‹ Les infractions aux lois & conventions de la guerre commises par les ennemis de la Serbie depuis la retraite Serbe de 1915. Résumé de l'enquête exécutée sur le front de MacédoineChapitre 16 sur 28 · TUÉS BLESSÉS · texte numérisé non relu

TUÉS BLESSÉS

Hommes 1 29

Femmes 229

Enfants 254

Sexe non spécifié. . . 32

Le nombre total des victimes civiles du bombardement de Bitolj par les Bulgaro-Allemands, victimes dont on a éta-

Hommes

Femmes

Enfants

Sexe non spécifié. .

bli officiellement la mort ou les blessures, est de l.i5o (à la date du 24 octobre 1917, vieux style). Parmi les victimes il y a 253 hommes, 369 femmes, 404 enfants, sexe indéterminé 124.

Les cliiflres que je viens de citer ne représentent pas toutes les pertes en vies humaines qu'a provoquées le bombardement de la capitale de la Macédoine du Sud. J'ai la conviction, la certitude même que beaucoup de victimes n'ont pas été connues des autorités et, par conséquent, n'ont pu être enregistrées officiellement. Qu'on s'imagine une ville qui contient encore aujourd'hui près de 25.000 habitants, surtout des vieillards, femmes et enfants et qui est souvent bombardée jour et nuit avec des obus de gros calibre. 2797 maisons sont fortement endommagées ou détruites. Malgré tout le courage dont font preuve le préfet, le maire de la ville, les commissaires de police et les gendarmes, il leur est ilnpossible d'être partout et de fixer à l'aide d'actes authentiques tous les dégâts fait par l'ennemi. Le nombre des projectiles de gros et moyen calibre, lancés sur Bitolj et officiellement enregistrés, est de 20.724 ! Il est vrai que, aujourd'hui, le bombardement de la ville même est devenu plus rare et moins intensif. Les chiffres recueillis ces derniers temps représentent donc bien toutes les pertes, mais dans la première période de bombardement presque journalier tous les dégâts n'ont sûrement pas été enregistrés.

Les ennemis de l'Entente paraissent avoir nettement pour but la destruction de cette ville que la vaillance des troupes alliées leur a arrachée. Ils prétendront que le bombardement était dirigé contre les soldats qui passaient par la ville. Il est certain que des troupes ont passé par Bitolj, située au fond d'une vallée et ne possédant pas de route qui la contourne. Mais c'est le cas pour un grand nombre de localités ouvertes qui, cependant, sont protégées par la Convention de la Haye. Si les législateurs de la Haye ont proclamé le caractère illégal du bombardement des villes ouvertes, même si elles se trouvent sur le chemin desarmées, c'est qu'ils savaient que celui qui veut empêcher le passage par une telle ville, n'a qu'à barrer par des obus

son entrée et sa sortie, et qu'il n'est nullement nécessaire de toucher son centre. Les Bulgaro-Allemands auraient pu suivre, d'autant plus aisément, cette tactique qu'ils connaissaient, par une occupation de onze mois, les détails de chaque coin de Bitolj et de ses environs.

Les obus bulgaro-teutoniques sont tombés dans tous les quartiers de la ville. J'ai souvent pu constater personnellement ce fait. Ainsi, le 10 décembre 1916, l'ennemi a envoyé une douzaine de gros projectiles tout autour de la maison de la rue du Roi Pierre, où je me trouvais. Le 3 avril 1917, 12 obus sont tombés près de l'hôpital hollandais, où je logeais. Le bâtiment de cet hôpital avait été antérieurement atteint de 3 projectiles. Le 5 décembre 1917, à 1 h. 1/2 de l'après-midi, je me trouvais à la préfecture lorsque les Bulgaro-Allemands ont envoyé 7 obus du calibre de i5o tout autour de ce bâtiment au milieu de la ville. L'un des obus a atteint la coupole de la grande mosquée à 5o mètres de la préfecture, un autre la maison du Serbian Relief Found à 20 mètres de ce bâtiment. Dans la cuisine du Serbian Relief Found il y avait de nombreux pauvres. qui venaient chercher la soupe. Heureusement l'obus a éclaté sur le toit et personne n'a été blessé.

