I. — HISTORIQUE
Pas plus que pour la Pyrale ou la Cochylis, les textes anciens ne sont assez clairs pour que l'on puisse affirmer que leurs auteurs ont positivement voulu parler du Rhynchite. Schrank (1798) avait donné à notre insecte le nom d'Involvulus Betuleti. L'auteur autrichien semble ainsi avoir rapporté l'espèce à YInvolvulus des anciens. Nous avons vu que c'était plutôt à la Pyrale ou à la Cychylis que ce nom devait être rapporté.
D'après Walckenaer, le mot de Volvox, employé par Pline, et celui de Cantharis, que l'on trouve dans la compilation connue sous le nom de Géoponiques, sembleraient s'appliquer a l'insecte qui nous occupe. Les an ciensdésignaienteneffetsousle nomde Cantharis (le-xavOoyo,- des Grecs) tous les Scarabées (Coléoptères) aux couleurs métalliques; Scarabxus, en un mot, voulaitdire eu latin Coléoptère noir ou de couleurs ternes, et Cantharis
Coléoptère de couleur métallique. Or les Géoponiques parlent d'une Cantharis qui uuisait aux vignes.
En émettant cet avis, Walckenaer, qui un peu plus loin parle pourtant, sous le nom de Melolontha vilis, d'un autre Coléoptère métallique vivant sur la vigne, ÏAnomala vitis, semble n'avoir pas songé à cet insecte, qui se trouve pourtant en Italie et réunit toutes les conditions pour êire considéré, lui aussi, comme la Cantharis des Géoponiques.
On voit que sur ce sujet, comme sur bien d'autres, les textes anciens, même commentés par un membre de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, so'it loin d'être clairs.
Depuis l'antiquité, la mention du Rhynchite la plus reculée que nous connaissions, est celle que signale, sans citer son auteur, il est vrai, M. Le Grand [Revue viticole. Dijon, 1864) et qui daterait de 1448. Il estquestiou, pag. 344, de prières publiques ordonnées cette année-là par l'Evêcbô d'Autun (Saône-et-Loire) pour implorer le ciel contre les ravages des Becmares .
Le même auteur cite, en en donnant la traduction, une sentence ecclésiastique latine, trouvée, dit-il, dans un livre fort rare et rendue en 1516 contre YHurebet par l' Officiai de Troyes. Or la tradition vigneronne de la Bourgogne a conservé, jusqu'à aujourd'bui, ces noms de Becmare et à'Hurebet spécialement pour le Rhynchite.
Dans son livre De Animallbus insectis, écrit au xvie siècle et publié en 1602, Aldrovandeest le premier auteur qui ait parlé du Rhynchite de façon à ce qu'il n'y ait absolument aucun doute sur l'espèce. Il l'a, de plus, figurée assez exactement.
Il l'appelle sa neuvième Cantharis. Après une description de l'insecte trouvé sur la vigne et dévastant ses feuilles [in vite repertum ac folia ejus dcpopulantem), l'auteur italien ajoute : convolvit folia, elle roule les feuilles, atque in his sua ova reponit, et dépose ses œufs dans leur intérieur. C'est, dit-il, l'insecte appelé vulgairement Tagliadizzo coupeur, par les vignerons ; or, d'après M. Targioni', ce nom est encore employé dans certaines régions de l'Italie.
Olivier de Serres, dans son Théâtre de l'Agriculture et mesnage des champs, publié en 1604, décrit ainsi le Rhynchite, qu'il appelle Coigneau : Certaines bestioles de diverses espèces tourmentent la vigne au nouveau temps, spécialement celle qu'on appelle Coigneaux, de couleur vert luisante, coupant les tendrons de raisins, enfin s' enfermant dans des feuilles de vigne qu'ils roulent comme parchemin, y faisant leurs œufs.
1 Targioni-Tozzetti ; Relazione délia r. stazione di Entomologia agraria di Fircnze, 1888, pag. 1 14.
LE RHYNCHITE 01' ATTBLABE. 350
Depuis Olivier de Serres jusqu'au xixe siècle, on ne trouve, traitant ce sujet, que quelques auteurs du xviii0. Les ouvrages du Père de l'Agriculture ont fait loi, en effet, pendant tout le xvir3 siècle et une partie du wine. En citant Pluche (1732) et l'abbé Rozier (1771), nous aurons nommé les deux principaux auteurs qui ont parlé du Rhynchite pendant cette période.
Nordlinger (loc. cit.) dit qu'en 1750 les vignes de Landau, et en 1756 celles de Rotu (grand-duché de Bade) ont été gravement attaquées; mais l'entomologiste allemand ne cite pas les sources de ces renseignements.
L'insecte est mentionné et décrit, cela va sans dire, par tous les auteurs du xixe siècle; mais nous avons vu, en ce qui concerne la synonymie, combien son nom scientifique a été discuté et ballotté d'un genre à l'autre. Plusieurs de ces auteurs, y compris Audouin, répétant l'erreur de Linné, ont dit que le Rlujnchites Betuleti vivait souvent sur la vigne mélangé aux R. Bacchus et Populi. Nous avons, dans les généralités sur notre insecte, suffisamment indiqué les différences notables de forme, de couleur et de manière de vivre existant entre les trois espèces, pour qu'il soit nécessaire d'y revenir.