‹ Les infractions aux lois & conventions de la guerre commises par les ennemis de la Serbie depuis la retraite Serbe de 1915. Résumé de l'enquête exécutée sur le front de MacédoineChapitre 19 sur 28 · ASSASSINATS ET EXECUTIONS DE NON-COMBATTANTS · texte numérisé non relu

ASSASSINATS ET EXECUTIONS DE NON-COMBATTANTS

« Les comitadjis ont tué, à Oravitza, Georges Traikovitch, ancien maire, et Ave Boudovitch. A Roandène, Y'ovan Kalabouklia fut tué en prison. D'autres personnes devaient encore être tuées immédiatement mais, sur la demande de la population, le préfet les a prises sous sa protection. De plus, les comitadjis ont massacré Lazar Traikovitch et Gligor Anastassievitch sous prétexte que leurs tils étaient des espions serbes. Stoyan Yovanovitch d'Oravitza a été tué parce qu'il voulait empêcher le pillage. >- — Vélia Mantchitch, sergent serbe et déserteur bulgare ; déposition faite au iMinistère de l'Intérieur, N" i534 du 3l vu. 17.

Déposition du même témoin faite devant R. A. Reiss : Vélia Mantchitch, agriculteur de Mrsen Oravitza, arrondissement de Négotine, département de Tikvèche, 22 ans, sergent dans l'armée serbe, fait prisonnier et incorporé dans l'armée bulgare. Déjà entendu au Ministère de l'Intérieur et au G. O. G. serbe : « Je confirme mes dépositions au Ministère de l'Intérieur et au G. O. G. Les massacres dont j'ai parlé dans mon témoignage au Ministère, ont eu lieu dans les villages des environs de mon pa5's, Fariche. Ce sont mes parents qui m'en ont fait le récit. Ces massacres furent exécutés dès l'arrivée des Bulgares. Le maire de Fariche, Risto Arsitch,y fut tué. Ce sont les comitadjis qui, avec l'assentiment des autorites bulgares, tuaient les gens. »

(( Pendant la retraite, lorsqu'il arriva à Strouga et pendant que les Bulgares entrèrent en ville, le témoin a vu

cinq ou six Serbes qui avaient été dépecés à coups de hache par les comitadjis. On avait laissé les cadavres dans la rue et les assassins allaient s'en vanter partout. » — DoucHAN Manoilovitch, de Chtipina, 3i ans, en dernier lieu gendarme serbe du détachement de Tétovo, évadé des Bulgares.

« Mon oncle, Nikola Yovkovitch, marchand de « raki » (eau-de-vie) a été emprisonné avec 16 personnes de Prilep et des villages environnants et, après un mois et demi de détention, tous ces gens ont été tués ou, plutôt, enterrés vivants. L'exécution a eu lieu au mois de janvier 1916 à l'endroit dit « Tjoupsko Doltche », tout près de la caserne de Prilep. C'est un comitadji de la bande de Djourloukoff, un certain Plajé Petchiaré, qui m'a raconté la scène. Le professeur de l'Université de Sofia Petar Mormeflfest venu exprès à Prilep pour sauver mon oncle, mais il n'a pas réussi à le libérer. Au commencement de 1916, les comitadjis bulgares ont tué Jossif Ristitch, ex-voïvode de cette ville. Ils ont tué aussi Yovan Georgevitch, secrétaire de la commune de Markovgrade. Ils l'ont massacré pour la même raison que Josif: parce qu'il était Serbe. Tous deux furent assassinés au lieu dit « Sarika » près de Prilep. La femme de Yovan, domiciliée avec ses enfants à Prilep, à la nouvelle de la mort de son mari, est allée , immédiatement au dit endroit et y a trouvé, dépecés, les deux cadavres. A la fin de 1913, le maire du village d'Orchovtzi fut fut tué au milieu de la rue. Dimko, de Prilep, un comitadji serbe du village de Seltze, fut également assassiné. Les Bulgares ont massacré, après leur arrivée à Prilep, une partie des gens qu'ils avaient emprisonnés auparavant. Les autres furent relâchés moyennant finance. Les comitadjis ont tué beaucoup de m-onde dans les villages autour de Prilep. Ils ont pillé et incendié les maisons, par exemple dans les villages de Kochino, Margari, Strovié, Zrze, etc. On a pendu devant la prison de Prilep, dans une cour ouverte, les personnes condamnées par le tribunal militaire de Prespa. La veille du jour où ces exécutions devaient avoir lieu, on les annonçait, le soir, au son du tambour. Il y avait parmi les pendus beaucoup de civils et

de militaires. Les civils étaient des villageois suspects d'espionnage. » — Georges Todorovitch, infirmier serbe, enrôlé dans l'armée bulgare; s'est rendu comme sergent du l5' régiment bulgare ; originaire de Prilep, 29 ans.

