LES INHALATIONS CARBONIQUES DANS LES DIFFÉRENTS MODES D’ANESTHÉSIE
Nous nous proposons dans ce chapitre de mettre en lumière les ressources de la méthode dans les différents modes d’anesthésie.
1° Narcoses par inhalation.
a) En exposant l’action de CO2 dans les narcoses par inhalation, nous avons envisagé les anesthésiques usuels : éfher, mélange de Schleich, balsoforme qui par leur maniabilité, leur toxicité faible sont les plus généralement employés en France ; leurs inconvénients minimes sont justement supprimés par ia méthode carbonique.
b) Sans parler du chloroforme qui trouve des adeptes de plus en plus rares, d’autres anesthésiques par inhalation peuvent en bénéficier.
Bernardbeïig publie 35 cas d’anesthésie au kélène où la narcose a été complète en deux ou trois inspi-
rations. Cet auteur n’a jamais vu la cyanose, l’agi-
tation, les variations brusques des mouvements respiratoires si fréquentes avec le kélène pur.
Mais n'est-il pas préférable pour les opérations courtes, les pansements très douloureux d'adopter, comme le conseillent Fruchaud et Thalheimer, la narcose à l’éther avec addition de CO? où le sommeil et le réveil sont extrêmement rapides sans aucun choc.
c) Desmarets et Amiot se montrent très satisfaits de l'association CO? et protoxyde d'azote.
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Mais les inhalations carboniques rendront de précieux services chaque fois qu’au cours d’une anesthésie apparaîtront des phénomènes d’inhibition du centre respiratoire et des troubles hypotensifs, éventualité assez fréquente dans deux modes d’anesthésie — l'anesthésie rachidienne ;
— l'anesthésie de base par l’avertine.
2° Rachianesthésie.
Excitant des centres respiratoires, médicament cardio-vasculaire de premier plan, CO? apparaît particulièrement indiqué dans les alertes et les accidents de la rachianesthésie ; une discussion récente à la Société Nationale de Chirurgie est venu confirmer cette action bienfaisante.
a) C’est le correcteur de la crise hypotensive de la rachianesthésie que traduisent non seulement les petits orages de la 20° minute avec nausées et angoisse respiratoire, mais encore les incidents si fréquents qui gênent l’acte opératoire et troublent la tranquillité du
chirurgien : états lipothymiques avec pâleur et vomissements.
Une observation publiée par R. Monod illustre cette action hypertensive : une malade, opérée d'hystérectomie pour fibrome, hypertendue à 25, fut anesthésiée avec 0,12 de Scurocaïne. La tension s’effondra rapidement à 10 ; sous l’action des inhalations carboniques elle remonta à 22 et se maintint autour de ce chiffre.
D'une façon générale, cette action est moins brutale que celle de l’éphédrine ; il faudra la mettre en œuvre chez les hypertendus, là où l’éphédrine est absolument contre-indiquée. Enfin, là où l’éphédrine échoue le CO? réussit parfois à relever la tension.
b) CO? est l'excitant respiratoire de choix dans les formes graves de l'orage rachianesthésique.
Est-il utile de rappeler que ces formes se classent
en :
— Un syndrome pulmonaire aigu, le plus souvent irrémédiable, réalisant la syncope cardiaque blanche par inhibition des centres respiratoire et cardiaque. — Un syndrome moins grave presque toujours dû à la paralysie des centres respiratoires. On assiste au ralentissement et à l’arythmie marqués des.mouvements respiratoires avec angoisse. Après une phase où le malade « oublie de respirer », l’apnée complète survient, s’accompagnant de somnolence progressive. Il faut pratiquer pendant longtemps la respiration artificielle pour provoquer la reprise de la conscience et des mouvements respiratoires spontanés.
Il est donc prudent au cours d’une rachi d’avoir du CO? sous la main et de l’administrer dès que la respiration faiblit, sans attendre pour agir l’arrêt des mouvements respiratoires. Tant que le centre est encore capable de réaction, CO? se montre extrêmement actif puisqu'une augmentation de 0,2 % de ce gaz dans Pair alvéolaire suffit à augmenter de 100 % la ventilation pulmonaire.
Si la syncope survient, il faut d’abord avoir recours à la respiration artificielle.
En effet, Camus dans ses recherches sur le fonctionnement des centres bulbaires montre que la paralysie des centres respiratoires précède toujours l'atteinte du cœur et préconise la respiration artificielle, très efficace pour protéger le cœur contre l’asphyxie malgré la paralysie du centre respiratoire. Si on la prolonge une heure et plus, elle permet l’élimination de la substance toxique et aboutit parfois à une véritable résurrection.
Dès que l’on commence la respiration artificielle, il importe d'appliquer le masque sur la figure du patient et de faire arriver pendant les inspirations des bouffées de CO? pur.
Il est utile d’adjoindre la lobéline qui n'offre pas dans la syncope rachianesthésique les mêmes dangers que dans les syncopes des anesthésies par inhalation.
