‹ Les insectes de la vigneChapitre 100 sur 187 · I. — DESCRIPTION ET BIOLOGIE · texte numérisé non relu

I. — DESCRIPTION ET BIOLOGIE

C'est vers le mois de mars que ces insectes sortent des œufs qui ont été pondus l'été précédent, dans la terre meuble, comme ceux des Ephippigères. Les dégâts sérieux commencent en mai et juin et après la ponte, c'est-àdire en juillet ; l'insecte parfait meurt et disparaît.

« En 1880, dit M. Bérenguier, une première invasion un peu importante

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eut lieu dans les communes de Sainte-Maxime, Ramatuelleet lionnes, et endommagea quelques récoltes; elle devint plus grande en 1887; enfin, dans le courant de 1888, elle a atteint des proportions qui inspirent de sérieuses inquiétudes aux populations du littoral. Le lléau s'étend actuellement sur tout le territoire compris entre Sainte-Maxime et Dormes.

» La marche de ces insectes n'est pas comparable à colle des criquets : tandis que ceux-ci vivent par bandes, les sauterelles du Var, appelées boudragos ou bouclrayos par les cultivateurs, se trouvent disséminées d'une façon irrégulière sur toute l'étendue du territoire envahi. L'origine de ces Sauterelles est dans les bois. Elles n'apparaissent jamais au début des invasions dans les champs cultivés. Il s'ensuit que les champs les plus exposés à être ravagés sont ceux qui sont situés sur La lisière des bois.

«Ces insectes sont excessivement voraces, ditM.Bérenguier. Les premiers dégâts ont lieu dans les bois, dans les forêts de chênes lièges surtout ; on compte parfois sur le même arbre des centaiues de ces insectes qui le dépouillent totalement de ses feuilles daus l'espace de quelques jours, couvrant littéralement le sol de leurs excréments. Tous les arbustes sont en môme temps attaqués. Les bois envahis forment un contraste frappant au milieu des parties indemnes.

«Dans les cultures, toutes les récoltes sont atteintes, et en premier lieu la vigne et les arbres fruitiers. Les fleurs et les fruits sont d'abord dévorés, ce qui donne aux ravages un caractère de gravité exceptionnel; les parties vertes ensuite sont attaquées. La destruction continuelle des pousses entraine parfois dans les jeunes vignes la mort des ceps.»

M. Bérenguier attribue les grands dégâts de 1888 surtout au Barbitistes Fischeri. Cette espèce, décrite par Yersin*, peut bien, à. l'occasion, devenir nuisible en Provence ; nous l'avons reçue de M. Abeille, d'IIyères, et dans une Note de M. Azam, de Draguignan, sur les Locustides nuisibles du Var2, il est parlé d'un Barbitistes trouvé sur le territoire de la commune du Muy, plus petit que cemx de la chaîne des Maures et qui pourrait bien être le B. Fischeri. Ce qu'il y a de certain, c'est que la vingtaine de Barbitistes vivants ou plongés dans l'alcool, à nous envoyés par M. Bérenguier, nous a mis à même d'étudier le grand ravageur de 1888.

L'espèce ne peut être rapportée à la description du Fischeri, et bien certainement elle est nouvelle. Nous l'avons comparéeà toutes les espèces dé-

1 Yersin ; Orthoptères nouveaux ou peu connus (Bull.de la Sue. Vaudois< des Sciences nut., 185 i).

- Azam ; Note sur l'invasion des Sauterell ■ d< 18 B [Bull . d' Igr.

du Var, 1888, pag. 555).

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crites dans le grand ouvrage de Brunner,etaucuned'ellesne s'en rapproche. Un spécialiste bien connu, le P. Pantel, de Toulouse, auquel nous l'avons soumise, a été du même avis; il nous a engagé à la publier, et c'est ainsi qu'au mois de juillet 1888', la dédiant à celui qui nous l'a envoyée, nous en avons donné la description suivante à la Société entomologique de France:

Longueur de 23 à 29 millim., le mâle généralement plus petit; pronolum du mâle de 4 à 5 millim., de la femelle de 5 à 6,2 millim. ; élytres de 4 à 5 millim. cbez le mâle, de 2 à 3 millim. cbez la femelle ; abdomen de 15 à 20 millim., plus petit, bien entendu, chez le mâle; ovisçaple de 8 à 10,5 millim., mesure prise en dessous.