« Pendant le transport après notre capture, près de Mala Krsna, un jeune homme que nous avions rencontré fut obligé par nos gardes (allemandes) de nous suivre. Comme il ne voulait pas le faire et essayait de s'enfuir, un cavalier (probablement un dragon) se lança à sa poursuite et lui décocha d'abord un coup de lance, puis descendit de cheval et lui coupa la gorge avec un couteau. > — Vitèze Bradi- LOviTCH, percepteur à Ganitza, sous-lieutenant au g'' régiment d'infanterie serbe. Évadé d'Autriche.

« Un pope des environs de Belgrade a été pendu, au mois de mars 1917, absolument sans aucune raison et par pur fanatisme religieux. L'exécution a eu lieu à la citadelle de Belgrade et les Autrichiens ont obligé la femme et les enfants du prêtre à assister au supplice de leur mari et père. » — Marie Milkovitch, de Belgrade.

« Les Bulgares commencèrent alors (après le refus de la population de se faire vacciner) à pendre les gens sur le pont de Leskovatz, à Vlasotintze, à Lébané et à Nich en obligeant tout le monde à venir assister à ces cruautés. Ils ont pendu le clerc Jordan, le jour même de Pâques. Les bourreaux l'ont pendu par la langue et la victime a subi un supplice horrible avant de mourir. « — Lettre de Svk- TOZAR PopoviTCH, instituteur, commandant d'un bataillon d'insurgés au capitaine Tchédo Tomitch, de la Division de la Morava. 10 mai 1917.

« Avant la révolte les Bulgares ont amené des Albanais au Kopaunik et ceux-ci ont exercé un régime de terreur. C'est de côté que se trouve la limite des territoires occupés par les Autrichiens et par les Bulgares. Bulgares, Autrichiens et Albanais tuaient une masse de gens. Les Autrichiens emmenaient les gens, les conduisaient dans un village des environs et les tuaient. Ainsi, dans le village de Rasbojina les Austro-Hongrois ont massacré, après la révolte, plus de 2.000 hommes. Mais, déjà avant la révolte,

ils ont exécuté beaucoup de monde. Les Austro-Hongrois pendaient les gens, les Bulgares les martyrisaient de toute façon. Avant la révolte, les Austro-Hongrois avaient l'habitude d'envoyer des patrouilles de gendarmes dans les villages, patrouilles qui pillaient tout et pendaient chaque fois un grand nombre d'habitants. Le témoin a assisté à Prokouplié et à Krouchevatz à des pendaisons exécutées par les Autrichiens. A Prokouplié ils ont, en outre, fusillé 6 hommes d'environ 3o ans. » — Vlasdimir Voukovitch, 19 ans, de Komiritch, élève du gymnase de Chabatz, insurgé évadé.

« Le témoin est allé en permission chez lui à Boyanovatz. C'était au mois d'août 1917. H est allé aussi à Vranja, Leskovatz et Nich. Son oncle, de Ristovatz, a dû donner aux Bulgares 3ooo billets de 10 dinars pour que son petit-fils ne soit pas tué. Il avait 14 ans. Les Bulgares ont pris l'argent, ont massacré l'enfant devant son grand-père et ont tué celui-ci ensuite. Ils ont commis ce crime parce qu'une bande d'insurgés avait passé par Ristovatz... Les Bulgares ont tué beaucoup de civils pour se venger de la destruction du pont du chemin de fer, près de la gare de Ristovatz, destruction due à un détachement de révoltés serbes. Parmi les massacrés se trouvent Yanko Minkovitch, Massa Mikindjia, etc.. » — Jordan Koste Stochitch, de Boyanovatz, sergent au 2' régiment d'infanterie serbe enrôlé de force dans la 11- compagniedu 3" bataillon du il' régiment d'infanterie bulgare, 3- division des Balkans.

