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Partie ventrale de même couleur que le reste du corps

Tête allongée, subcylindrique, à peine élargie en arrière, finement ponctuée, ridée transversalement à la base, marquée entre les deux yeux, qui sont noir brillant, d'une dépression rugueuse plus accentuée chez le mâle. Le bec est allongé, recourbé, élargi et aplati au bout; les antennes, druiles

ou à peine coudées, sont insérées dans son milieu et se logent en partie dans deux sillons (scrobes) creusés latéralement dans le bec entre leur insertion et les yeux.

Prothorax arrondi, aussi long que large, un peu atténué à l'avant, finement ponctué comme la tête, ridé transversalement à l'avant et à l'arrière, muni dans son milieu d'un léger sillon, et sur ses côtés, chez le mâle seulement, d'une forte épine dirigée en avant. Êcusson transversal, tronqué carrément au sommet.

Élytres en carré oblong, épaules à angles droits arrondis, à ponctuation plus forte que celle de la tête et du tborax, disposée en lignes longitudinales, légèrement pubescentes à l'extrémité. Dessous du corps finement ponctué, ainsi que le pygidium, plus profondément sur le sternum et les flancs, qui sont rugueux.

Pattes médiocres; cuisses comprimées, peu renflées ; tibias faiblement arqués ; premier article des tarses relativement long, le second court, le troisième bilobé, très dilaté en large ; le quatrième ou dernier terminé par deux crochets aigus fortement recourbés.

La seule espèce avec laquelle les petits individus de notre espèce puissent être confondus est le R. Populi. On distinguera toujours ce dernier à ses élytres absolument glabres et au-dessous du corps noir, parfois bleuâtre, mais jamais métallique.

LeRhynchites Bctuleti, qui a passé l'hiver dans le sol, au pied desarbresou des souches, dans lescrevassesousous les écorcesdu cep, sort de sa retraite vers la première quinzaine de mai. Avant l'accouplement et la ponte, il broute çà et là les feuilles et les tiges vertes pour se nourrir, et cela sans grand inconvénient pour le cep. Dès que l'accouplement est opéré, c'est-àdire fin mai, l'insecte attaque les feuilles pour leur confier sa ponte., et c'est alors que les ravages sérieux commenceLt. Entre le 10 et le 20 juin, toutes les pontes sont terminées.

Suivant l'arbre auquel il s'adresse, la manière de procéder est un peu différente. D'après Nordlinger et Géhin1, sur le poirier et généralement les arbres a petites feuilles, le travail consiste à rechercher les pousses en pleine végétation et à faire avec les mandibules, à environ 10 cenlim. de l'extrémité, une entaille destinée à faire pendre la partie terminale, sans la séparer complètement. Le bourgeon ainsi incisé, ne recevant plus qu'une faible nourriture, ne tarde pas à se faner, et l'insecte obtient ainsi des feuilles plus molles et plus aptes à être transformées en étui où la ponte pourra s'opérer. Pour faire enrouler les feuilles ainsi ramollies, le Rhynchite

1 Géhin; Les Insectes du poirier. Metz, 1857.

s'aide de son bec et de ses pattes. Pour tous les détails de l'opération, qui sont longuement décrits par Nordlioger, nous renverrons à son travail et à l'édition française de Brehm les Insectes, par M. Kilnckel d'IIorculais, qui donne en partie la traduction de ce passage. L'auteur allenund parle d'uoe Bécrétion agglutinante « qui sert à fixer la partie delà feuille qui vient d'être roulée, qui sort par la partie postérieure de l'abdomen de l'insecte et qui, étendue et frottée par cette extrémité abdominale, finit par encoller solidement la feuille par cette manière de repassage répété». Nordlinger va jusqu'à dire que l'on voit la matière collante «se tirer en fil». Nous n'avons jamais rien vu de semblable, peut-être parce que nos observations out porté spécialement sur des feuilles de vigne faciles à rouler, tandis que Nordlinger parle de feuilles de peuplier ; mais, ni Gébin, ni Goureau, ni Perris, les trois auteurs français qui out bien observé le Rhynchites BetuleU, ne mentionnent la chose.

Si les feuilles sont petites, ce qui se présente sur le saule et le bouleau. il en faut dix ou quinze pour confectionner le rouleau ; l'opération faite sur le peuplier et le poirier en exige quatre ou cinq ; sur l'aulne, le cognassier parfois, et sur la vigne toujours, une seule suffit.

Dans ce dernier cas, ce n'est pas la tige du bourgeon qui est incisée, ce qui ferait inutilement flétrir plusieurs feuilles, mais seulement le pétiole de la feuille destinée à être repliée en forme de cigare.

Sur la vigne, l'insecte attaque de préférence la feuille la plus rapproebée du raisin, et dès que, par l'incision du pétiole, elle est assez flétrie pour être pliée, il commence à la rouler (fig 69, et PI. III, fig. 10). Dès le xvme siècle, Rozier avaitparfaitementobservél'opérationetla décrit ainsi :

«LeRouleur ou Charançon de la vigne, dit-il, commence par faire une incision sur le pétiole de la feuille, 'pour l'affaiblir ; puis il en pique les nervures. Il commence par celle du petit lobe extérieur et y dépose ses œufs ; dès que ce lobe est roulé, l'insecte attaque la nervure du voisin, mais en sens contraire, de sorte que l'endroit de la division du lobe où finit le premier tour est le principe du nouveau tour en sens contraire: ainsi, il y a deux lobes dont le tour commence de droite à gauebe et deux de gauche a droite; enfin le cinquième lobe sert de recouvrement à tous les autres. Dans chaque tour sont renfermés des œufs; il faut cinq à six jours pour que la feuille soit entièrement roulée.»

