‹ Les insectes de la vigneChapitre 53 sur 187 · II. — DESCRIPTION ET BIOLOGIE · texte numérisé non relu

II. — DESCRIPTION ET BIOLOGIE

La famille des Capsides et en particulier le genre Lopus se composent d'insectes élégants, au corps allongé, aux téguments mous, aux pieds et aux antennes longs et fragiles. La couleur est généralement claire, jaune, verte, rouge ou grise, parfois brune, mais bariolée des teintes précédentes. Les pieds portent trois articles aux tarses ; les antennes sétiformes, avec le second article plus long et parfois plus épais, peuvent atteindre et même dépasser la longueur du corps. Les yeux simples ou ocelles font défaut. Le rostre appliqué contre le tborax n'en dépasse pas l'extrémité. Les élytrcs présentent un pli parallèle au bord qui regarde l'écusson ; ce pli isole une aire spéciale en forme de trapèze allongé qui constitue la pièce appelée clavus ; l'autre portion coriace, la p'.us grande, forme un triangle {corium). Le prolongement transparent de l'élytre constitue la membrane. Oïi remarque sur celle-ci une nervure arquée, elliptique, qui part du bord du corium et qui y retourne. Parfois cbez les femelles les ailes inférieures manquent; dans ce eus, la membrane manque également.

Comme chez tous les Hémiptères Hétéroptères, les métamorphoses de

1 Le Lopus albomarginatus Kahn, bieu différent du L. sulcatus, est très commun en France en Espagne et en Algérie. Il n'a jamais, à notre connaissance, été signalé sur la vigne. En Languedoc, il abonde dans toutes les prairies, sur diverses plantes et également sur les coteaux secs, principalement sur l'Asphodèle. Même remarque a été faite en Espagne par M. Puton, qui dans les Vosges le trouve surtout sur les Chrysanthèmes.

notre espèce se réduisent à peu près à des changements de peau. Entre les divers états, la différence la plus grande est dans l'absence d'ailes chez la larve, la présence d'ailes rudinientaires chez la nymphe et le développement complet de celles-ci chez la l'orme parfaite.

Œufs. — D'après le Dr Patrigeon, l'œuf, long d'un peu moins de 2 mill. et large d'un tiers de millimètre, affecte la forme d'un ovoïde allongé, légèrement recourbé à ses extrémités ; il est d'un blanc nacré au moment de la ponte. Celle-ci se fait vers la fin de juin, surtout dans les fissures des échalas, et les œufs n'éclosent que neuf mois après, c'est-à-dire fin mars ou première quinzaine d'avril.

D'après le Dr Populus, qui dans l'Yonne a également observé la ponte dans les échalas, celle-ci se fait aussi dans la moelle des Arcelots, bouts de sarment qui se dessèchent entre la section de la taille et le bourgeon, autrement dit le bois de deux ans ou crossette dont nous avons parlé à propos de l'œuf d'hiver du Phylloxéra.

Blanc d'abord, Vœuf avant l'éclosion passe au rose puis au rouge, teintes dues à l'embryon vu par transparence. Après la sortie de l'insecte, l'enveloppe de l'œuf desséchée prend la forme d'une lamelle blanchâtre qui peut subsister plus d'un an, témoignant ainsi du passage de la Grisetle.

Larve. — Aussitôt éclose, la larve du Lopus manifeste une grande activité et se fixe sur les tiges et les feuilles des nombreuses plantes croissant dans les vignes, telles que le laiteron, le pissenlit, le chiendent, le séneçon, etc. Cette dernière plante, d'après MM. Populus et Patrigeon, est généralement préférée. En avril, dans des pays relativement froids, la vigne, manifestant à peine quelques signes de végétation, ne pourrait en effet offrira l'insecte une subsistance quelconque. Ne vivant que sur les raisins non fleuris, ne puisant jamais sa nourriture sur les tiges et les feuilles, la Grisette n'habite réellement la vigne qu'à l'époque qui précède la floraison, c'est-à-dire à partir de fin mai ou des premiers jours de juin.

