares sont partis avec ceux-ci et, comme il a été dit dans le chapitre « réquisitions», ont emporté en même temps les bon^sde réquisition. A relever également la phrase de Trajan Ristitch, de Veleselo : « Les Bulgares ont aouIu me forcer à prendre le bonnet noir. » Or le bonnet noir signifie « le bonnet bulgare », et le témoirr paraît viser par là les essais faits par les Bulgares pour « bulgariser » de force les habitants, essais qui, cependant, sont restés sans résultat.

A cette place il faut également relever la contradiction qui existe entre les prétentions de la propagande bulgare concernant la Macédoine et la façon d'agir des Bulgares dans ce pays aussitôt qu'il est en leur pouvoir. En effet, les gens de Sofia affirment que les Macédoniens sont bulgares. Pourquoi alors ont-ils soin de remplacer les autorités du pays par des hommes à eux, de Bulgarie ou d'ailleurs? N'est-ce pas là la meilleure preuve de leur imposture, car, si on a la conscience tranquille, se méfiet-on de « ses frères libérés » ?

Les dépositions de mes témoins fournissent également des indications intéressantes sur l'organisation des services administratifs par les Bulgares à Bitolj. Avant de les résu-

mer et de les discuter, je reproduirai encore la déposition curieuse suivante, faite par Danka Popovitch, 22 ans, institutrice de Bitolj.

« Pendant toute l'occupation bulgare jusqu'à environ un mois avant leur retraite, il y avait des comités qu'ils appelaient « milices » et qui avaient pour .but de surveiller la population et de ramasser les armes de toutes sortes, même les couteaux ordinaires. Les membres de ces milices avaient des laissez-passer de la préfecture. Us étaient adjoints à toutes les autorités pour leur prêter aide et protection dans toutes les circonstances. Le travail et l'organisation de ces « milices » étaient tenus dans le plus grand secret. Elles ont fait énormément de mal à la population, mais je ne connais pas de cas concrets à cause du mystère dont on enveloppait leurs agissements. Le préfet du département, Zacharieff, a demeuré chez nous pendant deux mois et j'ai pu lire une dépêche qu'il avait reçue de Sofia, où on l'informait qu'il y avait une révolte en Bosnie et qu'il fallait surveiller les mouvements des Serbes. J'ai appris ensuite par ma sœur sa réponse : « qu'il avait mis bon ordre parmi les Serbes et qu'il n'y avait rien à craindre >i.

A la tête du w département » de Bitolj il y avait donc un préfet, Zacharieff, dont mes témoins ont peu parlé. Il ne paraît pas s'être signalé, ni par ses bonnes ni par ses mauvaises qualités. Par contre, le préfet de la ville de Bitolj, le capitaine Alexandre Boyadjieff, est décrit par tous comme un homme méchant, cruel, vicieux, qui a fait beaucoup de mal à la population. En effet, tour à tour, nous l'avons vu de la dernière cruauté lors de l'exécution de Vanko Grigorovitch, persécuteur des femmes dans la déposition de Branislava Marin ko vitch, pilleur et s'attribuant les plus beaux objets des maisons serbes dévalisées, affilié aux comitadjis, la terreur de la population, etc. Certes, les gouvernants de Sofia ont bien choisi leur homme pour faire sentir aux malheureux Monastiriotes les beautés du régime bulgare !

Boyadjieff était secondé par le maire, Naoum V^ladoff, ce petit fabricant d'eau gazeuse de Sofia devenu subitement maire d'une grande ville. Vladoft a su profiter de cette

aubaine. Il a consciencieusement pillé à son profit les maigres secours que le gouvernement a envoyés à cette ville jadis riche, aujourd'hui ruinée par le pillage, les réquisitions et le bombardement bulgare.

Mais BoyadjieflF et Vladoflf avaient un maître tout puissant devant lequel ils devaient s'incliner : le fameux comité formé par des délégués du comité central macédonien à Solia et quatre membres affiliés de Bitolj. C'est ce comitélà qui, en réalité, régnait dans cette partie de la Macédoine envahie. Il avait appelé pour l'aider dans sa besogne tous les comitadjis disponibles de Bulgarie. Beaucoup d'entre eux étaient d'anciens habitants de ces contrées, forcés de se retirer en Bulgarie après la seconde guerre balkanique.

Les comitadjis occupaient tous les emplois de la police depuis l'emploi de simple agent jusqu'à celui de commissaire et chef de la sûreté. Pandil Chichkoff, par exemple, un comitadji farouche, fut commissaire de police à Bitolj. Nous avons vu ce que ces hommes ont fait : par les moyens les plus odieux, ils s'enrichissaient aux dépens de la population. On se rappelle leur méthode de soutirer de l'argent aux citoyens sous la menace d'emprisonnement ou de déportation. Et tout cela fut fait au su et avec le consentement des autorités bulgares de Sofia, car tout ce monde dépendait du fameux comité central macédonien de la capitale qui collabore avec le gouvernement.

Le régime bulgare à Bitolj fut un régime de terreur et de pillage, où fonctionnaires civils, militaires et comitadjis ont cherché à s'enrichir personnellement.

Les témoignages recueillis sur ce qui se passe dans les régions macédoniennes encore actuellement sous le joug de l'envahisseur montrent que ce système de terreur et de pillage fut appliqué partout par les Bulgares.

Voici quelques-uns de ces témoignages :

« Les autorités à Débar étaient exclusivement constituées par des comitadjis bulgares. En faisaient partie, entre autres, le D' PentcheflF, le président du comité « Jedrenou Makedonia », ainsi que le voivode Silko Raitchki, de Raitch près Débar. Ces deux hommes étaient les maîtres absolus de la ville. Ils étaient la terreur des habitants et

obéis aveuglément par les soldats. Leur bureau était installé dans la maison de Stressa Joftcheff. Le préfet de la ville était Yovan Alexoff, instituteur bulgare de Débar. » — NiKOLA Blachitch, 48 ans, de Débar.

« Les Bulgares ont formé des commissions constituées par des comitadjis et dirigées par les sous-préfets. Ces commissions parcouraient les villages et emprisonnaient les notables, dont beaucoup furent tués en prison. » — Vassilie Trbitch, 35 ans.