Voyons maintenant les prisonniers bulgares à propos des massacres de civils :

N° yy, du 2" régimentd' artillerie de montagne, Ç) batterie : « Le témoin a reçu l'ordre de tuer deux Serbes, un kmet et un adjoint au kmet. Sachant qu'ils étaient innocents, il déclara à son commandant qu'il ne se sentait pas la force d'exécuter l'ordre et il le pria de leur faire grâce. En réponse son commandant lui tira dessus et le blessa à la poitrine et au bras. Après cela un autre sous-officier fut envoyé pour exécuter les deux Serbes, un certain Lilé Petroflf, mais sur les conseils du premier les soldats tirèrent en l'air et lais-

sèrent s'enfuir les deux hommes. L'officier qui avait tiré sur le témoin, fut condamné à trois ans de prison « à faire après la guerre ». Dix mois plus tard, se trouvant sur les positions de Belsitza, près de Poroi, le témoin fut mis en prison parce qu'il avait dit du bien de la France et de l'Angleterre. Ce fut alors que le sous-officier Lilé Petroff déclara avoir été incité par lui à ne pas tueries deux Serbes et il fut envoyé à la prison de Sofia, où il resta jusqu'à son évasion. Il fut condamné à mort il y a trois mois. Il s'est évadé, il y a de cela i6 jours, avec son camarade Todorolï. Pendant l'évasion, Todoroff fut grièvement blessé encore à Sofia pendant que lui réussissait à gagner la Toumba, où il s'est rendu, le 27 mai 1917, aux Anglais. Le capitaine Strmanoff, de l'État-Major du 6' régiment, envoyait des patrouilles spéciales dans les villages pour y arrêter les kmets et les adjoints qu'il faisait tuer ou emprisonner ensuite. »

N" "jS, 22 ans, du 12' régiment:. « Les soldats ont arrêté à Débar un homme parce que, d'après eux, c'était un Bulgare qui faisait de la propagande serbe. Cet homme a été tué. Le témoin a entendu dire qu'on en avait exécuté d'autres près de Skoplié toujours sous le prétexte qu'ils étaient des espions et des propagandiste* serbes, »

;V" /g,22 ans, du 12' régiment d'infanterie : « Des Serbes de Macédoine ont été exécutés par les comitadjispour avoir soutenu le gouvernement serbe. Le témoin a entendu dire que des villageois ont été tués par les comitadjis qui tiraient par les fenêtres. On appellait ces victimes des espions. Dans îes environs de Koumanovo et de Skoplié, des exécutions ont eu lieu. »

A'" cS'o, 24 ans, sergent-major au 45' régiment bulgare : « Le témoin a été 6 mois à Prichtina. Les soldats ont tué dans cette ville beaucoup d'Albanais, <( parce que ce sont des voleurs ». Il dit ne pas avoir vu personnellement ces exécutions, mais les soldats qui y ont procédé les lui ont racontées. On a amené une fois une centaine d'hommes. Il ne sait pas ce qu'on en a fait, mais il suppose qu'on les a tués, « car ils ont assassiné des Bulgares sur les routes, v

A^" Si, sons-officier au 2" régiment d'infanterie : « Nos soldats affirment qu'on a tué beaucoup de monde en Serbie. »

Il résulte donc nettement de tous ces témoignages que Bulgares, Austro-Hongrois et Allemands ont tué beaucoup de civils en territoire serbe encore occupé actuellement par eux. Ces tueries ont eu lieu pendant l'action de l'automne I9i5et, ensuite, durant l'occupation. Les Allemands, n'administrant pas ce pays et y ayant beaucoup moins de troupes que leurs alliés, ont commis moins de cruautés contre les civils que ceux-là. Cependant ils en ont commis au courant de leur invasion de I9i5 et au commencement de 1916. La preuve en est dans la déposition de Vitèze Bradilovitch et celle du D' Athanasiadès, rapportée au chapitre premier: « J'ai entendu dire qu'à Svilainatz les Allemands ont fusillé 04 personnes et qu'à Krouchevatz ils ont fait pendre 3 paysans sous prétexte que ceux-ci avaient attaqué des soldats allemands. »

