‹ Les inscriptions assyriennes et l'Ancien TestamentChapitre 7 sur 7 · LS UE · texte numérisé non relu

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vasion de Sennakhérib en Judée. Ici, comme sur tant d’autres points, la chronologie biblique doit être encore rectifiée d'aprés les monuments assyriens. D’après la Bible, en effet, cette invasion eut lieu « la quatorzième année on roi Hézéqia »; or, Hézéqia régnait déjà depuis six ans lorsque Samarie fut prise, la première année du régne de Sargon; la quatorzième année d’Hézéqia correspond done à la huitième du rêgne de Sargon, qui occupa le trône pendant dix-sept ans. D'où il résulterait que l'invasion de Sennakhérib aurait eu lieu au milieu du règne de son prédéces sseur ! Inutile, je pense, d’insister. Il est évident qu'une erreur de quelque nature s’est introduite dans le texte sacré. Cest dans les dernières années, et non au milieu du rêgne d'Hézéqia, que l’histoire devra désormais placer l'invasion de Sennakhérib et les belles prophéties a à cette occasion par Esaïe.

Ajoutons enfin, pour terminer ce qui concerne Sennakhérib, qu’un bas- relief avec inscription représente ce monarque assis sur un trône et recevant le butin de cette même ville de Lakis où il se trouvait, d’après l’Ecriture Sainte, lorsqu'il envoya un corps d'armée contre : Jérusalem. | |

La Bible rapporte à la même époque la maladie d'Hézéqia et l'ambassade de Merodak-Baladan, roi de Babylone, qui eurent lieu effectivement, comme le prouver plusieurs passages du texte, la 14 année d'Hézéqia, mais 14 ans avant l'invasion de Sennakhérib, c’est-à-dire au milieu.du rêégne de Sargon. Les inscriptions ass yriennes ne nous apprennent rien sur ces événements, mais elles nous font connaître toute l'histoire de ce vaillant et indomptable roi de Chaldée (1), qui s'empara du trône de Babylone à la mort de Salmanasar VI, en même temps que Sargon s’emparait de celui de l’Assyrie et tint pendant douze ans toute sa puissance en échec. Ce n’est pas seulement à Hézéqia qu'il envoya une ambassade; il en envoya à tous les rois qui avaient quelque intérêt à résister à l'ambition démesurée des monarques assyriens. Vaincu enfin par Sargon, il revient deux ou Fe fois à la charge sous son SUCCOSSOUT, et, toujours

crasé par des forces supérieures, ne désespère jamais. Cest une grande et noble figure; et à la vue des efforts,

(1) Voir Fr. Lenormant, un Patriote babylonien dans les Premières civilisations, t. IT. |

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de la persévérance et de l’indomptable énergie que les Babyloniens déployérent dans ces luttes pour leur indépendance, on comprend que le regard prophétique d’un Esaïe ait lu dans l’avenir que leur puissance était destinée à supplanter un jour celle des Assyriens.

Le successeur d'Hézéqia, Manassé, qui occupa pendant “ie SE ans le trône de Jérusalem, RL deux fois danslesinscriptions cunéiformes,entreles rois deTyr, d’Edom, de Moab, etc., comme tributaire d’abord d’Assar haddon, ét, plus tard, dAssour-bani-pal. La critique avait souvent.mis en doute ou nié résolûment que ce roi de Juda eût été emmené captif à Babylone par l’ordre d’un roi d’Assyrie, puis mis en liberté et rétabli sur son trône, ainsi que le raconte le livre des Chroniques (I Chr., xxx, 11-13). La vanité des objections qu’elle élevait contre ce récit éclate maintenant dans tout son jour. Au reste, pareille aventure arriva vers le même temps à deux des rois de l'Egypte, comme on le voit dans les inscriptions d’Assour-bani-pal.

Ces mêmes inscriptions nous fournissent aussi l’explication d’un passage important de la prophétie de Nahoum contre Ninive, qui avait jusqu'ici causé de grandes perplexités aux interprètes. Ce prophète, annonçant la ruine prochaine de la capitale de l’: Assyrie, lapostrophe ainsi dans son langage poétique (1) :

Vaux-tu mieux que No-Amon, Qui était assise sur des fleuves, De l’eau tout autour d’elle, Dont le rempart était une mer ; L'eau (2) était son boulevard.

