CHAPITRE IV
Utilisation thérapeutique du sulfate de magnésie et du sulfate de soude.
Nous allons passer maintenant à l'application pratique de ces injections hypodermiques et montrer les résultats thérapeutiques que nous en avons obtenu dans le service de M. le professeur J. Carles et dans celui de M. le D’ Bousquet à l’Hôpital Saint-André.
La technique que nous avons suivie est extrêmement simple. Nous avons employé des solutions dans l’eau distillée au même titre que celles qu'avaient employées MM. les professeurs Robin, puis Carnot : solution à 25 p. 100 pour le sullate de soude; solution à 25 p. 100 pour le sulfate de magnésie. Un centimètre cube contient done 25 centigrammes de substance active. La solution est stérilisée à l’autoclave. L'injection est faite avec une seringue de Pravaz ordinaire au niveau du tissu cellulaire sous-cutané de la paroi abdominale. Les précautions rigoureuses d'antisepsie et d’asepsie suppriment tout danger d'infection que lon redoutait tant autrefois.
Nous allons citer 21 observations : les 13 premières sont
relatives au sulfate de magnésie et au sulfate de soude.
OBSERVATION | Service de M. le professeur J. CARLES.
Anne B.., 54 ans, lit 18, salle 5.
Atteinte d'hémiplégie droite depuis un an. Ne va à la selle que
tous les deux jours.
Le 19 novembre 1924, à 8 h. 30, nous lui faisons, dans la région du flanc gauche, une injection sous-cutanée de 4 ce. de la solution à 25 p. 100 de sulfate de soude. Comme les auteurs ont signalé des réactions locales douloureuses avec le sulfate de soude, nous avons ajouté à la dose injectée 1/2 ce. d’une solution de novocaïine à 4 p. 200. La malade n’a pas eu de selle depuis la veille à midi. A 10 heures du matin, une selle moulée peu abondante.
Le 20 novembre, la malade n’a pas eu d'évacuation depuis hier. La région de la-piqüre n’est pas douloureuse. A 8 h. 30, deuxième injection de À ce. de la solution de sulfate de soude plus 1/2 cc. de novocaïne. A midi, une selle moulée assez abondante.
Le 21 novembre, à 10 h. 30, troisième injection de 1 ce. de sulfate de soude plus 1/2 ce. de novocaïne. Pas de selle dans la journée.
Le 22 novembre, une évacuation normale à 10 heures. A 2 heures de l'après-midi, quatrième injection de 4 cc. de sulfate de soude plus 1/2 ce. de novocaïne.
Le 23 novembre, une selle assez molle, normale, à 8 heures. La malade nous signale quelques coliques à la suite de ces piqüres. Pas d'injection.
Le 24 novembre, une évacualion normale à 8 heures. Pas d'’injection.
Le 25 novembre, une évacualion normale à 10 heures. Pas d’injection.
Le 26 novembre, une selle normale à 8 heures. À 3 heures de l'après-midi, nous essayons une dernière injection de 1 ce. de sulfate de soude, mais sans addition de novocaïne (nous n'’avertissons pas ‘a malade de cette modification).
Le 27 novembre, aucune réaction locale au niveau de la piqûre faite sans novocaïne. La malade ne se plaint pas. À 2 heures de l'après-midi, une selle normale. ,
Le 28 novembre, à 2 heures de l’après-midi, une évacuation normale. La malade accuse des coliques qui l’empêcheraient de dormir. Pendant deux ou trois jours, ces coliques la tourmentent, puis tout rentre dans l’ordre. La malade va à la garde-robe une fois par
jour. Le 5 et le 7 décembre, elle y va même deux fois dans la jour-
Es
née. Son état général est meilleur qu'avant les piqûres. Elle est très contente du traitement et se sent, nous dit-elle, allégée.
Nous avons revu notre malade de temps en temps pendant trois mois. Elle va toujours régulièrement à la selle, une ou deux fois par jour.
