‹ Les insectes de la vigneChapitre 99 sur 187 · III. — MOYENS DE DESTRUCTION · texte numérisé non relu

III. — MOYENS DE DESTRUCTION

On emploie depuis longtemps, en Languedoc, les volailles contre les Éphippigères. Les années de grandes invasions, certains propriétaires achètent spécialement des troupeaux de dindons qu'ils font conduire dans les vignes. Au début, ces oiseaux font une grande consommation de ces insectes; mais d'ordinaire ils s'en dégoûtent bientôt et l'on est obligé de revenir à la destruction à la main ou plutôt au bâton. Pour que le coup mortel soit mieux assuré, ce bâton peut être terminé par une petite plancbette solidement fixée, et avec une certaine habitude, en renouvelant souvent l'opération, surtout au début de la grande invasion, qui a lieu fin juin, on arrive à détruire la majeure partie de ces gros ravageuis. « C'est alors, dit M. Pages (loc. cil . ) par trente, quarante, cinquaute et plus qu'on les rencontre parfois sur chaque cep, et, si l'on revient sur ses pas une demi-heure après avoir exterminé tout ce qu'on a pu dénicber, on est tout étonné d'en revoir presque autant ; de même le lendemain et les jours suivants ». Il faut donc agir promptement, car la récolte peut être anéantie en quelques jours.

Pour donner une idée du nombre et de la quantité d'Épbippigères répandus dans la vallée de l'Hérault; pour indiquer en même temps un bon procédé à employer contre eux, nous emprunterons au même auteur des détails sur la chasse qui leur est faite depuis plusieurs années dans la commune de Péret, près Clermont-l'Hérault, détails puisés dans les Archives de ce village et envoyés à M. Pages par M. Renouvier, propriétaire de la localité.

aLe Conseil municipal de Péret, dit M. Pages, commune qui compte 700 habitants au plus, voyant depuis plusieurs années les récoltes entièrement détruites parles cousi-cousis, fut saisi, dès 1886, d'une bien louable idée. Au lieu de gaspiller les fonds du budget en de folles dépenses, il résolut de faire ramasser les animaux dévastateurs dans tout le territoire et de les payera tout venant à raison de 20 centim. le kilo, puis de les enfouir

l'éphippigère de béziers. 29 :

dans u i;o fosse commune désinfectée quotidiennemeat avec de la chaux

vive.

»Ce moyen, généralement approuvé par la population, fut mis immédiatement en pratique. Tout le peuple, petits et grands des deux sexes, se mil aussitôt à la besogne, et dés cette première année la dépense communale pour cet objet s'éleva à la somme de 400 fr., ce qui présentait 2,000 kilogram. de cousi-cousis détruits.

«L'opération se répéta en 1887, et l'on dépensa cette fois 600 fr., représentant 3,000 kilogram. d'insectes.

»En 1888, la destruction a atteint de bien plus grandes proportions. Si l'on fait entrer en ligne de compte environ 2,000 kilogram. de cousi-cousi.s recueillis par des particuliers qui n'ont pas voulu les porter en charge au bubget communal, on peut estimer à 7,000 kilogram. la quantité détruite. Si l'on considère qu'il faut en moyenne 340 de ces Ortboptôres pour équilibrer le poids d'un kilogramme, on atteindra le nombre de 2,380,000 Epbippigères tués à Péret en 1888 ; et il n'y là qu'une minime partie de ceux qui peuplent la région des vignobles envahis.»

Ce n'est pas seulemeut dans l'Hérault qu'une prime en argent a été établie par certaines municipalités contre les porte-selles. Nous voyons en effet dans le journal la Vigne américaine (tom. VII, 1883, pag. 254), sous la signature de M. Valette, viticulteur, qu'une localité célèbre dans l'bistoire du Phylloxéra, la commune de Pujault (Gard), vote presque ebaque année des fonds pour payer 20 cent, le kilogr. les Epbippigères ramassés dans les vignes. M. Valette ajoute qu'il s'est bien trouvé de saupoudrer le raisin avec une poudre 1/2 partie chaux vive, 1/2 partie soufre.

Ces insectes sont, on le voit, autrement redoutables que beaucoup d'autres qui passent pour des ampélophages très dangereux.

Le remède le plus pratique est donc dans le ramassage ou dans la destruction avec un bâton ; mais nous donnerons de plus le conseil de restreindre autant que possible la culture des céréales. Nous avons vu le mal grandir avec l'extension de cette dernière, et certainement, la vigne tendant à reprendre la place qu'elle occupait avant le Phylloxéra, la multiplication de l'insecte se trouvera enrayée en proportion.

294 LE BARBIT1STE DE BÉRENGUIER.

LE BARBITISTE DE BÉRENGUIER.

(Barbitistes Berenguieri Mayet.)

Les Barbitistes étaient autrefois réunis aux Ephippiger, à cause de leurs ailes avortées et réduites à des moignons conchiformes Avec raison, cecaractère n'a plus, dans les classifications modernes, l'importance qu'on lui attribuait autrefois, et dans certaines tribus, les Phaneropteridae par exemple, dont les Barbitistes et les Phaneroptera font partie, nous voyous les premiers avoir des ailes avortées et les seconds des ailes développées

On distinguera sans peine les Barbitistes des Ephippiger -aux caractères suivants : Ailes -avortées comme chez ces derniers, mais beaucoup moins conchiformes; pronotum jamais relevé en forme de selle arabe; cerques des mâles longs, recourbés et croisés sous la plaque sous-génitale ; tibias antérieurs munis de trous auditifs.

Le Barbitistes Berenguieri a été compris par nous dans les Orthoptères les plus nuisibles aux vignes, à cause des ravages exceptionnels exercés par lui ces années dernières. En 1888 surtout, dans le département du Var, principalement dans la chaîne des Maures, entre Hyères et Fréjus, ils ont été terribles.

Ce que nous avons dit de YEphippiger Bitterensis pourrait se répéter au sujet de notre espèce. Les dégâts ont été tels que l'autorité préfectorale est intervenue et qu'une enquête suivie d'un Rapport a été faite dans le pays par M. Bérenguier, professeur départemental d'agriculture à Draguignan.Nous empruntons en grande partie à ce Rapport officiel les détails sur cette invasion désastreuse.

Plusieurs espèces de Locustides appartenant aux genres Ephippiger, Thamnotrizon et Barbitistes ont, paraît-il, contribué à détruire les récoltes, et en particulier la vigne; mais ce sont surtout les Barbitistes qui, parleur nombre prodigieux, ont été les grands dévastateurs.

Page 1