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HISTORIQUE DE LA MÉTHODE

Le nom de Yandell Henderson, physiologiste à l'Université de Yale. illustre la méthode, et c’est justice. Il en est le précurseur vraiment génial et le promoteur le plus ardent. Depuis plus de vingt-sept ans, il étudie avec ses collaborateurs, en particulier son élève Haggard, la physiologie de CO2 et en recherche les applications pratiques.

L’une d’elles lui est apparue surtout d’une importance capitale au point de vue social : l’utilisation du CO? pour la réanimation dans les syndromes asphyxiques. Une méthode, riche de telles promesses, devait trouver en Henderson un apôtre inlassable ; par une expérimentation abondante, des communications répétées en Amérique et à l’étranger, il réussit, malgré toutes les critiques, à imposer sa foi dans l'efficacité merveilleuse du gaz carbonique.

Déjà en 1906, plus tard en 1910 avec M. Scarborough, il met en évidence le rôle de l’'acapnie, ou carence du CO? sanguin, dans le choc chirurgical ; expérimentant sur l’animal, il démontre l'importance de cette carence dans la genèse des accidents asphyxiques au cours des anesthésies générales.

Il est juste de souligner qu’un des premiers, Ettore

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Levi, de Florence, bientôt suivi par Marchetti, utilise les propriétés du gaz carbonique.

En mars 1910, il publie les résultats de linhalation d’un mélange contenant de 5 à 20 % de CO? dans certains cas d’asphyxie au cours de l’anesthésie et constate ses bons effets sur le choc opératoire. Une de ses observations concerne un pendu chez qui le résultat des insufflations de CO? fut particulièrement heureux, alors que toutes les médications courantes (respiration artificielle, inhalation d'oxygène pur) avaient échoué.

Ces tentatives sont bientôt suivies par Cotton de Boston qui, en 1912, emploie les inhalations de CO2 dans 8 cas d’asphyxie au cours de l’anesthésie avec 2 résultats positifs.

Cependant ces essais restent isolés et ne trouvent pas d’imitateurs ; il faut attendre encore huit ans pour que la méthode sorte du domaine scientifique et se répande en Amérique grâce à Henderson.

En 1920, cet auteur, rappelant la fonction excitorespiratoire de CO?, montre les bons résultats de l’anesthésie avec « rebreathing » où, grâce au brassage de Fair expiré dans le masque, la plus grande concentration de CO? facilite l’anesthésie. Il conseille de fournir au patient ce gaz à doses fixes pour éviter ses trop grandes variaticns dans l’atmosphère du masque anesthésique. C’est la méthode d’Henderson ou thérapeutique par les inhalations de carbogène.

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Il communique avec ses collaborateurs Haggard et Coburn 70 observations où le mélange d’air et d’anesthésique est additionné de 5 % de CO? pendant toute la durée de la narcose. Il en résulte une augmentation de la ventilation pulmonaire ; l’anesthésique en contact avec une surface d'absorption alvéolaire augmentée amène à dose moindre un sommeil plus rapide, sans agitation ; son élimination accélérée entraîne un réveil rapide ; l'absence de cyanose, d’hypotension, la rareté des complications pulmonaires sont la règle.

Peu à peu cette méthode fait aux Etats-Unis des adeptes nombreux.

White, en 1923, confirme entièrement les résultats d'Henderson en ce qui concerne l’anesthésie à l’éther ; non seulement les inhalations carboniques transforment les conditions de l’anesthésie, mais elles réalisent une médication héroïque dans les apnées et les accidents asphyxiques qui peuvent en troubler la marche.

Haggard, en 1924, vérifie par des dosages chimiques la rapidité d'absorption et d’élimination de léther sous l'influence de CO?2.

B. C. Sword constate les mêmes avantages dans ses anesthésies à l’éthylène.

Righetti l’applique avec succès chez les enfants.

J. S. Lundy, en 1925, publie 1.350 observations de la Clinique Mayo à Rochester, insistant sur les mérites de CO? qu’il administre mélangé à l'oxygène et à divers anesthésiques (éther, éthylène, protoxyde d'azote), dans la proportion de 5 %.

Poursuivant leurs remarquables travaux sur l’até-

lectasie pulmonaire post-opératoire, les auteurs américains et en particulier Scott et Cutler, Coryllos, Sheldon, Sante, Mastics démontrent que ce processus extrémement fréquent est à la source de la plupart des complications pulmonaires post-opératoires et voient dans le CO2, facteur d’hyperventilation pulmonaire, le préventif spécifique de l’atélectasie.

Cette notion pathogénique nouvelle agrandissait encore le champ d’action d’une méthode qui ralliait bientôt les suffrages de la majorité des chirurgiens américains.

En Europe, l'usage des inhalations carboniques trouve bien vite des partisans résolus.

En Autriche, Karl Doppler, mentionnant à peine les travaux américains, rapporte en 1923 les résultats qu'il a obtenus dans le service de son maître Lorenz de Vienne. Il utilise le CO? pur en ballon à l’aide d’un embout nasal, pendant et après l’anesthésie.