Notons, en passant, que nous n'avions pas averti la malade du résullat intestinal que nous attendions de ces injections. Cela nous permet de réfuter l’objection de M. Fiessinger qui, considérar! les doses minimes employées, se demande si la médication n'agit pas plutôt par suggestion.
OBSERVATION Il Service de M. le professeur J. CaRLEs.
Hélène R..., 51 ans, lit 16, salle 5.
Maladie de Dercum. Ne va à la selle que tous les deux jours.
Le 5 décembre 1924, à 10 heures, injection de 4 ce. de la solution de sulfate de soude à 25 p. 100 sans novocaïne. Pas d'évacuation.
Le 6 décembre, une selle à 8 heures. À 9 heures, deuxième injection de 1 cc. de sulfate de soude. La malade ayant accusé un peu de douleur, nous ajoutons 1/2 ce. de novocaine.
Le 7 décembre, une selle à 10 heures. Quelques coliques. Pas d’injection.
Le 8 décembre, à 8 heures, une évacuation peu abondante. A 2 heures de l'après-midi, nouvelle évacuation, abondante, mais non diarrhéique. À 3 heures, troisième injection de 1 ce. de sulfate de soude plus 1/2 ec. de novocaïne. À minuit, une selle abondante avec coliques.
Le 9 décembre, à 5 heures du matin, une. évacuation abondante, diarrhéique.
Le 10 décembre, la malade va encore à la garde-robe à 6 heures et à 10 heures du malin, toujours un peu en diarrhée.
Le 11 décembre, aucune évacualion.
Le 12 décembre, une selle à 6 heures, une autre à 10 heures; consistance normale.
Le 13 décembre, une évacuation à 6 heures.
En
Cette malade, de même que la première que nous avons traitée, continue à aller à la garde-robe régulièrement tous les jours; nous
avions eu des difficultés au début pour la convaincre de l'efficacité de la médication.
Actuellement, après plus de deux mois, elle est très heureuse que nous ayons insisté et nous remercie beaucoup, car, dit-elle, € j'ai lu sur la quatrième page du journal que la constipation est la cause
d'un grand nombre de maladies. »
OBsEervATION II
Service de M. le professeur J. CarLers.
Jeanne T..., 24 ans, salle 5.
A un tube d’Enhorn mis en place depuis huit jours, pour ulcère du duodénum. Ne va à la selle que tous les trois ou quatre jours, et encore à l’aide de laxatifs. On lui à injecté, il y a deux jours, de l'huile de ricin par le tube d’'Enhorn, sans résultat.
Le 9 décembre, nous examinons la malade qui n'a pas eu de selle depuis cinq jours. Le côlon descendant et VS iliaque sont bourrés de matières dures. Nous pensons au sulfate de magnésie pour essayer de ramollir ces matières, et nous injectons à 11 heures 1 ce. de la solution à 25 p. 100.
Le 10 décembre, la malade n’a pas eu de selle, et elle prétend que la piqüre lui fait mal. I n'y a cependant pas le moindre imdice d’'inflammation. À 11 heures, deuxième injection de 4 ce. de sulfate de magnésie auquel nous ajoutons 1/2 ce. de novocaïne à 4 p. 100. À 2 heures de l'après-midi, une selle abondante sans coliques. La malade perçoit dans son ventre quelques gargouillements indolores.
Le {1 décembre, comme le sulfate de magnésie semble avoir ramolli les matières, nous injectons alors, à 2 heures de l’aprèsmidi, 4 ce. de sulfate de soude plus 1/2 cc. de novocaïne, pour réveiller le péristaltisme. Mais aucune évacuation ne se produit.
Le 12 décembre, à 11 heures, nouvelle injection de 4 ce. de
sulfate de soude plus 1/2 ce. de novocaïne. Toujours pas de selle, L]
ut
La malade n’accuse aucun trouble particulier. Il ne faut pas oublier que la constipation de noire malade était particulièrement réfractaire à l’action des purgatils.
