V. — Insectes parasites des Apates
Outre les quatre espèces d' Apates ci-dessus, sans parler du Callidium unîfasciatum, décrit en son lieu et place, on peut rencontrer dans les sarments vermoulus un certain nombre d'autres insectes. Quiconque n est pas verse dans les connaissances entomôlôgiques pourrait voir en eux de nouveaux ennemis de la vigne. Il n'en est rien. Ce sont au contraire des protecteurs des sarments qui vivent aux dépens des Apates, des agents actifs de cette loi du parasitisme dont nous avons vu le rôle être si important dans l'équilibre des êtres organisés. La majeure partie appartiennent à l'ordre des Coléoptères, une espèce à celui des Hyménoptères.
Parmi les premiers, nous trouvons surtout des Clérides, c'est-à-dire des Coléoptères de la même famille que l'insecte rouge et bleu d'acier, commun sur les fleurs et connu sous le nom français de Clairon des abeilles. Ce sont des insectes aux couleurs vives, au prothorax long et étroit, ce qui leur a valu de la part de leurs monographes, Mulsaut et Rey, le nom d'Angusticolles. Les Clérides parasites des Apates des sarments sont : Denops albofasciata, Tillus unifasciatus et Opilo mollis ».
Le Denops albofasciata Charpentier, exclusivement de la région de l'olivier, est un insecte bizarre, très allongé, 7 millim. environ de long sur 1 ,50 à 2 de large, à la tête plus large que le prothorax, au corps rouge dans sa moitié antérieure, bleu dans sa moitié postérieure, et dont les élyl sont traversées par une large blande blanche. A Amélie-les-Bains
« M. André [Les parasites de la vigne, pag. 226) cite un quatrième Cléride, VOpilo domesticus, comme attaquant les Apates des sarmeuts. Avec Perris, nous considérons cette forme comme une variété de l'O. mollis.
(Pyrénées-Orientales), nous avons trouvé en nombre cette jolie espèce dans des sarments de vigne rongés par YApate sexdentala.
Le Tillus unifasciatus Fabricius, rare dans la région de l'olivier, est au contraire commun dans les autres pays viticoles de la France. C'est une espèce de même longueur à peu près que la précédente, mais moins étroite, environ 2mm,50 de large, noire, sauf les élytres, dont le premier tiers antérieur est rouge, et qui un peu au delà de la moitié de leur longueur ont une bande transversale blancbe.
L'Opilo mollis Linné se reconnaîtra de suite à sa teinte d'un brun gris avec trois taches fauves sur chaque élytre, et à sa taille relativemert grande, 7 à 10 millim. Il habite toute la France, vivant aussi bien aux dépens des Apates des sarments qu'à ceux des autres rongeurs de bois.
Les larves de ces divers Clérides ont été étudiées, celle du Denops albofasciala et du Tillus unifasciatus par Perris1, celle de YOpilo mollis par Waterhouse2 et par Perris3.
Elles se distingueront facilement de celles des Apate. Elles sont carnassières, ont des pieds fortement chitinisés et sont relativement agiles. Le corps est long, aplati, blanc, renflé latéralement dans son milieu, avec la tête brune, munie de fortes mandibules, le dernier segment abdominal rembruni à l'extrémité et armé de deux pointes brunes parfois recourbées.
Perris [Larves de Coléoptères, 1877, pag. 22) a décrit également comme vivant en Corse dans les sarments de vigne, aux dépens de YApate sexdentata, la larve d'une petite espèce de la famille des Histérides, longue de 2 millim. à peine, le Teretrius picipes Fabricius. L'insecte, qui est du centre de l'Europe, se trouve çà et là en France dans les galeries de divers mangeurs de bois, et il est probable que la Corse n'est pas le seul pays où. il décime les Apates des sarments. Les Histérides sont des Coléoptères aux téguments durs et luisants, ayant la faculté de rentrer complètement leur tête dans le prothorax, ce qui les a fait comparer aux tortues. Leurs larves carnassières ont un corps blanc, charnu, avec la tête plate, parfois même un peu concave, ferrugineuse et cornée, ainsi que le prothorax, les mandibules très développées et falciformes, avec une dent à l'intérieur. Chez celle de notre Teretrius, les mandibules ne sont pas munies de cette dent et le dernier segment abdominal est terminé par deux longs appendices biarticulés.
1 Perris ; Métamorphose du Denops albofasciala et du Tillus unifasciatus (Monographie des Anguslicolles, par Mulsant et Rey. Lyon et Paris, 18G3).
2 Waterhouse; Trans. of thé enlom. Soc. of London, tom. I, 1836.
3 Perris ; Insectes du pin maritime. Paris, 1863.
Outre ces divers Coléoptères, on trouve d'après Ratzeburg ', dans les galeries de VApate sinuata et vivant à ses dépens, un petit llyménoptère delà famille des Chalcidides, le Pteromalus bimaculatus Nées.