Skoplié . — « Les Bulgares ont institué leurs autorités composées surtout de comitadjis. Au commencement, un fonctionnaire de la police bulgare, Slatareff, était maire de la ville. Le préfet du département était l'officier de marine en retraite, Hidrofî. Le personnel comprenait tout ce qu'on voulait : des comitadjis, des garçons de café, des cochers. Le sous-préfet était un certain Traiko Palankalieff, garçon coiffeur et comitadji avant l'occupation bulgare. Étaient encore fonctionnaires bulgares (tous d'anciens comitadjis) : Nikola Hadja, de Stip, commissaire de police à Skoplié (cocher de son métier) ; Kousman Kraitcheff, de Tétovo, garçon de café, nommé commissaire de police ; Apostol Nikolofî, de Skoplié, ancien cordonnier, et sous-chef de la police de sûreté. Le chef delà police de sûreté était Albanski, de Skoplié, instituteur et président d'un comité de comitadjis. En général tout le personnel de l'administration était composé de « voyous », qui ne cherchaient qu'à piller. Le général Ratcho Petroff, demeurant à Skoplié, était gouverneur de la Macédoine. Ratcho Petroff, favori du roi Ferdinand, avait une très belle femme qu'on disait l'amante de Ferdinand de Cobourg. On l'appelait la sultane Petrovka. Petroff est maintenant chef de l'état-major général. 11 a été remplacé comme gouverneur de la Macédoine, vers la fin de 1916, par le général Tochef. Il y a eu aussi un commandement allemand à Skoplié. Mackenseny est resté pendant près d'un an. 11 n'en est parti qu'à la déclaration de guerre de la Roumanie. Le général Ratcho Petroff tenait le record du pillage. Avant la guerre, en Bulgarie, il fut inculpé trois fois de concussion comme président du conseil. Le système

de Ratcho Petroft était le chantage. Il menaçait les gens de déportation et les forçait ainsi à payer ce qu'il voulait. Bairoff était l'homme de confiance et le délégué du général. C'était un voyou de Bulgarie que Petrofï avait amené tout spécialement pour ce travail (extorsions, etc.). Au dire même des Bulgares à Skoplié, Bairoff était un des filous les plus connus de Bulgarie. » — Bojidar Mladenovitch^ de Skoplié, 24 ans, ancien soldat serbe et déserteur du 11^ régiment bulgare.

Ces témoignages montrent que le système d'administration bulgare dans les autres villes de Macédoine est le même que celui inaviguré à Bitolj. A Bitolj c'est le capitaine Boyadjieff, fils d'un général, et le « comité » qui pillent et rançonnent; à Skoplié c'est le général Ratcho Petrofï en personne qui, avec son Bairoft, ses coift'eurs et ses garçons de café, devenus hauts fonctionnaires, s'enrichit au détriment de la population par les moyens les plus condamnables. Partout c'est le régime de la terreur et des comitadjis.

Les prisonniers bulgares sont eux-mêmes forcés d'avouer ce régime de comitadjis-policiers, mais ils appellent euphémiquement ces derniers des « Macédoniens ».

A^" 4(), 28 ans, aspirant-officier au 43'' régiment d infanterie : « A Skoplié le général Ratcho Petroff était gouverneur général de la Macédoine. Le témoin n'a connu ni le pn fet, ni le maire, mais il sait que le maire était probablement de Skoplié ; le préfet n'en était pas. »

A^" DO, 22 ans, 12'' régiment iV infanterie : « La police en Macédoine est faite par « des Macédoniens » qui étaient aVant la guerre à Sofia et qui sont rentrés avec les troupes en Macédoine. Le témoin en a vu à Débar et dans les environs de la ville. Partout les comitadjis font la police. »

iV" 5i , 20 ans, du 1 2 régiment d infanterie : « Lé témoin sait qu'à Bitolj et à Débar beaucoup de « Macédoniens » ont été nommés dans la police. »

A^" 32, 22 ans, 12^ régiment d'infanterie : « A Bitolj ce sont les « Macédoniens » qui font la police, de même qu'à Débar. »

N" 53, 2"/ ans, du 12' régiment d infanterie : « Le témoin était à Bitolj. Le préfet de cette ville était de Bulgarie. >>

A^" 54, 22 ans, du 24'' régimetit d'infanterie : « Le témoin séjourna à Skoplié pendant un mois. Le maire de la ville était de Skoplié, le préfet était un Macédonien. »

11 va sans dire que le sjstème d'exploitation militaire et civile pratiqué en Macédoine par les envahisseurs et tout spécialement par les Bulgares, a eu des conséquences terribles pour les habitants. Voilà une série de témoignages qui montrent bien ce que l'administration bulgaro-allemande a fait de ces régions macédoniennes où la vie était à bon marché avant la guerre.

Village de Tepavtzi. — « Dans les villages on trouvait encore de la nourriture, car les villageois en avaient caché. En ville (à Bitolj) on mourait de faim ». — Thanassie Dimovît<:h, 38 ans, et Yovan Petrovitch, 86 ans.

l'aille de Bitolj . — « Les comitadjis avaient pris en main tout le commerce d'alimentation. Ils vendaient les divers articles aux commerçants du pays à des prix très élevés. Le sel et la farine furent seuls vendus à bon marché. » — Chrisostoivios, métropolite grec de Bitolj.

« I^e ravitaillement de la ville était absolument insuffisant et les prix très élevés. Le pain noir se vendait de 4 à 6 francs la miche. La viande coûtait entre 3 et 4 francs l'ocque. Le lait valait de t franc à t fr. 5o le litre ; le dernier prix des œufs était 1 fr. 5o la pièce. Le sucre se vendait de 12 à 14 francs l'ocque, quand on en trouvait. Le pétrole était introuvable. Le comité a pu distribuer plusieurs fois des quantités minimes de farine à 70 centimes (paras) l'ocque et un peu de sucre à 3 francs l'ocque. De même il a distribué du sel. Mais ces distributions étaient tout à fait insuffisantes. » — MmAii.o Bklitch, 33 ans, commerçant, et (loRTCHA KouRTEViTCH, 42 ans, hôtelier.