En Allemagne, A. W. Meyer et Dzialoszinski emploient la même méthode, et les résultats qu’ils publient en 1927 sont du même ordre. Dans un cas où A. W. Meyer pratiquait l’opération de Trendelenburg (extraction d’un embolus de l’artère pulmonaire), la respiration, qui s'était arrêtée dès l’ouverture de l’artère, reprenait immédiatement après inhalation de (DER

E. Fischer, en 1928, publie 300 cas d’opérations gynécologiques avec d'excellents résultats : aucun inci-

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dent opératoire, sept cas de bronchite légère, une seule broncho-pneumonie, une seule thrombose post-opératoire, aucune embolie.

En 1929, Erb, Viethen, Franken, Mogilew proclament la supériorité de CO? sur la lobéline dans la syncope respiratoire anesthésique.

La technique des inhalations carboniques se répand en Angleterre avec H. W. Davies et Mac Kenzie, en Russie avec Protopopoff.

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Il faut regretter qu’en France l'emploi systématique du CO? n'existe pas encore.

Sans doute Jean Quénu et Oberlin en 1927, Lenormant et Iselin, puis Fontaine en 1928, J. Rouillard, Cotte et Savy, Sécrétan et Rey, Simon en 1929, Mocquot, Gardère et Savoye en 1930 étudient l’atélectasie pulmonaire post-opératoire, mais ces auteurs passent sous silence le rôle bienfaisant des inhalations carboniques.

Mocquot dit seulement : « Cutler n’observe sur 1.000 opérés que deux complications pulmonaires, toutes deux des atélectasies, grâce à l’emploi de lits métalliques permettant de changer la position du malade sans le remuer, et grâce à l’hyperventilation pulmonaire au cours et à la fin de toutes les anesthésies ». Cette hyperventilation pulmonaire, c’est la méthode d'Henderson.

Mouzon est le premier qui ait exposé cette méthode et en ait vanté les mérites. Il écrit en 1929 : « La méthode de Yandell Henderson ne semble guère avoir

été expérimentée en France jusqu’à présent. Sa mise en œuvre demande encore quelques tâtonnements, mais si vraiment son innocuité, la rapidité et la puissance de son action répondent à ce que tant d’auteurs ont déjà constaté, il est juste de réclamer que l’instrumentation appropriée se trouve partout où l’on peut avoir à ranimer la fonction respiratoire, et surtout dans les salles d’opérations et les maternités ».

C’est à Cot, Médecin-Chef des Sapeurs-Pompiers de Paris, que revient le mérite d’avoir le premier utilisé le carbogène au début de 1930. L’inhalation d’oxygène pur sous masque rigide était alors la technique en cours pour le traitement des asphyxies accidentelles. Cot introduit le mélange d’Henderson à 7 A de CO? dans les postes de secours mobiles pour asphyxiés qu’il a mis sur pied dès 1924, en les dotant d'équipes de sauveteurs.

À la fin de 1932, il avait obtenu, sur plus de 200 cas d’asphyxie accidentelles (dont les 3/4 dus à l’intoxication par l’oxyde de carbone), 86 % de réanimations.

Mais la méthode est plus lente à s’introduire dans les salles d'opérations.

En décembre 1931, Gaudier de Lille fait à la Société Nationale de Chirurgie une première communication sur les beaux résultats qu'il a obtenus par l'emploi du carbogène.

Robert Monod, qui avait déjà signalé en mai 1931 l'emploi du CO? dans les SYnCopes anesthésiques, insiste à nouveau sur l'efficacité remarquable de ce gaz

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dans son rapport au Congrès International de Chirurgie de Madrid (mars 1932). Dès lors le carbogène allait retenir l'attention des milieux chirurgicaux et ces différentes communications déterminaient en sa faveur un large mouvement d’adhésion.

En juin 1932, Gosset rapporte à la Société de Chirurgie les travaux de ses élèves Fruchaud et Thalheimer qui, s'inspirant de la méthode de Doppler, recommandent l'emploi du mélange éther-acide carbonique pendant l’anesthésie.

En regard de cette technique, Gaudier, R. Monod se méfient à juste titre de l’acide carbonique pur et préfèrent le carbogène, mélange stable où le CO? est donné à un taux bien connu.

Ainsi la méthode par le zèle de ses propagandistes, la qualité de ses résultats, s’imposait peu à peu dans le monde entier. Créateurs de l’anesthésie générale, les Américains nous en apportaient avec le CO? le plus efficace correctif. Au moment même où ce mode bienfaisant d’anesthésie jouit d’un renouveau de faveur, il faut souhaïter qu’une innovation de cette importance contribue à la réhabiliter dans certains esprits.

Sans avoir la prétention de faire œuvre originale, nous nous proposons dans ce travail de montrer les bienfaits d’une telle acquisition, d’en préciser les indications multiples, d’assigner enfin à une méthode aussi efficace la juste part qui lui revient dans la conduite

de l’anesthésie et la thérapeutique post-opératoire.

ROBIN

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