‹ Les Injections Hypodermiques Dans La ConstipationChapitre 13 sur 25 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le séné.

Mécanisme de son action, — Utilisation thérapeutique.

Comme la bourdaine, le cascara sagrada et la rhubarbe, le séné, employé par voie hypodermique, à une action sur le péristaltisme, mais une action nettement plus accusée.

La technique de la perfusion intestinale a permis d'étudier également le mécanisme de l’action de ce purgatif.

Après addition au liquide de Ringer-Locke d'une infusion de séné à 1 p. 3.000, nous assistons à une exagération du péristaltisme intestinal, qui prend facilement, à doses plus fortes, un type spastique, avec production de bagues de contracture. L'action du séné se produit sans doute sur tout l'intestin, mais avec quelque électivité sur le cæcum et le £ros intestin.

Empruntons encore quelques expériences de Braïllon sur le lapin :

[2 mars : Lapin. — On fail passer comme d'habitude le liquide de Ringer-Locke seul. Les mouvements péristaltiques sont normaux. Le débit intestinal, avec le Ringer pur, est, de cinq en cinq minutes, >8, 39, 27. L'infusion de séné à 4 p. 100 est mise dans l’entonnoir et injectée; immédiatement, contractions vives, bagues, segmentalion el augmentalion du débit intestinal, qui nous donne en centimètres cubes, de cinq en cinq minutes, les chiffres suivants : 49, 50, 46.

IL. 13 mars : Lapin. — Le séné provoque encore des contractions internes et généralisées à toute l'anse, mais ces contractions énergi-

ques sont suivies d’une période de repos; l'intestin est fatigué (iner-

Ce tie); il se passe ce qui s’est passé pour le sulfate de soude en solutions de plus en plus concentrées.

TL. 7 mai : Lapin. — On prend l'intestin tout entier, cæcum, appendice, gros intestin. La canule est placée dans une grosse artère de manière à irriguer tout l'intestin. On fait passer du Ringer pur; on constate des mouvements péristaltiques actifs, bons, normaux, des parlies moyennes et terminales de l’intestin grêle; le cæcum et le gros intestin sont immobiles. Puis on injecte successivement de l’hormonal (4 cc. dans 100 de Ringer), qui fait contracter énergiquement l'intestin grêle el fait apparaître quelques mouvements sur le gros intestin avec une évacuation; une infusion de séné à 4 p. 1.000 est faite dans le Ringer; cette infusion amène des contractions énergiques, produit des bagues, des mouvements intenses de reptation de l’inteslin grêle, des anneaux de contraction du gros intestin, mais sans provoquer de péristaltisme du cæcum et de l’appendice. On fait passer le séné infusé pendant un assez long temps, et au lieu de voir le péristaltisme s'exagérer, on voit les contractions diminuer progressivement d'intensité; l'intestin fatigué s’immobilise pour devenir inerte On fait alors passer une solution de sulfate de soude à 1 p. 1.000, puis à 1 p. 100; ces solutions ne ramènent que quelques rares, faibles et fugaces mouvements de l'intestin grêle, puis l'intestin devient complètement insensible à toute excitation soit mécanique, soit médicamenteuse, Cette expérience prouve que, quand l'intestin est fatigué par suite de contractions trop violentes dues à l'énergie de certains médicaments (phase contractile), rien ne peut le réveiller, ïl meurt ou il a besoin de repos; quelques mouvements apparaissent bien, mais disparaissent rapidement (phase d'inertie).

De ces deux dernières expériences se dégage encore une conclusion importante : nécessité de l'emploi des doses faibles, et à intervalles assez éloignés, pour avoir le maximum d'action.

Braillon a étudié les effets du séné chez le lapin; l’injection n’est pas douloureuse, animal ne se défend pas. Le liquide injecté se résorbe et s'absorbe rapidement. En elfet, quelques minules après l'injection, on constate déjà dans les urines la présence d'acide chrysophanique (coloration rouge groseille avec

l’ammoniaque).

LT es

Au point de vue toxicité, même avec des doses très fortes, l'animal ne présente rien d'anormal, aucune réaction locale ni générale, et cela non seulement avec les injections hypodermiques, mais aussi avec les injections intraveineuses Isotoniques.

Les évacuations ne sont jamais liquides, mais elles sont plus molles, et le poids des matières chez le lapin injecté est supérieur comme moyenne au poids des matières chez le lapin non injecté.

Dans ses expériences chez l'homme, J. Braïllon se sert d’infusions très concentrées de séné, soit au taux de 10 p. 100.

Mode de préparation. — Faire infuser 10 grammes du mélange follicules et feuilles de séné dans 100 grammes d’eau bouillante pendant un auart d'heure. Filtrer et faire stérili- STE

Sur dix observations publiées par Braillon, une seule a été sans résultat. Tous les autres malades ont eu plusieurs selles molles après les injections, et leur intestin a continué à bien fonctionner dans les jours qui suivirent. Les doses employées étaient de 10 ce.

Pour nos expériences personnelles, nous nous sommes servi d'une infusion au même litre, mais n'avons injecté que 5 cc. à la fois. <

OBSsERvATION XIV

Service de M. le professeur J. CARLES

Paul R..., 25 ans, salle 14.

Alté depuis un mois pour fracture du crâne. Est actuellement guéri, mais ne va à la selle que tous les trois ou quatre jours. |

Le 3 février 1925, à 10 heures, nous lui faisons, sous la peau de l'abdomen, une injection de 5 ce. de l’infusion de séné à 10 p. 100. Aucune douleur au niveau de la piqûre. mais quelques légères coliques.

Le 4 février, une évacualion normale, molle, bien moulée, à

9 h. 30. À 10 heures, nous faisons une deuxième injection de 5 cc.

LD due

de l’infusion de séné. À 11 h. 30, une évacuation molle; à 7 heures du soir, une troisième évacuation, peu abondante.

Le 5 février, une selle abondante à 8 h. 30; une autre à 7 heures du soir.

Le 6 février, une garde-robe abondante, bien moulée, à 6 h. 30; une autre à 1 heure de l'après-midi, et une troisième, peu abondante, 7 NN il)

Le 7 février, une évacuation le matin, une autre le soir.

Le malade continue à aller à la garde-robe régulièrement deux fois par jour.

Page 1