III. - DÉGÂTS ET MOYENS DE DESTRUCTION
Dégâts. — Dans sa forme parfaite, l'insecte établi sur la vigne vit exclusivement aux dépens du jeune raisin encore en bouton, plantant son rostre dans le pédoncule ou sur le grain qui doit devenir la fleur [fig. 40) . Au bout de trois à quatre semaines, l'acte reproducteur accompli, il disparait complètement. «A partir de Gnjuin, la fleur de la vigne passée, dit M. Patrigeon, on trouve des Lupus morts sur les feuilles, sur le sol, au pied des ceps, un peu partout. Le peu qui survit quitte la vigne pourretourner aux séneçons et autres plantes croissant entre les souebes ou dans les champs voisins. Les grains sucés prennent une couleur brune à l'endroit piqué, et, pour peu que les piqûres soient coniluentes, le grain entier devient noir. Parfois une portion seulement de l'enveloppe florale est mortifiée, s'amincit et se perfore. Dans tous les cas, la fleur se désorganise entièrement : l'ovaire se fane, le style et le stigmate sont jaunes et atrophiés, le grain demeure stérile.
»Si le raisin n'est attaqué que partiellement, les grains maltraités, ou la grappe secondaire dont ils font partie, peuvent succomber seulement. Si beaucoup de grains ont souffert, on voit bientôt le raisin tout entier dépérir; il se fane et tombe peu après par une section qui se produit à quelque distance de l'attache du pédicule sur la tige.»
En 1884, d'après M.Fabien Rapin, vice-président de la Société d'Agriculture de l'Yonne, les dégâts occasionnés dans le seul canton de Coulange la Vineuse ont été évalués à plus d'un million.
«Tout raisin touché, dit de sou côté le Dr Populus, est un raisin perdu ; or c'est par milliers que les grisettes se trouvent dans certains vignobles. On peut juger du ravage qu'elles peuvent faire. Il y a des vignes où il ne reste plus un seul raisin.»
Ce parasite est heureusement assez peu répandu jusqu'à présent, du moins comme espèce nuisible ; dans le département de l'Yonne, il n'y a de sérieusement atteint que le canton de Coulange la Vineuse. Dans le Centre, ce n'est guère que les deux rives du Cher qui sont maltraitées, de Cbabris (Indre) à Tbézéc, sur un parcours d'environ 40 kilom. On a également signalé l'insecte àOuveillun (Aude), mais la nouvelle mérite confirmation. Il est même étonnant qu'une espèce décrite de Malaga et observée a Auxerre ne soit nuisible que sur quelques points isolés. C'est, dit le Dr Patrigeon, surtout dans les teirains argileux et sur le plant appelé Col ou
Teinturier que s'exercent les ravages. Or les terres argileuses abondent et le 6'dfestun des cépages les plus répandus en France; «il est, dit M. Foëx, cultivé depuis l'Yonne jusqu'à l'Océan et aux Pyrénées». Il y a évidemment dans cette invasion, heureusement restreinte, des causes mal connues qui la maintiennent dans de certaines limites, causes sur l'observation desquelles nous appelons l'attention des viticulteurs.
Moyens de destruction. — Dans son travail de 1885, réunisous forme d'une petite brochure publiée par la Librairie agricole de la Maison rustique, M.Patrigeon consacre un long chapitre aux moyens de combattre la Grisette à l'état d'œuf, à l'état de larve et à celui d'insecte parfait. Nous ne voulons pas entrer dans le détail de tous les remèdes proposés par l'auteur contre l'insecte éclos, convaincu que la destruction des œufs, dont les abris d'hiver sont connus, est possible et que le remède est là. Comme le dit du reste M. Patrigeon, «le liquide proposé par M. Balbiani contre l'œuf d'hiver du Phylloxéra se trouve absolument indiqué. Des expériences faites en grand ont démontré sa complète innocuité pour le bois de la vigne et pour les bourgeons. Destructif pour l'œuf d'hiver du Phylloxéra, on peut affirmer à priori qu'il ne le serait pas moins pour l'œuf du Lopus. La dépense occasionnée par le traitement serait d'autant moins forte qu'il s'agirait de badigeonner, à la rigueur, non la souche entière, mais seulement les vieux trous médullaires.
»I1 importerait aussi de recommander aux vignerons détailler avant le mois de mars et d'enlever rigoureusement toutes leurs javelles aussitôt après la taille des vignes atteintes.
»Quant aux œufs qui ont été observés dans la moelle des osiers, rien n'est plus simple que de supprimer ceux-ci en les remplaçant par de la paille, ou, si l'on en fait usage, de les ramasser soigneusement au moment du dépiquage des échalas et de les brûler. Pour les échalas, ils devront être transportés en lieu clos pendant l'hiver ou à la fin de l'hiver, et n'être reconduits dans leurs vignes respectives que vers la fin de mai, c'est-à-dire après l'éclosion certaine de tous les œufs. Ce qui se passera est facile à prévoir. Faute de nourriture, les Lopus périront bientôt après leur naissance ; au besoin même, quelques fumigations d'acide sulfureux, pratiquées en brûlant dans le local un peu de fleur de soufre, assureraient leur complète destruction.»
Nous passerons sous silence, avons-nous dit, les procédés de destruction indiqués par l'auteur contre l'insecte éclos, larve, nymphe ou adulte, procédés qui reposent surtout sur l'idée d'un liquide insecticide projeté par un pulvérisateur. Nous tenons cependant àdire combien l'entonnoir à attises
(Gg. 42) nous parait devoir être conseillé, <x Larves et adultes, dit M. le
Dr Patrigeon, possèdent un instinct de conservation très développé ; tout
occupées qu'elles sont à sucer les herbes qu'elles habitent, il sullit de
remuer légèrement ces herbes avec la main pour
voir les larves tomber à terre et fuir dans toutes
les directions. L'insecte adulte établi sur la vigne,
continuant la tactique, se laisse choir sur le sol
ou parfois aussi se réfugie vivement dans une