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INTRODUCTION DE L'AIR DANS LES VEINES

Contrairement à l’opinion de Bichat (1800) qui admettait que l’entrée d’une quantité quelconque d’air dans le système vasculaire est rapidement mortelle, on sait aujourd’hui que lorsqu'elles sont effectuées lentement les injections intraveineuses d’air peuvent être supportées par les animaux.

A cet égard les expériences de nombreux auteurs sont particulièrement intéressantes. En dépit de l’assertion de Bichat et de plusieurs autres auteurs, Nysten en 1811, ayant plusieurs fois introduit de l’air sans donner lieu à aucun symptôme dangereux, en conclut que « l’air injecté dans le système des animaux vivants, ne les fait périr promptement qu’en déterminant une distension énorme de l’oreillette et du ventricule pulmonaires ».

Ici Nysten réfute l’opinion de Bichat selon laquelle «la circulation ne s’interrompt que parce que l’action cérébrale est préliminairement anéantie ».

Magendie annonce également que l’on peut introduire de l’air dans les veines sans produire la mort. « J'ai — dit-il — montré fréquemment dans mes cours une différence importante qui résulte du mode d'introduction de l’air dans les veines. S'il est introduit lentement rien de fâcheux n’en résulte ; s’il est poussé d’un seul coup,

l’animal ne tarde pas à éprouver une accélération remarquable de la respiration : on entend un bruit particulier dans sa poitrine, effet des chocs que l’air éprouve dans les veines caves, l'oreillette droite, le ventricule et l’artère pulmonaire ».

Les effets mortels de l'introduction spontanée de l’air dans les veines ont été observés plusieurs fois sur l’homme au cours de certaines opérations de chirurgie et chez le cheval à la suite de saignées à la jugulaire.

L'accident se traduit par un bruit de lapement chez le chien, par un bruit de glou-glou ou de gargouillement chez le cheval et s'accompagne de troubles graves, généralement suivis de mort.

En médecine vétérinaire Verrier et Dupuy observent, les premiers, un cas authentique de pénétration d’air dans les veines. Des accidents analogues ont été également rapportés par Boulet, Chabert, Lesaint, Mercié, Riss et Carrière.

Rey, Peuch, Dominici, Brognier, Loiset, signalent des cas semblables.

Bouillaud lit à l’Académie un rapport qui fut le point de départ d’une très longue discussion entre nombreux chirurgiens et physiologistes : 40 expériences pratiquées, les unes sur des chiens, les autres sur des chevaux et un mulet cherchent à démontrer que la pathogénie de l’embolie gazeuse tient : 10 à l’énorme distension des cavités droites du coeur ; 20 à la présence de l’air dans l’artère pulmonaire et ses ramifications qui donne au sang une spumosité, s’opposant à sa circulation dans les capillaires pulmonaires ; 3° dans les cas où l’air pé-

nètre dans le système veineux du cerveau, la compression qu'il exerce sur cet organe.

Barthélémy en 1837 fait noter que « si d’une part Bichat a eu tort de dire que l’entrée de la moindre quantité d'air suffisait pour tuer, que penser de l'opinion de ceux qui prétendent aujourd’hui que l’on peut impunément injecter des quantités énormes d'air dans le systéme veineux, pourvu que l'opération ne se fasse pas brusquement ; que l’on a pu verser 40 et même 80 litres de ce fluide dans la jugulaire d’un cheval sans qu’il soit tombé et qu’il en faut plus de 80 litres pour tuer un animal de cette espèce? Introduire 80 litres d’air dans la jugulaire d’un cheval en une seule expérience sans que le cheval soit tombé! Quand j'aurais vu, quand j'aurais touché, je ne croirais pas, parce que la chose est physiquement impossible ».

Plus loin il signale que certains vétérinaires citent un cas dans lequel deux hommes en se relayant ont soufflé inutilement pendant 5 minutes dans la jugulaire d’un cheval.

De ces expériences il résulte que si l’on injecte d’un seul jet, 4 litres d’air dans la jugulaire d’un cheval de taille moyenne (450 kil.) il meurt en quelques minutes ; ce qui correspond à la dose d’environ 9 ce. d'air par kilo.

Barthélémy, avec plus de précision, a fait pour les chevaux ce que Nysten avait trouvé pour les chiens. Nysten avait trouvé en effet que pour tuer un chien d'une taille au-dessous de la moyenne (chien dogue par exemple), il fallait injecter d’un seul coup de piston 100 et même 120 cc. d'air; quand ils étaient petits et

Maspoli

faibles comme sont certains épagneuls, 40 à 50 cc. d’air suffisaient pour les tuer immédiatement.

Le poids du chien cependant n’est pas indiqué.

Et « si l’on tenait à faire le rapprochement par curiosité, on trouverait que pour donner la mort à un homme de moyenne stature, pesant par conséquent 68 kilos, il faudrait 610 cc. d’air ou 61 centilitres; un peu plus de 3/5 de litre introduits brusquement ».

Dupuy avait également cherché à déterminer par des expériences la quantité d’air qu’il était nécessaire d’injecter dans la jugulaire d’un cheval pour en occasionner la mort.

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40 Cheval poussif à un très haut degré : 6 I. 80.

Le poids du cheval n’étant pas indiqué, on ne peut donc tirer aucune conséquence.