« Comme la ville manquait de tout, les Bulgares ont envoyé un peu de blé et de maïs, mais en quantité tout à fait insuffisante. La farine de blé et de maïs a été distribuée très partialementpar le comité présidé par le maire Vladoff.

La ville était aftamée et les boulangeries fermées. » — MiHAiLO Belitch, 53 ans, déjà entendu.

« Il était très difficile de se procurer de la nourriture. Ce que donnaient les autorités était plus qu'insuffisant. Si les Alliés avaient tardé à venir seulement quinze jours, il y aurait eu beaucoup de morts par inanition. Il y a eu d'ailleurs plusieurs cas de mort par la faim soit en ville, soit à la campagne. Lorsque les Serbes ont dû se retirer de Bitolj, ils ont affiché un avis disant que chaque citoyen devait rester tranquillement chez lui et vaquer à ses affaires. De plus ils ont distribué aux habitants tous les vivres qu'ils ne pouvaient pas emporter. » — Sotyr Sekoulovitch, 37 ans. commerçant.

« Le témoin (dont le mari a été-^mprisonné comme ami des Serbes) n'a pas été ravitaillée par les Bulgares, qui lui disaient : « Va avec ton mari te faire nourrir par les Serbes ». Elle subvenait à ses besoins en faisant des ménages. » — Vassilka, femme de Kousman Tzvktkovitch, 3o ans.

« Il n'y avait que très peu de nourriture en ville et les habitants souffraient cruellement de la faim. Les autorités bulgares ne donnaient que très peu de nourriture. Les pauvres achetaient du pain aux soldats, » — Vtc.toria AsDARi, 42 ans, femme du médecin de l'hôpital grec.

« La population attendait tous les jours qu'on lui donnât des vivres qui manquaient absolument. Celui qui les donnait était le bienvenu. » — D. Michael Viriasta, 49 ans, directeur de l'hôpital grec.

« Le prix des vivres est très élevé en Macédoine. A Kouchevo, une ocque de farine se paie 4 francs, à Kochatchik, 6 francs. » — Vassu^ie Trbitch, 35 ans.

Les prisonniers bulgares et allemands disent également que la famine règne en Macédoine :

A^" 55 y 23 ans, sous-officier au 42" régiment d'infanterie prussien : « Dans les villes, à Prilep et à Tchoupria, on peut encore acheter du pain, des saucissons, du vin, etc. »

A'" 5ty, 18 ans, du 2" régiment d'infanterie bulgare : « l^e témoin passa à Prilep 4 ou 5 jours. Il y a du monde dans

la ville, mais il n'y a pas de pain. La miche de pain coûte de 3 à 4 francs. »

TV" 5/, 22 ans-, du 23" régiment bulgare : « Le témoin a été dans les villages macédoniens du front. Les habitants n'ont pas assez à manger et vivent dans la misère. »

^V" 5d>, 2() ans, caporal au 2" régiment bulgare : « La population vit très mal parce qu'elle n'a rien à manger. Partout oii il y a quelque chose, l'armée le prend. La famine règne partout. »

A^" 5g, 32 ans, du 21^ régiment bulgare : « Le prisonnier a tout spécialement vu le village de Dounje. Les gens y meurent en grand nombre parce qu'ils n'ont rien à manger. »

yV 60, 20 ans, du 2f régiment bulgare : « Les habitants vivent misérablement parce qu'ils n'ont rien à manger. »

Villageois, témoins de la ville, témoins serbes et prisonniers ennemis sont donc tous d'accord sur ce point que la situation de la Macédoine est misérable. Et l'administration tant militaire que civile bulgaro-allemande est la cause de cet état de choses. Le prisonnier 58 dit : « Partout oii il y a quelque chose, l'armée le prend ». Nous avons vu, dans les chapitres consacrés au pillage et aux réquisitions, qu'il dit la vérité.

Personnellement j'ai constaté dans les villages aujourd'hui libérés et à Bitolj la misère extrême dans laquelle se trouvait la population après le départ des Bulgaro-AUemands. Dans les rues de Bitolj, où je suis arrivé immédiatement après la libération, on était assailli par de pauvres enfants aux joues creuses qui demandaient du pain.

On trouvera dans les prix des vivres indiqués par les témoins quelques chiftVes qui, comparés avec les prix payés actuellement dans d'autres pays, ne paraissent pas exagérés, par exemple le prix de l'ocque de viande à Bitolj que le témoin Belitch affirme être de 3 à 4 francs. Pour pouvoir apprécier ce que signifie pour les Monastiriotes l'ocque de viande à 3 ou 4 francs, il faut avoir vécu dans ces villes avant la guerre ou même encore pendant la première période de la guerre. La meilleure viande ne valait

guère plus aun franc i'ocque. Naturellement ce sont les pauvres qui ont été atteints le plus par ce renchérissement des vivres. La viande devenait pour eux un luxe qu'ils ne pouvaient plus se payer.

Il résulte de l'enquête que les autorité^ bulgares, après avoir vidé le pays, ont bien envoyé quelques secours en farine, sel et maïs à la ville de Bitolj, mais en quantité absolument insuffisante. Et ces maigres secours furent encore pillés par des fonctionnaires malhonnêtes tels que Naoum Vladoff, le maire de la ville. Pour les villages, les Bulgares n'ont rien fait du tout. La inisère qui y régnait a même frappé les soldats bulgares : « Les gens y meurent en grand nombre parce qu'ils n'ont rien à manger », disent-ils. Régime de famine et de pillage î

COIVIITADJIS

Nous avons vu dans les chapitres précédents quel grand nMe les comitadjis ont joué dans le traitement infligé par les Bulgares àla Macédoine envahie. Il était donc important de faire préciser ce rôle par des témoignages indiscutables. C'est ce que j'ai fait et, autant que possible, j'ai vérifié les dépositions reçues à l'aide d'autres faites indépendamment des premières. Citons d'abord une série de témoignages venant de gens appartenant aux régions actuellement libérées.

