‹ Les insectes de la vigneChapitre 133 sur 187 · FAMILLE DES CURCULIONIDES · texte numérisé non relu

FAMILLE DES CURCULIONIDES

Ces insectes, appelés aussi Rliynchophores, ou plus simplement Charançons, ou bien encore Porte-becs, constituent la famille la plus nombreuse, non seulement des Coléoptères et de la classe des insectes, mais de tout le règne animal.

On en a décrit actuellement dans le monde entier plus de 10,000 espèces, et peut-être y en a-t-il encore autant à décrire. On les reconnaît sans peine à leur tête prolongée en forme de rostre ou bec portant la boucbe à son extrémité. L'appareil buccal se compose de mâcboires à un seul lobe et de mandibules courtes, mais robustes. Les antennes, insérées dans une fossette latérale appelée scrobe, sont le plus souvent coudées. Les tarses sont composés de quatre articles, comme ceux des Longicomes et des Chrysomëlides.

Les Curculionides forment une famille très naturelle, qui n'a donné lieu qu'à fort peu de discussions sur les limites à lui assigner. Un caractère important a ajouter aux précédents consiste dans l'absence constante de pieds à l'état larvaire. Toutes les larves de ebarançons sont apodes.

On voit de quelle importance est ce caractère cbez les larves, puisqu'il est ici caractère de famille.

Les espèces qui attaquent la vigne sont assez nombreuses, mais il n'en existepasd'exclusivementampélopnages ; on peut même dire qu'une seule, leRbyncbitc du bouleau (Rhy nchites Bcluletï), occasionne des dégâts d'une grande importance. Ce sera donc la seule espèce sur laquelle nous nous étendrons longuement. A elle seule elle composera notre ebapitre XIX, et lecbapitreXX,sousle titregéuéral de Charançons coupe-bourgeons, comprendra toutes les autres espèces.

Nous parlerons des quinze ebarançons suivants : Rhynchites Betuieti, Geonemus flabclUpes, Cneorhinus geminatus, Perilelm subdepressus, P. griseus, P. senex, P. familiaris, Otiorhynchus planilhorax, 0. ligustici, 0. asphallinus, 0. populeti, 0. sulcatus, 0. globus, 0. singularis, 0. mucus.

(Rhynchites Betuhti Fabricius.)

Synonymie : Curculio Betulœ Linné (1758).-— Rhinomacer lotus viridi sericcus Geoffroy (1762). — Rhinomacer violaceus Scopoli (1763). — Rhinomacer alni. R. bispinus, R. unispinus, R. inermis Mûller (1776 . — Rhinomacer viridis Fourcroy (1785). — Atlelabus Betuleti Fabricius (1792). — Rhynchites Betuleti Herbst (1797). — Involvulus Betuleti Schràuk(1798).— Rhynchites Betuleti Latreille (1807), Schœnherr (1826 . Audouin (1842), Desbrochers des Loges (1869). — Byctiscus Betuleti Tbomson (1859). — Byctiscus Betulx Bedel (1886).

Les noms français sont encore plus nombreux. Dans les différents traités d'Agriculture, cet insecte est désigné indifféremment sous les noms de Rhynchile etAttelabe. Olivier de Serres (1604) disait Coigneau ou Instrumentiez', c'est-à-dire faiseurde cornets, d'instruments; Estienne et Liebault (1618) l'appelaient Formion; Plucbe (1732) le nommait Bêche ; Geoffroy (H62),Becmare vert ; Rozier (1771), Velours vert, Routeur. Les vignerons des différents vignobles disent Bec mord (de bec mordant), et par corruption Becmore, Bccmare, Becmart, ou bien encore Urbec (de bec brûlant), et par corruption Hurebet, Urcebère, Ulber, Ulbar, Etulber, Urebce, Albère, Uberiot, Philbcrt, Chalibert; on l'appelle aussi Diableau, Grimaud, Gorgelion, Destreau, etc. Aux environs d'Angers, on dit Bécan (animal à bec) ou Pécan, ou bien encore Cunche. Dans le vignoble des côtes du Rbône, c'est Instrumenter, comme du temps d'Olivier de Serres. En Languedoc, on dit Cigareur.

Si nous passons à l'étranger, c'est le Rebenstccher (coupeur de vignes) des Allemands. En Italie, autant de régions viticoles, autant de noms diffé-

1 Bibliographie. — Aldrovande ; De Animalibus iîiscctis. Bologne, 1602. — Linné; Systema nalurœ. Stockholm, 1767. — Geoffroy; llist. abrégée des Ins. dts cm irons de Paris, 1762.— Scopoli; Entomologia Carniolica. Vienne, 1763. — Fabricius; Entomologia syslemalica emendala cl aucla. Copenhague, 1792-94. — Herbst; Xatursystem aller bekannlen in und auslandichen Insecten. Berlin, 1783-95.— Walckenaer ; Recherches sur les Insectes nuisibles à la vigne. Paris, 1835. — Nordlinger ; Die kleinen Peinde der Landwirth* schafl. StuttgarJ, 1855 et 1860. — Gehin ; Insectes du poirier. Metz, 1857.

rents : Punteruolo délia vite (charançon île la vigne), Sigaraio, Gorgaglione, Pizzifierro, Pampanella, Pizzetto , Rovigiolo, Padronella, Tagliadizzo ou Tagliadiccio.