À diverses reprises Rey (1861) a tenté de sacrifier des chevaux en leur injectant de l’air, et ce n’est qu’en se plaçant dans certaines conditions bien déterminées qu'il a obtenu des résultats positifs.

Heckmeyer a répété les expériences de Rey et il est arrivé à des résultats analogues. Il a constaté en outre que sur les animaux à poumon malade il suffit d’un faible volume d’air pour provoquer des désordres graves.

Après 1850 les recherches deviennent plus rares. Cependant lorsque la transfusion du sang devint une question à l’ordre du jour, on a repris les expériences sur les dangers de l'introduction de l’air dans les veines.

Pirogoff pensait également qu’on pouvait introduire d'énormes quantités d’air au cours d’une injection lente. Laborde et Muron (1875) confirment ces observations, dans un cas où ils ont injecté en une heure et demie 1120 cc. dans la jugulaire, sans entraîner la mort; par contre 100 à 200 cc. d’air injectés d’un seul coup sont mortels.

Les expériences de Uterhart de Rostock ont mis en évidence l'importance qu’il faut attacher au voisinage du coeur : l'introduction de grosses quantités d’air (300 cc.) dans une veine éloignée du coeur, ne produisent aucun accident.

Par contre Fischer en 1874 et 1875, après une série de recherches chez le chien conclut que l’entrée de l'air est dangereuse et que l’injection lente de petites quantités est elle-même beaucoup plus dangereuse qu’on ne pourrait le supposer Pirogoff, Laborde et Muron et Uterhart.

Les expériences de Bégouin se rapprochent de celle de Fischer. Hare (1884) conclut de ses nombreux essais qu'il faut pour tuer un animal introduire dans les veines un volume considérable d'air.

On s’est préoccupé jusqu'ici de déterminer la quantité d’air capable d’occasionner la mort ; mais il semble qu'on ait délaissé entièrement un facteur d’une importance capitale : la vitesse de l'injection.

Delbet et Mocquot apportent une importante contribution à la question. Après avoir constaté les résultats contradictoires des expériences antérieures, ils expli-

quent ces contradictions en tenant compte du fait. que

l’air n'étant pas toxique, une injection d’air dans les veines ne peut avoir qu'une action mécanique variable suivant que le sang absorbe ou non le gaz injecté. Le gaz libre est seul dangereux. Or l'absorption du gaz par le sang est fonction de la vitesse de l’injection, de la distance du point d'introduction au coeur et de la masse du sang. De leurs expériences, les auteurs concluent que : 19° les accidents ne dépendent pas de la quantité brute d’air introduite ; 29 les accidents sont en rapport avec la taille de l’animal ; 30 les accidents sont en rapport avec la vitesse de l’injection. Chez le chien, la valeur du coefficient de danger est entre 5 et 6 cc. par kilo et par minute.

Au cours des recherches expérimentales poursuivies sur ce sujet avec le professeur H. Roger, Ricaldoni et Foa ont pu vérifier le bien fondé des conclusions antérieures. |

Le chien sain supporte parfaitement les injections répétées de 20 cc. d'air, quand celles-ci sont suffisamment espacées : l’animal présente cependant des accidents cardiaques et circulatoires dont l’étude graphique a été exposée dans la thèse de H. Quillot. Mais la mort ne s’observe qu'à la suite d’injections massives, brusquement poussées dans les veines.

Jung et Auger, en 1928 injectent chez le chien, toujours rapidement, des quantités variables d’air. Ils ont fait les constatation suivantes : pour provoquer la mort il faut utiliser au moins 100 cc. si l’air est introduit dans la jugulaire.

Grignani en 1929 annonce, après ses expériences sur

les bovidés, que de petites doses ne produisent aucun trouble appréciable et qu’il faut pour tuer un animal une quantité d'air au moins égale à la capacité du coeur droit.

On a voulu expliquer la pathogénie des accidents mortels par différentes théories. La théorie cérébrale admet que la mort est dûe à des embolies artérielles de l’encéphale (Bichat).

L’embolie gazeuse va troubler directement les fonctions cérébrales ou bien la mort est la conséquence d’un réflexe à point de départ endocardiaque (Arloing et Tripier).

Cette dernière conception est à coup sûr insuffisante pour expliquer tous les phénomènes car les accidents mortels cardio-pulmonaires persistent après vagotomie (Quillot).

La théorie pulmonaire accuse l’obstruction, le bloquage du poumon dans le mécanisme des accidents et de la mort dans l’embolie gazeuse.

La théorie cardiaque. La majorité des observateurs estime que le trouble fonctionnel du coeur est bien le phénomène dominant, mais il est impossible de dire par quel mécanisme il se produit.

Jung et Auger cherchent à expliquer le mécanisme de la mort après entrée de l’air dans les voies vasculaires, par 3 faits fondamentaux. À savoir : chute brusque de la pression artérielle, pénétration d’air dans les vaisseaux du coeur, fibrillation des ventricules.

L'opinion des différents auteurs, fortement partagée par nombreux praticiens, selon laquelle l'introduction

accidentelle d’une petite quantité d’air dans le système sanguin, au Cours d’une injection intraveineuse, est capable d’occasionner la mort par embolie gazeuse, est donc absolument fausse. De petites quantités d’air peuvent être injectées impunément dans la veine sans troubles appréciables. |

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