Village de Boiidimirtzi. — « Il n'y avait pas de comitadjis au village, seulement des soldats réguliers. Au village de Sovitch, par contre, les Bulgares ont nommé kmet un comitadji, Rista Stolefï. Sovitch étant le chef-lieu de la commune, dont faisait aussi partie Boudimirtzi, ce comitadji avait la haute main sur toute la contrée. » — Ilko SivEvrrcH, 32 ans, et Dimitrie Vassilievitch, \?> ans.

Village de Dobroz'eni. — « II y avait beaucoup de comitadjis au village et les paysans ont beaucoup souftert par leur faute. Ils entraient dans les maisons et prenaient tout. Ils brutalisaient les gens quand on ne leur donnait pas tout de suite ce qu'ils voulaient et ils forçaient aussi les habitants à leur servir de guides. Ainsi, ceux-ci étaient contraints de rester parfois trois ou quatre jours hors de chez eux. Le voivode de ces comitadjis était Krsta Londeft, de Neaukasi. Un autre s'appelait Ilia et était de Banitza. Les comitadjis arrivaient de Bitolj. Ils ne portaient pas le costume des paysans, mais ils étaient tous habillés de la même

façon. Leur costume n'était pas l'uniforme militaire. » ToDOR PETROvrrcH, 68 ans, kmet du village : Naidan Todo- ROViTVH, 49 ans; Naoum PetromtcIi, 41 ans, et Bojin Nai- DEFF, 60 ans.

<( Les comitadjis qiù étaient au village, ne sont pas venus chez lui. Les comitadjis servaient partout de gendarmes, gardes champêtres et policiers. » — Kosta DintarovrrcH, 40 ans. pope du \ illage.

Village de Slivitza. — Le comitadji bulgare Nikola Gogetl faisait plus de mal que le président de la commune, le comitadji Athanassievitch (alias Filip Indoft). Ce Gogeft faisait le mouchard et dénonçait tout le monde au président, qui mettait les gens en prison. Gogett, qui était des environs de Kostour, battait les habitants. 11 y avait encore d'autres comitadjis qui restaient avec le président de la commune de Brod (IndofiF) et de là ils rayonnaient partout. Les comitadjis ne prenaient rien' dans les maisons, mais ils volaient les moutons, les poules, en général tout ce qui leur faisait plaisir. Des comitadjis bulgares de Banitza, de Lerina (Florina), de Vochtaran passaient la frontière serbe, organisaient la police et terrorisaient la population. Si les paysans refusaient de leur donner ce qu'ils demandaient, ils les dénonçaient au préfet comme Serbes et celui-ci les emprisonnait. » — Petar Srbinovitch, (j5 ans ; Iha Geor- GEViTCH, 37 ans ; Grigor Traikovitch, pope, 45 ans ; Yovan Traikovitch, 55 ans : Lazar Traikovitch, 4S ans; Nedkl.iko ToLEviTCH, 40 ans.

Village de Batch. — « Il y avait des comitadjis bulgares au village. Leur vo'ïvode était Christo^ Londeff. Ces comitadjis, installés au village, n'ont pas autrement maltraité la population^. Ils venaient de Banitza. Dans tous les villages les comitadjis faisaient la police. Ils s'appelaient entre eux « poliatz ». — Traiko ^'ovANo\rrcH, 40 ans, et Stovan SToiKovrrcH, 55 ans.

« Les comitadjis qui étaient avec Délo Taletil, venaient du territoire grec, de Banitza, Urbeni. etc. Ces gens étaient venus sur territoire serbe lorsqu'on eut établi la frontière. Pour les occuper, les autorités serbes en a\ aient eniployé

quelques-uns comme gardes champêtres, etc. A l'arrivée des Bulgares ils se sont ralliés à ces derniers. Le préfet bulgare n'est venu qu'une fois à Batch, mais le voïvode des comitadjis, Georges Christofï, y venait souvent en uniforme militaire et donnait des ordres à Délo Taleff et à ses aides. >' — Petar Yankovitch, 62 ans.

Village de Biod. — « Filip Indoft était un comitadji bulgare qui demeurait dans le village même et qui fut nommé président de la commune par les Bulgares. Ce Indoft (alias Athanassievitch) se proclamait Serbe pendant le régime serbe. Il était le voïvode de 40 à 5o comitadjis demeurant à Brod. » — Stovan Donevftch, 5() ans, kmet du village.

Village de Tepavtzi . — « Au village il y avait des comitadjis que les Bulgares ont fait venir du territoire grec. Ils étaient gardes champêtres, pandours, gendarmes, etc. Ces comitadjis ont fait beaucoup de mal. » — Bogovk Trajano-viTCH, 53 ans, kmet du village; Yovan Petrovitch, 86 ans.

Village de Skotchiznr. — « Le chef des comitadjis, qui étaient au village avec les soldats, était Tatcho, de Tikvech. Les comitadjis sont venus chez la femme du témoin et lui ont demandé 40 louis. Ils disaient vouloir égorger son enfant si elle ne les donnait pas. Elle ne les avait pas et elle leur a remis 6 louis. » — Stoicha Ristitch, 65 ans.

Village de Veleselo. — '« Philippe Athanassoft (alias Athanassievitch, alias Filip Indofi^, de Brod) avec ses hommes est venu au village et a pris dans toutes les maisons, sans payer, tout ce dont il avait besoin. » — Trajan Ristitch, 60 ans, kmet du village ; Bojin Markovitch, 70 ans ; Antoine Petkoff, 60 ans; Trajan Traikoff, 17 ans.

Village de Kenali . — « Les comitadjis de Chichkott et de Krsta Londeft", de même qu'un professeur (Pentcheft) sont venus souvent au village. Onier Ahmed, un comitadji bulgare, y était kmet. Les pandours, gendarmes, gardes champêtres étaient tous des comitadjis. Les deux chefscomitadjis étaient mal ensemble et la population a profité de leur désaccord. » — O.meu Osman, 40 ans, kmet du

village ; Chaban Ahmed, 45 ans ; Mahmoud Aalil, 40 ans, et Adem Cheriff, 5o ans.

« Ce sont les comitadjis qui sont venus les premiers. Ils ont pris tout ce qu'ils voulaient. Personne n'osait leur dire quelque chose. » — Omer Rachid, 35 ans.