Les petites ruelles, loin des quelques rues pouvant servir de passage aux contingents^ et aux convois de ravitaillement, n'ont pas été épargnées. Ceci tend également à démontrer que les adversaires de l'Entente cherchaient autre chose que de barrer le passage à l'armée de leurs ennemis. Ils pourront objecter qu'ils supposaient que les Alliés avaient des positions d'artillerie dans la ville. La réponse est facile. S'il est parfaitement exact qu'à un moment donné les troupes de défense eurent quelques canons sur la périphérie de Bitolj, c'est qu'elles étaient forcées de la protéger contre le bombardement continuel germanobulgare, qui s'efïectua dès la reprise de la cité, et sans qu'un seul canon ait été placé dans la ville. De plus l'Etat- Major ennemi des Serbes ne pourra pas prétendre avoir cherché dans toute la ville l'emplacement des canons. Ses avions survolaient assez souvent Bitolj pour qu'il connût dans tous ses détails tout ce qui s'y passait. Ses espions

n'étaient pas inactifs non plus, de sorte que sa connaissance de la ville bombardée a dû être parfaite.

Les Bulgaro-Allemands savaient sûrement aussi que, depuis longtemps, Bitolj ne contenait plus aucun canon — le centre n'en a jamais eu — et que les quelques pièces de défense étaient placées aux extrémités de ses faubourgs- Pourquoi ne se sont-ils pas contentés d'arroser ces endroits de leurs marmites? Et pourquoi, précisément depuis ce moment, ont-ils intensifié d'une façon formidable le bombardement du centre de la ville ? .

Enfin, une dernière et grave constatation ruine complètement le système de défense des Centraux et de leurs vassaux. Dans la nuit du 16 au 17 mars 1917, l'artillerie bulgaro-allemande a commencé à jeter en pleine ville des obus à gaz asphyxiants. Cette nuit-là, 19 personnes furent tuées par les éclats des projectiles et 62 par les gaz. Parmi ces dernières il y avait 25 femmes et 32 enfants, 61 personnes étaient empoisonnées et la plupart d'entre elles mouraient au cours de la journée suivante. Depuis cette date des obus à gaz asphyxiants tombaient presque journellement sur tous les quartiers de la malheureuse ville. Les ennemis les lancent surtout pendant la nuit, de sorte que les pauvres habitants sont surpris dans leur sommeil et ne peuvent pas se sauver.

L'eft'et des gaz est terrible. Les gens empoisonnés présentent les symptômes suivants : mal à la gorge, difficulté à respirer, lourdeur de l'estomac. Leur visage est cyanose. Des rescapés m'ont affirmé que les gaz sentaient légèrement l'amande amère, ce qui ferait supposer que c'est de l'acide prussique. Cependant, si vraiment c'eût été cet acide, la mort aurait dû être presque instantanée. En réalité, elle ne survenait qu'au bout de 3o à 45 minutes. Les gaz sont très lourds et forment un nuage légèrement poussiéreux. N'ayant pas l'outillage nécessaire à ma disposition, je n'ai pas pu en faire l'analyse. Toutefois j'ai l'impression que les gaz utilisés à Bitolj par les Germano-Bulgares doivent être dans le genre de l'oxyde de carbone. Les obus explosent sans grand bruit et contiennent au milieu un tube entouré de plaques de métal formant radiateur. C'est ce tube qui

doit contenir la substance Se transformant en gaz, probablement sous l'influence de la chaleur.

Dans la nuit où les Bulgaro-Allemands ont employé pour la première fois les projectiles à gaz, ils les ont lancés dans le quartier turc, au centre, dans le quartier juif et autour de la maison du métropolite serbe. Dans cette dernière il y avait beaucoup de réfugiés dans les caves, 37 furent tués par les gaz. Depuis lors, cette maison a reçu presque chaque nuit des obus semblables, mais les gens étaient avertis. Aussitôt que le projectile tombait à proximité, ils montaient aux étages supérieurs où ils étaient à l'abri de ces gaz très lourds. La maison du métropolite est loin des rues pouvant servir de routes de passage. Il n'est donc pas possible que son bombardement ait eu pour but d'empêcher le ravitaillement pendant la nuit. Ce bombardement bulgare devait viser l'habitation du chef de l'Eglise serbe 1

