‹ Les insectes de la vigneChapitre 148 sur 187 · FAMILLE DES LAMELLICORNES · texte numérisé non relu

FAMILLE DES LAMELLICORNES

On nomme ainsi les Coléoptères plus spécialement connus sous le nom vulgaire de Scarabés, et qui composent pour certains entomologistes la famille des Scarabéides. Ces insectes, dont lebanneton communest le type le plus connu, se distinguent de tous les autres par leurs formes épaisses, leurs élytres laissant à découvert l'extrémité dorsale de l'abdomen ou pygidium, et surtout par les derniers articles de leurs antennes courts, dilatés en large en forme de lamelles s'ouvrantet se fermant comme les feuillets d'un livre.

Les larves, connues des agriculteurs sous le nom de vers blancs, sont molles, grasses, d'un blanc rosé ou ardoisé tournant au brun à l'extrémité abdominale, qui est renflée et arrondie. Leur corps, recourbé en arc, ne peut se redresser complètement, et à part celles des cétoines, qui rampent sur le dos, elles en sont réduites à progresser coucbées sur le côté. Les pattes, assez développées, servent moins à la marcbe qu'au creusement des galeries dans le sol ou le bois décomposé qui abrite leur existence.

Beaucoup de Lamellicornes sont polypbages. La vigne, que nous avons vue attirer à elle tant de parasites étrangers, ne pouvait manquer d'être attaquée par plusieurs membres de cette populeuse famille. Les uns, sous forme de larve, nuisent aux racines ; les autres, arrivés à l'état parfait, se nourrissent des feuilles. On peut même ici s'étonner de ne pas voir les Lamellicornes brouteurs de feuilles être plus nombreux sur des bourgeons aussi succulents que ceux de la vigne.

En éliminant plusieurs espèces, nuisibles seulement dans des circonstances particulières, le uombre des Lamellicornes faisant partie de notre liste générale sera de douze : Cetonia hirtella, C.slictica, Pentodon punctatus, Anomala vitis, A./Enca, Melolonlha oulgaris, M. fullo, RI s trogusmarginipes. R. eupliylus, R. in/lalus, R. sinuatocollis et Lelhrus apterus.

[Cetonia (Tropinota) hirtella Linné.)

Synonymie: Scarabxus hirtellus Linné, Searabœus hirtus Scopoli, Cetonia hirla Fabricius, Tropinota hirtella Mulsant, Epicometis hirla Burineister, Cetonia hirtella Erichson, Epicometis hirtella Redtenbacher .

En français, Cétoine velue.

Qui dit Cétoine à l'état parfait, dit généralement insecte vivant sur les fleurs, et la Cétoine dorée n'est que trop connue des amateurs de roses. Mais, comme nous l'avons dit dans notre Introduction, à défaut de fleurs à leur convenance, les cétoines se jettent parfois sur les bourgeons plus ou moins riches en sucre, tels que ceux delà vigne. Après la feuille, elles broutent la fleur, et dans les pays semi-désertiques où il existe des vignobles, comme les steppes du sud de la Russie, elles peuvent devenir un ennemi sérieux.

Dès la fin du siècle dernier, l'auteur de la treizième et dernière édition du Syslema naturss de Linné (1788), Gmelin,cite, comme nuisible dans les vignobles du bas Volga, le Scarabseus hirtellus, notre Cetonia hirtella, et encore de nos jours cette espèce fait partie de la liste d'ampélopbages qui nous a été adressée d'Odessa par M. Kowalevsky. Elle est désignée comme gâtant souvent les fleurs de la vigne. De Grèce, M. Gennadius nous l'indique comme « broutant assez souvent les bourgeons de la vigue, mêlée à quelques individus d'autres espèces [C. stictica, aurata et angustata) , mais abandonnant les ceps dès qu'il y a dans la campagne suffisamment de fleurs pour les nourrir » .

En ce qui concerne l'Occident, nous recevons assez souvent l'espèce d'Algérie et surtout de Corse, parfois même du département du Var (les Maures, Fréjus, l'Esterel) , comme exerçant les mêmes dégâts. En Languedoc et dansles autres régions viticoles de France, en Italie et en Espagne, comme aussi dans le centre de l'Europe, l'insecte est partout sur les fleurs, mais n'est pas signalé sur la vigne.

On ne confondra la Cetonia hirtella avec aucune autre. Elle est longue de 9 à 12 millim., large de 6 à 7, d'un noir verdâtre, couverte de poils gris tirant sur le roux et parée sur chaque élytre de sept à huit taches blanches. Le prothorax est plus étroit en arrière qu'au milieu, ce qui range

de suite l'insecte dans le sous-genre Tropinota ; les tibias antérieurs sont armés de trois pointes. Une seule espèce du même sous-genre lui ressemble, la G. squalida. On la distinguera de cette dernière, d'abord à la taille plus petite, ensuite à la troisième nervure ou côte principale de l'élytie, non bifurquée au-devant.

Si nous comparons la larve à celle du hanneton, nous trouvons pour notre cétoine un ver blanc plus petit des deux tiers, beaucoup plus court, plus épais, au corps peu courbé en arc, atténué en avant, développé en arrière, aux segments garnis dans leur partie dorsale d'une étroite rangée transversale de longs poils blonds dirigés eu arrière. La tête, en proportion avec le faible développement des parties de la bouche destinées à n'entamer que des substances molles, est très petite par rapport au corps. Les trois anneaux du thorax, peu développés, portent des pieds courts, garnis de poils épineux, verticillés, ayant les tarses très peu renflés et l'ongle de l'extrémité remplacé par une pièce cylindrique obtuse au bout. L'abdomen est la partie du corps où les segments sont le plus développés. L'insecte ne se sert pas de ses pattes pour marcher, il progresse assez rapidement en rampant sur le dos.

Les larves de cétoines vivent, en général, dans le bois très pourri, dans la vermoulure des arbres ou la vieille tiuinée employée dans les couches des jardins. Celle de notre espèce vit dans les mêmes conditions, mais se contente souvent de débris de feuilles, de racines ou de fumier décomposé. Les fumures au fumier de ferme contribuent donc à multiplier cet insecte dans les vignobles.

La nymphose se fait en automne dans une coque ellipsoïde formée de débris de terreau et enduite d'une couche d'excréments mélaDgés de salive étendue par les pattes de l'insecte. Cette coque, une fois sèche, est très solide. L'état de nymphe dure un mois environ, et l'insecte parfait, éclos avant l'hiver, passera toute la mauvaise saison dans le sol, pour apparaître aux premiers beaux jours.

D'après tout ce que nous avons dit au début, il est bien certain que notre cétoine n'attaque la vigne que lorsqu'elle n'a pas de fleurs qui lui conviennent à sa disposition, c'est-à-dire des fleurs de Rosacées, de Crucifères ou Composées.

Dans ces conditions, une bande de terre à proximité de la vigne, serai d'une des plantes préférées, le Colza par exemple, suffirait pour attirer sur un même point le plus grand nombre des cétoines, que l'on n'aurait plus qu'à recueillir à poignées. Différemment, le ramassage à la main sur les bourgeons, pratiqué dans le sud de la Russie, en Grèce et en Corse, reste le seul procédé efficace de préservation.

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