IV. — MOYENS DE DESTRUCTION
Concernant les meilleurs procédés à employer contre le Vesperus, nous ne pouvons mieux faire que de citer encore M. Oliver.
«Convaincu, dit-il, que je pourrais avoir raison des larves par la destruction des insectes parfaits, j'achetai en novembre 1876 une vigne située au territoire de Coume-Chéric, vigne réputée dans la commune comme un foyer de Vesperus; et nous allons voir qu'elle jouissait d'une réputation non usurpée. Cette vigne étant inculte depuis deux ans, je la fis défoncer un peu profondément. L'opération commença Je 17 novembre et dura jusqu'au 15 décembre. Pendant ce temps, quatorze de mes travailleurs recueillirent 820 Vesperus à l'état parfait, qui, payés à 10 cent, pièce, représentaient 82 fr., première mise de fonds d'un repas que mes vignerons firent le jour de Noël.
»De 1875 à 1878, j'ai acheté ainsi plus de 8,000 insectes parfaits. Dans les journées des 4 et 5 janvier 1878, j'en ai acheté 618, la grande partie prise à la chasse au flambeau par huit de mes travailleurs, de 6 heures à 7 heures et demie du soir. La seule soirée du 5 janvier leur en avait procuré 411.
»En ce qui concerne les larves, afin d'arriver, sinon à leur destruction, du moins à leur éloignement des provinsses vignerons mettent, soit de l'algue marine, soit de la suie autour du sarment couché.
»En 1876, j'ai voulu me rendre compte de l'efficacité de la suie. Je fi~ déchausser 2,003 souches et je plaçai sur les racines de chacune un kilogr. de suie. L'année d'après, j'ai trouvé à plusieurs reprises des larves colorées en noir par le contact de la suie et ne paraissant nullement incommodées par cette substance.
»Les Mange-Mallols, avons-nous dit, sortent de leur hibernation après le 15 mars. Si la terre est humide, ils montent jusqu'à la surface. I le moment que j'ai toujours choisi pour bêcher les parties de yignes les plus attaquées. La couleur blanche ^ larves tranchant sur celle de la terre, le travailleur les aperçoit facilement et eu tue des quantités.
346 LE VESPÈRE DE XATART.
»I1 est d'autres propriétaires qui sèment en hiver, près des souches, des légumineuses, pois, fèves, haricots, etc. Les larves de Vesperus, qui paraissent friandes d'une telle nourriture, s'attaquent aux racines des dites plantes, attaque que l'on reconnaît à l'étiolement des feuilles. Si l'on arrache alors vivement les légumineuses, on entraîne hors de terre les larves, qui restent fréquemment accrochées aux racines. Ce procédé très simple donne d'excellents résultats.
»Outre la suie, j'ai employé contre notre ennemi plusieurs insecticides tels que sulfure de potassium, pyrite de fer, coaltar, etc. Ce dernier tuait les larves, mais tuait aussi les provins. Le sulfure de carbone seul paraissait inoffensif à la plante et efficace contre l'insecte. Les résultats constatés contre le Phylloxéra me paraissaient du reste assez encourageants, et je me suis décidé à entrer résolument dans cette voie après la tournée de la Commission internationale de Viticulture.
»Aquel moment convenait il d'employer l'insecticide ? Fallait-il traiter les vignes pendant l'hibernation de la larve, c'est-à-dire à l'époque où elle est profondément enfoncée dans le sol ? Fallait-il attendre son réveil fin mars, quand elle monte à la surface de la terre ?
«Les vapeurs de sulfure de carbone étant plus denses que l'air, j'ai préféré attaquer l'animal dans les profondeurs du sol et j'ai adopté le traitement d'hiver appliqué en novembre et décembre. Du môme coup, sont tués les larves de Vesperus, les insectes parfaits avant leur sortie et la larve du Rhizotrogus marginipes, petit hanneton connu dans ma commune sous le nom de Pare-Massac, et qui est aussi un ennemi de la vigne.
»Dans ce traitement, à rencontre de celui contre le Phylloxéra, il n'est pas nécessaire de traiter toute la surface, parce que quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent nous trouvons les larves très rapprochées de la souche. Aussi n'ai-je fait que deux trous autour de chaque pied de vigne, à 25 centim. du pied, injectant dans chacun d'eux 7 gram. de sulfure de carbone.
«Afin de m'assurer de l'efficacité du traitement et avant de commencer son application, j'ai ramassé une dizaine de larves que j'ai placées entourées de terre dans une toile métallique. J'ai enfoui le tout assez profondément et j'ai opéré comme je viens de Je dire. Le lendemain, j'ai constaté la mort de toutes les larves. Cet essai a été fait en présence de plusieurs propriétaires et les a décidés à appliquer le traitement.
J'ai d'abord appliqué l'insecticide sur une partie de vignes où les larves abondaient, à l'endroit môme où, avec M. Planchon, nous en avions recueilli 22 sur deux souches. Huit jours après, j'ai mis six hommes à provigner. Malgré toute leur attention, ils n'ont trouvé que deux larves vivantes; tandis que précédemment, de leur propre aveu, ils en auraient trouvé une cen-
LE VESPÊRE DE .WTMIT. .{',7
taine, au plus bas chiffre. Ces mômes vignerons ont vu bon nombre de larves et d'insectes parfaits morts sous terre.
«Même résultat favorable a été constaté a la vigne où nous avons recueilli, en 1876, 820 Vesperus. Dix hommes occupés à provigner n'ont trouvé que 13 larves et pas un seul insecte vivant.
«Quelle que soit l'efficacité du traitement, ce qu'il importe surtout à l'agriculteur, c'est d'en connaître le prix de revient. Aussi vais-je donner l'énumération de son coût dans trois de mes vignes cù l'application n'a lias été uniforme.
«Que je fasse remarquer que le traitement au sulfure de carbone pourra n'être appliqué que tous les trois ans, et même tous les quatre ans, après la seconde application.
Vigne : Le Douy.
4,064 souches traitées à 2 trous, soit 8.128 trous,
chacun 7 grammes de sulfure 25 fr. 60
7 journées d'homme à 2 fr. 50 17 50
4 — de femme à 1 50 6
Total 49 fr. 10
»Le seizième des trous a été fait au pal en fer, soit dépensa à l'hectare de 10,000 souches: 120 fr. 80.
Vigne : Come-Cheric.