De plus, l'artillerie ennemie s'est servie également d'obus incendiaires. Déjà dans la journée du 8/21 mars 1917, douze maisons furent ainsi incendiées. Depuis lors des obus incendiaires tombèrent souvent sur la ville et, le 4, 17 août 1917, les ennemis des Alliés incendièrent un quart de la cité avec de tels engins. Ce jour-là, vers 2 heures de l'aprèsmidi, les Bulgaro-Allemands ouvrent sur la ville un feu de shrapnells. A 3 heures du soir, toutes leurs batteries tirent sur la ville sans discontinuer jusqu'à 10 heures du soir. Plus de 2.000 obus de tout calibre furent lancés et parmi eux beaucoup d'obus incendiaires. Le feu a pris partout et le vent eut vite fait de propager l'incendie. On ne pouvait pas secourir la partie de la ville en feu, malgré les onze pompes à incendie dont on disposait, car l'ennemi continuait à tirer avec des shrapnells. Les soldats et les habitants étaient forcés de se réfugier dans les caves. Il n'était pas possible non plus d'appeler au secours d'autres unités stationnées plus loin, car les fils télégraphiques et téléphoniques étaient coupés par le bombardement et l'incendie. A 10 heures le bombardement cessa, mais l'incendie continua à faire rage à cause du vent. Dans une maison, la belle-mère du professeur roumain Georgi et sa

petite tille furent brûlées. 2 soldats français furent également brûlés en essayant de porter secours aux habitants. Il y a eu en tout 8 personnes brûlées — sans compter celles qu'on ignore et qui sont restées sous les décombres — et 26 blessées; 22 furent tuées par les obus. Parmi les victimes il n'y eut que 4 soldats brûlés. 700 maisons ont été incendiées. Après l'incendie on a évacué à peu près 3.000 habitants, mais il en reste encore de 22 à 25.000 en vi41e.

Des engins incendiaires ne sont jamais employés contre des troupes ou même contre l'artillerie, mais bien pour la destruction de bâtiments. Leur emploi montre nettement le but de ceux qui les ont jetés sur Bitolj : ils veulent anéantir la ville !

Et pourquoi les Centraux et leurs amis utilisent-ils des gaz asphyxiants pour bombarder une ville ouverte ? S'imaginent-ils pouvoir ainsi tuer des soldats alliés qui ne font que passer et qui, par dessus le marché, sont tous munis de masques? Aucun soldat n'est mort à Bitolj jusqu'à aujourd'hui par suite de l'absorption du gaz des obus germano-bulgares. Par contre les victimes civiles sont très nombreuses. Et c'est précisément les habitants civils de l'infortunée cité qu'on veut frapper avec ce moyen barbare de destruction. On sait très bien où se trouvent les canons ennemis, et que les vieillards, les femmes et les enfants apeurés se cachent dans les caves. On les atteindra plus sûrement avec les gaz perfides qu'avec les obus ordinaires. C'est la première fois que des belligérants, en se débarrassant de tout sentiment d'humanité, utilisent de tels moyens pour exterminer des non-combattants.

C'est cette extermination de la population qui est le vrai but du bombardement bulgaro-allemand. Voyant que Bitolj est définitivement perdue pour eux, les Bulgares se vengent sur les malheureux habitants. Le traitement qu'ils ont infligé à la ville pendant le temps de leur occupation passagère avait déjà montré combien peu sincères étaient leurs « sentiments de frères » envers les Monastiriotes. Leur bombardement sauvage détruira les dernières illusions que certains, demeurés malgré tout secrètement bulgarophiles, avaient encore conservées.

Il va sans dire que la population de Bitolj vit misérablement dans cette ville continuellement bombardée et à moitié détruite par les obus et l'incendie. Les autorités serbes, secondées par l'autorité militaire française, le Serbian Relief Found anglais et la Croix-Rouge américaine font tout leur possible pour ravitailler les habitants, au nombre d'environ 20.000, dont la plupart sont des pauvres ou de petits artisans. Mais ce ravitaillement est rendu très difficile par le bombardement, par la distance qui sépare la ville du port de Salonique, par les difficultés du transport et par les conditions générales du ravitaillement. La population souflre beaucoup et la vie continuelle dans les caves, dépourvues de toute installation hygiénique, a propagé à un très haut degré les maladies consomptives telles que la tuberculose. La mortalité, surtout infantile, a beaucoup augmenté. Non seulement la ville est ravagée par les obus ennemis, mais la santé publique est atteinte aussi par les conséquences du bombardement.

Bombardement de la ville de Vodena.

Le 3o avril 1917- la ville ouverte de Vodena fut bombardée par des avions ennemis. J'y fus envoyé par le grand Quartier Général de l'armée serbe pour faire une enquête. Voici le r^vpport que j'ai remis aux autorités militaires serbes :

- « Le soussigné, R.-A. Reiss, docteur es sciences, professeur à l'Université de Lausanne, expert auprès des tribunaux, s'est rendu, sur réquisition du Grand Quartier Général de l'armée serbe, à ^^odena le 1'' mai 1917 pour y faire une enquête concernant le bombardement de cette ville par des avions ennemis le3o avril 1917.