Bulgares et Austro-Hongrois ont fréquemment exécuté des gens en masse, femmes et enfants compris. C'est surtout la révolte en Serbie, dont il sera parlé dans un chapitre spécial, qui leur en a fourni le prétexte. Cependant il faut insister sur le fait que Bulgares et Austro-Hongrois avaient déjà commencé leurs massacres bien avant cette révolte. \'^oukovitch dit à propos des Austro-Hongrois : « Avant la révolte, les Austro-Hongrois avaient pour habitude d'envoyer des patrouilles de gendarmes dans les villages, patrouilles qui pillaient tout et pendaient chaque fois un grand nombre d'habitants. » D'autre part, par des moyens qu'on ne peut pas dévoiler pendant la guerre (les documents sont aux mains du gouvernement serbe), nous savons que les Bulgares n'ont pas seulement tué beaucoup de gens en Serbie du Sud, mais aussi, au courant de l'été 1917, dans le Nord du pays envahi. Dans le seul village de Kobiljé, près de Pojarevatz, ils ont massacré environ 200 hommes, femmes et enfants.

J'ai souvent signalé ces massacres de civils en Serbie envahie dans les deux grands journaux neutres, la « Gazette

de Lausanne » et le « Telegraaf «d'Amsterdam. La Bulgarie et l'Autriche-Hongrie ont toujours essayé de les démentir. Le lecteur n'a qu'à lire les témoignages publiés dans ce résuiTié pour se convaincre dubien-fondédemes assertions.

D'ailleurs, l'Autriche-Hongrie nous a elle-même fourni des preuves éclatantes de sa conduite barbare contre tout ce qui est serbe. Les journaux de la Double Monarchie nous ont renseignés sur le sort atroce des frères des Serbes encore actuellement sous la domination des Habsbourg. Le D' Kuhne, de Genève, a rassemblé ces aveux provenant de l'Autriche-Hongrie elle-même dans son livre : « Ceux dont on ignore le martyre ». Ces aveux constituent un terrible réquisitoire contre la Monarchie bicéphale. Qu'on y lise les listes des fusillés ou pendus extraites des journaux : Slovenetz, Obzor, Shn>e?iski Narod , Beogradske Novine (le journal officiel austro-hongrois à Belgrade occupée), Bosnische Post, Saraievski List, Arbeiter Zeitung de Vienne, Die Drati, Novine, Hri>atski Dnevnik, Tagespost, Pokret, etc. Si les gouvernements de Vienne et de Budapest se conduisent ainsi sur leur propre territoire envers les Serbes, Croates et Slovènes qui sont encore leurs sujets, se gêneront-ils pour procéder de même ou avec plus de cruauté encore envers les Serbes tant abhorrés de la libre Serbie que la trahison bulgare leur a passagèrement livrée?

Mais, en dehors de ces articles de journaux, nous possédons encore d'autres preuves livrées par les Austro-Hongrois eux-mêmes. Ceux-ci paraissent avoir la manie des cartes postales macabres que les soldats alliés ont trouvées sur les corps d'ennemis tués devant Bitolj-Monastir. La première carte fut trouvée dans la poche d'un officier allemand, tué sur le front de Bitolj. C'est une carte postale représentant l'exécution par pendaison de six paysans à Krouchevatz. en N'ieille Serbie, par les Austro-Hongrois. Six potences sont dressées et à chacune pend un malheureux paysan serbe, les mains liées au dos. Devant et à côté de ces appareils ignobles, des officiers et des soldats allemands et, surtout, austro-hongrois regardent ce spectacle qu'on réserve ordinairement au silence et à la discrétion d'une cour de prison. Mais ce qui est le plus accusateur,