Plus de cinquante noms pour une seule espèce ! et nous n'avons cité que ceux de la France et des pays voisins. C'est qu'il n'y a pas d'insecte plus connu du vigneron, plus facile à voir sur les vignes, dont il roule les feuilles en forme de cigares. La nomenclature latine, c'est-à-dire universelle, a quelque utilité, on en conviendra! Pour le nom scientifique, malgréles catalogues allemands, nous avons adopté celui de Rlujnchites Betuleti{, admis par tous les monographes, depuis Schœnherr jusqu'à Desbrochers des Loges, celui que nous trouvons également dans l'ouvrage le plus récent [Catalogue des Coléoptères de l'ancien Monde, par deMarseul. Paris, 1888).

Comme son nom l'indique, le Rhynchites Betuleti vit sur le bouleau. Dans les pays froids, il fréquente aussi le noisetier, le tremble, le peuplier, le saule, l'aulne. Dans les régions tempérées, il vit sur le poirier, le cognassier et surtout la vigne, dont la feuille si tendre et si facile à rouler, la culture si répandue, faite sur un sol toujours biné, ont énormément multiplié l'espèce.

Celle-ci se trouve dans tous les vignobles de l'Europe. Malgré ce qu'en a dit Audouin , qui considérait ses ravages «comme plus visibles que graves» , elle peut partout, à un moment donné, devenir redoutable. Nordlinger, qui dans son très hon livre intitulé : Des petits ennemis de l'Agriculture, a consacré de nombreuses pages à notre insecte, cite des localités où, dans la Bavière rhénane et le grand-duché de Bade, la récolte sur pied a été parfois réduite des neuf dixièmes et celle de l'année suivante fortement compromise. Dans l'Hérault, aux environs de la petite ville de Mèze, sur les bords de l'étang salé de Thau, principalement sur les territoires des deux communes

1 Nous ne pouvons adopter, comme nom générique, celui d'Attelabus Linné, ni celui de Rhinomacer Geoffroy, l'un et l'autre ayant été réservés, depuis la création du genre Rhynchites par Schneider, en 1791, à deux groupes voisins, mais très distincts. Le nom spécifique de Betulx Linné, auquel sont revenus les partisans absolus de la priorité, tels que M. Bedel [Faune des Coléoptères du bassin de la Seine. Paris, 1886), ne saurait davantage être conservé, même en admettant le sous-genre Byctiscus Thomson, attendu que cette épilhète de Betulx s'applique à une autre espèce de Linné. Celle-ci a été placée par le grand naturaliste suédois dans le genre Attelabus ; mais, depuis les dernières éditions de son Systema naturx, elle a été ramenée parmi les Rhynchites. Ce Rhynchites betulx est une petite espèce noire, allongée, toute différente de celle qui nous occupe, et qui vit sur le noisetier, le hêtre, le bouleau et l'aulne, jamais sur la vigne.

de Loupian et de Bouzigues, nous avons vu certaines années, fin juin, la vigne n'avoir plus une seule feuille qui ne fût roulée en cigare, et cela à perte de vue, sur des longueurs de plusieurs kilomètres. Les raisins, mis au soleil, tombaient ou se séchaient avant que les feuilles aient pu repousser, et la récolte dans ces quartiers-là était anéantie.

Nous n'avons pas, sans doute, à apprendre au lecteur que la feuille, par ses fonctions de respiration et surtout d'assimilation de l'acide carbonique de l'air, est l'organe aérien le plus important de la plante ; qu'en un mot, fixant le carbone et le combinant avec l'eau et les sels puisés dans le sol par les racines, elle fait le sucre du raisin et le raisin lui-môme, fait aussi l'aoûtement du bois, etc.

Le Rhynchites Betuleti est la seule espèce du genre qui s'attaque à la vigne, heureusement ! C'est par erreur que Linné, et après lui Audouin, ainsi que tous les auteurs qui ont copié ce dernier, ont signalé comme ampélophages les R. Bacchus et R. Populi. Le premier vit exclusivement sur plusieurs espèces d'arbres fruitiers, pruniers, abricotiers, poiriers et surtout pommiers. L'insecte dépose ses œufs dans le fruit où vit sa larve et ne roule jamais de feuilles. Il est couleur de cuivre rouge tirant sur le vineux, de forme plus allongée, et ne peut être confondu avec notre espèce, qui est d'un vert ou d'un bleu métalliques, avec le ventre de même couleur. Le Rhynchites Poputi, lui, est vert métallique, souvent doré, et roule des feuilles, mais seulement celles du peuplier, du tremble et parfois du bouleau : de la, confusion possible ; mais on le distinguera toujours à sa taille moitié plus petite que celle du R. Butdeti, à sa forme plus arrondie et surtout à son ventre noir.

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