Au cours de son enquête, l'expert a fait les constatations suivantes :

Le 3o avril, entre 9 h. 3o et 10 heures du matin, sept avions ennemis ont survolé la ville ouverte de Vodena et l'ont bombardée avec des projectiles de différents calibres. Ces avions venaient de Vertekop. Le commandant V., de

l'aviation franco-serbe, se trouvait à cette heure à l'endroit indiqué et a vu 14 avions ennemis venant de la direction de Dragomantzi. Un des avions est allé voler sur la gare de Vertekop et y a lancé 4 bombes. Un autre s'est détaché du groupe et a survolé le champ des escadrilles de l'aviation franco-serbe près des hôpitaux de V' ertekop. Ces deux derniers ne sont pas allés à Vodena. Les aviateurs francoserbes, au nombre de douze, ayant pris l'air pour chasser les Bulgaro-Allemands, cinq des avions de ces derniers sont partis dans la direction de Gumendjé pendant que les sept autres ont fait un crochet sur Vodena pour repartir ensuite dans la direction des premiers. Le nombre de sept avions est reconnu exact par la plupart des témoins interrogés.

Les avions ont jeté un certain nombre de bombes sur Vodena. Le soussigné n'a pas pu établir exactement ce nombre, cependant il a vu personnellement une vingtaine d'excavations provoquées par l'explosion des projectiles. Les endroits où sont tombées les bombes sont les suivants : près des casernes, au marché, à la gare, dans les vergers devant la gare, près de la mission américaine, près de la grande mosquée, près du cimetière turc à la sortie de la ville (direction d'Ostrovo), dans la vallée qui s'étend devant la colline de Vodena.

La gare est distante du centre de la ville de 45o mètres. Une seule bombe de grand calibre l'a atteinte. Elle est tombée à côté des W.-C. et y a creusé un trou profond sans causer de dégâts notables aux bâtiments. Une seconde bombe du même calibre est tombée, sans exploser, sur la colline au nord de la station, à environ i5o mètres du bâtiment principal. C'est à la gare que furent tués ou blessés les soldats serbes et français, de même que le lieutenant français Sior, qui était allé aux W.-C. Les avions ennemis ont lancé aussi des bombes de petit et grand calibres dans les vergers qui sont directement devant la gare. Le soussigné y a relevé personnellement deux excavations provoquées par de petites bombes et situées l'une à côté de l'autre, et celle produite par une grande bombe. Plusieurs civils furent tués ou blessés à cet endroit.

L'aviation franco-serbe avait cinq tentes près du cimetière turc et la Mission américaine de la Croix-Rouge en possède, tout près également, quelques-unes pour y héberger les réfugiés de Bitolj. De plus, ce jour-là les femmes turques avaient étendu du linge au cimetière de sorte que les aviateurs ennemis ont pu croire que, à cet endroit, se trouvait un campement militaire important. Ils y ont jeté un groupe de cinq bombes qui, d'après les dépositions reçues par le soussigné, sont tombées ensemble.

Les autres bombes ont été lancées au hasard dans les différents quartiers de la ville. Au iMarché, par exemple, deux projectiles ont tué ou blessé nombre de civils. Les distances entre les points d'incidence des bombes jetées sur la ville et ceux des bombes de la gare varient entre 45o et au moins !S()0 mètres, distances qui sont trop grandes pour pouvoir être attribuées à des erreurs de lancement. On peut se demander aussi ce que cherchaient les ennemis dans la vallée devant la colline de Vodena. Une seule bombe est tombée près du monastère, les autres ont été éparpillées sur une distance d'au moins un kilomètre.

Les bombes jetées sur la ville sont de deux calibres : de petits projectiles tels que ceux qu'on utilise pour l'attaque des troupes, et de grandes bombes de destruction de 5o kg. Quelques maisons ont été atteintes et fortement endommagées. Cependant la perte matérielle est relativement faible comparée au grand nombre des victimes humaines du bombardement. Il faut également insister sur ce que les projectiles jetés sur la ville sont des projectiles isolés, c'est-à-dire lancés l'un après l'autre.

En ce qui concerne les victimes, leur nombre est assez élevé : 17 morts et 26 blessés. D'après les dires du maire de Vodena, quelques personnes furent blessées si légèrement qu'elles n'ont pas jugé nécessaire d'en avertir les autorités. Ces blessés ne sont pas compris dans le chiffre total donné plus haut.