Corps d'un noir violacé tirant sur le vineux, orné en dessus de trois bandes longitudinales d'un jaune pâle presque blanc, les deux latérales plus larges que la dorsale, qui est très étroite, parfois peu visible sur la tête et le thorax. La tête médiocre, le front d'un vineux foncé, les joncs plus claires, Yépistome et le labre plus clairs encore, Y occiput plus foncé; la pointe du vertex placée entre les deux antennes, creusée en dessus cbez le mâle, plane chez la femelle; les antennes presque noires, à premiers articles plus clairs, piquetées de petites macules jaunes en forme de fil très fin, atteignant une fois et 3/4 ,1a longueur du corps chez le mâle, une fois et 1/2 cbez la femelle.

Le pronolum, non resserré et non parallèle, comme chez le Barbilisles Fischeri, dilaté postérieurement, plus large en proportion chez le mâle que chez la femelle, portant en dessus les trois bandes jaunes dont il a été parlé, celle du dos très étroite et parfois en partie effacée chez le mâle. Les élytres, atteignant à peu près la longueur du premier segment abdominal chez le mâle et le milieu de ce segment chez la femelle, d'une couleur jaune avec deux bandes longitudinales vineuses et les bords externes d'un jaune blanc; on voit de plus, en dessus des élytres, chez le mâle, deux fossettes réniformes rembrunies. Les pieds } violacés ou presque noirs, ont la base des cuisses plus claire en dessus et d'un jaune soufre en dessous.

L'abdomen, d'un noir vineux en dessus, porte les trois bandes déjà signalées; les deux latérales, plus développées que la dorsale, s'élargissent en forme de taches jaunâtres criblées de points bruns et le bord postérieur des segments est marqué de petites taches également jaunâtres ; les lianes sont violacés, le dessous pâle avec une tache médiane violacée sur chaque segment. Les cerques, d'un roux violacé à la base chez le mâle, noirs au sommet avec une tache plus claire à l'extrémité et une pointe au

1 V. Mayet : Description d'une nouvelle espèce de Barbitistes {Bull, de la Soc. ent. de France, 25 juillet 1888).

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bout, font longs, sinueusemcnt recourbés et croisés L'un sur L'autre; la lame sous-génitale convexe, brillante, assez lisse, de couleur pâle avec la base bordée de brun, est munie dans son milieu d'une crête rugueuse en forme de lame rappelant le cimier d'un casqué, avec le bord finement dentelé et rembruni ; chez la femelle, les cerques sont courts, non croisés, un peu recourbés au bout, de couleur rousse; Voviscapte, de couleur rousse violacée, composé de quatre lames, est aplati latéralement, légèrement recourbé vers le haut à son extrémité, qui est fortement épineuse sur Les bords supérieurs et inférieurs.

Cette espèce diffère du Barbitistes Fischeri par sa taille, généralement plus grande, plus trapue, sa couleur brun violacé plus clair à l'état de larve et de nymphe il est vrai, mais ne tournant pas au vert, teinte habituelle du Fischeri, chez aucun des vingt individus sur lesquels notre description a été faite. Quand la robe est plus claire, le fond, d'un roux jaunâtre, est criblé de petites taches violacées, jamais vertes. Lepronolum du B.Bercnguieri est notablement dilaté postérieurement, plus large en proportion chez le mâle que chez la femelle; chez le B. Fischeri, il est parallèle et d'égale largeur chez les deux sexes. Les élytres sont plus larges en proportion chez notre espèce, comme du reste le sont généralement toutes les parties du corps.

H. — MOYENS DE DESTRUCTION

Pour lutter contre ce nouvel ennemi, M. Bérenguier et M. Azam proposent de débroussailler les bois pendant l'hiver et de brûler au mois de mai les morts-bois ainsi arrachés, pour faire périr tous les jeunes insectes qui se trouvent â la surface du sol. Témoin, comme nous l'avons été eu Algérie, d'incendies allumés dans des forêts de chêne liège par des mortsbois ainsi arrachés et brûlés sur place, nous ne pouvons approuver l'emploi du feu. Le procédé, du reste, est barbare, en ce qu'il empêche le repeuplement des bois. On fera mieux de se contenter du ramassage des insectes, comme on l'a partout pratiqué en 1887 et 18^8, et au besoin les communes pourront recourir aux primes accordées aux destructeurs, comme nous l'avons vu pratiquer en Languedoc pour les Êphippigères. Il y a lieu aussi d'espérer, comme le dit M. Bérenguier, qu'après les années favorables au développement de ces ravageurs, des circonstances naturelles contraires mettront, à un moment donné, obstacle à leur multiplication'.

« L'invasion en 1889, écrit M. Jiérenguier, a été déjà beaucoup moins grave. Les Barbitistes, éclos en nombre effroyable de février à avril, ont été en grande partie détruits par les pluies et les gelées printanieres.

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