L'observation que communiquait récemment Picot peut apparaître comme une véritable résurrection.
Il s’agissait d’un homme de 61 ans, obèse, emphysémateux, cardiaque, en état d’occlusion intestinale
complète depuis trois jours ; une rachi fut pratiquée précédée immédiatement de 1 cc. d’adréphédrine. La tension artérielle était de 21/11. Quelques minutes après, survint une gêne respiratoire et une agitation considérables; une nouvelle éphédrine intra-veineuse, des mouvements de respiration artificielle avec inhalation d'oxygène furent pratiqués sans succès ; le malade était dans un état désespéré, inanimé, sans pouls, les pupilles largement dilatées. La respiration artificielle avec inhalation de CO? par le dispositif de Thalheimer amenèrent au bout de deux minutes la reprise de mouvements respiratoires spontanés, réguliers et les accidents furent jugulés.
Thalheimer et Fruchaud emploient le CO? avec profit dans les accidents de la rachipercaïnisation haute.
Bernardbeig rapporte le résultat de 27 rachi où il a employé systématiquement la médication carbonique pour maintenir une amplitude satisfaisante des mouvements respiratoires.
3° Anesthésies de base à lavertine.
Un certain nombre de chirurgiens français, Desmarets, R. Monod, Thalheimer ont utilisé tout d’abord le CO? comme correcteur du centre respiratoire au cours de l’anesthésie par l’avertine.
Cette anesthésie s’accompagne souvent :
— de €cyanose,
— de troubles respiratoires d’origine bulbaire, diminution de Pamplitude et ralentissement des mouvements respiratoires, surtout quand l’avertine est em-
ployée à doses élevées ou quand elle est précédée d’une injection de morphine.
— On lui reproche en outre d’être hypotensive ; c’est surtout chez les hypertendus que la baisse de la tension artérielle est fréquente dans les premières minutes de l’anesthésie ; il faut attendre la dixième minute pour sa réascension rapide.
R. Monod constate les bienfaits de CO2 dans ce mode d’anesthésie ; il corrige l’hypotension. Dans une observation publiée dans la thèse de Giordan, la tension artérielle, descendue à 10/6 après l’intervention, a fait un bond à 19/12 après deux bouffées de COZ.
Ce médicament est supérieur à l’éphédrine et constitue le meilleur des correctifs. Il fait cesser en outre les vomissements post-opératoires qui se rencontrent parfois dans ce mode d’anesthésie.
Il conviendrait toutefois d’en rejeter l’emploi dans les syncopes dues à un surdosage de l’anesthésique.
4° Anesthésies loco-régionales.
Dans les opérations importantes, gastrectomies, thoracoplasties, où l’on emploie une grande quantité de solution anesthésique, on peut voir survenir des troubles respiratoires et un léger état de choc.
CO? très utile, dans ces cas, régularise le rythme respiratoire et rétablit la pression artérielle à son niveau normal.
Au cours des gastrectomies, lorsque surviennent des efforts de vomissements dus aux tiraillements sur les mésos, causes de choc pour le malade et de gêne pour l'opérateur, quelques inhalations de CO? arrêtent ces
petits incidents ; de même au moment de la fermeture de la paroi, la tension musculaire est vaincue par
l’hyperpnée carbonique.
R. Moned, au cours de deux gastrectomies avec anesthésie splanchnique, voit à la suite du carbogène la tension artérielle se relever instantanément de 7,5 à 13 et de 6,5 à 9 ; les tensions initiales étaient de 11 et de 10.
5° Utilisation de CO?
au cours de l’anesthésie sous pression.
Cette anesthésie, utilisée surtout en Allemagne pour la chirurgie thoracique, est étudiée en France par Fruchaud qui l’a vu employer avec succès en 1932 dans le service de Sauerbruch. Nous reproduisons ce qu’en dit cet auteur : « Elle diminue considérablement les phénomènes de choc dus à l’ouverture large du thorax ; elle permet l’opération finie, de chasser de ia plèvre, lorsque celle-ci a été ouverte, tout Pair qu’elle contient ». Fruchaud utilise l'appareil de Tiegel-Sauerbruch, appareil à hyperpression passive : «Il permet au malade de respirer dans une atmosphère d'oxygène hermétiquement close, masque étroitement fixé, conditions essentielles pour que l’on puisse pratiquer de l’hyperpression. Mais dans cette atmosphère d'oxygène, on peut grâce à une tuyauterie accessoire faire arriver du CO? lorsque le rythme respiratoire semble moins régulier et, là encore, son utilisation d’une façon intermittente est particulièrement utile.
On peut utiliser cet appareil dans deux conditions différentes :
1° Faire arriver dans l'atmosphère clos de l’appareil de Tiegel-Sauerbruch de l’éther en goutte à goutte, et alors le malade est soumis à une anesthésie générale sous pression ;
2° Faire préalablement une anesthésie loco-régionale de la paroi et l’appareil ne sert plus qu’à pratiquer l’hyperpression dans les voies respiratoires sans provoquer d’anesthésie ».
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