II. — DESCRIPTION ET BIOLOGIE
A l'état de papillon (fig. 48, et PI. III, iig. 3 et 4), quand les ailes sont repliées sur l'abdomen, la longueur de l'insecte est de 7 à 8 millim. L'envergure des ailes déployées est d'environ 13 à 15 millim.
Le corps est d'un jaune pâle avec quelques reflets argentins sur la tète el le thorax, reflets remarquables surtout quand l'insecte est un peu défraîchi. Les antennes, filiformes, sont d'un gris clair. Le papillon, ne mangeant pasi, a une trompe courte, n'atteignant pas, déroulée, la longueur de la télé.
Les ailes antérieures, de môme couleur que le corps, parfois un peu plus foncées cependant, frangées à leur extrémité, présentent vers leur milieu une hande transversale brune qui se rétrécit notablement du bord extérieur au bord intérieur et sur laquelle on distingue quelques marbrures plus pâles et des espaces ferrugineux. De chaque côté de la bande brune se voit une ligue F- is Pa, argentée et une série de petites taches de la même nuance pillon de la situées à l'extrémité des ailes. La partie antérieure de cette extrémité est un peu rembrunie. Les aile? postérieures sont d'un gris brun uni, avec leur frange plus claire.
On ne peut confondre cette petite Tortrix avec la Pyrale. La taille est moitié moindre, la couleur toute différente; il y a par an deux générations au lieu d'une. L'insecte hiverne sous forme de chenille adulte ou de chrysalide et non de petite chenille .
Le papillon au repos tient les ailes serrées l'une contre l'autre le long du corps, de sorte que leur extrémité, relevée du hout à la façon de celle des teignes, forme une espèce de crête et leur donne un aspect tout différent de celui de la Pyrale.
Les papillons de la première génération paraissent en avril et mai et ceux de la seconde fin juillet; quelques-uns voltigent en plein jour, allant d'une souche à l'autre, mais le plus grand nombre reste appliqué sous les feuilles pendant le jour et ne circule qu'à l'aurore ou au crépuscule.
La ponte a lieu en mai. « A cette époque, dit M. Forel [Ann. Soc. Linn. de Lyon, 1860), si l'on observe attentivement les jeunes pousses de la vigne attaquée, on trouve sur les nouveaux sarments, sur les pétioles, mais surtout dans les grappes, sur Taxe et les pédoncules, de petits œufs blancs transparents collés au végétal et presque invisibles sans le secours d'une loupe. Peu à peu ces œufs deviennent d'une couleur moins pure et se couvrent de petites taches ordinairement rougeâtres. Vers le neuvième ou le dixième jour, on distingue la tète et le premier anneau de la jeune chenille.
Enûn le onzième, douzième ou treizième jour, ou peut observer les mouvements de l'insecte replié dans l'œuf, ainsi que le jeu de ses mâchoires pour percer son enveloppe.»
La chenille (PI. III, fig. 2) a une taille des deux tiers plus petite que celle de la Pyrale, c'est-à-dire qu'elle ne dépasse pas 8 à 10 millim. La tète et le protborax sont d'un brun rouge foncé ; le reste du corps, qui est grisâtre lorsque l'insecte est jeune, est après la première mue d'un rose violacé tendre, mais bien trancbé. Cette teinte est surtout marquée dans les chenilles de la seconde génération, qui se nourrissent de raisins mûrs ou presque mûrs. Celles de la première sont parfois verdâtrcs. Il y a là un cas de mimétisme animal intéressant à signaler.
Comme cbez la chenille dete Pyrale, il y a sur tous les anneaux, sauf le troisième, deux rangées de plaques ou espaces lisses arrondis qui émettent ebacun un poil delà nuance du corps. Le troisième anneau n'en porte qu'une rangée. A part la différence de taille et de couleur, les formes de cette chenille rappellent entièrement celles de la Pyrale. Outre les six pieds articulés, elle a, comme elle, cinq paires de fausses pattes placées sous les anneaux abdominaux.
Vers le douzième jour après la ponte, c'est-à-dire fin mai pour la régi' u de l'olivier et première quinzaine de juin pour les vignobles du Nord, les jeunes chenilles percent la coque de l'œuf, gagnent de suite le milieu de la grappe et, entamant de leurs mandibules les grains qui ne sont encore que des boutons à fleurs, pénètrent dans leur intérieur et se mettent à ronger les étamines et les ovaires. Chaque bouton, dit M. André, ne contient qu'un habitant qui tout d'abord est d'une taille presque microscopique. Bientôt la chenille est obligée de quitter son premier grain, qui est épuisé, pour passer à un autre, et ainsi de suite, détruisant successivement tous les organes de la fructification. En même temps, préoccupée de se tenir toujours à l'abri, elle réunit tous les grains par un réseau de fils de soie, de façon à les mettre en paquet plus ou moins gros (PI. III, fig. 1). Peu à peu les grains se fanent, deviennent jaunes, puis bruns, et la grappe ne tarde pas à être perdue. Celle-ci, d'après Vallot, est parfois tuée d'un coup par la chenille, qui pénètre dans le pédoncule même. Si la végétation marche rapidement et si la floraison s'achève dans un court intervalle de temps, le dommage est moins grand, parce que l'insecte, attaquant des grains déjà noués, en détruit un moins grand nombre et ne peut plus les réunir au moyen de ses fils. On peut donc dire, avec Vallot, que lorsque la vigne pousse rapidement, elle fournit plus que la larve ne peut manger, et que si au contraire la végétation marche lentement, la larve mange plus que la vigne ne peut pousser, et dans ce cas la perte est considérable.