Village de Medzidli. — « Krsta Londeff et Pandil Chichkofif venaient assez souvent au village voir ce qui s'y passait. Les comitadjis étaient du territoire grec, de Neaukasi, de Banitza,etc. » — Moustafa Rouchan,40 ans ; Ibrahim Osman, 43 ans; Ilia Ibrahim, 25 ans, et Abdoula Osman, 12 ans.

Village de Lajetz. — « Il y avait beaucoup de comitadjis au village et Chichkoft", d'Ekchissou, avait le rayon de Gradechnitza, Lajetz et Medzidli. Les comitadjis ramassaient tout ce qu'il y avait à manger. Le « sergent » comitadji Todor Dimitrieff a exigé 20 livres turques du kmet pour le libérer de la prison. C'est lui et Pandil Chichkoft qui, avec des soldats, ont fait le carnage des soldats serbes à Gradechnitza. Les comitadjis, ainsi que les soldats, prenaient tout ce qu'il y avait dans le village. » — Nikola Todorovitch, 36 ans, kmet du village ; Andria Ilievitch, 38 ans, pope.

« Les témoins affirment qu'il y avait beaucoup de comitadjis au village et qu'ils ont dû les nourrir à leurs frais et les loger. » — Sekolla Petrovitch,46 ans ; Bojan TachkoviTCH, 58 ans-; Kosta Militch, 62 ans, et Mehmed Moustafa, 58 ans.

Village de Gradechnitza. — « Le voïvode des comitadjis venus au village était Todor, de Kladerop (alias T. Dimitrieff). George Tasseft, de Bitolj, un comitadji, était pandour du village. » — Rista Dimitrieff, 60 ans, kmet pendant l'occupation bulgare; Yovan Petrovitch, 7^ ans, et Nikola Stoyanoff, 68 ans.

« Le témoin fut pandour du village au temps serbe. Lorsque les Bulgares arrivèrent, les comitadjis de Todor coimnencèrent à le persécuter. Todor voulut l'envoyer à Sofia comme espion. Il se rendit alors à Bitolj et s'expliqua

avec le préfet, et celui-ci lui donna une sorte de laissezpasser, ce qui lui a valu la tranquillité. Cependant on ne l'a jamais laissé sortir du village, de sorte qu'il n'a pas pu travailler ses champs. » — Panta Naoumovitch, 56 ans, kmet actuel du village.

Village de Holleven. — « Le garde champêtre, Stoitcheft, était un comitadji très méchant. Il prenait tout ce qu'il voulait. » — Mara et Mitra Krsteva, 19 et 16 ans.

Village de Bistritza. — « Les comitadjis sont venus au village et ce sont eux qui ont emmené le frère de Xicorgevitch. Ces comitadjis étaient du village de German. C'est pendant la nuit qu'ils sont venus dans la maison de Georgevitch et qu ils l'ont emmené ainsi que son père et son frère. Il a réussi à s'évader. Le voïvode des comitadjis, George PopoflF, demeurait à Christifor. Il a fait beaucoup de mal à la population. Popof était de Christifor, mais il habitait la Bulgarie depuis une trentaine d'années. » — RiSTA Georgevitch, 21 ans ; Tzvetan Talevitch, 39 ans, kmet du village, et Dlme Ristevitch, 67 ans.

Village d'/ven. — « Au début de l'arrivée des Bulgares, il y avait 12 comitadjis qui sont partis ensuite. Ils étaient sous les ordres de Georges Stoyanoff de Brnik, qui est parti avec les Bulgares. Les comitadjis n'ont fait que passer. » — Bojin Seveitch, 5o ans; George Petrovitch, 67 ans ; Traiko Ristevitch, 5o ans, et Rista Stovanovitch. 45 ans.

Village de Rapech. — « Des comitadjis sont venus au village avant les troupes. Ils sont partis et ne sont plus revenus. Leur chef était un certain Dinko du village de Polchiste. Les comitadjis ont beaucoup pillé et ont pris beaucoup d'argent. » ' — Stovan Naidevitch, 54 ans, kmet du village, Kosta Yovanovitch, 67 ans ; Petko Ristevitch, 67 ans et Mio Petkovitch, 19 ans; Naide Traikovitch, 69 ans ; Petko Mitrevitch, 70 ans ; George Kouljevitch, 19 ans.

Village de Brnik. — « Une vingtaine de comitadjis ont passé dans le village avant l'entrée de l'armée. Ils ne sont

plus revenus. Georj^e Stoyanofit, qui a commis deux meurtres dans le village, appartenait à l'organisation bulgare. C'était un comitadji qui terrorisait les villages de Brnik, Yven et Makovo. Il est parti ainsi que toute sa famille a\ ec les Bulgares. A Makovo il a également assassiné. » — Stovan Sïoikovitch, 63 ans, kmet du village ; Athanassie Yochevitch, 26 ans; Yasna Nedel.ikox it<:h, 5o ans, et Velika Nedel.ikova, 4.1 ans.

Village de Makoi>o. — « Avant l'arrivée des troupes une bande d'une trentaine de comitadjis, venant de Rapech, a passé près du village et a demandé des vivres, mais les hommes ne sont pas entrés dans le village. George Stoyanoft (le président de la commune et en même temps le kmet de Brnik), un comitadji de ^ ieille date, venait souvent dans le village et persécutait le parti patriarchiste. le village étant divisé en patriarchistes et exarchistes. » — DiMO TzvETKoviTCH,55 aus, kuict du village ; Yovan KoitoviTCH, 65 ans ; Talé Kolevitch, 65 ans : Rista Krstevitch, 62 ans, et Nikola Damianovitch. 60 ans.

Village de Soiivodol . — « Il y avait au village beaucoup de comitadjis dont les chefs étaient : Mialtche, deSmiljevo, et Itze, de Bitolj. C'est chez eux que Ristevitch a déposé l'argent pour le voïvode Kristofl. Les villageois ont été forcés de donner à manger à ces comitadjis, qui étaient très exigeants. Les paysans avaient peur de ces hommes et leur donnaient tout ce qu'ils voulaient. » — Stovan Ristevitch, 45 ans, kmet du village du temps serbe, et Naou.m VesdingviTCH, 58 ans.