Tels sont les quelques parasites destinés par la nature à réfréner la trop grande multiplication de nos rongeurs de sarments, et que l'on trouve parfois mélangés à ceux-ci. Mais il nous arrive souvent de recevoir eu communication, comme ayant perforé des sarments sur pied, des Hyménoptères parfaitement innocents de la chose.
Il s'agit d'espèces indifférentes à la vigne, qui viennent utiliser pour leur ponte les galeries abandonnées par les Apatcs, galeries qu'une observation superficielle leur a bien souvent fait attribuer. Nous parlerons de ces mouebes à quatre ailes non nuisibles, mais qu'il est indispensable de connaître, en traitant des divers Hyménoptères qui fréquentent la vigne.
(Agrilus derasofasciatus Lacordaire.)
A plusieurs reprises, nous avons vu les insectes spéciaux à la vigne d'Europe être moins dangereux pour elle que les espèces polyphages. Le petit Buprestide qui nous occupe ne fait pas exception à la règle .
Le groupe des Buprestides, ou plus simplement Buprestes, constitue une famille naturelle composée d'insectes au corps allongé, aux formes peu élégantes, aux pieds courts, aux antennes en forme de scie, également courtes, malgré cela très recherchés des amateurs et vulgairement appelés Richards, à cause de la beauté de leurs couleurs métalliques. Tous les Buprestes à l'état de larves rongent l'intérieur des tiges ou des racines des végétaux, et, en nous plaçant au point de vue agricole, doivent être appelés ennemis.
Notre Bupreste de la vigne est un des plus modestes du groupe comme taille et comme couleur et l'un des moins nuisibles. Nous ne l'avons personnellement observé que sur la vigne sauvage; mais d'après Perris et M. André il se trouve aussi sur la vigne cultivée. Perris dit qu'il vit dans les rameaux récemment morts ou malades. En Bourgogne, M. André l'a vu sortir de tiges de vignes paraissant saines : il y avait vécu sans doute
1 Ratzeburg; Die Ichncumonen der Forsl-Insccten, 1841-1852.
dans l'épaisseur de l'écorce, et notre ami M. Argod, de Grest (Drôme), l'a capturé un jour par centaines, fin juin, sur les pousses tendresd'un espalier très vigoureux.
« La larve, dit Perris1, rampe sous l'écorce en traçant des galeries sinueuses: son existence est de près d'une année, et, pour se transformer en nymphe, elle pénètre dans le bois lorsque l'écorce est mince, ou dans les feuilles même de l'écorce lorsque celle-ci est épaisse.»
Cette larve est blanche, aplatie, très grêle, aveugle, apode. Comme chez toutes celles de Buprestides, la tête est petite, avec les parties de la bouche rembrunies ; le prothorax plus développé en large que tous les autres segments, les méso et métathorax plus étroits au contraire que tous les segments abdominaux. Ceux-ci sont au nombre de dix, le dernier bilobé à l'extrémité et terminé par deux pointes chitineuses, brunes, tronquées au bout, garnies du côté interne de petites pointes dirigées en avant, organe destiné sans doute à faciliter les mouvements de la larve dans sa galerie. Ce dernier segment est en outre garni de poils blonds; les autres portent latéralement quelques poils blonds très fins, à peine visibles à la loupe.
La nymphose se fait en mai, dans les couches ligneuses, dans une loge creusée à cet effet. La nymphe est nue, blanche, très molle, entièrement glabre et n'offre rien de particulier.
L'insecte parfait parait en juin ou juillet. Il est long de 5 à 5mm, 50 environ, large de 1,50. Allongé, étroit, peu convexe, d'un vert olive luisant, métallique, le thorax et la tête parfois cuivreux; les élytres, glabres, sont, sur le tiers postérieur de leur longueur, garnies le long de la suture d'une bande de poils soyeux. Le dernier segment abdominal est échancré en dessous, mais non fovéolé, ce qui distinguera toujours cette espèce des trois autres, hastulifer, graminis el olivicolor, qui oût aussi la bande suturale soyeuse de l'extrémité des élytres .
L'espèce est signalée en France, en Allemagne, en Italie, en Grèce, au Caucase, en Asie-Mineure, en Algérie, en un mot dans presque toutes les régions où vient la vigne. M. Targioni (Rclazionc, 1884, pag. 270) la dit commune dans l'Italie centrale. Ne la considérant pas comme vraiment nuisible, nous n'avons pas à parler des moyens de la combattre.
1 Perris ; Mœurs et métamorphoses de VAgrilus derasofascialus [Mém. de l'Acad. des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Lyon, 1851.)