La chenille est adulte au bout de cinq semaines environ, c'est-à-dire fin juin ou première quinzaine de juillet. Elle se retire alors au milieu des grappes, qu'elle enveloppe d'un tissu de soie plus serré, ou bien dans les tissures des éclialas et sous les écorces, pour se filer un cocon blanc et s'v transformer eu chrysalide. Parfois elle se contente de rouler le bord d'une feuille en le fixant avec des iils. Ce cas se présente souvent dans les éducations eu captivité. Forel en a observé en liberté qui coupaient un petit morceau de feuille, le fixaient au cep et le roulaient autour d'elles en filant leur coque.
Il y a, à cette époque, comme un moment de répit dans les ravages, ce qui fait dire parfois au cultivateur que le ver coquin a disparu; mais ce calme apparent est trompeur et le mois d'août viendra détruire l'espoir du vigneron.
L'état de chrysalide dure quinze jours environ, et dans la seconde quinzaine de juillet on retrouve de nouveau des papillons dans les vignes. L'accouplement a lieu de suite, et très peu de jours après, ses œufs ayant été déposés sur la rafle de la grappe ou sur le grain lui-même, le papillon ne tarde pas à mourir.
L'évolution chez les œufs d'été étant un peu plus rapide que chez ceux du printemps, la petite chenille perce le chorion de l'œuf au bout de huit à dix jours, c'est-à-dire première quinzaine d'août, et commence de suite a entamer de ses mandibules l'épidémie du grain. Elle y fait un trou rond dans lequel elle passe sa tête et dévore la pulpe du raisin. L'accroissement de l'insecte étant rapide, ses ravages grandissent en proportion de sa taille. Les grains sont perforés parfois jusqu'aux pépins, et souvent la chenille disparait en entier dans l'intérieur ; on voit alors à l'entrée de la galerie une matière pulvérulente qui n'est formée que des déjections de l'insecte. Bien souvent celui-ci, n'achevant pas le grain attaqué la veille, en attaquant plusieurs par jour quelquefois, passe à d'autres le lendemain, ce qui fait qu'une seule chenille, en l'espace d'un mois, peut détruire plus d'une trentaine de grains. Ceux-ci. à moitié vides, se fanent, se dessèchent, si le temps est pluvieux pourrissent et communiquent l'infection au reste de la grappe.
On reconnaît facilement les raisins attaqués, non seulement aux grains vidés, mais aux nombreux fils tendus de l'un à l'autre (FI. III, fig. 2). Ce sont toujours les grains de l'extrémité de la grappe qui sont atteints les premiers, et nos vignerons de l'Hérault savent très bien juger de l'étendue du mal eu pressant dans leur main l'extrémité du raisin, devenue molle et spongieuse sous les attaques prolongées de l'insecte.
La chenille de cette seconde génération est. nous l'avons dit, d'une
teinte vineuse plus accentuée que celle de l'insecte printanier. Elle est adulte à peu près vers le milieu de septembre dans la région de l'olivier, et fin septembre ou commencement d'octobre dans le Nord. Elle quitte alors les grappes, pour se réfugier dans les fentes et sous les esquilles des écbalas, dans les fissures et sous les écorces de la souche, surtout celle des bras, et là, sans doute en prévision des froids de l'hiver, elle se file un cocon un peu plus épais que celui de la génération du printemps.
Les métamorphoses en chrysalides commencent en décembre et achèvent de s'opérer en janvier. Il est très rare en Languedoc de trouver des chenilles non transformées en février.
Sous cette forme de. nymphe, l'insecte a environ 6 millim. de long. Le corps est d'un brun clair uniforme, de teinte beaucoup plus pâle que celui delà chrysalide de la Pyrale. Il est aussi plus court en proportion et plus obtus à l'extrémité. Les anneaux de l'abdomen sont, comme chez la Pyrale, garnis sur le dos d'une double rangée d'épines, mais celles de la première rangée sont toujours plus grandes que celles de la seconde, qui disparaissent môme entièrement sur les quatre derniers anneaux. Le dernier segment, élargi et court, présente deux pointes latérales et porte à son extrémité une douzaine de poils durs terminés par un petit crochet, servant, comme chez la Pyrale, d'appareil fixateur dans l'intérieur du cocon. Le papillon écîosant courant mai, comme nous l'avons dit, l'état de chrysalide de la seconde génération dure environ quatre mois.