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votre attente. Maïs je ne me sens, je l’avoue, ni la compétence ni l’autorité nécessaires pour une tâche si difiicile. Que. pourrais- -je vous dire sur tous ces grands sujets que vous n° ayez déjà, pour la plupart, pensé vousmêmes ou vu exposé ailleurs d’une façon plus eompléte et plus approfondie que je ne serais capable de Le faire? Sans méconnaître le moins du monde (est-il besoin de le dire?) l’importance souveraine de ces questions, d’où dépend l'existence de notre Église et de l’Église chrétienne elle-même, en resrettant, au contraire, de ne pouvoir traiter l’une d’entre elles avec tout le soin et toute la solidité qu’elles méritent, j'ai pensé que je ne devais pas m’engager témérairement sur un semblable terrain, et qu'il serait plus prudent de ma part de ne pas sortir du cercle spécial de mes études. Le champ qui m'est dévolu est, certes, bien assez vaste pour me dispenser de faire des excursions dans les domaines voisins; je ne désire qu'une chose, c’est que Dieu m’accorde assez de temps et de forces pour le parcourir, si possible, dans toute son étendue.
Les études hébraïques, vous le savez, Messieurs, ont été jadis l’une des gloires de notre Eglise et de notre patrie. Les noms de Calvin, de Bochart, de Louis Gapelle, et plus tard, quand nos universités protestantes eurent été fermées, nos savants et nos pasteurs envoyés en exil, ceux de Richard Simon et de Houbigant brillent parmi les plus illustres dans ce genre de recherches. Il est temps de renouer, dans cette branche des sciences théologiques comme dans toutes les autres, la chaîne de nos traditions, trop longtemps brisée, et de reprendre, s’il est possible, le rang honorable d’où la révocation de l’édit de Nantes nous a fait déchoir. La tâche n’est pas facile, je l'avoue; nous aurons beaucoup à faire pour parvenir à ce résultat : ‘les autres nations protestantes, l'Allemagne en particulier, ont sur nous l’avantage immense de deux siècles de travaux ininterrompus; nous avons donc beaucoup à apprendre des savants étrangers. Gardons-nous toutefois de nous mettre, pour ainsi dire, à leur remorque, d'adopter trop facilement leurs opinions et de les considérer comme le dernier mot de la science; les Français ont mieux à faire, et l’histoire contemporaine nous en fournit plus d’une preuve. Qui a réussi le premier à à soulever le voile qui recouvrait depuis tant de siècles les antiques écritures de l'Éoypte,
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et à nous rendre ainsi une langue et une littérature perdues, avec cinq ou six mille ans d'histoire? C'est un Français, un Français seul; toute la gloire en revient à notre immortel Champollion. L'Allemagne avec M: Lepsius, l'Angleterre avec M. Birch ont continué l’œuvre commencée par le génie français; mais la France elle-même, avec le regrettable M. de Rougé, avec MM. Chabas, Mariette, Devéria, Maspéro, etc., a bientôt repris, dans ces études, Ja place d’honnèur qui lui revenait en quelque sorte de droit. — Qui a retrouvé, qui nous a révélé en quelque sorte les livres sacrés de la Perse antique? Ce sont principalement des Français : Anquetil-Duperron et surtout notre illustre Eugène Burnouf; et les savants allemands et anglais qui se sont adonnés après eux à l'étude du Zend-Avesta n’ont fait que marcher dans la voie ouverte par ces grands hommes. — Qui à découvert les monuments de Ninive et de Baby- Jlone? Qui a réussi à lire et à comprendre les inscriptions en caractères étranges qui y soné gravées? Des Français et des Anglais. Quant aux Allemands, après avoir, avec Grotefend et Lassen, donné lPinitiative et fait les premiers pas dans cette voie par le déchiffrement des inscriptions perses, ils semblent s'être lassés, et, doutant de la possibilité du succés, ils ont laissé à d'au tres la gloire de cette grande découverte. Si, du moins, ils avaient su accueillir avec la modestie qui leur convenait les découvertes qu'ils n'avaient pas su faire! Mais, non! jusqu’à ces dernières années, la plupart des orientalistes d’outre-Rhin ont dédaigné ou affecté d’ignorer les recherches si ardues, mais si sérieuses et si solides, des Botta, des de Saulcy, des Oppert, — des Hincks, des H. Rawlinson, des Fox-Talbot, des Norris, — des Ménant, des F. Lenormant, — des Sayce, des George Smith, etc. Cest au point que l’un des hébraïsants Les plus renommés de l'Allemagne, M. Hitzig,
a pu, récemment encore, écrire un livre tout entier pour démontrer que la langue parlée sur les bords du Tigre et de l’Euphrate appartenait à la famille indo-européenne, tandis qu’il est manifeste, depuis plus de vingt- Cinq ans, pour tous ceux qui s'occupent tant soit peu de ces études, que l’assyrien, avec ses pronoms, ses suflixes, ses formes verbales et ses nombreux mots presque identiques aux mots hébreux, araméens ou arabes qui ont le même sens, appartient à la famille des langues sémi-
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tiques. Pourtant, hâtons-nous de le dire, l'Allemagne commence à entrer, à son tour, dans ce champ de travail pendant si longtemps méconnu par elle, et le nom de M. Eberhard Schrader peut s'ajouter avec honneur, depuis quatre où cinq ans, aux noms anglais et français que ‘nous venons de citer. — Sans vouloir déprécier en aucune manière les travaux si consciencieux d’un Movers, d’un Levy ou d’un Osiander, je ne crains pas de dire aussi que c’est à des savants français que les études phéniciennes et sabéennes doivent leurs progrès les plus réels. N'est-ce pas enfin à un Français qu’on doit la découverte récente d’un monument, jusqu'ici unique dans son genre, qui est venu nous.ouvrir de nouvelles perspectives sur les rapports : du royaume d'Israël avec celui de Moab, au 1x° siècle avant notre ère? et les hébraïsants français n’ont-ils pas apporté à l'interprétation de ce document capital au moins autant de lumières que les Allemands? Imspironsnous, Messieurs, de ces glorieux exemples, et, sans affecter à l'égard des travaux étrangers un dédain ou une négligence que rien n ’autoriserait de notre part, en prolitant, au contraire, de tant d'ouvrages utiles, précieux, indispensables, qui ont vu le jour de l’autre côté du Rhin, ne nous laissons pas influencer plus qu'il ne faut par la science germanique; n’allons pas nous imaginer que les Allemands ont tout dit en exégese, en crltique ou en histoire, et qu’il n’y a plus qu’à les copier ou à les traduire; soyons persuadés que dans tous les domaines de la théologie, et spécialement en ce qui concerne l’Ancien Testament, il reste encore de nombreuses découvertes à faire, de nombreuses et graves difficultés à vaincre, de grandes obscurités à dissiper, et sans doute aussi plus d’un préjugé à combattre, plus d’une erreur à rectifier. Les études. et les découvertes dont nous parlions tout à l'heure en sont la meilleure preuve. J'aurais voulu, Messieurs, vous donner aujourd'hui un aperçu, non de ces études en elles- -mêmes, — la matière serait manifestement trop étendue, — mais des lumières qu’elles jettent sur l’histoire biblique, des renseionements nouveaux et précieux qu'elles fournissent à l'interprétation des livres sacrés de l’ancienne alliance. Je vous aurais montré, d’après les travaux des égyptologues les plus compétents, quel jour inattendu les inscriptions hiéroglyphiques et les antiques papyrus