La larve, au sortir de l'œuf, mesure 1 mill. 1/3

de long tout au plus, sa largeur est égale au tiers

de sa longueur, le bec est relativement très long,

1 millim. environ. Le corps, où la limite de la Fi9' :i9' Larve du LoPus

sulcatus.

tête, du thorax et de l'abdomen sont encore peu

distincts, est rouge clair. La tète, très volumineuse, porte deux yeux latéraux d'un rouge foncé.

Dix jours après sa naissance, l'insecte a notablement changé de forme

et de coloration. Sa longueur mesure 2 millim. environ sur l de large; V abdomen m plus de largeur que le thorax, dont les trois anneaux sont distincts ; la tête a relativement diminué, ainsi que le rostre, qui ue dépasse pas le bord inférieur du thorax. La couleur rouge du corps s'est assombrie et de petites bandes longitudinales d'un blanc sale se dessinent sur le milieu du corps et sur les bords du thorax. Entre le vingtième et le trentième jour, la larve a atteint sa taille définitive, environ 3 millim. de long. Sa couleur est alors d'un rouge très sombre un peu grisâtre, ses antennes composées de quatre articles bien visibles et les angles postérieurs saillants des deux derniers segments du thorax indiquent déjà les rudiments des ailes.

Nymphe. — Avant le trentième jour généralement, une mue a fait de la larve unenymphe. Celle-ci mesure environ 3mm,50de long. Les ailes, très petites encore, s'accusent distinctement, les supérieures ne dépassant pas la base du métathorax ; la couleur générale est le brun sépia foncé, les taches et les bandes comme chez la larve adulte. Entre le quarantième et le cinquantième jour, la taille de la nymphe atteint 5 millim. à 5mm,50 de long sur une largeur de 2 millim.; la couleur est brunâtre ; la tête, le prothorax et les ailes plus foncés que V abdomen. Le bord externe des fourreaux des ailes est marqué d'une bande blanc jaunâtre, ainsi que le milieu et les côtés du prothorax et de Y abdomen. Les cuisses sont fortes, les jambes et les tarses grêles; les antennes, aussi longues que le corps, sont à pointes effilées.

La nymphe mange avidement, et c'est le plus souveut sous cette forme que l'insecte, quittant les séneçons et autres plantes indifférentes à l'homme, commence à exercer ses ravages. Il monte sur les souches dans le courant de mai, alors que le raisin déjà grand n'a pas encore fleuri.

Insecte parfait. — Entre Je cinquantième et le soixantième jour à partir de l'éclosion, c'est-à-dire lin mai, apparaît enfin l'insecte ailé, apte à se reproduire; autrement dit, parfait.

Notre insecte, sous cette forme définitive, répond à la description suivante :

Corps long de 6 à 7 millim., large de 2, un peu plus développé chez la femelle que chez le mâle. Teinte générale brune un peu fumeuse avec des taches et des bandes jaunes. Tête triangulaire, sans ocelles, avec les yeux composés saillants, d'un brun fumeux parfois un peu rougeâtre avec quatre taches jaunes, deux entourant les yeux, deux à la base du rostre. Celui-ci atteignant la nais.-ance des pieds postérieurs, antennes presque aussi longues que le corps, composées de quatre articles, dont le second presque aussi long que les trois autres.