Village d'Orechovo. — « Il n'y avait pas de comitadjis au village, mais Itze, de Bitolj, et Mialtche, de Smiljevo, venaient souvent et prenaient des renseignements sur les habitants, pour savoir s'ils étaient du parti des Serbes, etc. » — Veljan Bogojevitch, 48 ans, kmet- du village, et Grosdan Kolevitch, 55 ans.

Village de Diipeni. — «Il y avait des comitadjis au village. Leurs voïvodes étaient Krste de Resna, et Yovan. Ces comitadjis n'ont rien fait à Dupeni, mais les villageois

ne .savent pas ce qu'ils ont lait ailleurs. » — Vassilie PopoviTCH, 45 ans, kmet du village; Krsta Popovitch, 46 ans; George Ristevitch, 40 ans, et Krsta Todorovitch, 40 ans.

Village de Ljoiibojna. — « Pendant une dizaine de jours, il y eut au village des comitadjis de Kostour qui furent ensuite transférés à Bosna. Leur voïvode était un certain Boyefï. Ils ont fait beaucoup de mal. Ils prenaient tout ce qui leur faisait plaisir et la population était obligée de les nourrir. » — Spira Lazarevitch, 55 ans, kmet du village ; NiKOLA Lazarevitch, 64 ans ; Mitra Yankovitch, 65 ans, et Sekoula Lazarevitch, 45 ans.

Village de Krani. — « Les comitadjis venaient très souvent au village et volaient tout ce qu'ils trouvaient. » — Vasilie Andjelovitch, 5o ans, kmet du village.

Village de Strbovo. — « Il y avait des comitadjis des environs de Kostour avec les Bulgares, comitadjis qui volaient tout ce qu'ils pouvaient voler. » — Djire Tineff, 48 ans, kmet du village du temps bulgare ; Tasse Karaphi- LOViTCH, 75 ans. ancien kmet; Rista Petrovitch, 46 ans.

Village de Harvati. — « Des comitadjis ont passé au village et prenaient tout ce qu'ils voulaient. Lorsque les paysans essayaient de les en empêcher, ils les battaient cruellement. » — Tzvetko Krstingff, 58 ans ; George Lazar, 60 ans ; Abedin Chaban, 47 ans.

Village de Bradoutchina. — « Les comitadjis, avec le voïvode Krste, de Ressan, sont venus souvent et les habibants ont dû les nourrir. » — Novak Naoumovitch, 56 ans, kmet du village; Yovan Nikolovitch, 45 ans; pope Christa Ilie, 74 ans; Spiro Ilitch, 70 ans; Krsta Yovanovitch, 60 ans; George Andjelkovitch, 49 ans; Rista Toaiovitch, 35 ans.

Village de Nakoletz. — « Il y a eu des comitadjis au village avec le voïvode Krste, de Ressan. Ils ont volé, mais ils n'ont pas maltraité la population.» — MitarStephanovitch, 28 ans, kmet du village; Yorgatch Nikoloff, 40 ans; Abedin Hamid, 40 ans; Islam Cheriff, 5o ans; Marko Popovitch, 17 ans.

Ville de Bitolj . — « Les comitadjis ont pris en main tout le commerce d'alimentation. C'était eux qui vendaient tous les articles. Partout les chefs de la police étaient des comitadjis. » — Chrisostomos, métropolite grec de Bitolj.

« Les comitadjis ont rempli toutes les fonctions. Lorsque Velika a été libérée de la prison, elle a dû se présenter tous les jours aux comitadjis. Ceux-ci n'étaient pas de Bitolj. » — Velika, femme de Kosta Ristitch, 5o ans; Vassilia Dimi-

TRIEVITCH.

« Les chefs comitadjis de Bitolj étaient : Risofï, Popoff, Dorefï, Robeff, Altiparmakoff, Boris Grabtchefï. Ce dernier a volé les etilets du Dr Nikolitch. Ils sont partis avec les Bulgares. » — Danka, femme de Svetozar Stoiljkovitch,

« Les comitadjis, soutenus par le préfet Boyadjiefï, faisaient tout ce qu'ils voulaient. La police officielle et le préfet étaient absolument impuissants devant eux, qui étaient les vrais policiers de la ville. » — Sotvr Sekoulovitch, 57 ans, commerçant.

« Le lendemain de la prise de Bitolj par les Bulgares, le voïvode Pavle Christoff est venu dans leur maison et a pris le fusil de son mari, mais le témoin ne voulut pas donner le revolver. Ce n'est que le jour suivant que Vassilka a été forcée de le donner. Le chef des comitadjis. Milan Djourloukoft, arrivait souvent à la prison de Prilep et battait les prisonniers avec sa cravache en disant : « Vous attendez les Serbes! » Il voulait forcer son mari à travailler pour les Bulgares. Celui-ci refusa. Alors Djourboukoiï le menaça : « Je veux te faire rendre l'âme. » 11 y avait beaucoup de comitadjis à Bitolj. » — Velika, femme de Kousman TzvETKOViTCH, 3o aus.

« Les comitadjis faisaient la police. Il y en avait beaucoup avec le préfet, le capitaine Boyadjiefï". » — Bramslava Marinkovitch, 17 ans.

« Les autorités de Débar ont été constituées exclusivement par les comitadjis bulgares. Entre autres se trouvaient là le Dr Pentcheff, président de la « Jedrenou Makedonia »,etle voïvode Siljko Raitchki, de Raitch près Débar. Ces gens étaient la terreur de la population et ils étaient

aveuglément obéis par les soldats. Leur bureau était dans la maison de Stressa Yovtcheff. » — Nikola Blacitch, 48 ans, de Débar.

Les témoins serbes évadés des Bulgares nous fournissent des renseignements précieux concernant les comitadjis dans les régions encore actuellement aux mains des Bulgaro-Allemands et confirment, en même temps, le résultat de mon enquête sur place.

