‹ Les insectes de la vigneChapitre 87 sur 187 · III. — DÉGÂTS ET MOYENS DE LES COMBATTRE · texte numérisé non relu

III. — DÉGÂTS ET MOYENS DE LES COMBATTRE

LaZygène de la vigne peut être fort nuisible. D'après Passerini, c'est la moitié delà récolte qui parfois est enlevée. Costa parle d'un quart ou d'un tiers, et cela est suffisant pour faire de cette chenille, exclusivement arapélophage, un ennemi redoutable.

Jusqu'à présent aucun moyen infaillible n'a été conseillé pour la détruire.

Pour atteindre les petits ennemis de ses récoltes, l'agriculteur, avonsnous dit, doit avant tout bien connaître leurs mœurs ; or les divers auteurs qui ont écrit sur notre Zygène ne sont pas d'accord sur le nombre de ses générations. Bayle-Barelle affirme que dans le Piémont il n'y en a qu'une; Millière, de Cannes, dit qu'il en est de même dans les Alpes-Maritimes. Il a vu, dit-il, les chenilles descendre en juin pour faire leur cocon, et le papillon paraître en juillet. L'espèce passerait, selon lui, l'hiver à l'état d'oeuf. M. Costa, de Naples, dont nous avons, dans la partie biologique, donné en quelque sorte une traduction abrégée, mais fidèle, parle, on l'a vu, de deux générations et cite même une troisième apparition, partielle il est vrai, de papillons en automne. Nous croyons à l'exactitude d'observation des trois naturalistes. L'insecte, qui dans le nord de son aire géographique n'a qu'une seule génération, en a deux dans le Midi.

Le mode de destruction, on le conçoit sans peine, doit donc varier avec les différences de mœurs; autrement dit, avec les pays.

Dans ceux où il n'y a qu'une génération, nous dirons, avec Bayle-Barrelle, qu'une fois la taille faite et avant que la vigne soit attachée à ses supports ou échalas, on doit frotter énergiquement avec un chiffon rude les écorces et le bois qui portent les plaques d'œufs. Nous ajouterons que les badigeonnages Balbiani, dont il a été question à propos de l'œuf d'hiver du Phxjlloxora (pag. 1 19), ne pourraient être que fort utiles. Il estàproposde rappeler ici que, puisque nous avons affaire à une espèce spécialement italienne, elle était fort probablement connue des anciens, et que dans son livre De rerustica, Caton a bien pu vouloir parler des badigeonnages insecticides employés contre elle lorsqu'il dit que la vigne enduite avec du marc d'huile réduit à la consistance du miel n'est pas attaquée par les Convolvulus. Ce nom, nous l'avons déjà dit, pouvait du reste s'appliquer à plusieurs insectes.

Dans les régions où il y a deux générations dans l'année, où l'insecte passe l'hiver à l'état de chrysalide, il faut renoncer à l'idée d'écraser les pontes sur le bois de la vigne garnie de feuilles. On proGtera de l'habitude qu'a la chenille de se laisser choir sur le sol quand on secoue le cep. Si la vigne est cultivée avec un grand développement, on fera tomber l'insecte, comme le dit M. Costa, au

moyen d'un bâton, sur un linge étendu sur le Fig. 53. — - Entonnoir à

, -,. , . , Altises.

sol. Si les ceps au contraire sont tenus bas, on

se servira de l'entonnoir à altises (fig. 53), déjà décrit à propos delà Grisettc.

Les chenilles des Zygènes, mauvaises Gleuses, ne se laissent pas couler

au bout d'un fil, à la façon de celles des Tordeuses. Elles tombent pliées eu

272 LES SPHINX AMPÉLOPHAGES.

demi-cercle, et bien certainement, mieux que les Altises ou les Grisettes, elles iront rouler jusqu'au fond du sac qui termine l'entonnoir.

LES SPHINX AMPÉLOPHAGES.

En fait de Lépidoptères nuisibles aux vignes, il nous reste à parler des Spbingides ou Sphinx, qui de temps en temps font parler d'eux. Les divers auteurs"' portent à trois ou quatre le nombre des espèces incriminées. Aucune d'elles n'arrive à occasionner des dommages bien graves ; mais comme leurs chenilles sont grosses, facilement remarquées, elles sont accusées de toutes les entailles faites aux feuilles des souches et nous sont fréquemment apportées par les viticulteurs. Le mal fait par l'espèce la plus ampélopbage est, en somme, minime, et là encore, comme pour les Chelonia, nous pouvons constater que d'ordinaire le gros insecte est moins nuisible que le petit.

Les Sphinx se reconnaissent de suite à leur corps énorme par rapport au faible développement de leurs ailes toujours étendues, à leurs antennes fortes, courtes, prismatiques, à leur trompe très développée, à leurs ailes antérieures lancéolées et à leur abdomen conique. Leurs couleurs sont généralement belles, aussi bien chez la chenille que chez l'insecte parfait. Chez celui-ci, les sexes présentent peu de différences extérieures. La chenille porte toujours un éperon sur l'avant-dernier anneau. Le groupe, nombreux en espèces, soixante environ, est répandu dans les deux mondes, et en Amérique comme en Europe il y a des espèces qui peuvent, à l'occasion, nuire à la vigne.

Celles qui chez nous ont été signalées par tous les auteurs sont au nombre de trois : Sphinx (Deilephila) lineata, Porcellus et Elpenor.

Des deux premières, nous ne dirons que quelques mots. Certains auteurs, Dunal entre autres, leur ont accordé trop d'importance.

I — Le Sphinx à bandes.

(Sphinx [Deilephila) lineata Linné).

Le Sphinx {Deilephila) lineata a la couleur générale d'un brun olivâtre, nuancée de jaune, de rouge et de blanc. Le jaune consiste en une bande traversant l'aile supérieure d'un bout à l'autre, le rouge dans une

LES SPHINX AJdPÉLOPHAGES. J7.!

bande de même forme traversant l'aile inférieure, le blanc dans des bandes et des taches diversement disposées sur le thorax, les ailes et l'abdomen. Les quatre raies blanches longitudinales dont le thorax est orné, les deux intermédiares convergentes, permettent de distinguer cette espèce de toutes les autres.

La chenille est d'un jaune olivâtre, avec la tête et deux lignes dorsales parallèles roses; le ventre est blanchâtre. Elle vit sur les plantes de la famille des Rubiacées telles que le caille-lait, sur certaines Composées comme la scorzonère et aussi sur la vigne. Nous l'avons trouvée sur cette dernière à Montpellier et nous l'avons reçue d'Algérie.

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