Ces œufs, arrondis, hyalins, ont un peu plus de un demi-millimètre de diamètre. La femelle, après l'enroulement du lobe de la feuille, le perce en un ou deux endroits avec son bec et pond un œuf dans chaque trou. D'après Nordlinger, le bec intervient de nouveau après la ponte pour pousser l'œuf au fond du trou. Chaque rouleau reçoit ainsi en moyenne cinq ou six œufs,

mais parfois on n'en trouve qu'un seul. Si ia feuille est grande, on en trouve jusqu'à sept ou huit. L'éclosion survient au bout d'une dizaine de jours, et la larve qui sort de l'œuf se nourrit du parencby me de la feuille roulée en cigare et desséchée (PI. III, fig. 11).

La larve. — Ne trouvant nulle part une description suffisante de cette forme, pas même dans Nordlinger, nous nous arrêterons quelques instants à la décrire avant de parler de ses mœurs .

Cette larve (PI. III, fig 12) est blanche, molle, apode, comme toutes celles des charançons. Le corps, long, quand elle est adulte, de 6 à 7 millim. et large d'environ 2 mm,50, est relativement court, un peu plus développé, en hauteur surtout, à la partie thoracique, couvert de poils blonds, espacés, assez raides, et composé de douze segments non compris la tête. Celle-ci est petite, ronde, fortement chitinisée, de couleur rousse, munie d'antennes épaisses, très courtes, composées de trois articles. Le labre ou lèvre supérieure est de couleur plus claire que le reste de la tète. La lèvre inférieure, bilobée, porte une paire de palpes de deux articles. Les mandibules sont fortes, rembrunies au bout, creusées d'un sillon dans leur longueur et terminées par deux dents aplaties tranchantes. Les mâchoires, bien visibles en dessous, portent à leur partie externe deux palpes courts de trois articles. Le thorax est relativement grand, surtout le segment prothoracique, qui porte vers ses angles postérieurs une paire de stigmates bien visibles, de couleur fauve clair. Abdomen de neuf segments ; les huit premiers portent chacun un stigmate fauve clair situé sur les côtés de ia partie dorsale, contre la rangée longitudinale de bourrelets latéraux qui séparent les arceaux du dos de ceux de la partie ventrale.

Aussitôt après sa sortie de l'œuf, c'est-à-dire du 10 au 25 juin, la larve commence à brouter l'intérieur du cigare, constituant ainsi autour d'elle une loge irrégulière qu'elle agrandit peu à peu, en raison de son propre accroissement. Les excréments, en forme de filaments bruns, pulvérulents, sont rejetés entre les replis du fourreau, et de là tombent sur le sol. Au bout de trois à cinq semaines, soit environ milieu de juillet, la larve est adulte, dans les conditions normales du moins, c'est-à-dire la feuille suspendue au pampre ou tombée sur le sol ; mais dans les éducations faites dans le laboratoire, faute d'humidité sans doute, elle grossit plus lentement et ne perce souvent la feuille qu'au bout d'un mois et demi ou deux, parfois trois. Pour quitter le cigare, l'insecte pratique une ouverture arrondie d'un diamètre plus faible que celui de son corps (PL III, fig. 10 A) ; de sorte que cette sortie est parfois très pénible et ne se fait qu'au prix de vigoureux efforts.

Aussitôt dégagée, la larve tombe sur la terre, où de suite elle s'enfonce

LE RHYNC.HITE OU ATTELABE. 163

avec d'autant plus de facilité que le sol îles vigD.es est d'ordinaire soigneusement biné. Arrivé à une profondeur qu'aucun auteur n'a précisée et qui, dans nos éducations de laboratoire, a toujours atteint le fond du récipient, l'insecte se pratique une loge arrondie, du diamètre d'un pois, dont les parois sont tassées et lisses, mais qui est toujours assez peu solide. Là, après une quinzaine de jours de repos, c'est-à-dire environ (in juillet, a lieu la métamorphose en nymphe.

La nymphe. — Sous cet état, l'insecte, long de 5 à G millim. et large de 4, est blanc, couvert de soies abondantes, présentant ébauchées les formes de l'insecte parfait. Le bec, les pattes et les ailes, d'aspect translucide, sont repliés contre le corps; V abdomen est fortement recourbé en arant. A mesure que la transformation approche, les yeux et les pattes se rembrunissent ; puis, à travers la cuticule, destinée à se rompre et à livrer passage à la forme définitive, apparaissent un peu les couleurs de celle-ci, d'abord sombres, puis métalliques.

Au bout de trois semaines environ, seconde quinzaine d'août par conséquent, l'insecte parfait est éclos. Si l'automne est sec et peu chaud, il ne quitte sa retraite, ou tout au moins la terre, qu'au printemps suivant. Mais si à des pluies abondantes, ayant ramolli le sol, succède une série de beaux jours d'automne, l'insecte sort avant l'hiver, et on revoit alors des Rhynchites sur les feuilles fin septembre. On les trouveroème parfois accouplés ; mais, dans le midi de la France du moins, il n'y a jamais de seconde génération, comme certains auteurs l'ont annoncé. L'insecte, sorti en automne, passe l'hiver sous la mousse, les feuilles sèches, les écorces, dans les haies, au pied des arbres, à demi enterré dans la fissure existant entre ie tronc et le sol. C'est laque nous le rencontrons bien souvent en hiver à Montpellier.

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