« Dans tous les villages des arrondissements de Velès, Prilep et Poretch les gendarmes, gardes champêtres et présidents des communes sont des comitadjis. Le chef de l'arrondissement de Prilep (sous-préfet) est le voïvode Jordan Trenko; Pandil Chichkoffa été dernièrement à Velès. Partout la surveillance parles bandes de comitadjis est très sévère. Petre Lesoft est le chef de tous les comitadjis à Velès. Milan Djourloukoftest chef-coinitadji dans la région de Prilep. Yovan Latovatz est voïvode de la région de Poretch. Ce sont là les principaux chefs. Les comitadjis opèrent conjointement avec des paysans musulmans. Dans la bande de la région du Poretch il y a 280 Turcs. Lors des grands massacres, les femmes des massacrés furent distribuées aux comitadjis. » — Vassilie Trbitch, 35 ans.

w C'étaient les comitadjis qui, avec l'assentiment des autorités bulgares, tuaient les gens. Lorsque j'étais daps inon village, les comitadjis l'avaient quitté. Les chefs des comitadjis qui ont massacré dans mon village, étaient Stoyan Ivanoff, du village même, et Dame, de Prilep. Il y avait aussi Vassilie Karageorge, deKavadartze. Ils étaient en tout une vingtaine. » — Velia Mantchitch, 22 ans, de Fariche.

<< Dans le personnel de la préfecture de Skoplié, il y avait tout ce qu'on voulait : des comitadjis, des garçons de café, des cochers. Comme sous-préfet fonctionnait un certain Traiko Palankalieft, de Skoplié, comitadji, garçon de café avant l'occupation bulgare. Avant la guerre, les journaux bulgares avaient annoncé que les Serbes l'avaient tué et, pendant ce temps-là, il était tranquillement installé en Bulgarie d'où il est revenu comme sous-préfet. Etaient encore fonctionnaires bulgares les anciens comitadjis : Nikola Hadjia, de Stip, autrefois cocher, ensuite commissaire de

police à Skoplié ; Kousman Kraitcheff, de ïétovo, garçon de café, nommé commissaire de police; Apostol Nikolofit", de Skoplié, ancien cordonnier et sous-chef de la police de sûreté. Le chef de la sûreté était Albanski, de Skoplié, instituteur et président d'un comité de comitadjis. » — Bojr- DAR Mladenovitch, dc Skoplié, 24 ans, ancien soldat serbe et déserteur du 11- régiment bulgare.

« Les comitadjis bulgares sont arrivés à Prilep avant l'entrée des troupes régulières. Ils ont fait beaucoup de mal et ont maltraité la population de telle façon qu'ils se sont attiré la haine même des bulgarophiles. Ils ont persécuté les Serbes et les serbomanes; ils les ont pillés et tués. Ils se sont vengés de tous les Serbes loyaux et de tous les serbophiles. Ce sont encore les comitadjis qui ont extorqué de l'argent aux gens sous prétexte qu'ils étaient « suspects •>. Cela a été si loin que les Bulgares ont été forcés de les éloigner en les attribuant aux troupes régulières (il" division) et en envoyant les chefs à Nich pour y représenter les « révolutionnaires macédoniens » devant le Kaiser. A côté des autorités légales et régulières fonctionnait, avec les inêmes pouvoirs, le voïvode des comitadjis Milan Djourloukoff avec ses hommes. » — George Todorovitch, de Prilep, ancien soldat serbe, déserteur du iS'' régiment bulgare.

Enfin, voilà ce que disent les prisonniers bulgares des comitadjis en Macédoine :

N° 61 , 22 ans, du 12^ régiment bulgare : « Les comitadjis étaient à la frontière de la Macédoine, à Vranja, Stip, etc. Une bande de comitadjis macédoniens était aussi à Skoplié. Nous savons que ces hommes sont des comitadjis, tnais les officiers évitent d'en parler. >•

N" 62, 22 ans, du 12'' régiment bulgare : « Il n'a pas vu, mais il a entendu dire que des comitadjis ont cominis beaucoup d'excès et qu'ils ont menacé les gens de leurs revolvers. Il a entendu dire aussi que des villageois ont été tués par les comitadjis qui tiraient par les fenêtres. »

A^° 63, 20 ans, 12'^ régiment : « I^ témoin n'a vu de comi-

tadjis que dans le 4'' régiment. Ce régiment est macédonien et tous les Macédoniens y ont été incorporés. »

A' * 64, 27 ans, du 12' régiment d'infanterie bulgare : « Le témoin n'a pas vu de comitadjis. mais il a vu des Macédoniens, anciens comitadjis, qui forment maintenant un régiment. Beaucoup sont aussi dans le 12' régiment. »

A^'^ 65, 33 ans, du 56' régiment : « Les comitadjis ont fait du mal, mais on a dissous leurs bandes et on a > ersé les hommes dans les régiments. »

;V" 66, 40 ans, 4J' régiment bulgare : << Ha su qu'il y avait des bandes de comitadjis et que les autorités ont tout fait pour les dissoudre. Ces bandes vont dans les villages, volent ce qu'elles trouvent et se cachent dans les montagnes. Il connaît un cas, où un comitadji bulgare a mis des habits serbes et a volé dans les villages. Ce comitadji a été capturé et exécuté. »

A'" 6"], 22 ans, du 2" régiment d'infanterie : « lia vu une « tcheta » de comitadjis qui était près de l'état-major de sa brigade. Les comitadjis restent derrière les troupes et ils sont chargés d'exécuter les soldats condamnés par le conseil de guerre. Il ne sait pas s'ils tuent aussi des civils. »

/V" 6S, sous-officier au 2" régiment d'infanterie bulgare : « Il y a beaucoup de comitadjis bulgares en Serbie qui volent chez les paysans et violent les femmes. »

A'" 6g, 18 ans, du 2'' régiment d'infanterie : « Les comitadjis sont dans l'armée comme simples soldats. »

Les prisonniers bulgares sont donc bien obligés d'avouer la présence de bandes de comitadjis en Macédoine envahie et d'admettre la conduite sauvage de ces gens ; mais redoutant l'effet produit par cet aveu, quelques-uns cherchent h faire croire que ces bandes existent contre le gré des autorités bulgares et que celles-ci font leur possible pour les dissoudre. D'autres disent que les comitadjis, qu'ils appell«it « Macédoniens », « anciens comitadjis, » sont répartis dans les régiments réguliers.