Thorax d'un brun rougeâtre fumeux en dessus, moins foncé que lu tête. Le premier segment (prothorax) bombé, trapézoïdal, portant en dessus

Fig. 40. — Lopus sulcatus mâle suçant le pédoncule d'une grappe (d'après les dessins du Dr Patriçeon).

plusieurs dépressions ou silloustransversuux, plus accentués cbezlafemellc, marqué au milieu et sur les bords de bandes longitudinales jaunes teintées d'orange, ces bandes plus larges, surtout plus diffuses chez la femelle, jaunes en dessous avec la base des pattes rembrunie. Le deuxième segment (mésothorux) , moins développé que le premier, mais plus grand que le troisième, présentant en dessus un écusson triangulaire marqué d'une bande ou tache jaune clair élargie dans son milieu, teintée d'orange vers sa partie antérieure, brun teinté de jaune en dessous. Le troisième segment (métathorax), le plus petit des trois, brun en dessus, brun teinté de jaune en dessous. Les pattes longues brunes, teintées de jaune. Les élijlres ou ailes supérieures, chez le mâle, dépassant l'abdomen de 1 millim. environ, insérées sur le bord externe du mésothorax ; le corium de consistauce faible, occupant les deux tiers basilaires ; le clavus bombé, en forme de triangle très allongé ; lu membrane occupant le tiers inférieur de Pélytre, de consistance mince, transparente, enfumée, présentant une nervure elliptique destinée à la renforcer et partant du corium. Lu couleur des élytres est le gris noirâtre enfumé, avec une bande jaune clair sur le bord externe et deux points triangulaires d'une jaune orangé ù l'extrémité inférieure du corium. Les ailes inférieures insérées sur le bord externe du métutborux sont

membraneuses, enfumées, avec des reflets irisés, à peine moins longues que les élytres. Elles offrent sur le bord interne une nervure elliptique et quatre nervures longitudinales peu résistantes n'atteignant pas d'ordinaire le bord extérieur. Chez la femelle, qui ne vole pas, les ailes sont beaucoup moins développées, ne dépassant pas le sixième anneau abdominal; la membrane est réduite à la huitième partie de la longueur de l'élytre et les ailes inférieures rud inventaires dépassent à peine la moitié.

Abdomen de 8 anneaux, brun clair, teinté de jaune sur les bords et portant en dessous une rangée latérale de taches jaunes beaucoup plus larges chez la femelle, long de 2 inillim. et demi chez le mâle, de plus de 3 chez la femelle et de forme renflée avant la ponte. Les deux derniers anneaux portant l'armure génitale sont relativement très développés, plus coriaces que les autres segments abdominaux. Cette armure génitale est ainsi décrite par le D1' Patrigeou:

«Le dernier anneau est surtout développé chez le mâle et porte seul en réalité les organes génitaux. Il est bombé, proéminent et présente au dessous de l'anus une sorte de plaque dont l'extrémité libre regarde en haut et

en arrière. Sous cette plaque se dissimule le pénis. A droite et à gauche, servant sans doute d'appareil fixateur pendant l'accouplement, se voient deux petites éminences molles portant deux crochets chitineux repliés en dedans.

«Chez la femelle, les deux derniers anneaux de l'abdomen, c'est-à-dire le septième et le huitième, participent à la formation des organes reproducteurs externes. Ces organes sont représentés par Fig. 41.— Lopus sulcatus femelle une longue fente vulvaire allant de la (d'après les dessins du D1' Pairi- pointe de l'abdomen au-dessous de l'anus

jusqu'au sixième anneau. Très dilatable dans le sens de la largeur, cette fente mesure un peu plus de 1 millirn. et demi de longueur.

«Elle cache entre ses bords un appareil particulier (oviscapte) : c'est une lame cornée, double, de couleur brune, aiguë et tranchante, comparable à des lancettes recourbées, articulée sur le sixième anneau abdominal et que l'insecte mobilise à son gré. Ce très curieux appareil remplit un triple but : organe de tact, il permetà la femelle de reconnaître les fentes, les tissures, la consistance, etc.; organe de perforation, il sert à creuser dans les parties plus ou moins tendres du bois ou ailleurs les cavités nécessaires au dépôt

(les œufs ; organe de propulsion de l'œuf, il prend celui-ci entre ses deux laines et le porte dans les points que la femelle a choisis pour y accomplir sa ponte. »

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