‹ Les insectes de la vigneChapitre 126 sur 187 · III. — DÉGÂTS · texte numérisé non relu

III. — DÉGÂTS

Les larves de Vesperus, avons- nous dit, sont polyphages. Dans les régions montagneuses, où nous les avons signalées entre 11 et 1 ,600 met., elles vivent, soit des racines des graminées dans les pâturages, soit de celles des arbres, telles que les hêtres et les frênes. M. Oliver les a trouvées s'attaquant aux racines d'ormes, et M. Naudin, de l'Institut, lors de son séjour à Collioure, nous a dit avoir remarqué que dans son jardin ces larves voraces allaient de préférence aux racines des melons et autres Cucurbitacées. Mais c'est principalement dans les vignes que les dégâts sont appréciables.

« Les attaques des larves de Vesperus, dit M. Oliver, sont surtout à craindre pour les jeunes plantiers; de là, le nom de Menge-Mallols qui leur a été donné. Elles sont également à craindre pour les provins et même pour les vieilles souches .

«A la première année de plantation, on trouve fréquemment le sar-

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ment coupé en deux, et, si celui-ci a pris racine, la première ou la seconde année on voit, dans le mois de juin surtout, la végétation faiblir et, quelque temps après, le sujet mourir. En arrachant la jeune plante, on observe une incision annulaire entre le point d'émission des premières racines et le collet de la souche.

»A la troisième année, on n'observe plus d'incision annulaire complète et le pivot est trop épais pour pouvoir être sectionné. La vigne résiste momentanément aux blessures faites par les larves, qui cependant finiront par avoir raison de la souche. La plupart des ceps, sur les coteaux de Collioure, Port-Vendres et Banyuls, arrivés à lage de 20 et 30 ans, n'ont plus de pivots ; aussi peut-on facilement les ébranler. Ils ne tiennent au sol qu'à l'aide des racines latérales, qui ont pris naissance à proximité du collet, lesquelles, attaquées à leur tour et à plusieurs reprises, ne peuvent plus fournir d'aliment et entraînent avec leur perte la mort de la plante.

»I1 n'est pas un coin du territoire des trois communes ci-dessus où l'on ne trouve le Vesperus; toutefois il est des parties où il est tellement abondant qu'il défie tout viticulteur de pouvoir y faire venir la vigne.

«Les vignerons de Collioure et de Port-Vendres appellent la larve du Vesperas le Menge-Mollols, ceux de Banyuls le Bouton. Dans cette dernière commune, l'abondance de cette larve en certain parage a donné le nom à une partie du territoire, qu'on nomme le Boutou .

»Je ne prétends pas comparer les ravages de notre insecte à ceux du Phylloxéra; mais ce que je puis dire sans crainte d'être démenti, c'est que, si nous voulons remplacer tous les vides faits chaque année par cette larve, nos vignerons doivent provigner pendant un mois et demi au moins. Heureux encore quand , ayant recouché une souche, nous pouvons voir, l'année d'après, le manquant remplacé, car il n'est pas rare d'observer, en juin ou juillet, des provins portant plusieurs gros raisins s'étioler et mourir. Si on les déchausse, on trouve souvent encore les larves acharnées après leur victime.

»De tous les renseignements recueillis, je juge que les larves du Vesperus détruisent annuellement, dans les trois communes précitées, de 50 à 60 hectares de vignes.

»Si, comme il a été dit plus haut, la larve du Vesperus esi polyphage, il n'en n'est pas moins vrai que la vigne parait lui convenir de préférence. En effet, dès qu'un propriétaire reconnaît que les ravages de l'insecte sont trop considérables en un point de sa vigne, il arrache les souches et la laisse inculte. Huit à dix ans après, il défriche, et si, à ce moment, il rencontre encore quelques larves, elles sont rares. Par contre, on aura une idée de leur abondance sur certains points plantés, par le fait suivant : En avril J878. M. Planchon, venu à Collioure. m'ayant témoigné le désir

LE VESPÈKE DE XATART. i l

d'en recueillir un certain nombre, je le conduisis dans une de mes vignes dite le Douy. Ayant cru reconnaître à l'aspect extérieur d'une souche le attaques des larves du Vesperus, je la lis déchausser, et nous en recueillîmes dix-sept ; la souche voisine nous en fournit cinq . »

Les détails si précis que nous venons de citer suffisent pour montrer l'excessive abondance d'un insecte autrefois réputé rare, ainsi que l'importance de ses ravages.

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