c'est l'expression des visages de ces spectateurs : leurs mines trahissent la satisfaction et la joie de cet acte horrible. La seconde carte a été ramassée par le soldat serbe Douchan Voudoykovitch sur le sous-lieutenant Bernhard Wewerintch, chef de la 6^ compagnie du 2' bataillon du 11' régiment des grenadiers prussiens, tué à la cote io5o dans la montagne du Tchouké. Cette dernière reproduit la pendaison de huit citoyens de Jagodina en Serbie envahie. Cette carte postale photographique fut mise par le soldat serbe dans son portefeuille et, comme il ne se doutait nullement de sa valeur documentaire, elle y fut passablement maltraitée. Cependant, malgré tous les plis et altérations, on reconnaît encore parfaitement le sujet que représente ce carton : huit civils, dont cinq paysans, pendent à huit potences austro-hongroises. Les potences ont la même forme typique que celles de Krouchevatz : un poteau carré avec une petite traverse à la tète. Les victimes ont les yeux bandés et les mains et les pieds liés avec de fortes cordes. A côté du premier pendu — un citoyen coiffé d'un chapeau mou — deux soldats sans armes, très jeunes, se tiennent dans une « position photographique », pendant qu'un troisième est encore sur l'échelle, appuyée au poteau, qui a servi à Taccrochage du supplicié. A quelques pas devant cette rangée de pendus, des soldats et des officiers sont assemblés pour contempler cette scène ignoble. Un civil en veston clair, peut-être un représentant de la presse des Centraux, est parmi eux, tout joyeux de pouvoir assister à un événement aussi sensationnel.

Enfin la dernière trouvaille de cartes de pendus faite sur un officier autrichien, capturé du côté du lac d'Ochrida (je ne l'indiquerai que sous le n" 82, car il m'a donné ensuite des renseignements sur ces pendaisons), est encore plus importante. Ce sont dix cartes postales représentant l'exécution par pendaison de paysans et d'un pope à Aftovatz, en Herzégovine, donc sur territoire encore autrichien, mais peuplé de Serbes. Sur ces cartes, qui datent du mois de mars ou avril 1916, on voit toutes les phases de cette mise à mort affreuse. L'une reproduit le départ du village. Les condamnés à mort paraissent indifférents. La seconde

nous montre le peloton d'exécution précédé de deux officiers. Ensuite nous assistons, par l'image, à tous les détails de l'exécution même. La cérémonie lugubre terminée, le commandant Marinitch — le propriétaire des cartes a eu l'imprudence d'y inscrire le nom de ce commandant-bourreau — s'entretient devant les gibets, auxquels pendent encore les victimes, avec ses officiers et la conversation a dû être gaie, car tous rient avec une visible satisfaction. Une autre carte nous fait contempler les suppliciés étendus sur un talus conîme le gibier à la fin d'une chasse. Enfin une dernière vue, faite avec un réel sens artistique, montre le lieu de l'exécution. Les huit potences avec les victimes se déta<:hent sur le ciel où le soleil se cache derrière des nuages. Les Austro-Hongrois diront que ces cartes postales représentent l'exécution de gens dangereux pour eux et que ce n'est pas une preuve qu'ils exterminent la population serbe. « Ces pendus sont des espions, des condamnés pour haute trahison, etc. », diront les défenseurs de la force brutale. A quoi nous répliquerons : « Donc ce sont des Serbes qui ont voulu travailler pour le pays qu'il estiment être le leur. Que ces gens-là soient dangereux pour vous, nous ne le contestons pas une minute. Nous sommes en temps de guerre et vous avez le droit de vous en débarrasser. Mais convenez que ces hommes, que vous prétendez être des espions, prétention que, nous rappelant certains procès, celui de Friedjung par exemple, nous ne pouvons accepter que sous bénéfice d'inventaire, ces hommes, disons-nous, n'ont point commis de crime déshonorant ; tout au contraire, ils étaient de bons patriotes conscients de leurs devoirs envers leur pays. Pourquoi alors perpétuer leur supplice par la carte postale moqueuse? Pourquoi leur infliger cette honte imméritée ? Dans vos écoles ne vous a-ton pas enseigné le respect de la mort, même de celle du pire des criminels? »

De plus, sur toutes ces cartes il n'y a pas seulement une potence unique, il y en a tout de suite six, sept et huit à trois endroits différents. iMais pour avoir besoin d'autant de potences à la même place, on doit donc les utiliser très souvent, sans cela on se contenterait d'une seule machine à

exécutions capitales que d'autres pays, après chaque usage, cachent soigneusement dans des endroits discrets. Le nombre des gibets indiqué par les cartes postales révèle clairement le régime subi par les habitants en Serbie envahie et en Herzégovine aujourd'hui encore annexée au sceptre des Habsbourg. Ces instruments macabres, qui se dressent partout là où il y a des Serbes, sont devenus l'enseigne de la domination austro-hongroise, et les cartes postales qui les reproduisent constituent u« terrible réquisitoire contre ce régime.