L. “Ethiopie était sa force, L'Esypte aussi, et ils étaient innombrables.

béni et les Lybiens étaient parmi tes auxiliaires. Elle aussi s’en est allée en exil, en captivité ; Ses petits enfants aussi ont été écrasés à l’entrée Ge toutes les rues ; Et sur ses nobles on a jeté le sort, Et tous ses grands ont été liés de chaînes.

Toi aussi iu seras enivrée (3), Tu disparaîtras, etc.

Il est clair, d’après ce passage, que la ville ég oyptienne nommée No-Amon ou la Demeure d’'Amon, c’est-à-dire

(4) Nah., fi, 8-41.

(2) Je lis MalM au lieu de MilaM. Mais le sens demeure essentiellement le même.

(3) Il vaudrait peut-être mieux lire TiShàBeRI, fu seras brisée.

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- la fameuse Thébes aux cent portes, fût prise et pillée par les Assyriens peu de temps avant le moment où écrivait le prophète. Mais les historiens anciens se taisent sur cet événement, dont la date restait par conséquent tout-à-fait incertaine, ce qui permettait aux critiques de placer parfois la composition de cette prophétie longtemps avant l’époque où elle fut réellement prononcée. Cette lacune est comblée aujourd’hui. Nous savons qu'Assarhaddon (Assour-akh-iddin) s’empara de l’'Esypte et delEthiopie, que vers la fin desonrégneleroi éthiopien Tirhaka (ou plutôt Taharka) lui ayant repris la plus grande partie de ses conquêtes sur les bords du Nil, son successeur Assour-bani-pal envahit l'Egypte à son tour, et repoussa Taharka jusqu’au-delà d’une ville nommée Vi (c’est-à-dire évidemment No-Amon, ou Thébes), qu’il ne prit pas cependant cette fois; mais Taharka étant mort peu aprés, et son successeur Ourdamani (ou Rot-Amon) ayant recommencé la guerre, Assour-banipal envahit l'Egypte pour la seconde fois, s'empara de Memphis, puis de Thébes, qui fut «balayée comme la balle » qu'emporte le vent, et où les soldats assyriens « pillérent l'or, l'argent... les pierres précieuses, les trésors du palais, des vêtements... de grands chevaux, des hommes et des femmes, etc... sans nombre, en abondance, qu'ils emportérent paisiblement à Ninive.» Cet événement ayant eu lieu dans la seconde campagne d’Assour-bani-pal, la prophétie de Nahoum, qui y fait allusion, est nécessairement postérieure à l'an 665; et toutes les hypothèses qui en plaçaient la rédaction avant . cette date sont définitivement écartées, grâce à la lecture des textes assyriens (1).

Ninive disparut bientôt de la scène du monde, comme l'avait prédit Nahoum, et Babylone hérita de sa puissance, L’empire de Chaldée ne fut pas moins fatal aux Hébreux, vous le savez, que l'empire d’Assyrie. Celuici avait détruit Samarie et le royaume des Dix Tribus; le second détruisit Jérusalem et le royaume de Juda, et porta ainsi le dernier coup à la nationalité israélite. Nous possédons de nombreuses inscriptions de Nabucodonosor (ou plutôt Naboukodorrossor), plus connu des lecteurs de la Bible sous le nom de Nebucadnetsar ;

(1) Voir Oppert, Mémoire sur les rapports de l'Egypte et de P'As-. syrie ; G. Smith, Hist. of Assurbanipal.

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mais elles ont presque toutes pour objet la construction de temples ou de palais ; il n’en est aucune qui raconte les srands événements qui signalérent le règne de ce monarque où seulement qui y fasse allusion. Nous ne savons rien non plus, ou du moins fort peu de chose, de ses successeurs. Et quoique les inscriptions des Akhéménides, surtout celles de Darius, fils d'Hystaspe, aient une grande importance au point de vue historique, aussi bien qu'au point de vue philologique, les renseionements nouveaux qu’elles nous donnent sur la monarchie des Perses ne sont pas cependant de telle nature qu'il y aït lieu de nous y arrêter ici en détail. Qu'il nous suffise de dire qu’en nous faisant connaître en parte la langue de Cyrus et de ses successeurs, elles ont jeté une grande lumière sur les livres de l’Ecriture postérieurs à l’exil, en particulier sur ceux d’Esdras, de Néhémie et surtout celui d’Esther, dont la valeur historique, souvent révoquée en doute, a reçu du déchiffrement des inscriptions perses la plus éclatante confirmation (1).