Parmi les morts il y a 3 soldats serbes et 14 civils. Il y a 9 hommes, 2 femmes et 6 enfants. Parmi les blessés : 3 soldats serbes, 1 lieutenant français, 2 soldats français, 20 civils. Il y a i3 hommes, 6 femmes et 7 enfants.

Le lieutenant français Sior, lorsque le soussigné Ta vu, était mourant. Il faut donc l'ajouter au nombre des morts.

Les noms des civils tués ou blessés sont les suivants :

Tués : Bogoumir Milanovitch, cafetier, 40 ans ; Lazare Nouchi, 40 ans; Vanosli Fintchi, 12 ans; Marie Fintchi, 8 ans (fillette) ; Athanassie Rodavni, i3 ans; Athanassie Corona, 11 ans ; Dimitri Zlatane, 45 ans ; Gabriel Koupoussinatz, 49 ans, pope-aumônier à l'hôpital ; Nadiré Aline Mahmoud, 7 ans; Aiché Abdullah, 20 ans (femme enceinte) ; Ektché Mustapha, 5 ans; Fatima Dango Alipe, 38 ans (femme); un coiffeur, 40 ans.

Blessés : Dorothé Vaveri, 38 ans (femme); Zéra Béchi, 5o ans (femme) ; Nikola Chané, 21 ans ; Alich Dji Osman, 19 ans; Hadji Osman, 60 ans; Petro Tarpané, 36 ans; George Djiger, 10 ans; Leporli Mehmed, 25 ans; Gotsi Démichone, 11 ans; Yovan Valtadom, 35 ans; Mitsi Trifovine, 35 ans (femme), Choukri Bessine, 14 ans; Jivoine Vouktchevitch, 45 ans; George Bélo, 11 ans ; Kosta Vadralescu, 17 ans; Christo Tressintché, 16 ans; Panaia Tchokala, 3o ans (femme); Marie Laso Risto, 3o ans (femme);" Petra George Mihali, 25 ans (femme) ; Laza Hadji-Andonovitcb, 8 ans (fillette).

Le soussigné a visité la plupart des blessés et s'est entretenu avec eux. Presque tous furent blessés en vaquant à leurs occupations. Plusieurs furent atteints dans leurs maisons. Les bombes du Marché ont fait beaucoup de victimes.

Le soussigné a cherché également à se rendre compte du but que poursuivaient les aviate.urs germano-bulgares en attaquant Vodena, une ville ouverte ne contenant nî positions d'artillerie ni établissements militaires dont la destruction eût été utile pour l'ennemi. La gare même de Vodena est petite et sans importance pour le ravitaillement en vivres et enmunitions.

En cherchant la réponse à cette question, le soussigné a entendu deux explications qu'il croit devoir reproduire dans ce rapport. La première lui fut donnée par le maire grec de la ville. Celui-ci prétend que, à l'heure actuelle, les Bulgaro-Allemands entretiendraient encore un service

d'espionnage très actif en ville, service exécuté par ceux • que ce magistrat appelle des « Bulgares », et qui sont en réalité des Macédoniens slaves affiliés à la propagande bulgare. Or, ces derniers jours, le bruit a couru à Vodenaque le G. Q. G. de l'armée serbe allait s'y installer, de même que le prince-régent Alexandre. Les ennemis auraient su cela par leurs espions et auraient bombardé la ville croyant que les autorités militaires y étaient déjà installées. Le maire a ajouté que, le matin même, il avait procédé à l'arrestation d'un espion bulgare.

Lasecondeexplication fut fournie par le commandant V. : l'escadre ennemie de 14 avions venait sur Vertekop en formation de bataille. 12 avions de chasse des escadrilles franco-serbes ont pris immédiatement l'air pour les atta- • quer. Ceci a dérangé le plan des adversaires qui se sont alors disloqués sans pouvoir atteindre le but qu'ils se proposaient. Voyant leur affaire ratée, sept des avions qui survolèrent Vodena, y ont jeté toutes leurs bombes sans but défini, uniquement pour faire du mal à leurs ennemis.

Cette seconde explication paraît tout à fait plausible. Il est certain que le bombardement de Vodena fut exécuté sans plan défini, au hasard. Il n'y a que deux endroits bombardés, où le bombardement aurait pu s'expliquer par une considération d'ordre militaire : la gare et le cimetière turc, où les tentes des aviateurs, celles de la Mission américaine et peut-être aussi le linge étalé par les femmes turques, pouvaient faire supposer l'existence d'un campement de troupes. L'aviateur qui a bombardé ce cimetière est d'ailleurs le seul qui ait déclenché un groupe de projec- ' tiles, comme on le fait en cas d'attaque d'un campement.