Il est certain que, dans certains cas, des bandes de comî-

tadjis ont été dissoutes. Le témoin serbe Todorovitch nous parle de cette bande de Prilep qui fut dissoute et dont les hommes furent versés dans les troupes régulières ou envoyés à Nich pour être montrés au Kaiser comme spécimens de « révolutionnaires macédoniens ». Mais ces dissolutions paraissent résulter beaucoup moins du souci qu'ont les autorités bulgares de protéger la population indigène contre les excès de ces gens, que du désir de se débarrasser de gens qui leur faisaient une trop grande concurrence dans leur propre travail de pillage.

En effet, tous les témoignages recueillis sont unanimes à déclarer que les bandes de comitadjis ont travaillé en liaison avec l'armée. Ce sont elles qui ont été envoyées en avant-gardes dans les villages, qu'elles ont quittés lors de 'arrivée des réguliers. Ensuite des comitadjis sont revenus pour occuper' les charges officielles de kmets, pandours, gardes champêtres, gendarmes, etc. A noter aussi à cette place la présence de musulmans, de « Turcs », dans ces bandes. Trbitch raconte que dans la seule bande opérant dans la région du Poretch, il y avait 280 Turcs. D'autre part, j'ai su aussi que Djourloukoff avait dans sa fameuse bande, appelée « la peste du Vardar », un grand nombre de musulmans. Ceci n'est nullement étonnant quand on se rappelle que, déjà avant l'entrée en guerre de la Bulgarie, les bandes de comitadjis bulgares, qui en automne 1914 et au printemps I9i5 ont attaqué le pont de Strouninitza, travaillaient d'accord avec des bandes turques dirigées de Constantinople. Dans le dossier de mon enquête en Serbie en 1914 et en I9l5, je possède des preuves de ce fait.

En général, les comitadjis semblent avoir été chargés d'administrer la Macédoine envahie et cela sous la haute surveillance du comité central de Sofia, dont un des membres les plus importants, le Dr Pentcheff, professeur à Sofia, était sur place. Ce que fut cette administration, je n'ai pas besoin de le dire. Cela résulte nettement de la lecture des témoignages. Cependant je dois relever que, dans certains endroits, les comitadjis paraissent avoir fait moins de mal que dans d'autres. Ceci provient de ce que ces villages étaient schismatiques, c'est-à-dire adhéraient à l'exarchat

bulgare, ou de ce que leurs habitants avaient eu antérieurement de bonnes relations avec les comitadjis. Toutefois le seul fait d'être schismatiques n'a pas toujours protégé les villageois contre les exactions des comitadjis.

Les comitadjis qui ont travaillé dans la partie aujourd'hui libérée de la Macédoine ont été en grande partie amenés par les Bulgares, surtout des centres d'agitation bulgare sur territoire grec. Ils venaient de Banitza, de Neaukasi, de Kladerop, de German, d'Ekchissou, de Vrbeni, de Vochtaran, de Florina, de Kostur, etc.

En utilisant les renseignements obtenus au cours de mon enquête, j'ai essayé d'établir la liste des chefs-comitadjis qui ont opéré dans les environs de Bitolj et à Bitolj même. Evidemment ma liste est incomplète, mais elle offre cependant un certain intérêt, parce qu'elle montre l'organisation et la division du travail adoptées par les comitadjis et leurs dirigeants.

Celui auquel paraissent avoir obéi tous les comitadjis est le D' Pemcheff, professeur à Sofia et président du comité « Jedrenou Makedonia », également à Sofia. Il a demeuré à Débar dans la maison de Stressa Yoftcheff, mais il semble que, de cette ville, il a rayonné partout dans cette partie de la iMacédoine.

Viennent, après Pentchelf, les voïvodes les plus importants suivants :

Krsïa Londekf, que nous trouvons à Dobroveni-Batch- Kenali-Medzidli.

Pandil Chïchkoff, avec le rayon Kenali-Medzidli-Lajetz- Gradechnitza. On le retrouve à Velès et il occupe le poste de commissaire de police à Bitolj.

Pavle Christoff, à Bitolj et ses environs.

Milan Djourloukoff, avec sa bande de « la peste du Vardar », région de Prilep.

YoRDAN Trenko, sous-préfct de Prilep.

Petar Lesoff, région de Velès.

YovAN Latovatz, région du Poretch.

SiLJKO Raitchki, de Raitch, région de Débar.

George Christoff, Batch-Bitolj.

Chefs ayant un rayon moins étendu et sous le commandement des précédents :

Ilia de Bamtza, Dobroveni.

FiLiP Indoff, alias Philippe Athanassievitch ou A thanas- SOFF, président de la commune de Brod.

Tatcho de Tikvèche, Skotchivir.

ToDOR DE Kladérop, Gradcchnitza.

George Tasseff, de Bitolj, Gradechnitza, adjoint à Todor.

George Popoff, Christifor-Bistritza.

DiMKo de Polchiste, Rapech.

George Stoyanoff, kmet d'iven et président de la commune, Brnik-Makovo-Iven.

Mialtche de Smiljevo, Souvodol-Orehovo.

Itze de Bitolj, Souvodol-Orehovo.

Krste dh Ressan, Dupeni-Bradourchina-Nakoletz.

YovAN, Dupeni.

Bayeff, Loubojna.

RisTA Stoleff, kmet de Sovitch.

NiKOLA Gogeff, adjoint de Filip Indoff de Brod, Slivitza- Brod et région.

Délo Taleff, kmet de Batch.

Todor Dlmitrieff, « sergent-comitadji », Lajetz.

Stoitcheff, garde champêtre à Holleven.

Stoyan Ivanoff ; Dame de Prilep, Fariche et environs.

Vassilie KARAGEORGE,de Kavadartzc, région de Fariche.

Chefs-comitadjis dans les villes occupant des fonctions de police :

Risoff ; Popoff ; Doreff ; Robeff ; Altiparmakoff ; Boris Grabtcheff, Bitolj ; Traiko Palankalieff, souspréfet de Skoplié.

Nikola Hadja, de Stip, commissaire de police à Skoplié.

KousMAN Kraitcheff, de Tétovo, commissaire de police à Skoplié.

Apostol Nikoloff, de Skoplié, sous-chef de la Sûreté à Skoplié.

Albanski, de Skoplié, chef de la Sûreté.

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