Tels sont, Messieurs, les principaux résultats de la lecture des textes cunéiformes, en ce qui concerne l’histoire des Hébreux et l'interprétation de leurs livres sacrés. Je crains d’avoir fatigué votre attention, et cependant je suis loin d’avoir tout dit: sur plus d’un point, il eût été facile d'entrer dans des détails plus précis et plus nombreux. Mais ce que nous ne pouvions faire aujourd'hui, nous le ferons, s’il plaît à Dieu, dans nos leçons ordinaires, à mesure que nous lirons ensemble les écrits de l’ancienne alliance. |

Je serais heureux si le coup d'œil rapide que nous venons de jeter sur l’histoire du peuple d'Israël, à la lumière des documents nouveaux que la science la plus récente a mis entre nos mains, pouvait contribuer à dissiper quelques-unes des préventions qu’une critique téméraire et superticielle, le plus souvent importée d’outre-Rhin, tend à répandre au milieu de nous. Il n’est peut-être pas de domaine où l’imagination, je veux dire uné imagination désordonnée et chimérique, se soit plus complétement donné carrière que celui de lAncien-Testament. Nos journaux et nos revues sont remplis de ces élucubrations étranges et parfois ifions-

(4) Voir Oppert, Commentaire historique du livre d’'Esther.

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trueuses. N’avons-nous pas lu dernièrement avec siupéfaction dans la Revue des Deux-Mondes que les Hébreux adoraient Jéhovah par des sacrifices humains et des prostitutions sacrées qui s’accomplissaient dans le temple même de Jérusalem ? Et les raisons que l’auteur alléouait en faveur de cette double affirmation étaient plus extraordinaires encore, s’il est possible, que l’affirmation elle-même. Mais sans ‘insister plus qu'il ne faut sur de pareilles excentricités, qui se jugent d’ellesmêmes, on ne peut nier qu'il existe parmi nous une certaine tendance à rajeunir la date des écrits bibliques, à en contester, sans motif suffisant, l’authenticité, à révoquer en doute l’exactitude de leurs récits sous le moindre prétexte.

Nous devons réagir, Messieurs, contre de semblables erreurs, non seulement au nom de la religion, mais au nom de la science et de l’histoire, au nom d’une exégèse et d’une critique sérieuses, en un mot, au nom de la vérité. l’aperçu des découvertes récentes que je viens de faire passer sous vos yeux est, me semble-t-il, de nature à nous y encourager. Il nous montre, en effet, que si quelques erreurs de texte et de chronologie ont pu s’introduire dans les écrits sacrés, le fonds historique en est solide malgré sa brièveté et que nous pou- vons nous y avancer avec une entière confiance, sans craindre de le voir s'effondrer sous nos pas.

C'est à la lumière de cette pensée que nous ae nuerons ensemble, Messieurs les ktudiants, l’histoire des prophètes que nous avonscommencée dans lecours de la dernière année scolaire, nous efforçant de retrouver le milieu historique dans lequel ont dû être prononcés leurs différents discours, examinant jusqu’à quel point et dans quel sens leurs prédictions se sont réalisées, cherchant enfin à expliquer, autant que possible, leurs écrits par les circonstances et les événements du temps quiles vitnaitre. Ce n’est qu'aprèsavoirterminé cettetäche Jongue, laborieuse, difficileetinfinimentdélicate, quenous pourrons jeter un coup d'œil d'ensemble sur le chemin parcouru, et nous former une idée précise et complète du prophétisme et de la nature de l'inspiration prophétique. En attendant, permettez-moi de vous répéter et de me répéter à moi-même la devise de l’empereur romain ; Laboremus.

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