Le jet de bombes sur la gare peut, à la rigueur, aussi être expliqué par la volonté de détruire un établissement d'utilité stratégique. Les trois bombes lancées dans les vergers ont été probablement destinés à la station du chemin de fer de sorte que, en tout, on l'a bombardée avec trois grandes et deux petites bombes, ce qui est peu pour les sept avions qui ont survolé la ville.

Toutefois, la destruction de la gare doit être attribuée à l'idée spontanée d'un ou, au plus, de deux aviateurs enne-

mis. Car si elle avait été prévue d'avance, on ne comprendrait pas pourquoi les autres avions auraient dépensé leurs munitions en pure perte, militairement parlant bien entendu, sur la ville, au lieu de seconder leurs camarades qui n'avaient pas réussi à atteindre leur but.

Ces faits montrent précisément que le bombardement de Vodena a été exécuté sans plan, uniquement pour taire du mal à l'adversaire et sans égard pour la population civile, protégée par les lois et les règles de la guerre. Il serait enfantin, en efîet, de supposer que les bombes tombées sur la ville étaient destinées à la gare et que les écarts n'étaient attribuables qu'à des erreurs de lancement. Un aviateur-bombardeur, même s'il est peu exercé, ne fait pas des écarts de 45o à 8oo mètres. A plus forte raison ceux de l'escadre allemande, très expérimentés, actuellement sur ce front et qui, à maintes reprises, ont montré leur habileté, ne commettront-ils pas de semblables erreurs !

Toutes ces considérations autorisent le soussigné à conclure que le bombardement de la ville même de Vodena n'a été qu'un acte de vandalisme commis dans le but de terroriser la population civile, peut-être aussi, en même temps, dans le but de se venger de ce que les aviateurs alliés avaient empêché l'escadre ennemie d'exécuter des destructions ayant une réelle valeur militaire.

Saloniqiie, le 2 mai 1917.

R.-A. Rkiss. »

A maintes reprises les Bulgaro-AUemands se sont attaqués aux formations sanitaires. Un exemple typique de leur façon de faire est le bombardement de l'hôpital anglais N° 37, à Vertekop, par leurs avions, le 12 mars 1917. Je reproduirai de nouveau mon rapport-expertise de cette affaire, rapport fait pour l'Etat-Major Général serbe :

« Le soussigné, R.-A. Reiss, docteur es sciences, professeur à l'Université de Lausanne (Suisse), expert auprès des tribunaux, a été chargé par le G.O. G. de l'Armée serbe de se rendre à Vertekop et d'y procéder à une enquête-expertise concernant le bombardement de l'hôpital anglais N" 37

par des avions ennemis, le 12 mars 1917. L'expert a exécuté cette enquête le 19 mars.

II s'est rendu d'abord à la gare de Vertekop, distante de deux kilomètres environ de l'hôpital 5~, gare où une partie du dépôt de munitions avait été détruite à la suite du jet de bombes incendiaires par les avions ennemis. Le soussigné a constaté que presque toutes les munitions qui ont explosé, ont éclaté sur place. Les débris lancés au dehors du dépôt incendié sont relativement très peu nombreux. Aucun débris ne fut trouvé à une distance supérieure à 3oo mètres du foyer de l'incendie. Ainsi la^gare de Vertekop, qui est située à 100, i5o mètres du dépôt, ne montre presque aucune éraflure provenant de projectiles lancés par les explosions successives. Seules les tuiles du toit, de même que les vitres des fenêtres ont souffert par suite du déplacement d'air provoqué par les explosions et, surtout, par l'explosion d'une provision de mélinite qui a creusé un profond cratère circulaire d'un diamètre d'environ 50 mètres. Une quantité considérable^ d'obus, de grenades, etc., n'a pas même fait explosion.

Le fait que les débris de munitions n'ont pas été lancés à plus de 3oo mètres du lieu des explosions ne surprendra nullement les gens qui ont étudié les explosifs. Pour projeter des obus, des balles de cartouches, etc., il faut que la douille portant le projectile et remplie de la matière explosive motrice soit dans l'impossibilité d'éclater elle-même. En d'autres termes, il faut qu'elle soit enfermée dans un tube qui la renforce. Si la matière explosive contenue dans la douille explose et que cette dernière ne soit pas doublée d'un tube résistant, celui d'un fusil par exemple, la douille crève et le projectile tombe sans force. D'ailleurs, même si la douille ne peut pas éclater, pour que le projectile soit lancé à une grande distance, il faut encore que les gaz produits par l'explosion de la poudre, etc., agissent sur lui pendant un laps de temps relativement long, ce qui ne peut avoir lieu que dans un tube fermé (l'àme d'un canon, d'un fusil, d'un revolver, etc.). Sans cela les gaz moteurs s'échappent et le projectile tombe après un parcours plus ou moins court.