Voici maintenant ce que dit l'officier autrichien N"82 sur lequel on a trouvé la dernière série de cartes postales de pendus : « Je suis venu en Herzégovine, à Nevessinjé et à Aftovatz. Personnellement je n'ai pas vu les pendaisons, mais j'en ai entendu parler et ces renseignements me viennent de six à sept sources différentes. On m'a dit que 37 hommes d'Aftovatz auraient fait cause commune avec les Monténégrins et auraient été condamnés à mort. On en a tué, à Trébinjé, à peu près 400. Les paysans m'ont dit que les pendus d'Aftovatz n'avaient pas comploté avec les Monténégrins. Lorsque j'étais à Aftovatz, il y avait encore trois potences. » Le témoin ajoute : « Toutes les maisons près de la frontière ont été incendiées sur un rayon de 10 à i5 kilomètres du côté du Monténégro et du côté de l'Herzégovine. Tous ceux chez lesquels on a trouvé des armes, ont été pendus. »

Quelle est la cause de ces tueries de civils ? Pour justifier leur conduite devant le monde, les ennemis des Serbes prétendent que les exécutés étaient des espions ou de ces francs-tireurs qui tirent par derrière sur les soldats. Les Allemands ont cherché à expliquer leurs massacres en Belgique de la même façon, ainsi que les Austro-Hongrois lors de leur première invasion de la Serbie en 1914.

"Les Bulgares, de leur côté, ont adopté également ce système de défense. Les dépositions de leurs prisonniers sont explicites à ce sujet. Le N" 79 dit par exemple : -« On appelait ces victimes des espions. » Le N" 80 déclare : (( Une fois, on a amené une centaine d'hommes. Je ne sais pas ce qu'on a fait d'eux, mais je suppose'qu'on les a

exécutés, car ils ont tué des Bulgares sur les routes. >> Ce même témoin parle aussi de beaucoup « d'Albanais >> qui ont été exécutés àPrichtina« parcequé ce sont des voleurs». Le mensonge saute aux yeux ! Le prisonnier, craignant de se compromettre, ce qui est compréhensible, et sachant, d'autre part, que nous étions au courant des massacres, a voulu les expliquer et les excuser tout en changeant la nationalité des victimes. Ces derniers, en tout cas, dans leur grande majorité, étaient des Serbes.

II arrive cependant quelquefois que l'aVeu de la vraie cause des massacres échappe aux prisonniers. Le N" 78 parle, par exemple, de l'exécution de ce « Bulgare » qui taisait de la propagande serbe. Un Bulgare qui fait de la propagande serbe et encore en pays occupé par les troupes duj Cobourg ! II faut une bonne dose de naïveté pour croire qu'on puisse faire avaler au monde une pareille bourde ! D'ailleurs, le même prisonnier dit immédiatement après que, près de Skoplié, on a exécuté d'autres hommes « qu'on prétendait être des espions ou des propagandistes serbes ». Le N" 79 avoue que « des Serbes de Macédoine ont été exécutés par des comitadjis pour avoir soutenu le gouvernement serbe ».

C'est bien là la vraie cause des massacres en terre serbe envahie par les Bulgares et les Austro-Hongrois. C'est la haine de ces peuples contre tout ce qui est serbe. C'est également cette haine qui pousse les Austro-Hongrois à dresser des potences, sur leur propre territoire, partout oij il y a des gens qui parlent et pensent en serbe. Bulgares et Austro-Hongrois, comme on le verra également dans les chapitres suivants, ne visent à rien autre qu'à l'extermination de cette race abhorrée ou au moins à son affaiblissement tel qu'elle ne puisse plus jamais être dangereuse pour leurs états impérialistes et oppresseurs. Toutes les occasions leur sont bonnes pour sévir impitoyablement contre l'élément serbe, qu'ils tiennent passagèrement sous leur joug. Aussi, ont-ils profité largement pour faire disparaître autant de Serbes que possible, de la révolte qui a eu lieu en Serbie au printemps 1917 et dont il sera parlé plus loin.

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