Le 13 décembre, à 41 h. 30, injection de 1 ce. de sulfate de soude plus 1/2 ce. de novocaïne. Pas de selle.
Le 14 décembre, à 6 heures, une selle un peu dure. À 1 heure de l'après-midi, nouvelle évacuation assez abondante. Pas d'injection.
Le 15 décembre, à 6 heures, une évacuation peu abondante. Le résultat n’est pas encore satislaisant, car nous avons encore à la palpation de l’abdomen un intestin bourré de matières dures. A 11 h. 30, injection de 1 cc. de sulfate de soude plus 1/2 ec. de novocaïne.
Le 16 décembre, à 6 heures, une selle peu abondante. A midi, injection de 1 ec. de sulfate de magnésie, sans novocaïne. Enlèvement du tube d'Enhorn. Pas d'évacuation.
Le 17 décembre, pas de garde-robe. À midi, injection de 1 cc. de sulfate de magnésie. La corde colique se ramollit un peu.
Le 18 décembre, à 6 heures, une évacuation peu abondante. À midi, nouvelle évacuation peu abondante. A 1 h. 30 de l’après-midi, injection de 1 cc. de sulfate de magnésie. [1 n’y a plus de douleurs au niveau des piqüres. La novocaïne est donc inutile. Il est très probable que la malade ne souffre plus parce qu'elle n’a plus l’appréhension du début. À 7 heures du soir, une selle normale.
Le 19 décembre, à 6 heures, une selle normale, molle. La malade accuse des gargouillements sans coliques. Elle revient peu à peu à une alimentation plus substantielle. À 5 heures du soir, une évacuation assez abondante. À la palpation de l'abdomen, on ne sent plus l'intestin bourré de matières; le sulfate de magnésie semble avoir agi, ramollissant les matières, alors que le sulfate de soude avait été impuissant à le faire.
Le 20 décembre, à 6 heures, une selle normale. A midi, nouvelle évacuation assez abondante, La malade continue à avoir régulièrement une garde-robe par jour.
Le 25 décembré, elle quitte l'hôpital. Nous ne l'avons pas revue.
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OBsERvATION IV
Service de M. le professeur J. CARLES.
Toussaint C..., 48 ans, lit 20, salle 44.
lHémiplégie droite à la suite d’un ictus datant du 8 décembre 1924. Est très constipé depuis lors. Est resté jusqu'à onze jours sans avoir une seule évacuation alvine. À eu un lavement et trois purgations à l'huile de ricin.
Le 27 décembre, nouveau lavement avec extrait de bile et huile d'olives. À été abondamment à la selle dans la journée. Depuis, pas d'évacuation.
Le, 30 décembre, à 10 h. 30, injection de 1 ce. de sulfate de magnésie à 25 p. 100. Pas d'évacuation. Quelques gargouillements.
Le 31 décembre, le malade n'accuse aucune douleur au niveau de la piqûre. A midi, deuxième injection de 4 cc. de sulfate de magnésie. À 5 heures du soir, une selle abondante, non diarrhéique; gargouillements.
Le 1% janvier 1925, à 5 heures du soir, une évacuation normale.
Le 2 janvier, à 10 h. 30, troisième injection de 1 cc. de sulfate de magnésie. Une selle normale à 5 heures du soir.
Le 3 janvier, à 10 h. 30, quatrième injection de 1 ec. de sulfate de magnésie. Une selle normale à 5 heures du soir également.
Le 4 janvier, pas d'injection. Une évacuation normale encore vers
5 heures.
Le 5 janvier, une selle à 5 heures.
Le 6 janvier, une évacuation à 2 h. 30 de l'après-midi.
Le 7 janvier, une selle.
Le malade continue à aller à la garde-robe une fois par jour. Les évacuations sont molles, faciles, abondantes, et de lemps en temps S& produisent deux fois par jour. Nous avons revu notre malade un mois après la deuxième injeelion; il est toujours satisfait du fonction-
nement régulier de son intestin.