A la gare de Vertekop, obus, poudres renfermées dans des douilles, cartouches de fusil, etc., ont éclaté pour ainsi dire en plein air. Seuls les morceaux de ces projectiles explosant sur place ont pu être lancés au loin et cette projection n'a pas dépassé 5oo mètres. En tout cas, aucun débris n'a pu atteindre l'hôpital 37, situé à environ 2 kiloiTsètres de la gare.

Après l'examen du dépôt de munitions, l'expert est allé à l'hôpital N" 07, où il a été reçu par le colonel commandant l'hôpital. Celui-ci a déclaré que le bombardement de l'hôpital a eu lieu le 12 mars, entre 8 h. i5 et 8 h. 3o du matin. Deux gardes-malades et quatre infirmiers furent tués, six infirmiers et trois malades serbes furent blessés. Au moment du bombardement, un train passait sur la voie à l'est de l'hôpital.

La première bombe est tombée à deux mètres devant la salle d'opérations et y a tué un garde-malade et un infirmier. De cet endroit à la voie ferrée, il y a au moins 200 mètres. Quelques témoins disent que, à l'instant du jet de la bombe, le train se trouvait à la hauteur de la salle d'opérations. D'autres prétendent qu'il était encore un peu en arrière. Tous sont d'accord sur ce point que les avions venaient de la gare de Vertekop en suivant la voie du chemin de fer.

La seconde bombe est tombée dans la tente des rayons X, à côté de la salle d'opérations. La troisième a atteint le chemin à 3 mètres de la partie postérieure de cette tente. La distance entre la première et la seconde bombe est de 14 m. 60; celle de la deuxième à la troisième, 7 m. 3o. La quatrième et la cinquième bombe sont tombées dans et à côté d'une tente de malades qui était vide au moment de l'attentat. Enfin la sixième est entrée dans la tente à côté de cette dernière et y a tué une garde-malade. Les distances sont les suivantes : de la troisième à la quatrième, 7 m. 3o; de la quatrième à la cinquième, 4 m. 60 ; de la cinquième à la sixième, 14 m. 60.

L'ensemble des points d'incidence des bombes présente une ligne brisée. Les distances relativement minimes entre les trous produits par l'éclatement des

bombes montrent nettement qu'elles furent déclenchées ensemble et que l'air était calme au moment de leur jet, sans cela les distances qui les séparent, auraient été plus grandes. La direction de l'ensemble des excavations marque aussi la direction du vol de l'avion bombardeur : SO-NE.

La septième bombe est tombée à environ 2 mètres au nord d'une tente de malades située en ligne droite devant la salle d'opérations, l'n infirmier y fut tué. Sur le terrain de foot-ball on relève une nouvelle série de six bombes dont les distances respectives sont de : 6 m. 40, 19 m. 5o, 3 m. 79, 16 m. i5, 9 m. 44. La direction générale du jet de bombes est à l'équerre avec la direction générale de la première série de bombes. Ceci indique que ces bombes furent lancées, à la fois, par un second avion volant en direction perpendiculaire du premier. Au SE de cette seconde séri et à 70 m. 21, se trouve l'excavation provoquée par l'explo sien d'une bombe isolée. Cette excavation est dans la direction du jet des six bombes précédentes et provient probablement d'une bombe d'essai. En admettant une vitesse de l'a^■ion de 140 kilomètres à l'heure, la bombe d'essai aurait été suivie par le déclenchement de la série des projectiles à 2 secondes d'intervalle.

A droite et à gauche du chemin d'accès, mais déjà dans l'hôpital 07, on constate une nouvelle série de cinq bombes dont la ligne de direction générale prouve qu'elles ont été lancées par un troisième avion. Enfin, une bombe isolée est tombée juste à côté d'une des toiles portant la croix rouge indicatrice. L'hôpital i6, devant l'hôpital 37 et faisant suite à ce dernier, a reçu trois bombes assez près de la ligne de chemin de fer. Trois hommes y furent blessés et un fut tué.

Les hôpitaux 36 et 37 sont entourés de 12 toiles indicatrices à croix rouge. Les dimensions du fond de ces toiles sont de 11 m. 88 sur 9 m. 41 . Les bras de la croix rouge ont 10 m. o3 et 7 m. 62. Le rouge de quelques croix a pâli, niais, chez la plupart, il est encore très vif.

L'expert a voulu se rendre compte si les dites croix rouges étaient visibles à la hauteur où volaient les avions

ennemis (3.000 m.)- H est donc monté à bord d'un avion de l'escadrille de Vertekop et a survolé, à 3.000 mètres, les hôpitaux bombardés. Bien que le temps fût quelque peu brumeux, les douze croix étaient parfaitement visibles à l'œil nu. Il faut ajouter que, le jour du bombardement, leur \ isibilité a dû être bien plus grande encore, car il faisait un temps radieux.

En volant à cette hauteur, le soussigné a également pu se convaincre de l'importance de la distance séparant les hôpitaux de la gare de Vertekop. Les photographies annexées à ce rapport et faites par le service photographique des escadrilles de Vertekop à une hauteur de 2.000 mètres, montrent très bien la visibilité des croix indicatrices.

L'expert a fait une dernière et importante constatation : les excavations produites par l'éclatement des bombes sont très peu profondes et de petites dimensions. Ceci indique que les projectiles lancés n'étaient pas de grosses bombes destinées à la destruction d'objets résistants, mais des bombes employées ordinairement pour l'attaque d'êtres vivants.

Les constatations du soussigné ont donc démontré que l'hôpital 07 fut attaqué par trois avions et l'hôpital 36 par un avion. Seules les bombes du 36 et une du 5~ sont proches de la ligne de chemin de fer. iMalgré la présence du train à côté des hôpitaux, peut-on admettre que celui-ci ait été visé par les aviateurs?

Pour répondre à cette question, il faut constater d'abord que les aviateurs bulgaro-allemands ont su qu'ils étaient au-dessus de formations sanitaires. Ils le savaient par la présence des croix rouges, nettement visibles, et par leurs incursions antérieures dont l'énumération est jointe au présent rapport. Et alors, s'ils savaient qu'ils étaient audessus d'hôpitaux et s'ils avaient réellement l'intention de n'attaquer que le train, ils n'avaient qu'à attendre que celui-ci, qui était en marche, ait quitté la zone des hôpitaux. Mais l'attaque du train n'était pas leur but. Ils voulaient atteindre les hôpitaux. Ceci est prouvé : 1/ parla nature même des bombes, qui auraient été des bombes de

destruction si l'on avait eu l'intention d'endommager sérieusement le train ; 2/ par le jet de séries de bombes tombant très près les unes des autres, ce qui montre que l'air était tranquille : dans de telles circonstances l'écart entre les emplacements de l'éclatement des projectiles et la voie ferrée est trop grand pour être dû à des erreurs de lancement; 3 par le fait que les trois avions ont jeté leurs bombes au milieu de l'hôpital 37; 4 par le lancement d'une bombe d'essai, suivi immédiatement d'une série de six bombes. Les aviateurs ont dû se rendre compte où était tombée la bombe d'essai, et, s'ils en ont, immédiatement après, jeté six autres à la fois, c'est qu'ils ont voulu que celles-ci tombassent à la même place que la première.

Tout ce qui précède autorise l'expert soussigné à conclure :

t" Que l'explosion du dépôt de munitions de Vertekop- Gare n'a rien à faire avec le bombardement des hôpitaux

36 et 37 ;

2" Que le bombardement de l'hôpital 37 au moins, a été exécuté par trois avions ennemis difierents ;

3" Que la visibilité des croix indicatrices étant parfaite à la hauteur de 3.000 mètres, les aviateurs ennemis savaient qu'ils se trouvaient au-dessus d'hôpitaux;

4" Que les bombes utilisées n'étaient pas des grosses bombes ordinairement employées pour la destruction d'objets résistîmts, mais des bombes destinées à l'attaque d'hommes ;

5" Que le bombardement était dirigé contre les hôpitaux

37 et 36 et non pas contre le train qui passait à côté.

Salouiqiie. le Ti mars 1917.

R. A. Reiss. »

L'hôpital 37 a été atteint par des projectiles proN enant d'avions ennemis :

Le 10 août 1916, à 7 h. 3<) du matin, par deux bombes

tombées dans le terrain de l'hôpital. Une grande tente a été détruite et deux hommes blessés.

Le 19 août 1916, à 6 h. i5 du matin, 24 bombes ont été lancées sur l'hôpital et un homme et deux officiers ont été sérieusement blessés. Six de ces bombes étaient des bombes incendiaires. Deux grandes tentes furent détruites, plusieurs grandes, petites tentes et tentes rondes furent perforées.

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